TEST BLU-RAY : La Roue


La Roue Pathé!

A-B-C | All Zones Blu-ray 1080p 1.33:1 - 4/3 AVC-MPEG4 DI - 4K

Version Musicale DTS HD Master Audio 5.1 5 Mb/s

Autres pistes Musicales
Sous-titres Anglais - Allemand
Sortie Blu-ray 24/06/2020
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Le test

Une restauration 4K monumentale...

Oeuvre monumentale : restauration monumentale ! En attendant l'arlésienne Napoléon, toujours en cours de restauration à la Cinémathèque Française sous la supervision de Georges Mourier, voici celle de La roue, autre film fleuve signé Abel Gance. Le film avait été précédemment restauré 3 fois par Marie Espstein et Lobster, avec notamment la sortie en DVD du film chez Flicker Alley en 2008, mais dans un montage de 4h30.

La nouvelle restauration 4K, effectuée par L'immagine Ritrovata entre 2016 et 2019 sous la supervision de François Ede (et avec l'aide de Georges Mourier pour l'inventaire des éléments), est aussi et avant tout une reconstruction de la version de 1923 (environ 6h55 au total) et se base pour cela sur 7-8 éléments principaux : le négatif original 35mm (incomplet car s'agissant d'un remontage prévu en 1929 pour une version sonorisée abandonnée, et réduit de plus de la moitié), une copie 35mm de la Cinémathèque suisse (20 bobines), plusieurs copies 35mm (provenant notamment de la Cinémathèque de Toulouse et du Národní Filmový Archiv tchèque), plusieurs éléments issus des collections Lobster Films, et enfin 2 contretypes 16mm tirés dans les années 60 par la Cinémathèque française d’après des positifs 35 mm. Il s'est ensuite agi, outre l'évaluation technique de ce matériel, de pouvoir reconstituer tant que possible le montage de 1923 en imbriquant le plus fidèlement et dans la meilleure qualité possible toutes ces différentes pièces du puzzle. Outre la numérotation chronologique trouvée sur la pellicule, qui a permis de s'assurer d'avoir le bon ordre des plans mais de voir quand une séquence manque à l'appel, ainsi que l'exploitation des codes de fabrication des positifs Kodak (via les recherches de Camille Blot-Wellens), l'équipe de la restauration s'est appuyée sur la liste musique de Paul Fosse (le superviseur original, avec Arthur Honegger, de la musique du film) et qui comporte des indications précisant à quel passage du film correspond quelle musique. Tout ceci a nécessité évidemment un grand nombre de vérifications, le film ayant été maintes fois remonté, certaines séquences tournées plusieurs fois, etc, aboutissant ainsi à des erreurs ou contradictions d'une source à l'autre, mais tous ce travail a permis d'aboutir à ce résultat final, présenté à Berlin puis à Lyon en 2019, et accompagné d'un retour sur film N&B et un retour sur film couleurs (et incluant donc les teintures et virages).

 

Visuellement, le travail final est plus qu'admirable. S'il subsiste bien évidemment de nombreuses scories assez typiques de ces restaurations de films muets, on ne peut que constater qu'une majeure partie du film retrouve une précision et une texture argentique rajeunies et faisant presque oublier que le film va bientôt fêter ses 100 ans. Que ce soit le prologue et son accident (captures 1, 2 et 3), la bagarre dans le bar (capture 8), le splendide plan rotatif en fin de 2ème période (capture 30) ou une bonne partie du début de la 4ème époque (captures 45, 46, 48 et 49), ces segments, sans doute tirés du négatif, possèdent en effet des caractéristiques photographiques qui ne jureraient pas dans un film 40 ans plus jeune. Eh oui : on oublie qu'après tout, qu'il ait 30 ou 100 ans, un négatif 35mm reste souvent un négatif 35mm. Cette restauration de La roue le rappelle particulièrement dans ces passages proposant une définition ravissante, un grain argentique naturel, et un rendu général très organique (captures 16 et 23). Que ce soit la stabilité du cadre ou l'élimination semble-t-il complète des variations lumineuses de l'image, la fluidité de l'image est elle aussi plus qu'impressionnante et soutient d'autant plus l'indéniable confort de visionnage offert par cette nouvelle restauration.

Cela n'empêche pas de nombreux passages de rester abîmés, et rares sont les passages ne montrant plus aucune poussière, rayure (capture 5), saute d'image ou autre défaut. Certains éléments se reconnaissent d'une séquence à l'autre par des griffures en forme de trident, tandis que 20 bonnes minutes en fin de 4ème époque montrent des défauts chimiques cycliques sur le bord droit du cadre (capture 51) et on trouve même un photogramme griffé d'un énorme "1916" ! L'utilisation de sources très diverses se voit aussi parfois, même si la création d'un système de fondus enchaînés (pour que les transitions soient moins brutales) réduit considérablement cet effet. Au final, outre l'utilisation d'un contretype 16mm lors de la scène dite de l'enterrement de la locomotive (2ème époque, captures 27 et 28) et dont la qualité est nettement inférieure, c'est surtout dans la gamme de gris que les sources inférieures se repèrent (captures 13, 17 et 41), à cause d'un contraste plus agressif que le reste du film. Cependant, l'ensemble est effectivement fortement aidé par ces fondus, qui permettent d'obtenir une expérience visuelle plus fluide et très impressionnante, même si on pourra légitimement trouver que les 3ème et 4ème époques paraissent un peu plus endommagées. On notera aussi que les intertitres sont de qualité variable, certains ayant du être refait (ils sont bien plus stables et portent un petit sigle en bas à droite "FJSP" pour Fondation Jérôme Seydoux Pathé - capture 14) tandis que d'autres d'origine sont un peu moins nets (capture 6) ou impactés par les défauts chimiques touchant le film (capture 53).

Reste enfin l'étalonnage du film, ayant là aussi fait l'objet de plusieurs essais pour retrouver les bonnes teintes, virages, mordançages et autres coloris au pochoir d'origine. Il nous est impossible de dire évidemment si le travail effectué est juste, mais le résultat est en tout cas très beau à voir, avec des teintes plutôt cohérentes tout au long du film (le bleu nocturne notamment). Plus généralement, on pourra juste trouver que certains passages paraissent un peu ternes au-delà de l'état des éléments (captures 12, 25 et 38 par exemple), mais le tout semble adéquat l'immense majorité du temps (captures 8, 16, 22, 40 ou 55) offrant une palette fine et nuancée (hormis, donc, sur les sources inférieures au contraste agressif).

Le film, réparti sur 3 Blu-rays double couche, ne souffre d'aucun souci d'encodage.

 

Au final, on ne peut qu'applaudir l'admirable travail effectué tant il force le respect et s'avère régulièrement impressionnant.

 

NB : les captures 1 à 15 sont tirées du prologue et de la 1ère époque, les captures 16 à 31 de la 2ème époque, les captures 17 à 44 de la 3ème époque et les captures 45 à 56 de la 4ème époque.

...et une piste musicale 5.1 l'accompagnant parfaitement.

Comme pour l'image, la musique de La roue a fait l'objet d'une reconstruction, supervisée ici par Bernd Thewes et à partir des 117 morceaux listés par Paul Fosse. Seuls 5 morceaux n'ont pas pu être retrouvés et ont été remplacés par d'autres compositions. Cette 'nouvelle" bande sonore a été enregistrée lors de l'avant-première mondiale à Berlin le 14 septembre 2019, au cours d'un ciné-concert de l'Orchestre Philarmonique de Berlin dirigé par Frank Strobel. Il est proposé en 5.1 (notre format de visionnage) ainsi qu'en 2.0.

La restitution de ce nouvel enregistrement est (comme attendu) excellent. L'ensemble possède en effet une rondeur, une dynamique et une ampleur impressionnantes et très agréables à l'écoute. Alternant segments intimistes et envolées puissantes, la musique s'avère parfaitement soutenir les visuels du film sans que la piste 5.1 ne défaille. L'ouverture du champ sonore se fait sans spatialisation particulièrement audible cependant, mais permet un enveloppement du spectateur appréciable et confortable. Bref, d'excellentes conditions d'écoute.

Suppléments

Les 3 Blu-rays du film sont accompagnés d'un Blu-ray dédié aux bonus vidéo :

  • La roue, un chef d'oeuvre restauré (31 min 16, 1080i) : documentaire sur le film et sa restauration (diffusé sur Arte le 29/10/2019)
  • Autour de La Roue (8 min 49, 1080i restauré) : making of d'époque (si si) du film réalisé par Blaise Cendrars
  • Comparaison avant / après restauration de l'image (4 min 59, 1080i)
  • Scènes coupées (6 min 31, 1080p)
  • Archives : L'occupation de la Ruhr par les troupes françaises en 1923 (3 min 47, 1080p)
  • Extraits d'interviews avec Abel Gance dans L'histoire du cinéma par ceux qui l'ont fait (7 min 12, 1080i restauré, 1974) et Cinéastes de notre temps (6 min 34, 576i, 1964)

Ces suppléments vidéo sont complétés par un fascinant livret de 140 pages, principalement consacrées aux "cahiers de restauration" de François Ede. Avec plus de 100 pages de texte, le livret s'articule ainsi :

  • 2 pages d'introduction de Sophie Seydoux sur le projet
  • 90 pages de "Cahiers d'une restauration" par François Ede, où il détaille d'abord le film (sa production, son tournage, ses multiples montages) puis le travail de restauration en lui-même (recherche et inventaire des éléments, vérification des montages, étude technique des éléments, puis enfin les choix techniques de restauration)
  • 4 pages où Céline Ruivo et Caroline Fournier reviennent sur la collaboration entre les Cinémathèques suisse et française
  • 12 questions à Bernd Thewes (en charge de la reconstruction de la musique) (8 pages)
  • 3 pages listant les compositions musicales utilisées pour le film

Les notes

Piste 1 (VO) Audio Vidéo
Version Musicale 11.5 11.5 / 12 10 / 12
Verdict Bonus Artistique
21.5 / 24 Dans les règles Un très bon moment en perspective.

Les screenshots

Par Rémy Pignatiello

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