INTERVIEW : The Great Green Wall : entretien avec Noël Mamère


The Great Green Wall : entretien avec Noël Mamère

Journaliste, réalisateur de documentaires, auteur de plusieurs livres et figure de l'écologie politique, Noël Mamère était présent à la dernière édition de Les Arcs Film Festival à l'occasion d'un ciné-débat autour du film "The Great Green Wall". Nous eu l'occasion d'échanger avec lui sur la question du rapport entre le cinéma et l'écologie.

Nouveauté de cette 11ème édition de Les Arcs Film Festival, le Cinéma Green Lab entend imaginer une industrie du cinéma plus verte et responsable. Comment avez-vous abordé l'annonce de cette initiative ?

Je pense que l'écologie est partout maintenant, et dans cette mesure c'est à la fois une très bonne nouvelle et en même temps la suspicion d'un greenwashing de la part de grandes entreprises. Tout le monde se déclare plus écolo que les écologistes. L'industrie du cinéma est une industrie qui se pose des questions sur la société, c'est un endroit intéressant pour montrer que l'on peut produire de manière moins gaspilleuse. J'ai entendu avec intérêt ce que disaient les producteurs et réalisateurs de la mini-série de Canal +, l'Effondrement, qui ont expliqués comment ils procèdent à des tournages économes. J'ai aussi vu un le film d'un réalisateur avec qui je travaille, Pierre-Oscar Lévy, qui s'intéresse aux lieux du tournage de Peau d'âne de Jacques Demy (ndlr : le documentaire se nomme Peau d'âme). Ils ont pu trouver, avec l'aide d'un archéologue, des vestiges du film. C'est là que l'on voit que le gaspillage est présent et que le cinéma à sa contribution à apporter. Donc c'est très bien qu'une équipe comme celle du Festival des Arcs, jeune et militante, s'implique dans ce domaine.

Avec plus de 209 millions d'entrées dans les salles françaises en 2018 et des millions d'utilisateurs de plateformes de SVoD, le septième art est un vecteur d'influence important. Vous pensez que la fiction cinématographique peut jouer un rôle dans la transition écologique ?

Le cinéma en général a un rôle à jouer. C'est à la fois la fiction, mais aussi les documentaires. Je pense que le cinéma est un contributeur important et ce d'autant plus aujourd'hui. Ma génération reste à Soleil Vert de Richard Fleischer, mais on peut faire autre chose que des films catastrophes ou des dystopies. On voit apparaître dans les productions cinématographiques une mise en avant de la relation de l'homme à son environnement. Je suis convaincu de l'intérêt de cet outil pour amener une prise de conscience de la nécessité de la transition écologique.

Le cinéma catastrophe reste prépondérant, on retrouve souvent à l'image des situations où l'on ne peut plus agir pour la planète. D'une certaine manière la résilience se fait encore rare.

C'est exact. La question de l’effondrement, de l'apocalypse gagne du terrain et ça se comprend, mais ça doit aussi se combattre d'une certaine manière, l'urgence est là. A force de sécheresses, d'ouragans et d'événements climatiques extrêmes, on voit bien que c'est en train de se rapprocher de nous. Ça nous tombe dessus et ça s'inscrit dans une réalité tangible, vécue. Il faut néanmoins avoir plus de raisons d'espérer que de désespérer. L'homme est capable de conjurer la fatalité. L’effondrement, ce n'est pas l’effondrement du monde. C'est ça que l'on confond. Oui il y a un monde qui est en train de s'effondrer, celui du gaspillage, des inégalités, celui qui cherche le profit à tout prix. Et de l'effondrement naît la renaissance. Cette question doit être intégrée dans notre réflexion, elle ne doit toutefois pas devenir notre unique manière de percevoir l'avenir. Son autre défaut majeur, c'est que l’effondrement tétanise, fait peur. Il vide de son sens les actions politiques, et ça c'est très grave car il faut se mobiliser pour changer le monde.

De nombreux documentaires engagés apparaissent dans les salles et tentent de faire bouger les lignes, de réveiller les consciences. Vous êtes venu dans le cadre d'un débat autour du documentaire de Jared. P. Scott, The Great Green Wall. Pouvez-vous nous en parler ?

C'est un film très intéressant, grand public, avec ses qualités et ses défauts, qui montre comment on peut être résilient justement, comment on peut se prendre en charge, notamment en Afrique qui est un continent très touché par le réchauffement climatique. C'est un projet responsable qui rappelle celui de Wangari Maathai, prix Nobel de la paix en 2004, avec The Green Belt au Kenya. Le film montre bien comment les villages africains procèdent pour réinstaller de la biodiversité et lutter contre l'avancée du désert. Il traite de sujets transversaux car l'écologie est transversale. Ce n'est pas qu'une question environnementale.

Pour en savoir plus :

- Notre critique de The Great Green Wall

- Le Cinéma Green Lab

[Entretien réalisé en décembre 2019]

Par Pierre LARVOL

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