INTERVIEW : Selfie : rencontre avec le réalisateur Marc Fitoussi


Selfie : rencontre avec le réalisateur Marc Fitoussi

Comique autoportrait d'une société transformée par l'outil numérique, Selfie est le fruit de la collaboration de cinq cinéastes (Marc Fitoussi, Thomas Bidegain, Tristan Aurouet, Cyril Gelbat et Vianney Lebasque) réunis autour d'un genre rare en France : le film à sketches. Nous avons rencontré le réalisateur du segment "Le Troll (roman épistolaire)", Marc Fitoussi (La Ritournelle, Copacabana) afin de revenir sur sa participation au film.

Comment s'est passé votre rencontre avec ce projet original de film à sketches ?

C'est la première fois que je dis oui à un projet dont je ne suis pas au départ l'auteur. On m'a proposé ce film à sketches avec la possibilité de choisir le segment, le sketch que je souhaitais réaliser. Immédiatement à la lecture j'ai opté pour "Le Troll (roman épistolaire)". Le mérite de ce genre est qu'il n'enferme pas le sujet dans une seule direction, une seule façon d'orienter les choses et d'orienter le spectateur. On peut plus facilement braser les thématiques.

Une question se pose avec un tel projet : celui de la technique. Chaque réalisateur à sa propre vision, approche, comment avez-vous travaillé la convergence et la fluidité du film ?

Ca été extrêmement compliqué. Je me suis posé la question avant de répondre sur ce film, si il fallait faire semblant et dire que c'était une magnifique aventure collective. Je le dis de manière très sereine, sans la moindre animosité, à partir du moment où on fait appel à cinq réalisateurs et que chaque segment est personnalisé, il y a forcément quelque part un désaccord qui se crée au moment où on découvre le résultat : on aurait pas tourné comme ça par exemple, ou on aurait pas pris ces acteurs pour ce segment. Au moment du tournage ça été très agréable, mais il a bien fallu unifier le film, ça ne pouvait pas être seulement cinq courts métrages d'affilés. On s'est rendu compte qu'inévitablement on serait dans un film où il y aurait des préférences. Quand on a découvert ça c'était difficile de se départager, d'avoir un regard objectif sur l'ensemble. Il fallait donc compter sur des projections tests, sur des personnes extérieures pour que se dégage de nouvelles opinions.

Et concernant l'ordre des segments, il était déjà déterminé ?

Non, il y avait si je me souviens bien en premier celui réalisé par Cyril Gelblat avec Manu Payet (Recommandé pour vous). On démarrait avec cette histoire, arrivait mon segment, ensuite il y avait celui de Tristan Aurouet (2,6/5), de Thomas Bidegain (VLOG) et inévitablement celui Viannay Lebasque (Smileaks), conclusion du film. On a totalement réinventé tout ça parce qu'il manquait un vrai fil conducteur, d'où le choix de segmenter le film de Thomas. C'est une histoire qui n'a pas été écrite pour être aussi découpée, il a donc fallu trouver des chutes pour rompre le récit et passer aux autres segments.

C'est une histoire d'autant plus intéressante qu'elle est dans la surenchère, on attend de voir jusqu'où ces deux parents sont capables d'aller pour exister sur les réseaux.

Le film a sketches c'est un cinéma qui était très répandu dans les années 50, 60 avec des films comme Les Monstres, c'était très souvent des personnages affreux, sales et méchants. J'aime bien que l'idée que les personnages du segment de Thomas soient justement affreux, ça donne un ton au film. On est plongé dans une comédie différente de ce qu'on a l'habitude de voir en France, avec des caractères plus nobles. Ici c'est tout de suite bienvenue dans ce monde cruel et assez caustique.

Dans Le Troll, votre segment, vous filmez un échange épistolaire 2.0 entre Elsa Zylberstein et Max Boublil, c'était un choix d'interprètes évident pour vous ?

J'avais très envie de travailler avec Elsa Zylberstein, je la trouvais très audacieuse, expressive dans son jeu. Je savais que l'on pouvait avoir un personnage capable de se transformer, d'avoir une métamorphose. La difficulté d'un court métrage, d'un sketch c'est d'essayer d'aller très vite droit au but, il fallait pour le rôle de Toon un acteur immédiatement plausible en Youtubeur, ce qu'à été Max Boublil. Il n'est pas ce personnage dans la vraie vie, mais il y avait très vite une projection possible et Elsa me paraissait parfaite face à lui, dans ce rôle de professeur de français. Je voulais travailler ce film avec les codes de la comédie romantique.

Pour revenir sur l'histoire de ce segment, qu'est qui vous a séduit dans le récit ?

Si j'ai voulu participer au film c'est parce que j'aimais l'idée d'essayer de parler à la fois d'aujourd'hui et d'avoir un personnage ancré dans le passé qui peut finalement retrouver ce qu'elle apprécie de la correspondance amoureuse à travers les réseaux sociaux. En ça je trouve que le film n'est pas trop démonstratif, il ne cherche pas à condamner les réseaux sociaux puisqu'elle y prend goût, il y a quelque chose de savoureux dans ces échanges. En plus de ça cela m'a permis de faire le portrait d'une femme qui se comporte un peu comme une grande enfant et je m'aperçois que tous les films que j'ai pu faire ont souvent ce type de personnage en héroïne, notamment dans La Ritournelle. Il faudrait que je m'allonge sur un divan pour savoir pourquoi je veux raconter ça encore et encore. 

[Entretien réalisé à Les Arcs Film Festival en décembre 2019]

Par Pierre LARVOL

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