INTERVIEW : Masters Of Cinema : entretien avec l'éditeur


Masters Of Cinema : entretien avec l'éditeur

A leur création en 2001, Masters of Cinema était un groupe de cinéphiles anglais ayant consacré de nombreux écrits à des réalisateurs renommés tel que Ozu, Tarkovsky, Bresson ou Dreyer et souhaitant les regrouper sous un même site web. En juin 2004, sous l’égide de Nick Wrigley, un des cofondateurs du groupe, l’initiative s’est étendue sous la forme d’une collection DVD, éditée en partenariat avec Eureka ! Entertainment. Le tout est clairement orienté premium patrimoine : des éditions DVDs léchées aux bonus abondants et aux copieux livrets pour des films tels que ceux de Mizoguchi, Murnau et Lang.

En 2008, Eureka ! prend intégralement le contrôle de la collection qui en profite pour passer au Blu Ray avec une édition du Mad Detective de Johnnie To & Wai Ka-fai. C’est en 2009 qu’elle retrouve son domaine de prédilection : le film de patrimoine, et notamment le cinéma muet. Et si Nick a quitté l’équipe en 2012, la collection n’a pas perdu le rythme pour autant puisqu’elle atteindra bientôt sa 130e édition Blu Ray (pour 134 éditions DVDs), avec à son bord la majeure partie de l’équipe d’origine. (NB : Craig Keller ne travaille plus pour Masters of Cinema depuis le 12 août 2015).

Pour en savoir plus sur la passion qui anime ce Criterion britannique du cinéma muet, nous avons posé nos question à Kevin Lambert, coordinateur de production pour Eureka ! / Masters of Cinema.

Bilan, organisation et identité éditoriale

  • Bilan : Vous êtes actifs dans l’édition vidéo depuis de nombreuses années maintenant. Qu’est-ce qui a changé dans votre travail récemment ? Quelles sont les évolutions auxquelles vous avez dû faire face et comment les avez-vous approchées ?

Je pense que le plus gros changement a été de se lancer dans le Blu Ray. Tout a changé quand cette merveille est apparue. Plus récemment, nous avons travaillé à tirer le meilleur parti de nos encodages et poussons vraiment les encodeurs dans leurs retranchements pour obtenir le plus possible du format. Shoah est un exemple représentatif : si vous regardez les débits vidéos des fichiers compressés, ils paraissent modestes, mais le résultat visuel en Blu Ray donne l’impression qu’ils ont été encodés à un débit deux fois plus élevé.

  • Projets : Quelle est la taille de l’équipe pour une sortie vidéo type (comme Paper Moon ou Computer Chess) ?

Croyez-le ou non, mais notre équipe est vraiment petite. L’équipe centrale de production n’est composée que de 3 personnes. Nous avons un département Relations presse et sorties en salles qui est géré par une seule personne. Ensuite, nous avons une personne pour les ventes, et un administrateur qui complète un peu chaque département.

  • Quel est la chronologie habituelle pour un projet d’édition : vous contactez les ayants droit, puis vous recherchez le matériel, etc. ?

La chronologie varie énormément d’un projet à un autre. En reprenant à nouveau l’exemple de Shoah, c’est un projet qui nous a pris un an et nous avons pourtant réussi à le finaliser à la toute dernière minute !

Le processus démarre avec l’acquisition des films : nous voyons des films dans des festivals, ou retrouvons les ayants droit d’une œuvre qui nous correspond, négocions les droits avec eux, et c’est là que les vrais amusements commencent… Le matériel fait habituellement partie de la négociation, mais il arrive que nous devions rechercher le matériel nous-mêmes. La passion de Jeanne d’Arc est un bon exemple de ce cas : c’est un négatif que nous avons récupéré, numérisé et restauré en 2K exclusivement pour notre édition.

Après cette étape, nous passons à la production des bonus et à l’authoring, qui sont habituellement une des étapes les plus rapides. Nous avons un groupe de personnes à qui nous faisons fréquemment appel pour participer à nos bonus vidéo et commentaires audio, et ils sont habituellement très rapides pour nous envoyer leurs travaux.

  • Quelle est la durée typique d’un projet d’édition ? Quelle est votre visibilité d’un point de vue du calendrier de sorties ?

Typiquement, nous travaillons activement sur une édition pendant environ 2-3 mois. Cela peut parfois virer au cauchemar logistique, particulièrement quand on essaie de prendre de l’avance. Par exemple, si nous voulons avoir finalisé une édition 3 mois avant sa date de sortie officielle, nous nous retrouvons à réfléchir un an à l’avance. Une telle avance peut parfois s’avérer effrayante.

  • Quelles ont été les bonnes et moins bonnes surprises ?

Les bonnes et mauvaises surprises, toujours une question difficile… Récemment, la meilleure bonne surprise fut l’incroyable facilité avec laquelle nous avons pu finaliser l’édition de Paper Moon : tout s’est fait en à peu près un mois et a roulé comme sur des roulettes.

À l’opposé, la pire surprise fut sur un film que nous voulions éditer, et dont nous avons reçu des ayants droit un master avec les sous-titres incrustés dans l’image. Malheureusement, comme ils n’avaient pas conservé un master sans sous-titres, nous avons dû annuler ce projet.

  • Accès aux catalogues : Il y a un certain éclectisme chez Masters of Cinema, où votre prédilection pour les films muets cohabite avec Le pont du Nord ou de nombreux films de Pasolini. À quels catalogues avez-vous facilement accès (Gaumont, par exemple) ? Difficilement accès (on sait que Sony par exemple est problématique) ?

La plupart des catalogues sont relativement faciles d’accès, faut-il encore pouvoir avoir les finances pour acheter les licences… Nous avons édité des films de la plupart des maisons de production de par le monde, mais à chaque fois, il a fallu aligner nos offres sur la valeur estimée par les ayants droit, et c’était ça ou rien. D’un autre côté, dépenser autant peut être une prise de risques s’il y a un problème.

Warner et Sony sont les plus difficiles à faire plier, mais nous parlons régulièrement avec eux et espérons que leur position change un jour. Les 2 studios ont des catalogues fabuleux et j’adorerais éditer des films en faisant partie, donc nous continuons nos efforts au cas où.

  • Identité du produit : Face à la fragilité actuelle du marché physique, certains éditeurs se sont orientés vers des produits Premium avec des combos BR + DVD + livre de 100 pages ou plus ou des éditions limitées qui stimulent les ventes dès les 1eres annonces (comme Arrow, le BFI ou Wild Side), ce qui n’est pas le cas de Masters of Cinema. D’autres ont choisi de sortir des titres à bas prix pour faire du volume plutôt que de la marge (Gaumont avec sa collection Découverte, notamment). Quel est votre point de vue sur ces 2 stratégies ?

Honnêtement, c’est toujours difficile d’évaluer la meilleure stratégie à adopter. Éditer un coffret limité numéroté comme seule édition d’un film limite le revenu total pouvant être généré, mais si les consommateurs les achètent, cela permet de recouper une grosse partie du budget dès les premiers jours. Cependant, une fois le stock épuisé, vous ne pouvez plus represser ce produit à cause de son aspect limité. À l’opposé, éditer des films à bas prix permet de générer des ventes grâce à ces prix, mais je ne sais pas quel peut être l’effet à long terme. Dans le cas de Masters of Cinema, je pense que nous sommes plus ou moins entre ces 2 stratégies.

  • Certains éditeurs (en Angleterre notamment) incluent des livrets dans leurs éditions, même standards. Comment les livrets impactent vos projets et leurs budgets ?

C’est une part importante du budget. Commissionner les écrits et faire imprimer les livrets augmentent clairement nos coûts de production, ce qui impacte de fait le prix de vente.

  • Vous avez édité pendant longtemps (environ 4 ans) de nombreux Blu Rays en Steelbooks, mais cela fait longtemps que vous n’en avez plus produit (hormis Metropolis). Pourquoi ?

Avec les Steelbooks, il y a toujours une taille de lot minimale de 4000 exemplaires, ce qui ne parait pas viable pour tous nos titres. Nous passons aujourd'hui plus de temps à réfléchir sur quels titres doivent être édités dans ce packaging afin d’éviter de traîner indéfiniment des stocks d’un Steelbook « édition limitée ». Nous n’avons donc pas totalement arrêté de faire des Steelbooks, mais limitons simplement la complexité de nos productions. Cependant, il y en a encore qui vont arriver…

  • Bonus : Quelle est votre approche vis-à-vis des bonus ? Comment choisissez-vous quel type de bonus produire (plutôt analytique ? rétrospectif ?) et leur quantité (« pour tel film, nous nous contenterons d’utiliser ce qui est disponible, pour tel autre nous allons créer une tonne de nouveaux suppléments ») ? Comment les concevez-vous de manière pratique ? Évidemment, je suppose que tout ceci a un coût (tant sur le plan du budget que des ressources humaines). Quelle part du budget d’une édition les bonus représentent-ils ?

Sur une édition de taille moyenne, les bonus représentent environ 50% du budget, mais cela reste toujours du cas par cas. Si une tonne de choses est déjà disponible et que nous n’avons qu’à ajouter 1 ou 2 choses supplémentaires, nous allons généralement dans cette direction. Mais d’autres facteurs entrent en jeu. Par exemple, si nous souhaitons faire une interview exclusive et que l’intervenant n’est disponible qu’une semaine avant la date de sortie prévue, il faut alors oublier cette option et trouver autre chose ou s’en passer complètement. Au final, cela reste une question de temps et de budget. Nous pourrions avoir 10 heures de bonus et un énorme livre pour chaque édition, mais si nous devions passer autant de temps et dépenser autant d’argent là dedans, nous ne sortirions qu’un film de temps en temps.

Choix techniques et zonage

  • Choix techniques : Comment gérez-vous la qualité des masters HD que vous recevez ? Avez-vous la possibilité d’en refuser si vous les jugez insuffisants ? On se souvient par exemple du Blu Ray de Vengeance is mine qui était  visuellement décevant.

Nous avons commencé en 2012 environ à demander des extraits des masters que nous devons recevoir, donc cela devient de moins en moins un problème. Mais nous rejetons encore de temps à autre du matériel. Parfois, nous arrivons à faire un nouveau master pour obtenir un meilleur résultat, parfois nous échangeons le film prévu contre un autre film du même distributeur (c’est d’ailleurs arrivé très récemment, mais je ne peux pas donner de détails, car nous n’avons pas encore annoncé la sortie du film de remplacement).

Il me semble que le problème avec Vengeance is mine était que le master était clairement faillible, mais que c’était le seul disponible à l’époque (cela a changé il y a quelques mois). De mémoire, nous avions dû désentrelacer le master 60i qui nous avait été livré.

(ndR : Nick Wrigley, à l'époque producteur pour Masters of Cinema, a expliqué plus tard que rétrospectivement, ce master aurait du être rejeté quitte à annuler le projet, car il n'était pas au niveau)

  • De nombreux films sont édités en Blu Ray en France à la mauvaise vitesse (1080i50, soit 25 images / seconde), et parfois avec des pistes sons avec pertes (Dolby Digital ou DTS, au lieu de DTS HD MA, LPCM ou Dolby TrueHD). Cela ressemble de plus en plus à un problème très franco-français. Les Blu Rays Masters of Cinema n’ont jamais ce type de problème. Est-ce que ce respect impacte votre gestion de projets ? Vos budgets ?

Les Blu Rays encodés à 50 images / seconde ne sont pas franco-français. Je vois fréquemment des sorties de ce genre, c’est tout le marché européen qui est resté bloqué dans un esprit PAL alors que c’est complètement obsolète dans le domaine de la HD.

Quant à proposer des pistes avec pertes, c’est quelque chose que je n’ai jamais compris. La seule raison qui me vienne à l’esprit est que les authoreurs ont des encodeurs Dolby qu’ils utilisent systématiquement par défaut.

  • Cinéma muet : Masters of Cinema adore clairement le cinéma muet, qui représente 23 éditions de votre catalogue Blu Ray ! Pourquoi ce choix audacieux qui parait orienté vers un marché clairement de niche ? Est-ce que cela fonctionne en terme de ventes (comparément à vos attentes ? aux autres titres ?)

Le cinéma muet est le roi ! Il y a tellement de chefs-d’œuvre du cinéma qui datent de la période muette, alors que le cinéma se construisait encore. Prenez Metropolis par exemple, c’est un film qui a encore beaucoup d’influence de nos jours.

Nous avons une relation extrêmement solide avec la Fondation Friedrich Wilhelm Murnau (FWMS) ce qui nous permet de nous approvisionner en films muets allemands, et il y en a qui sont à venir chez nous…

Je ne sais pas si les films muets se vendent bien en France (ndR : il faudrait déjà que quelqu’un les édite tout court…), mais il semble y avoir un marché pour eux au Royaume-Uni. Des films comme Nosferatu et Metropolis vont évidemment toujours bien se vendre, car ils font partie des films les plus importants de l’histoire du cinéma, mais certains de nos films moins connus nous surprennent parfois.

  • Gestions des droits et positionnement international : Masters of Cinema a édité de nombreuses exclusivités envies à travers le monde (les 2 Mabuse, Punishment Park, et de nombreux films de Pasolini et Imamura). L’import représente quelle part de vos ventes ?

Je pense qu’une part raisonnable de nos ventes se fait à l’étranger, notamment via Amazon et d’autres vendeurs du même genre, mais je n’ai pas le pourcentage exact. Dans certains pays, le Blu Ray a mis un temps fou à s’implanter. Peut-être y a-t’il des films que les éditeurs locaux préfèrent ne pas éditer faute de potentiel, mais qui peuvent fortement intéresser certains consommateurs.

  • Vous avez toujours été très explicites (notamment à travers vos chers écrans de verrouillage) sur votre perception négative du verrouillage géographique par zone, une obligation contractuelle que de nombreux consommateurs voient comme une façon d’inutilement sur-cloisonner le marché et qui devient de moins en moins compréhensible pour le consommateur final. Pourrais-tu nous expliquer pourquoi le verrouillage géographique (et, par extension, les sous-titres forcés) est contre-productif pour le marché vidéo ?

Pour moi, ces films sont avant tout un art et ils méritent d’être vus par le monde entier. Si quelqu’un au Pérou veut voir un des films que nous avons édités et qu’aucune autre édition n’est disponible de par le monde, cette personne devrait pouvoir voir ce film. Pourtant, aujourd’hui, le verrouillage géographique l’en empêche.

D’un autre côté, je comprends la volonté des ayants droit : ils nous ont vendu une licence pour le Royaume-Uni uniquement, nous devons donc nous y restreindre… mais cela ne nous empêche pas de nous amuser avec nos écrans de verrouillage en parallèle !

Communication, ventes et avenir

  • Médias et consommateurs : À l’époque de l’internet 3.0, certains éditeurs ont une présence accrue sur les réseaux sociaux (surtout Facebook et Twitter), et certains ont même une présence directe sur des forums spécialisés (Soda Pictures et vous-mêmes sur blu-ray.com, Gaumont sur DVD Classik). Cependant, ce n’est pas le cas pour la majorité des éditeurs. Pensez-vous que cette présence est importante ? Par quel biais prenez-vous en compte les retours de vos consommateurs ?

C’est extrêmement important de gérer toute la communication via les réseaux sociaux. Notre présence sur Facebook, par exemple, a explosé ces 12 derniers mois. Mais j’aimerais aussi voir le retour de systèmes plus à l’ancienne. La presse écrite est loin d’être morte et il n’y aucune sensation pareille à celle de s’asseoir tranquillement et lire son magazine préféré avec son odeur si spécifique lorsqu’on l’ouvre pour la première fois.

A contrario, les réseaux sociaux vont probablement finir par prendre le contrôle d’Internet : arrivera un moment où les sociétés n’auront plus besoin de présence sur le web à proprement parler, elles auront à la place un Espace Zuckerberg et tout le monde recevra 2 fois par jour une notification sur la température dans nos bureaux. Je vais arrêter là avant que tout le monde me prenne pour un cinglé… !

  • Ventes : Quelles sont vos meilleures et plus mauvaises ventes ? Comment le déclin actuel du marché physique affecte vos ventes ?

Le marché physique change effectivement, et il faut vraiment avoir un regard d’ensemble sur toutes les possibilités de diffusion. Un bon exemple récemment est Listen Up Philip. Le film a dépassé nos attentes en salles, restant jusque 4 semaines à l’affiche dans certaines salles et même encore aujourd’hui, certaines salles ont conservé une séance par jour alors que le film est sorti en juin. Il a aussi bien fonctionné en VOD (la sortie a été simultanée avec la sortie en salles), où il a grimpé jusqu’à la 7e place du classement global iTunes, et il a même été 1er du classement Films indépendants et comédies pendant 1 semaine. À ce jour, il est encore sur la Une d’iTunes.

Et pourtant, l’édition Blu Ray n’a pas fonctionné aussi bien que nous l’estimions en nous basant sur les résultats en salles et en VOD. C’est étrange, mais sans avoir la réponse exacte, nous pensons qu’une des raisons pourrait être une fenêtre trop courte entre la sortie initiale salles + VOD et celle du Blu Ray.

  • Vous avez un site de vente en ligne que vous mettez souvent en avant. Est-ce qu’il fonctionne bien ? Apporte-t-il des clients supplémentaires par rapport à ce que font déjà les revendeurs classiques ? Est-ce qu’il permet de fidéliser les clients ?

On s’y retrouve au bout du compte, même si les revendeurs classiques restent notre principale source de revenus. Mais nous avons des clients réguliers (dont toi, d’ailleurs !), et nous proposons des avantages à ceux qui achètent directement dans notre boutique, que ce soit des expéditions en avance par rapport aux dates de sortie officielles ou quelques offres promotionnelles.

  • Passion et souhait : Quel a été votre projet préféré et pourquoi ? Quel est le projet que vous rêveriez de réaliser ?

Blacula a été un projet qui fait partie de mes préférés parce que le projet a été tellement amusant tout du long. Mais sinon (et les fans hardcore de Masters of Cinema vont probablement me tomber dessus), mon projet préféré a été Simon Killer du fait de la collaboration tellement étroite avec le réalisateur, qui a été impliqué depuis la toute première étape jusqu’à la sortie du disque dans les bacs. Nous avons même fini une nuit lui et moi dans un pub pour qu’il dédicace des exemplaires qui ont servi pour un concours.

Côté souhaits, par où commencer… J’adorerais être en mesure d’éditer plus de films de Stanley Kubrick, mais avec les éditions déjà disponibles via les studios, ce ne serait pas viable commercialement. Même chose pour les films d’Alfred Hitchcock.

Sinon, j’aimerais pouvoir travailler avec des réalisateurs plus proches de nous et que j’admire beaucoup, comme Richard Ayoade. Il y a aussi Wes Anderson, qui est une sorte de dieu pour moi, donc pouvoir éditer un de ses films me ferait probablement me rouler sur le sol en pleurant de joie pendant un mois !

Dans un style plus classique, je tuerais pour pouvoir faire un monstrueux coffret Godzilla qui contiendrait tous les films de la saga. Enfin, plus de films de Claude Chabrol serait formidable, ou sinon des Seijun Suzuki. Et des Billy Wilder. Le monde a besoin de plus de Billy Wilder.

  • Vision du marché : Quelle est votre vision du marché physique actuel ? Est-ce que vous voyez le DVD disparaitre un jour pour les films ayant des masters HD disponibles et satisfaisants ? Quel est votre point de vue sur l’évolution du marché vers le streaming et la VOD ? Et que pensez-vous du futur format physique (Blu Ray UHD) ?

Je ne crois pas que l’UHD décollera comme le DVD l’a fait et le Blu Ray a mis de nombreuses années à atteindre son niveau actuel. Je pense que nous sauterons une génération de technologie en vidéo.

J’imagine plutôt la future génération de support sera distribuée en 4K avec le minimum de compression possible via internet, mais cela implique un bond qualitatif énorme des réseaux internet domestiques (en tout cas au Royaume-Uni). Les éditeurs indépendants comme nous auraient des boutiques pour tout acheter de façon dématérialisée et sur mesure : le consommateur paierait un prix standard s’ils ne veulent que le film (que ce soit en location ou en définitif), et paieraient un supplément s’ils veulent voir les bonus ou accéder au livret.

J’adore le format physique, mais au moins, ma femme sera contente : avec ma collection de DVD et de Blu Rays, on pourrait construire une maison assez grande en s’en servant comme murs, alors qu’avec le dématérialisé, le même nombre de films sur disques durs ne permettrait même pas de faire une murette.

  • Ce questionnaire ne serait évidemment pas complet sans la question à 1 million : pourriez-vous nous donner des indices pour d’autres sorties 2015-2016 ?

Donne-moi un million et je te dirai ce qui est prévu !

Blague à part, comme certains ont pu le deviner au vu de nos dernières annonces, nous avons signé un nouvel accord avec la Paramount, donc vous pouvez vous attendre à plus de films de ce catalogue dans les 6 mois à venir. Je ne peux pas donner plus de détails, mais il y a évidemment d’excellents films dans cet accord.

En dehors de cela, nous aurons L’homme à la caméra de Dziga Vertov que nous allons éditer dans une édition épique remplie ras-la-gueule, et je suis sûr que tout le monde de par le monde s’accordera à dire que ce sera l’édition ultime et définitive.

Enfin, je suis particulièrement excité par les sorties à la fin de l’année de Dragon Inn et A Touch Of Zen. Si tout se passe bien, ce seront des éditions très très spéciales.

NdR : l'éditeur a annoncé ses sorties d'octobre et novembre 2015, avec effectivement beaucoup de titres Paramount. Le 19 octobre 2015, il y aura The Naked Prey de Cornel Wilde, ainsi qu'un coffret regroupant tous les films de Shohei Imamura paru précédemment dans la collection (soit 8 films en Blu Ray + 1 film en DVD). A noter que les livrets individuels seront inclus sous forme de *.pdf sur un CD inclus dans le coffret plutôt que de façon imprimée. Le 26 octobre 2015, ce sera au tour de L'opération diabolique (Seconds) de John Frankenheimer d'arriver au sein de la collection Masters of Cinema. Le même jour, mais dans la gamme Eureka! Classics, c'est The Skull qui sortira dans un combo Blu Ray / DVD. Le 16 novembre 2015, Masters of Cinema continuera à éditer du western Paramount avec Shane de George Stevens. Enfin, le 23 novembre, The Quiet Man intègrera la collection tandis que Robinsoe Crusoe On Mars sera lui édité au sein de la gamme Eureka! Classics.

  • Vous avez édité en DVD des films comme Der letzte Mann ou Les 24 prunelles, des films pour lesquels des restaurations HD sont disponibles. Des upgrades sont-ils prévus ? Nous espérons aussi un upgrade HD de Muriel. Pourquoi la sortie Blu Ray a-t’elle été repoussée ? Un problème de droits ? de matériel ?

Cela pourrait se faire bientôt pour Der letzte Mann, mais ça ne sera malheureusement pas le cas pour Les 24 prunelles, car la restauration du film n’était pas au niveau du tout. Nous avions renouvelé nos droits sur le film avant qu’elle soit achevée et ce que nous avons reçu était inacceptable : l’image était cireuse et le grain complètement atténué, quelqu’un avait clairement poussé le nettoyage automatisé trop loin.

Muriel a aussi été un problème fâcheux : nous avons là aussi reçu un master HD qui n’était pas au niveau. Nos droits ont expiré et nous ne les avons pas renouvelés, donc nous n’upgraderons pas ce titre. Cependant, le CNC a financé une restauration à plus de 100 000 € donc j’espère que quelqu’un pourra éditer ce film en vidéo dans un futur proche.

 

 

Nous remercions chaleureusement Kevin Lambert pour son amabilité et la disponibilité dont il a fait preuve le 13 août 2015 pour répondre à nos questions.

Par Rémy Pignatiello

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD