INTERVIEW On a fait un Skype avec Bryan Cranston !

On a fait un skype avec Bryan Cranston !

C'est avec un Bonsoir, comment ça va ? chaleureux (et en français s'il vous plaît !) que Bryan Cranston nous accueille dans sa maison. Non, nous n'avons pas pu faire le déplacement jusque chez lui, mais les merveilles de la technologie d'aujourd'hui font que nous avons pu interviewer Bryan Cranston à distance pour la sortie de Dalton Trumbo, biopic sur le célèbre scénariste qui fit partie des Dix d'Hollywood, et incarné par Bryan Cranston dans ce film attendu mercredi prochain en France. L'acteur a chaleureusement accepté de répondre à nos questions par écrans interposés, parlant largement de Trumbo mais aussi de Better Call Saul au passage.

 

Que saviez-vous de Dalton Trumbo avant de vous préparer à l'incarner ?

Je le connaissais de nom, je savais qu'il avait figuré sur la Liste Noire et qu'il avait écrit Spartacus. Je ne savais pas qu'il avait fait de la prison par contre. J'ai dû faire beaucoup de recherches sur lui, j'ai parlé à ses filles, lu des biographies, regardé des vidéos, j'ai vraiment fait un gros travail de recherche.

Jay Roach, qui est connu pour avoir une certaine culture politique des États-Unis, vous a-t-il aidé à mieux comprendre le contexte du film ?

Le travail avec Jay est vraiment fantastique, on s'entend très bien, on a tourné un autre film ensemble (All the Way dans lequel Cranston incarne le président Lyndon B. Johnson – NDLR). Il est vrai que le contexte de Dalton Trumbo est important, nous avions tous la curiosité et l'envie de faire ce film mais évidemment, pour que le spectateur puisse comprendre toute la complexité de cette époque, il a fallu couper des scènes, supprimer des personnages, simplifier l'intrigue. Ce sont toujours les décisions les plus difficiles à prendre, d'ailleurs. La recherche est quant à elle passionnante, le film se déroulant à une époque très sombre de notre histoire où des gens qui n'avaient commis aucun crime pouvaient aller en prison.

Pensez-vous que le discours que fait Trumbo à la fin du film est un discours pour clamer sa victoire personnelle ou une victoire plus vaste ?

C'est une retranscription exacte du discours qu'il a réellement donné quand il s'est vu décerner sa récompense à la Writers Guild of America en 1970. Avec ce discours, il a voulu laisser la haine et le ressentiment de côté pour signifier que cette période ne peut être oubliée mais qu'il faut aller de l'avant. Il aurait pu critiquer vivement ceux qui s'en sont pris à lui mais il a préféré faire autre chose. Ce discours a d'ailleurs été critiqué, y compris par sa femme car il laissait ses ennemis s'en sortir. Mais c'est ce qu'il disait, il n'y a eu ni héros ni méchants durant cette période, seulement des victimes.

Pensez-vous justement que des gens comme Hedda Hopper ou John Wayne, fermement opposés à Trumbo, peuvent être considérées comme des victimes de cette période trouble ?

Oui, bien sûr. Le temps parle pour nous et il est aujourd'hui facile de voir plus clairement ce qu'il était bon ou mauvais de faire, mais à l'époque, c'était beaucoup plus flou. Je pense que tous ceux qui ont donné des noms, qu'ils se soient excusés ou non, ont le droit d'être compris. Vous savez, Trumbo aurait pu mentir devant la HUAC (commission visant à déceler les activités antiaméricaines - NDLR) et nier son appartenance au parti communiste. Il aurait pu dire qu'effectivement, il en avait été membre mais que c'était une erreur, qu'il regrettait. Mais une fois que les gens disaient ça pour être tranquilles, on leur demandait toujours de dénoncer d'autres gens, c'était le seul moyen pour que la commission vous laisse ensuite tranquille. Je pense que c'est la limite. On peut mentir pour ne pas aller en prison mais impliquer d'autres personnes, c'est scandaleux. La HUAC avait des agissements similaires à la Gestapo, elle encourageait la délation, elle enlevait aux hommes toute dignité. J'espère que nous ne vivrons plus jamais une période aussi sombre.

Vous avez mentionné les filles de Trumbo que vous avez rencontré pour préparer le rôle. Dans quelle mesure ont-elles aidées ? Quel regard ont-elles eu sur le film ?

Elles ont énormément aidé. Cela devait être dur pour elles mais leur regard était une grande source de pression. Très tôt, je leur ai dit que je ne voulais pas imiter leur père, que je voulais être sincère dans mon interprétation et que j'avais besoin de leur aide. Elles m'ont aidé pour le rôle mais elles ont fait beaucoup plus, notamment en lisant le scénario et en donnant des notes dessus.

Pensez-vous que les Dix d'Hollywood ait changé l'industrie du cinéma ?

Oui bien sûr. A l'époque, Hollywood était divisé entre libéraux et conservateurs. Les libéraux sont devenus plus nombreux par la suite et c'est peut-être subjectif mais j'ai l'impression que les libéraux ont été plus créatifs. En tout cas, maintenant, nous sommes plus ouverts aux opinions différentes des nôtres, c'est important.

Vous aviez dit en parlant de la fin de Breaking Bad, Don't cry because it's over, smile because it happened (ne pleurez pas parce que c'est terminé, souriez parce que c'est arrivé), est-ce votre ressenti sur Dalton Trumbo ?

Oui. Plus je vieillis et moins je suis matérialiste. Ce qui m'intéresse le plus, ce que j'apprécie le plus, c'est l'expérience. ''Ne mets pas de côté cette très bonne bouteille de vin pour une occasion spéciale, ouvre-la car c'est maintenant l'occasion spéciale''. J'aime cette expression car c'est important de vivre l'instant présent. Sur Breaking Bad, j'ai eu six merveilleuses années mais il a fallu passer à autre chose. Ce n'est pas grave. Être acteur est un boulot génial, on se glisse dans la peau de plusieurs personnages. C'est l'occasion de faire des recherches sur un personnage, son environnement, son époque. J'aime cette variété, j'aime l'expérience que cela procure.

Vous êtes acteur mais vous êtes également passé derrière la caméra (pour des épisodes de Malcolm et Breaking Bad mais également un film intitulé Last Chance en 1999). Que préférez-vous ?

J'aime beaucoup réaliser, c'est plus dur que de jouer. En tant qu'acteur, on se concentre sur le personnage, mais en tant que réalisateur, on doit penser à tout : aux personnages, à la mise en scène, à la technique... Il faut aimer les puzzles pour réaliser, c'est difficile. Il faut donc savoir assembler les pièces d'un immense puzzle sans voir l'image finale de ce que ça donnera. C'est dur mais j'aime ça, j'y retournerai à l'occasion.

Quelle est selon vous la responsabilité d'un artiste ?

Je pense qu'un artiste se doit avant tout d'être honnête. On n'a pas besoin d'être un mentor pour les autres ou d'exprimer des opinions politiques, c'est la sincérité dans le travail qui compte. Mais avec la notoriété, nos opinions sont plus largement entendues donc s'il faut défendre une cause pour le bien de tous, on peut le faire.

Regardez-vous Better Call Saul ?

Bien sûr. J'aime beaucoup. C'est une série qui se déroule dans un univers qui m'est très familier mais les histoires sont différentes. Ce n'est plus à propos de Walter White mais de Jimmy McGill. Je peux donc la voir d'un œil frais, j'aime regarder cette série en tant que simple fan. Je supplie d'ailleurs Vince Gilligan de ne rien m'en dire !

Si Vince Gilligan vous appelle pour que Walter White apparaisse dans Better Call Saul, vous diriez oui ?

Je lui dirai oui avant même qu'il ne finisse sa question. Je dois beaucoup à Vince.

 

Propos recueillis le 18 avril 2016.

Alexandre Coudray

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Commentaires des membres : On a fait un Skype avec Bryan Cranston !
Syl20

Syl20 le 25/04/2016 à 16:29

Merci pour cette interview. Que d'évolutions depuis Malcom, et déjà nominé aux Oscars. Sacré Walter White!