INTERVIEW Stephen Frears - rencontre avec le réalisateur de The Program

Stephen Frears - rencontre avec le réalisateur de The Program

Malgré plus de 40 ans de carrière, Stephen Frears est un réalisateur qui continue de nous surprendre. Après la jolie réussite de Philomena, le voilà qui met en scène The Program, un film nous racontant le parcours de Lance Armstrong, cycliste 7 fois vainqueur du Tour de France surtout connu pour s'être dopé durant une majeure partie de sa carrière. Biopic que son réalisateur ne considère pas vraiment en tant que tel, The Program a la particularité de nous montrer son personnage principal sous un jour peu reluisant avec beaucoup de défauts et peu de qualités. Portrait de Lance Armstrong aussi bien que du milieu du cyclisme, le film est attendu en salles le 16 septembre avec un Ben Foster méconnaissable en tête d'affiche. Retro-HD et certains de ses confrères ont d'ailleurs eu la chance de parler de The Program directement avec Stephen Frears lors de son passage à Paris il y a quelques jours. Retour sur une rencontre avec un grand cinéaste qui est également un homme de peu de mots :

Comment en êtes-vous arrivé à réaliser The Program ?

J'avais lu la critique d'un livre écrit par Tyler Hamilton. Hamilton avait été dans l'équipe de Lance Armstrong et s'était dopé avec lui. Mais il s'est dégagé de l'emprise de Lance et il a décidé d'écrire un livre à ce propos. Rien qu'en lisant la critique de ce livre, j'ai trouvé que c'était une histoire intéressante.

Ce qui est intéressant avec Lance Armstrong, c'est que c'est à la fois un héros et un anti-héros et vous ne le jugez jamais dans le film. Est-ce là le cœur de l'histoire que vous vouliez raconter ?

Oui bien sûr, il est les deux à la fois. Quand il s'est remis de son cancer, il a levé 100 millions de dollars pour cette cause. Comment condamner un homme qui a fait ça ? Mais il a aussi triché. Et plus important encore, il a martyrisé des gens et menti. Qu'il se droguait, ça ne me dérange pas, je pense que c'est un de ses problèmes les plus mineurs.

Comment avez-vous découvert comment Michele Ferrari avait rendu le ''Programme'' possible avec ses recherches ?

Je ne sais pas, je ne m'en souviens plus. Quelqu'un a fait ces recherches bien sûr mais je ne sais pas comment ils ont découvert l'astuce des 49,9999 pour cent. Ça doit être écrit quelque part, sûrement dans les nombreux témoignages qui ont été recueillis durant toute cette affaire. Je ne sais vraiment pas comment Ferrari a fait pour trouver ce système indétectable mais ce n'est pas étonnant, il travaillait avec plein de gens, y compris des laboratoires.

Avez-vous rencontré des personnes impliquées dans le dopage pour faire le film ?

J'ai été aidé par David Millar pour la préparation du film. C'est un cycliste qui a fait plusieurs fois le Tour de France et qui a fini en prison. Vous savez, toute cette affaire a beaucoup fait rire les cyclistes. Ils connaissaient Lance et le dopage n'est pas vraiment un mystère dans ce milieu. Il suffit de regarder les bras d'un cycliste pour voir s'ils sont dopés ou non.

Avez-vous regardé le Tour de France pour vous préparer au tournage ?

Oui, c'est assez ennuyeux d'ailleurs.

Avez-vous rencontré le journaliste David Walsh ? A-t-il participé au processus de création du film ?

Le film est basé sur son livre, il est aussi impliqué dans le film qu'il veut bien l'être. Il sait tout sur ce milieu. Parfois, il était là, parfois non. Mais par courtoisie, on se référait souvent à lui, on vérifiait des informations avec lui.

David Walsh a-t-il vu le film ?

Oui, bien sûr. On m'a dit qu'il était très content du résultat.

Comment en êtes-vous venu à choisir Ben Foster pour le rôle de Lance Armstrong ?

J'ai cru en lui tout simplement. Ce n'était pas très difficile, c'était mon premier choix et je n'avais pas d'autre alternative.

Pouvez-vous nous parler un peu de sa préparation pour le rôle ?

Il faudrait lui demander. Je sais qu'il a perdu du poids et qu'il s'est entraîné pendant deux ou trois mois à être un cycliste professionnel. Tout ce que je voulais, c'est un acteur comme lui, en qui je pouvais croire.

Et Guillaume Canet, pourquoi l'avoir choisi pour le rôle du médecin Michele Ferrari ?

C'est une bonne question et c'est d'ailleurs amusant, tout le monde semble étonné par ce choix. Je me suis d'abord tourné vers lui parce que je n'arrivais pas à trouver d'acteur italien assez doué pour jouer en anglais. Quelqu'un m'avait suggéré Guillaume, je suis donc parti le rencontrer et je me suis dit qu'il serait très bien dans le rôle.

Tout au long de votre filmographie, on retrouve des personnages très forts qui vont souvent à l'encontre de leur moralité et de leur jugement, est-ce une thématique que vous appréciez particulièrement ?

Vous savez, je ne pense pas vraiment à ce genre de choses. C'est votre travail à vous de révéler ces thématiques et d'analyser les films.

Vous avez fait de nombreux biopics durant votre carrière...

Oui et d'ailleurs je déteste le mot, j'en ai honte.

The Queen...

Ce n'était pas un biopic, c'était simplement à propos d'une semaine de sa vie !

Pourquoi faites-vous autant de films à propos de personnages ayant existé ? Est-ce parce qu'ils montrent plus de réalité que les autres, qu'ils sont plus convaincants pour le public ?

Dans mon pays, on fait de plus en plus de films à partir de personnes ayant réellement existé. Maintenant, il serait plus dur d'être Cary Grant ou Audrey Hepburn, plus personne ne regarde le genre de films dans lesquels ils ont joué, ils ne reflètent pas la réalité. À mon avis, les films deviennent de plus en plus réalistes.

Avez-vous rencontré certaines difficultés lors du tournage ?

Oui, c'était un tournage assez épuisant. Les scènes de cyclisme avec tous les figurants n'étaient pas forcément évidentes à gérer et nous n'avions pas les moyens suffisants pour tourner dans toute la France, nous ne pouvions pas aller dans les Pyrénées par exemple. Pour réduire les trajets et gagner du temps, nous avons du utiliser au maximum les décors sur lesquels nous étions.

En réalisant The Program, vous vouliez parler de l'homme, du sportif, du dopage ou de l'histoire d'un mensonge ?

Un peu de tout ça à la fois. Ce qui ne m'intéressait pas, c'était de faire un biopic. Je voulais juste raconter cette histoire et ces faits très intéressants avec le sport désormais essentiellement dominé par l'argent.

Que saviez-vous de Lance Armstrong avant de faire le film ?

Pas grand-chose. Je connaissais son nom et je devais savoir qu'il avait gagné sept fois le Tour de France mais c'est tout. J'ai du tout apprendre pour le film.

Est-ce que Lance Armstrong a été impliqué sur le film ?

Pas à ma connaissance. Je ne l'ai jamais rencontré. Je ne voulais pas le rencontrer, je voulais avoir les mains propres. Mais peut-être y avait-il un complot secret dont personne ne m'avait parlé.

Pensez-vous qu'il a vu le film ?

Je ne vois pas comment il aurait pu mais peut-être. Il savait que le film se faisait en tout cas.

D'habitude votre style de mise en scène est très élégant, très lyrique. Pour The Program, vous avez adopté une mise en scène plus dynamique, plus sportive. C'était voulu avant le tournage ou cela est-il arrivé pendant le tournage ?

Je ne sais pas. Après coup, on revoit des images et on se dit ''J'ai fait ça ? C'est intéressant'' mais sur le coup, on n'y pense pas vraiment. Au final, le film se forge un peu par lui-même, on ne peut pas échapper à la logique de ce qu'il raconte. Tout se fait un peu malgré moi, je ne veux rien imposer au film. Ce que je sais, c'est que le tournage des scènes de Tour de France était ennuyant. Je ne veux plus jamais faire de plans hélicoptère montrant les fesses des gens.

Pourquoi la vie privée de Lance Armstrong est-elle si peu présente dans le film ?

Tout simplement parce que je ne la connais pas. Comment aurais-je pu savoir comment il est avec sa femme ? J'aurais pu l'inventer mais ça me semblait impertinent. Vous faites des films avec les morceaux d'histoires que vous connaissez, pas avec celles que vous ne connaissez pas.

Vous aviez tourné avec Dustin Hoffman dans Héros malgré lui, était-ce facile de le convaincre d'accepter un petit rôle dans The Program ?

Grâce à lui, nous avons pu tourner au Texas, vous savez. Nous n'aurions pas pu tourner là-bas sans lui. C'est un très bon acteur, un homme merveilleux, je l'aime beaucoup.

Et Jesse Plemons ?

Je ne savais pas ce qu'il avait fait avant de le rencontrer. Il est venu me voir à Toronto et il avait très faim. Je lui ai dit ''pas de chance, tu vas devoir commencer un régime maintenant.'' C'est quelqu'un d'extraordinaire.

Pouvez-vous nous parler un peu de votre prochain film, Florence Foster Jenkins ? (histoire d'une soprano des années 30-40 surtout connue pour son manque de justesse en chant et ses "couacs" et qui a récemment inspiré le Marguerite de Xavier Giannoli)

Tout ce que je peux dire, c'est que Meryl Streep est vraiment excellente dedans. Hugh Grant aussi d'ailleurs.

Comment espérez-vous que The Program soit reçu par le public ?

J'espère simplement que les gens penseront que c'est une histoire intéressante. Je ne suis pas plus ambitieux que ça.

 

Cinéaste à l’œuvre passionnante peu enclin à beaucoup parler de sa filmographie et à s'étaler sur son processus de création, Stephen Frears préférera laisser ses films parler pour lui. Rendez-vous donc en salles le 16 septembre pour découvrir The Program dont vous pouvez déjà découvrir la critique en cliquant ici.

Alexandre Coudray

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