INTERVIEW : Champs Elysées Film Festival : rencontre avec Etienne Jaumet, membre du jury court métrage


Champs Elysées Film Festival : rencontre avec Etienne Jaumet, membre du jury court métrage

Le saxophoniste Etienne Jaumet, moitié du duo électro français Zombie Zombie, est membre cette année du jury court métrage du Champs Elysées Film Festival. Nous avons eu le plaisir de le rencontrer afin de parler cinéma et musique.

Le confinement a été une période musicalement inspirante pour vous ?

J'ai senti un peu le coup venir, j'ai donc eu le temps de prévoir et d'apporter des instruments chez moi. J'ai beaucoup enregistré les sons qui m'entouraient, les oiseaux, les gens qui passaient la tondeuse (rire). J'ai fait une dizaine de morceaux, un peu au jour le jour, pas dans l'esprit de faire un album, mais plutôt un journal sonore. Il y a un des morceaux qui a été utilisé dans l'annonce des concerts du Festival (à écouter ici).

Vous êtes membre du jury court métrage dans le cadre de la neuvième édition du Champs Elysées Film Festival, c'est une première pour vous ?

Non, j'ai occupé plusieurs fois ce rôle, à chaque fois c'était des courts métrages d'ailleurs. Je ne suis peut-être pas encore digne d'être juré sur des longs (rire). J'ai notamment pu faire le Festival de Gérardmer il y a deux ans et Très Court International Film Festival l'année dernière. J'avoue que j'adore ça.

Comment s'est passé votre rencontre avec les membres du jury ?

Je connais déjà Barbara Carlotti, c'est une amie. Marie Losier, la présidente du jury, je la connais en tant que spectateur, je suis fan de son travail. Les deux autres membres (Djanis Bouzyani, Laura Henno), je les rencontre ce soir. On a bien accroché à distance jusqu'ici, il y a un bon feeling. Le confinement est arrivé juste au moment où nous allions tous nous retrouver. On ne savait pas si le Festival allait pouvoir exister cette année. Finalement Justine Lévêque (ndlr : la directrice artistique du Festival) a décidé de faire une édition en ligne. L'idée pour le jury c'était de ne pas interférer avec l'événement, éviter d'être influencé par les avis extérieurs ou par le nombre de vues par exemple. On a pu visionner les films avant l'ouverture du Festival, dix films français, dix films américains.

Qu'est qui distingue pour vous, plus que la durée, un court métrage d'un long ?

Du fait qu'ils sont courts, il y a une plus grande liberté quelque part. Avec un long métrage il y a comme une obligation de résultat, de rentabilité, alors que dans le court la volonté est plutôt de se démarquer. Ça me parait plus stimulant artistiquement. On sent qu'il y a quelque chose qui colle plus à l'actualité. Peut-être que je trompe totalement, ça coûte quand même très cher de faire un court métrage. Un autre aspect qui me plaît, c'est la variété technique. Ce n'est pas forcément ceux qui ont le plus de moyen qui font les meilleurs choses.

Lors de vos visionnages, vous avez des critères particuliers en tête ?

C'est un peu embêtant parce qu'il y a des sujets qui me touchent plus que d'autres. C'est difficile de faire abstraction de toi, de tes envies. Je pense que tous les jurés se posent les même questions. Je suis sensible à des univers, j'aime bien la science-fiction par exemple. D'une certaine manière tu es obligé de tout oublier car tu as tellement de variété que tu laisses passer plus facilement tes émotions, tes sentiments, tu mets tes critères un peu à la poubelle. Il y a un aspect assez compétitif dans le monde du court métrage, tu les regardes rapidement, les uns après les autres, il y a quelque chose de plus compact qui font que les comparaisons viennent plus vite. Le paradoxe c'est que certains courts métrages paraissent très longs (rire).

Vous avez composé la bande originale du second court métrage de Gabriel Harel, La nuit des sacs plastiques (à voir ici), César du court métrage d'animation 2020, comment avez-vous été amené à travailler sur ce film ?

J'étais dans un restaurant et un type m'a aborde à table, très sympa, il m'a parlé de ma musique et d'un projet de court métrage, il m'a dit qu'il m'enverrait des trucs. Gabriel m'a en effet envoyé son premier court métrage, Yul et le Serpent, qui m'a touché tout de suite, et un dessin de moi en train de jouer au milieu de sacs plastiques. C'est là qu'il a commencé à me parler de son projet. Je ne savais pas trop quoi en penser, mais j'ai fini par me plonger dedans même si son histoire me paraissait un peu tiré par les cheveux. Quand on voit le film c'est fort, ça rebondit avec l'actualité et aborde des sujets comme la maternité, l'environnement. Le talent de Gabriel Harel saute aux yeux, au-delà de la qualité du dessin, il maîtrise l'émotion, le rythme. 

Parlez-nous du processus créatif pour ce court métrage.

Gabriel voulait s'inspirer de ma musique. J'ai commencé à faire un morceau et ensuite il m'a envoyé le film. Il a bien sûr fallu le réadapter, mais les sonorités restent identiques.

Quelles sont vos influences ?

C'est une question qui m'a toujours paru étrange. Tu pourrais interviewer le plus mauvais des acteurs ou musiciens, il citera toujours des supers références. Ce que je veux dire, c'est que je ne suis pas convaincu que les références racontent quelque chose sur un artiste. Je n'ai pas la prétention de me hisser au niveau de mes références. Je préfère que l'on me demande ce que j'aime, je passe mon temps à faire des compils.

Justement, vous avez des compositeurs dont vous appréciez particulièrement le travail ?

Il y a un compositeur que j'aime beaucoup, c'est Cliff Martinez, qui a travaillé avec Soderberg et s'occupe des films de Nicolas Winding Refn actuellement. Il était membre des Red Hot Chili Peppers, mais sans qu'on le remarque plus que ça à cette époque. Il y a aussi Enio Morricone, il a fait des centaines de musiques, un catalogue impressionnant. Jonny Greenwood de Radiohead également, ses B.O sont brillantes.

Vous êtes membre du duo Zombie Zombie avec lequel vous avez notamment composé les bandes originales des films de Sebastien Marnier (L'heure de la sortie, Irréprochable), c'est une expérience différente pour vous de composer en groupe ?

Faire en solo, c'est plus facile. Il y a moins de référents, d'intermédiaires. Dans les films il y a le réalisateur qui a son mot à dire, mais aussi l'ingénieur du son, le producteur, et parfois même le monteur. On s'aperçoit que l'avis de tout le monde compte un peu, on doit alors trouver un équilibre et tracer un chemin. Ce n'est pas forcément désagréable, j'aime bien travailler avec des contraintes et me mettre de temps en temps au service d'un projet. Après, je ne passe pas mon temps à faire des musiques de films. J'ai besoin de faire des choses en solo, en groupe.

Quels sont vos projets à venir ?

Avec le confinement, j'ai développé de nouvelles collaborations, je pense notamment à Laurent Bardainne. En solo j'ai un maxi qui devrait bientôt sortir. Dans le cadre du groupe Zombie Zombie, on discute avec un réalisateur allemand, une nouvelle bande originale devrait voir le jour l'année prochaine. Je sais aussi que Sébastien Marnier est sur un projet, il aimerait bien qu'on en soit, mais tout reste à voir. Dans la culture, on avance à vue. C'est difficile de voir à long terme, la surprise est à chaque coin de rue. Par exemple, il m'arrive un truc rigolo, une compagnie de théâtre m'a demandé à faire de la musique sur leur pièce. Il y avait un petit rôle vacant, ils m'ont demandé de participer (rire). Je m'étais jamais imaginé faire ça.

[Entretien réalisé par téléphone en juin 2020]

Par Pierre LARVOL

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