INTERVIEW Enragés: Rencontre avec Guillaume Gouix.

Enragés: Rencontre avec Guillaume Gouix.

Pour la sortie d’Enragés, mis en scène par Eric Hannezo, en salles le 30 septembre, Retro-HD a eu la chance de rencontrer Guillaume Gouix, l’un des interprètes principaux du long-métrage. L’acteur incarne Sabri, le bras droit devenu chef de file d’une cavale sanglante. Impressions sur le personnage, le tournage et le cinéma français.

 

Vous êtes un féru de films de genre ?

Je suis un féru de cinéma à part entière. J’aime autant Fellini, Godard que Retour vers le Futur.

Enragés a été une découverte du genre ?

En tant qu’acteur, j’ai moins eu de rôles de ce type, c’est vrai. J’ai été catalogué au cinéma d’auteur français. Mais ce qui compte pour moi est que le réalisateur est une vraie proposition de cinéma, que ce soit une nécessité de cinéma et non un objet marketing quelconque à vendre des billets d’entrée en masse.

Vous connaissiez le film original Rabid Dogs réalisé par Mario Bava avant la réception du scénario ?

Pas du tout. Je connaissais un peu l’univers de Mario Bava, mais pas du tout le film.

Quelle fut votre impression à la fin de la lecture du scénario ?

L’impression d’un film qui ne débande jamais. Une impression de claustrophobie permanente, un film qui ne s’arrête jamais. Ça était un plaisir et j’ai été très heureux de faire le film. Le scénario s’est lu très vite avec cette impression de kiffe du cinéma, un véritable kiffe, hommage à la série B. Mon impression première a été son efficacité, ensuite j’ai imaginé le rapport à la violence gratuite à l’image de l’époque et la nôtre. La violence d’Enragés répond à notre époque, à sa réalité.

Quelle réalité vous avez ressentie ?

Une violence qui échappe, des personnages sur le fil de devenir violent. Ce n’est pas de grands voyous, ils font un braquo, mais on sent que c’est des ados avec des flingues à la main. Tout leur échappe comme des enfants. C’est des mecs qui se débattent avec leur violence et font ce qu’ils peuvent. C’est le seul film d’action où les balles ont un impact émotionnel. Même une balle dans une jambe les perturbe, leur fait mal. Le fait de sombrer dans la violence répond bien à la réalité d’aujourd’hui.

Comment avez-vous appréhendé le personnage de Sabri ?

Comme un mec qui a peur. Enragés est un film de groupe, il faut être à l’écoute, ne pas se concentrer sur sa propre performance. Le film ne fonctionne que si tout le monde est ensemble et joue ensemble. Il n’a pas de place à l’égo.

Comment l’avez-vous travaillé avec Eric Hannezo, le réalisateur ?

On a fait beaucoup de lecture, beaucoup de préparation avant le tournage. On a essayé de rendre Sabri le moins binaire possible, comme un adolescent effrayé. Ce n’est pas normal d’avoir un flingue comme ça entre les mains. Ils sont enragés sans rien maîtriser.

Ce qui reflète la séquence de la station-service ?

Oui, le reflet de la peur comme un animal avec cette impression de survie permanente. Après cet événement, il est perturbé, gratte une tache de sang sur son jean. Il y a véritablement eu un impact sur lui.

Sabri a des visions cauchemardesques, comme les autres par ailleurs. Que représentent-ils selon vous ?

C’est surtout le metteur en scène qui pourra en parler, mais c’est une forme de flashback mêlée à des poussées d’adrénaline leur faisant monter le sang au cerveau. Tout se mélange comme un mauvais trip.

Votre personnage est perpétuellement sous tension, en garde envers Vincent et Manu. Comment s’est déroulée votre collaboration avec Franck Gastambide et François Arnaud ?

Je ne suis pas un adepte de la méthode Actor’s Studio. Le tournage a été très ludique. Ce que nous avions à jouer était tellement dur qu’entre chaque prise, nous avions besoin de décompresser. On faisait les cons, on s’amusait comme de bons camarades et essayait de penser à autre chose.

Comment abordez-vous le genre au cinéma en général  ? C’est un style de cinéma qui vous attire, créer une curiosité, une envie chez vous  ?

Ce qui m’attire dans le cinéma est le fait de ressentir une vraie proposition de cinéma. Ça peut être tout et rien. Quand je sens que c’est viscéral comme des longs-métrages tels que Trouble Every Day ou À l’intérieur, ce sont des films avec avec une vision d’auteurs derrière. À ce moment-là, ça m’intéresse beaucoup.

Pensez-vous que le polar et le thriller peuvent retrouver leurs places d’antan en France ? Certaines sorties restent sans lendemain, comme des essais perdus.

Je l’espère... Les années 70/80 ont été des années fastes avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. Si on retrouve une certaine qualité et que le public répond présent, pourquoi pas. Il y a eu La French l’année dernière, L’Affaire SK1 ensuite qui était assez réussi. Il y a un mouvement de cinéastes qui ont digéré une certaine cinéphilie. Ce sont des trentenaires élevés au cinéma américain, ils ont une envie de genre. On a alors la chance d’avoir un cinéma riche, il y aura de la place pour tous.

 

Un grand merci à Paola et Camille (Guerrar & Co) pour cette rencontre.

Mathieu Le Berre

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