INTERVIEW : Ole Giaever - rencontre avec le réalisateur de Natür Therapy


Ole Giaever - rencontre avec le réalisateur de Natür Therapy

Découvert en projection presse il y a déjà deux mois, Natür Therapy est sorti en salles depuis le 9 septembre. Racontant l'histoire de Martin, père de famille oppressé par sa vie et qui part en pleine nature norvégienne pour laisser divaguer le cours de ses pensées, le film est une invitation à l'introspection susceptible de parler à chacun de nous. Tourné dans des décors superbes et écrit avec intelligence et humour, Natür Therapy est de ces jolies petites surprises qui se laissent savourer. Retro-HD n'a donc pas laissé passer l'occasion de parler du film avec Ole Giaever, son réalisateur. Retour sur une rencontre où l'on parle de nature, de cinéma et de musique des années 80 :

Comment vous est venu l'idée du film ?

C'est un peu une combinaison de plusieurs idées et d'inspirations réunies. La première fois que j'ai concrètement eu l'idée de Natür Therapy était pendant le tournage de mon précédent film, The Mountain, tourné en pleine montagne avec seulement deux personnages. Je l'avais d'ailleurs réalisé car je n'avais pas beaucoup de budget et je devais faire avec les moyens que j'avais pour filmer l'histoire que je voulais raconter. Durant le tournage du film, je me suis demandé s'il était possible de faire plus simple et de simplement filmer un personnage dans la montagne. C'était la première idée qui a jeté la base de Natür Therapy. Puis j'ai commencé à réfléchir à ce qui pourrait rendre cette histoire avec ce personnage seul intéressante. C'est ainsi que j'ai pensé à la voix-off, cette voix-off qui nous plongerait dans les pensées du personnage de façon non-censurée, de manière qui serait amusante à écrire pour moi mais qui serait également amusante pour le public. Dans la plupart des films, la voix-off a sa conscience, elle sert à nous raconter une histoire, comme dans American Beauty. Moi, je voulais faire un film où le personnage ne sait pas que l'on peut entendre ses pensées. J'ai donc commencé à faire attention à la façon dont mes pensées changeaient par rapport à l'environnement qui m'entourait. Quand je suis en ville, mes pensées sont sans cesse interrompues par les gens, par les feux des passages piétons, par mon téléphone... Alors qu'en pleine nature, mes pensées s'enchaînaient de manière beaucoup plus fluide, comme si je m'enfonçais un peu plus loin dans mon subconscient. Je voulais donc faire un film où le personnage se retrouverait dans la nature pour voir ce qui pourrait lui arriver confronté à lui-même.

L'idée de la voix-off était donc là depuis le début ?

Oui, bien sûr, c'était ma toute première idée. Au début, je voulais que la voix-off soit présente tout le long du film. C'était le concept. Mais parfois le concept du film est en conflit avec l'histoire que l'on veut raconter. J'ai donc décidé de remplacer la voix-off par des images au fur et à mesure que le film avance. Je pense que c'était le meilleur moyen de montrer que plus le film avançait, plus on rentrait dans le subconscient de Martin. Les images représentent plus le subconscient que des mots.

Vous avez écrit le scénario. Était-ce dur de rentrer dans la tête de Martin ou vient-il beaucoup de vous même ?

Je pense qu'il y a une part de moi dans chaque personnage que j'écris. Mais ce n'est pas un film autobiographique pour autant. Il me fallait un personnage et un univers fictionnel. Je ne pense pas qu'il soit possible de faire dans l'autobiographique avec tout ce flot de voix-off qui parcourt le film, ce serait totalement impossible d'être complètement honnête à propos de ça. Afin d'obtenir ce flot de pensées non-censurées, il me fallait créer un personnage de toutes pièces. Mais j'utilise bien évidemment des éléments de ma propre expérience dans l'écriture, j'utilise même ceux de certains de mes amis pour m'aider à créer de la fiction.

Vous jouez également le rôle principal, celui de Martin. Est-ce parce que vous n'avez pas trouvé d'autre acteur prêt à courir à moitié nu en pleine nature ?

J'ai décidé de jouer Martin moi-même assez tard dans le processus du film. Quand je commence à écrire à propos du personnage, je m'imagine quelqu'un d'existant, en chair et en os. Ça peut être un acteur ou quelqu'un que je connais. Pour Martin, je commençais à m'imaginer moi-même tout en écrivant et en travaillant sur le personnage. Je me suis dit que c'était impossible et je me suis forcé à trouver quelqu'un d'autre à imaginer pour le rôle. Nous avons d'ailleurs tourné une sorte de teaser du film avec un autre acteur que moi et ça ne convenait pas tout à fait. L'acteur était bon mais je sentais que quelque chose n'allait pas. Je suis allé voir ma productrice en lui disant que je n'arrivais pas à imaginer quelqu'un d'autre que moi pour jouer Martin et alors que j'attendais un refus de sa part, elle s'est montrée très encourageante. J'avais déjà fait l'acteur dans des courts-métrages, ce n'était pas totalement nouveau pour moi. Jouer Martin m'a rendu très nerveux mais m'a également permis d'avoir une certaine énergie durant tout le tournage. J'ai donc demandé l'aide d'une co-réalisatrice pour me diriger durant mes scènes. Cela a également forcé l'équipe technique à prendre un peu plus de responsabilités et cela m'a forcé à leur faire confiance. Le fait que je joue le rôle principal a permis à l'équipe de s'investir un peu plus, je pense que c'est une bonne chose. Mais ce n'est pas une expérience que je réitérerai, j'ai hâte de revenir simplement à la réalisation.

Vous avez déjà réalisé The Moutain qui se déroulait également en pleine nature, est-ce que celle-ci vous inspire particulièrement ?

Oui, bien sûr. Quand on s'intéresse à la construction narrative et dramatique, on veut réussir à écrire des scènes où le personnage est face à lui-même et la nature est certainement le meilleure endroit pour cela. Vous ne pouvez pas vous cacher en pleine nature, vous ne pouvez pas allumer la télévision, vous ne pouvez pas aller au cinéma ou boire du café. La nature rend les personnages plus vulnérables, plus conscients d'eux-même, les force à être confrontés à eux-mêmes. Et puis j'aime beaucoup travailler dans la nature en tant que réalisateur, elle ajoute un élément de chaos que l'on ne peut pas maîtriser, contrairement au travail en studio. Cela nous forcé à être plus concentrés, plus inventifs, plus spontanés, surtout quand on doit remplacer une scène romantique se déroulant devant un coucher de soleil par une scène romantique tournée en pleine averse. Cela facilite également le travail avec les acteurs, on ne travaille pas en pleine nature de la même manière qu'on le fait en ville, cela permet d'avoir un travail plus fluide avec eux, on ne met pas autant de temps entre les prises parce que l'on n'a pas d'éclairage à régler, ils peuvent rester dans le personnage.

Comment se passent les tournages en pleine nature, l'équipe est-elle réduite ?

Relativement réduite, oui. Cela dépend du planning de la journée mais ça allait de dix à vingt personnes maximum. Parfois, l'équipe se composait simplement du cameraman et moi. Quand il commençait à se faire tard le soir et que tous les autres membres de l'équipe rentraient chez eux, il nous est arrivés de tourner quelques plans suivant la lumière, le décor. Mais c'est un tournage assez physique car l'on s'enfonce relativement loin dans la nature, cela force chaque membre de l'équipe à porter un gros sac d'équipement.

Le personnage de Martin est un peu le reflet de chacun d'entre nous. Est-ce votre but en tant que réalisateur de montrer l'être humain tel qu'il est, avec ses petites imperfections ?

Oui, c'est pour ça que je fais des films. C'est pour ça que j'aime le cinéma, la littérature ou la musique, c'est que je peux m'identifier à l’œuvre, quelque chose de sincère qui est capable de parler de moi. Je pense que le moyen d'atteindre les gens et de faire en sorte qu'ils s'identifient au personnage est de leur donner suffisamment d'espace pour qu'ils puissent contempler leur propre vie. La seule façon de le faire, c'est d'être le plus précis et le plus concret possible. Si on veut dire quelque chose d'universel, on doit tout spécifier. Je devais donc trouver un personnage et une histoire auxquels je peux m'identifier. Car si cela me touche, il y a une chance que cela touche quelqu'un d'autre puisque l'on est tous connectés en tant qu'êtres humains. On doit en être conscient lorsqu'on écrit un scénario ou lorsqu'on met en scène. C'était d'ailleurs le plus gros défi du film, d'être le plus honnête possible par rapport à ce qui peut se passer dans la tête d'un homme, sans trop intellectualiser les pensées, quitte à être un peu naïf et parler de sexe. La plupart du temps, on se contente de lutter dans notre propre vie, on ne pense qu'à soi et pas à tout ce qui se passe dans le monde.

Un grand moment du film est la course de Martin sur la chanson Forever Young d'Alphaville, cette chanson était-elle votre premier choix ?

Au début, je n'avais pas vraiment cette chanson en tête. Je voulais simplement une chanson qui datait des années 80, cette époque qui était un peu naïve pour tous les gens de ma génération. C'est comme si l'on allait toujours rester jeune, qu'il n'y avait aucun problème dans le monde. La famine en Afrique, on en a fait une chanson (We Are the World) et on pensait que ça allait régler le problème. Je voulais donc une chanson datant de cette époque, celle où Martin était jeune, que le futur était devant lui et qu'il pouvait rêver sa vie à venir. J'ai donc fait une shortlist des chansons que je trouvais pertinentes mais en tombant sur Forever Young, il m'a semblé que la chanson et ses paroles correspondaient parfaitement à la scène, ce n'était pas une décision très difficile.

 

En salles depuis hier, Natür Therapy est une bouffée d'air frais qui n'attend plus que son public pour trouver son envol. Si vous voulez d'ailleurs vous en convaincre, vous pouvez toujours retrouver la critique du film en cliquant ici.

 

 

Par Alexandre Coudray