INTERVIEW : Code Momentum : rencontre avec Olga Kurylenko


Code Momentum : rencontre avec Olga Kurylenko

Attendu en sortie E-Cinéma le 13 novembre prochain, Code Momentum est un thriller sans prétention mais très efficace dans lequel on retrouve une Olga Kurylenko en grande forme physique. Après avoir épaulé Daniel Craig, Tom Cruise ou encore Pierce Brosnan dans plusieurs films, voilà que l'actrice trouve un rôle principal musclé, se retrouvant en tête d'affiche pour la première fois depuis longtemps. Alors qu'Olga Kurylenko est venue promouvoir le film à Paris le 26 octobre dernier, Retro-HD et certains de ses confrères ont profité de l'occasion pour lui poser quelques questions sur le film et sur sa carrière. Questions auxquelles l'actrice, aussi séduisante à la ville qu'à l'écran, a bien voulu répondre avec gentillesse et disponibilité.

Avec Code Momentum, on vous retrouve une fois de plus dans un film d'action. Vous prenez plaisir à être une action girl ?

J'ai toujours pris du plaisir à faire des films d'action, c'est super fun à faire. Je pense qu'avec les comédies, ça fait partie des genres les plus funs à faire même si c'est différent. Mais dans les films que j'ai fait précédemment, je n'avais pas autant d'action à faire. Je pense que c'est dans Code Momentum que je suis le plus impliquée dans l'histoire et dans l'action. Il est vrai que je suis l'héroïne du film, ce que je n'ai jamais été dans un film d'action. Je fais pas mal de cascades, beaucoup plus que dans les autres films.

Qu'est-ce que ça fait de porter un film sur ses épaules ?

Ça donne une grande responsabilité. Je m'en rendais compte mais ça reste un plaisir. C'est excitant, c'est un bon challenge. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai accepté de faire le film, parce que j'étais l'héroïne et pas le personnage secondaire. C'était plus intéressant pour moi. Et ce sont des rôles qui sont généralement offerts aux hommes, peu de personnages féminins deviennent des héroïnes d'action. C'est tellement rare.

Vous n'avez pas eu trop de pression ?

Ah si j'en ai eu, c'est une pression, on a envie de bien faire. Surtout que généralement ce sont les hommes qui incarnent ces personnages-là donc j'avais envie d'être à la hauteur d'un homme qui aurait interprété le rôle. Les hommes sont plus forts physiquement, pour une femme c'est moins évident mais c'est moins courant. On ne voit pas souvent une femme battre des hommes avec autant de facilité. Mais j'ai vu de bons exemples, j'ai travaillé avec Tom Cruise, Daniel Craig, Pierce Brosnan. Je les ai tellement observés, je me suis bien baignée dans ce jus de films d'action, j'arrive à comprendre comment ça marche. J'ai vu la persévérance nécessaire qu'il fallait pour être convaincant à l'écran, il faut être précis et rapide pour que ça marche à l'image. Ça m'a aidé de travailler avec ces acteurs et d'essayer de faire comme eux.

Vous avez fait beaucoup de films d'action, ce sont des choix ou des opportunités ?

C'est des opportunités. Mais que j'aime beaucoup faire. Mais ce sont des opportunités. Le premier film que j'ai fait, c'était L'Annulaire (Diane Bertrand, 2005) donc c'était plutôt des films comme ça que je voyais dans ma carrière mais après il y a eu Hitman mais c'était par hasard. C'était surtout l'opportunité de faire un film en anglais, à partir de ça j'ai eu plusieurs propositions pour jouer dans des films d'action et à partir du moment où j'ai fait Quantum of Solace, c'était encore plus. C'est ce qu'on m'offre, grâce ou à cause de ce film et je ne suis pas contre du tout car c'est vraiment fun de tourner dans un film d'action. Les équipes sont sympas, on s'occupe de vous, on vous apprend des choses, on passe beaucoup de temps avec les cascadeurs, ce sont des gens qui connaissent tous les trucs et d'un seul coup, vous vous retrouvez à faire comme eux. Le corps c'est une machine très intéressante, on peut se voir accomplir des scènes de bataille très compliquées avec de l'entraînement et c'est génial de savoir que l'on est capables de faire ça, c'est gratifiant.

Justement, votre rôle de James Bond Girl dans Quantum of Solace, que vous a-t-il apporté ?

Plein de choses. C'est là où je me suis entraînée à faire des cascades pour la première fois, là où j'ai pris goût aux films d'action. A partir de ce moment là, les gens savaient qui j'étais. Ça m'a apporté la notoriété mondiale, la tournée mondiale que l'on a fait pour James Bond a été tellement énorme, c'était dur de ne pas me voir, j'étais un peu partout. C'est vrai que c'est après ce film que l'on m'a offert plus de rôles d'action. C'est normal, quand on vous voit dans un genre, on a tendance à vous offrir des rôles du même type et c'est sûrement pour ça que j'ai fait autant de films d'action. Ce qui n'est pas mal. Mais j'ai tout de même pu aborder d'autres genres. A un moment, j'avais peur d'être bloquée là-dedans. Après James Bond, on ne me proposait que ça et juste parce que je voulais alterner, j'ai refusé quelques films. Je ne voulais pas faire trop de films d'action, de temps en temps c'est bien mais en faire trop, ça me faisait peur. Maintenant, j'ai changé de point de vue. A l'époque, c'était le départ de ma carrière. Le départ c'est important. Maintenant que j'ai fait mes preuves en tournant pour Terrence Malick (A la merveille) ou Russell Crowe (La promesse d'une vie), ce n'est pas grave si je fais trois films d'action. Vous pouvez me dire que je fais beaucoup de films d'action mais vous ne pouvez pas me dire que je ne fais que ça, ma carrière en témoigne. J'ai l'impression que je peux me permettre plus de choses et être moins vigilante. Il faut quand même être vigilant mais il est vrai qu'avant, je m'inquiétais beaucoup plus que ça.

Comment vous est venu ce projet de Code Momentum ?

Ça m'a été offert par Stephen Campanelli que je connaissais car j'ai tourné Sept Psychopathes où lui était chef opérateur. Je ne sais plus quand c'est venu mais un jour il m'a écrit pour me dire qu'il réalisait son premier film et qu'il aimerait m'offrir le rôle principal. Ça m'a fait plaisir car c'est une responsabilité. C'est très important pour lui, c'est son premier film. Le fait qu'il me demande de faire ça, ça m'a touchée. C'est quelqu'un de génial, de très drôle, on a beaucoup rigolé sur ce film. Je pense que c'est le film où j'ai le plus rigolé, j'avais une bonne complicité avec le réalisateur. C'était vraiment sympa, on était comme des potes et James Purefoy a apporté une bonne touche d’humour britannique, on formait une bonne équipe.

La richesse de votre personnage, à la fois badass, sexy et drôle, vous a-t-elle convaincue d'accepter le rôle ?

Oui bien sûr, ça m'a plu. Évidemment, c'est super d'être une héroïne d'action et de faire toutes les cascades mais il faut bien un truc émotionnel auquel je peux m'accrocher. J'espère que les gens le verront. C'est une femme qui a commis des erreurs dans son métier, qui est responsable des vies qui sont perdues, on comprend qu'elle n'est pas parfaite mais en même temps elle est forte, elle avance. Mais elle commence le film par un acte criminel en braquant une banque, c'est pas très good girl ça. J'aimais bien ça, ses conflits, elle n'est pas parfaite, elle est un peu badass, elle a été perdue à un moment mais dans le film elle essaye de se mettre sur le droit chemin, d'arrêter les conneries quoi.

Comment s'est passée votre préparation physique ?

Ça a été très intense et difficile puisque mon corps subit un choc. Je ne m'entraîne pas dans la vie de tous les jours. Du coup, le fait de s'entraîner intensivement pendant deux mois fait subir un choc au corps. Au départ, on a une fatigue très puissante qui arrive. Les deux premières semaines étaient très fatigantes mais après on se remet vite. J'ai fait de la gym, j'ai travaillé avec des cascadeurs, je faisais des arts martiaux.

Ça a duré combien de temps ?

J'étais arrivée deux semaines avant le tournage donc pendant deux semaines c'était tous les jours ce qui n'est pas très long d'ailleurs. Sur James Bond, on s'entraînait un mois avant de commencer le tournage. Là on n'avait pas le temps, je suis arrivée sur ce film alors que je venais de tourner trois mois en Espagne. Pendant les deux mois de tournage, c'était également tous les jours. Dès que j'avais un moment de libre, je m'entraînais. Vu que j'étais aussi sur le plateau, je faisais ça à la fin de la journée, c'était plus difficile mais en même temps, c'est ce qui me plaît. C'est un challenge, j'aime faire subir ça à mon corps, c'est une manière de faire des choses que je ne ferais pas forcément tous les jours.

Vous avez eu des doublures ou vous avez fait beaucoup de cascades vous-mêmes ?

Il y a toujours des doublures sur ces films, pour des scènes dangereuses que les assurances n'autorisent pas. Mais le but c'est toujours de faire le plus possible soi-même. Si je fais un film d'action et que quelqu'un d'autre fait tout à ma place, ça ne sert à rien. Dans Code Momentum, j'ai presque tout fait moi-même à part des scènes sur la moto, quand on la voit de loin et qu'elle va à 200 à l'heure. Je sais faire de la moto mais doucement. J'ai fait des débuts et des fins mais pas tout en moto. Mais le reste, j'ai tout fait, j'adore faire le combat. Les conduites de voitures aussi, il y a juste une scène où ce n'était pas moi qui conduisait car c'était compliqué pour le plan voulu, la caméra cachait ma vue.

Vous parlez très bien français. Pourquoi ne pas avoir des projets de films en France ?

On me propose des rôles de temps en temps, c'est vrai qu'il n'y en a pas beaucoup. Les gens ne doivent pas forcément penser à moi. Vu que je ne suis pas française, enfin je suis naturalisée française mais vu que je ne suis pas née française, peut-être que... je ne sais pas, il faudrait leur demander. Mais quand on me propose des rôles, ce n'est jamais aussi bien que ce que j'ai en anglais. J'aimerais beaucoup retourner en français mais il n'y a pas de truc pour lequel j'abandonnerai mes autres projets. Je vois des bons projets français mais on ne me les a pas proposé, sinon oui je les aurai acceptés. Mais ce que l'on me propose, c'est moins bien. Si je fais un film en France, je veux faire un bon film ou tout du moins un film qui m'intéresse. Enfin rien n'est sûr à l'avance vous savez. Je peux lire un scénario qui me touche et accepter le rôle mais le résultat, on ne le contrôle pas. Il m'est arrivé d'adorer un scénario puis de voir le film et de me dire que finalement ce n'est pas ça que j'imaginais. Ce qui arrive à tout le monde je pense. Mais en tout cas, Diane Bertrand avec qui j'ai tourné L'Annulaire aimerait bien retourner avec moi. Elle a un projet et elle recherche actuellement le financement. Dès que c'est un petit film d'auteur, c'est très dur. Les films qu'on me propose ici, ce sont des petits films que j'adore mais ce sont les plus durs à financer. Dès qu'elle trouve le financement, j'espère tourner avec elle. Il y en a d'autres aussi mais j'attends, on verra bien.

D'ailleurs, quels sont vos futurs projets ? Allez-vous continuer les films d'action ?

Oui sûrement. Il y en aura bien un autre qui va venir et je vais l'accepter. Code Momentum finit avec la possibilité de continuer donc on verra bien, ça dépend de comment il marche. Sinon, le prochain qui va sortir, je l'ai tourné avec Giuseppe Tornatore et c'est un drame. Je joue une étudiante en astrophysique, c'était donc une préparation totalement différente. C'est un film en anglais avec Jeremy Irons, une histoire d'amour entre cette étudiante et son professeur, rien à voir avec l'action. C'était très sympa de le faire, on l'a tourné en Italie, un peu en Angleterre. C'est ce qui sort en tout cas, après je ne sais pas encore ce que je vais faire.

C'est donc sur cette note que nous avons dû quitter Olga Kurylenko qui semble jongler avec une certaine aisance entre films d'action et films plus intimistes (on attend désormais de pied ferme ce nouveau film de Tornatore après le sublime The Best Offer) et qui pose un regard sur sa carrière non sans humour et sans lucidité. S'il est bien certain que Code Momentum ne marquera pas les esprits par son originalité, il s’avérera un divertissement bien troussé et supérieur à celui que l'on attendait. Et surtout, il nous aura permis d'être face à Olga Kurylenko et à son regard hypnotique pour une belle rencontre.

 

Propos recueillis le 26 octobre 2015. Un grand merci à Aude Dobuzinskis et Nina Macchi.

Par Alexandre Coudray