INTERVIEW Le Garçon et la Bête : rencontre avec le producteur Yuichiro Saito

Le Garçon et la Bête : rencontre avec le producteur Yuichiro Saito

Si le réalisateur Mamoru Hosoda n'a pas pu venir à Paris défendre son dernier film Le Garçon et la Bête cette semaine, c'est son producteur Yuichiro Saito qui a fait le voyage. Retro-HD a profité de l'occasion pour le rencontrer, découvrant au passage un homme élégant et très aimable. Quand on rentre dans la pièce, Yuichiro Saito s'étonne de notre jeune âge et s'émerveille sur Paris et son esprit artistique. L'homme, loin des clichés du producteur au gros cigare et aux manières vulgaires, se montre prévenant, instaurant rapidement un climat serein dans la salle. Répondant aux questions avec une gentillesse non feinte, il semble tout faire pour nous mettre à l'aise. En interview, peu de personnes se soucient de faire du bruit parasitant l'enregistrement vocal. On en a vu certains sur leur téléphone, on en a vu d'autres poser violemment leur tasse de café sur la table de verre en face d'eux. Yuichiro Saito est un homme à part, le genre qui met une multitude de secondes à reposer délicatement son verre d'eau sur la table sur laquelle notre dictaphone est posé simplement pour ne pas déranger. Retour sur une rencontre en toute sérénité :

 

Vous produisez des films d'animation. Était-ce votre volonté dès le début ?

Quand j'étais collégien, c'est vrai que le monde du divertissement et plus particulièrement le monde des films d'animation me faisait rêver. Très honnêtement, je voulais devenir réalisateur de films d'animation, j'aimais beaucoup les films de Hayao Miyazaki et de Isao Takahata et je voulais devenir comme eux. Très tôt, j'ai commencé à travailler dans le monde de l'animation, non pas en tant que réalisateur mais au sein d'un studio. J'ai fini par rencontrer des réalisateurs jeunes mais talentueux, dont Mamoru Hosoda. Le premier réalisateur avec lequel j'ai travaillé est Gisaburō Sugii (réalisateur de Train de nuit dans la Voie Lactée). A l'époque où je travaillais au studio Madhouse, j'ai tellement fréquenté de jeunes réalisateurs talentueux que j'ai vite réalisé que comparé à eux, je n'aurai jamais la chance de pouvoir en faire autant qu'eux. Mais en tout cas, je voulais travailler dans le milieu de l'animation.

A quand remonte votre rencontre avec Mamoru Hosoda ?

La première fois que je l'ai rencontré, c'est au moment du projet de La Traversée du Temps (2006). Le fondateur du studio Madhouse pour lequel je travaillais m'avait proposé de m'occuper de ce projet de Hosoda. Hosoda allait quitter le studio Toei pour réaliser La Traversée du Temps et c'est ainsi que le fondateur de Madhouse me l'a fait rencontrer. La première fois que j'ai vraiment travaillé avec lui, c'était en parallèle de La Traversée du Temps, sur le générique de début d'une série d'animation. Cette série télé n'a pas été produite par Madhouse mais le fondateur du studio voulait aider un autre studio, aujourd'hui disparu, avec ce projet et il voulait que j'apprenne à travailler avec Hosoda avant de me lancer dans un long-métrage avec lui.

Vous travaillez avec Hosoda depuis La Traversée du Temps, comment se passe la collaboration avec lui ?

Nous avons bien évidemment des relations de réalisateur et de producteur. Hosoda, qui est le réalisateur, est celui qui fait les films. A chaque fois, il essaye de trouver des nouveaux motifs, des nouveaux thèmes, des nouvelles façons de s'exprimer. Et il essaye de faire des films que l'on peut partager avec le public du monde entier. Quant à moi, en tant que producteur, j'essaye de rendre le désir du réalisateur possible. J'essaye de lui créer le meilleur environnement possible pour qu'il fasse son film, de trouver la meilleure forme possible pour présenter le film, en terme de promotion. J'essaye aussi de constituer l'équipe de la réalisation du film pour aider le réalisateur à faire ce qu'il veut et j'accompagne le film jusqu'à la fin, non seulement pour le présenter au Japon mais également dans le monde entier. Nos tâches sont très partagées. Mon travail est simplement de l'aider à réaliser son film.

Comment en êtes-vous venu à la création du studio Shizu ? (studio produisant les films de Hosoda depuis Les Enfants Loups, Ame et Yuki)

Hosoda et moi-même avons les mêmes convictions et les mêmes motivations. Tous les deux, nous avons le désir du challenge dans le cinéma d'animation et pour cela, on ne voulait plus être dépendants d'autres personnes. Il est sûr que nous avons besoin de l'aide des autres mais il fallait que tout soit de notre initiative, on voulait prendre plus de responsabilités, par rapport à nous et au public aussi. A l'époque des Enfants Loups, Hosoda traversait une mauvaise passe. Durant Summer Wars (2009), sa mère est décédée. Il pensait beaucoup à elle et il avait aussi beaucoup de mal à avoir un enfant. Sa femme et lui faisaient beaucoup de traitements pour qu'elle puisse tomber enceinte, ses parents n'étaient plus là, il se sentait seul. Je voulais faire quelque chose pour lui avant qu'il ne puisse réaliser Les Enfants Loups qui est un projet très personnel et très pur. Je voulais créer une structure pour lui, je ne voulais donc pas faire ce film au sein de Madhouse, il fallait une structure plus petite, plus personnelle.

Comment en êtes-vous arrivé au projet du Garçon et la Bête ?

Hosoda a eu l'idée du Garçon et la Bête dans la continuité des Enfants Loups. Comme je viens de vous l'expliquer, Les Enfants Loups est né de ses sentiments envers sa mère et de son désir d'avoir un enfant. La chance est arrivée car juste après la sortie du film, Hosoda a enfin pu devenir père d'un petit garçon. En observant son fils grandir, Hosoda s'est posé beaucoup de questions sur l'avenir de son enfant, puis sur celui de tous les enfants du monde. Il s'est dit que ces enfants rencontreront beaucoup de difficultés et d'obstacles dans leur vie mais qu'il fallait absolument les encourager pour qu'ils puissent franchir tous ces obstacles. Son souhait est que les enfants ne regrettent pas d'être nés, qu'ils se sentent heureux. Avec toutes ces questions sur ce que la société des adultes peut et doit faire pour ces enfants, il a eu l'idée du Garçon et la Bête.

Avez-vous un nouveau projet avec Mamoru Hosoda ?

Oui bien sûr, Hosoda a déjà commencé à réfléchir sur son prochain film. On a commencé à en discuter.

Selon vous, quelle est la bonne définition d'un producteur ?

La définition d'un producteur est différente selon les films, selon les auteurs, selon les producteurs eux-mêmes et même l'ADN avec lequel on est né. Je ne peux pas vraiment donner la bonne définition d'un producteur mais en ce qui me concerne, je pense qu'être bon producteur, c'est de savoir décider d'être prêt d'affronter les obstacles pour faire des bons films, d'assumer tout ce qu'il faut faire pour les films et de ne pas avoir peur des défis. C'est en tout cas ça d'être bon producteur pour moi.

 

Propos recueillis le 13 janvier 2016. Un grand merci à Jessica Bergstein-Collay et Robert Schlockoff

Alexandre Coudray

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