INTERVIEW : Les Arcs Film Festival : entretien avec le réalisateur Guillaume Senez


Les Arcs Film Festival : entretien avec le réalisateur Guillaume Senez

Nous avons eu l'occasion d'échanger avec le réalisateur franco-belge Guillaume Senez (Keeper, Nos Batailles) à l'occasion des Arcs Film Festival 2020 pour en savoir plus sur son expérience de président du jury court-métrage, son rapport avec le format court et le cinéma de demain.

Vous étiez président du jury court-métrage lors de cette édition 12ème édition des Arcs Film Festival, parlez-nous de cette expérience.

Je ne sais pas comment ça se fait, mais souvent les festivals m'appellent pour participer à des jurys. J'ai eu l'occasion de faire Namur (Festival international du film francophone de Namur, ndlr) et les Arcs cette année, deux événements frontalement touchés par la crise sanitaire. Malgré l'adversité, ils ont pu maintenir leur édition avec un format en ligne, il y a une forme de résistance et d'abnégation de leur part. J'ai l'impression de bien me retrouver dans cette idée de résistance à faire exister la culture. Au-delà de ça, par rapport au palmarès, on a primé deux films (Sherbet et Dustin) qui nous ont beaucoup touchés. Il y avait une envie de fonctionner aux coups de cœur. En y réfléchissant, ce sont des films sur des jeunes qui font la fête toute la nuit, ça danse, ça s'embrasse, ce sont des choses que l'on ne peut plus faire depuis des mois et des mois maintenant. La peur, le rire, toutes les émotions sont toujours plus exacerbées dans une salle de cinéma. Les films primés sont superbes et nous font du bien, mais peut-être que notre choix aurait été différent il y a un an. Il y a des films qui loupent le coche, parce que ce n'était pas le bon moment, parfois car trop avant-gardiste ou passéiste.

Qu'est que représente pour vous le court-métrage ?

Ça représente beaucoup de choses, c'est par là que j'ai commencé ma carrière. C'est avant tout par le biais des longs-métrages que j'ai appris à connaître le cinéma, le court métrage étant finalement peu diffusé. Je prends toujours un grand plaisir à réaliser des courts, il y a une vraie liberté de création que l'on ne retrouve pas dans le long. Il n'y a pas la pression économique de réussir dans les salles, de rentabiliser le projet ou de plaire au public. Ça me plaît cette volonté de toute une équipe de bien faire, peu importe la finalité, il y a quelque chose de jouissif. On peut essayer des choses, expérimenter. Et puis il y a des histoires qui se prêtent bien à ce format. C'est un peu comme une nouvelle, si on a une histoire à raconter et qu'elle peut tenir en 14 minutes, à quoi ça sert d'en faire un film d'une heure et demie.

A l'heure où de nombreuses œuvres souffrent de longueurs, c'est une réflexion qui mérite d'être partagée.

D'une certaine manière, ça fait sens avec le modèle économique du court-métrage, c'est très difficile d'en vivre. On se retrouve donc avec des longs-métrages qui auraient pu tenir sur une demi-heure.

Vous êtes un cinéaste franco-belge, considérez-vous qu'il y a des nuances, des particularités dans le fait de faire des films en Belgique ?

Je suis effectivement à cheval sur les deux pays, d'une manière générale en Belgique francophone c'est quasiment impossible de faire un film 100% belge. Même si on obtient tous les financements, publics et privés, on a rarement assez pour faire un film où les gens sont payés convenablement. J'ai toujours co-produit mes films, c'est difficile pour moi de comparer. Je me suis surtout européen, je fais des films où on me donne l'opportunité de les faire. J'ai grandi avec le cinéma français et énormément appris des frères Dardenne. Quand on me dit Nos Batailles est un film français ou un film belge, je me sens mal à l'aise avec cette notion, car on a toujours tendance à nationaliser les œuvres, personnellement quand je regarde un film, je prends l'histoire et cherche une forme d'universalité. Parfois les co-productions, ça donne des choses qui n'ont aucun sens. Faire croire que l'on est à Paris alors que le tournage se déroule à Strasbourg, faire déplacer un comédien 800 kilomètres pour dire une phrase, ça me paraît contraignant et étrange.

Ces situations soulèvent quelque part la question de l'éco-responsabilité du cinéma.

On en parle de plus en plus en Belgique, il y a des engagements écologiques à tenir lors des tournages. On parle souvent du monde d'après, dont je suis assez dubitatif, il y a néanmoins un phénomène qui revient souvent en ce moment, celui de consommer local. Peut-être que le cinéma peut suivre ce phénomène avec des films locaux, avec des acteurs et techniciens de la région où est le film est tourné. C'est une belle idée, toutefois il faut faire attention à ne pas tomber dans une forme de nationalisme. Le véritable problème reste toujours le même, c'est le financement, la rentabilité.

Pour rebondir sur l'actualité, plusieurs cinéastes, dont Denis Villeneuve, ont fait part de leur mécontentement vis-à-vis de la sortie simultanée des prochaines productions Warner dans les salles et sur la plateforme en ligne HBO Max : quelle est votre approche du streaming cinématographique ?

C'est une période un peu particulière, il faut que tout le monde s'y retrouve un peu. J'espère que c'est quelque chose d'éphémère, même si au fond je ne suis pas inquiet. Tout le monde a une cuisine chez soi et pourtant les gens vont toujours dans les restaurants. L'année où Avatar a battu tous les records dans les salles, c'est l'année où ce même film a fait exploser le nombre de piratage de films sur Internet, ça ne l'a pas empêché de réussir au box-office. L'envie d'aller dans les salles pour partager des expériences, de ressentir plus fortement les émotions, ça existera toujours. C'est sûr qu'il faut être attentif et baliser le chemin. Pour les auteurs, les plateformes de streaming c'est la catastrophe. On ne touche pas de droits d'auteur dessus. La directive SMA (Services de médias audiovisuels, ndlr) va aider, il y a des choses positives. En Belgique, le taux n'est pas de 25%, là ce n'est pas baliser par exemple *rire*.

L'année se termine bientôt, quelles sont vos espérances pour l'année prochaine ?

A titre personnel, j'espère pouvoir tourner, j'ai deux scénarios de longs-métrages pratiquement terminés, on va commencer le financement en janvier. A titre collectif, un retour à une forme de normalité, car ça devient très dur de ne plus pouvoir se projeter dans l'avenir. On espère pouvoir un jour se promener dans la rue et pouvoir se sourire. Je croise les doigts pour que tout ça soit bientôt derrière nous.

[Entretien réalisé en décembre 2020 dans le cadre de Les Arcs Film Festival]

Par Pierre LARVOL

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