INTERVIEW : L'Âme du vin : entretien avec la réalisatrice Marie-Ange Gorbanevsky


L'Âme du vin : entretien avec la réalisatrice Marie-Ange Gorbanevsky
La réalisatrice Marie-Ange Gorbanevsky réalise avec L'Âme du vin son premier film à voir le jour dans les salles obscures (notre critique). Une œuvre à la gloire du vin où, le temps d'une année, on découvre les différentes étapes de sa fabrication, de la vigne au verre. Nous avons eu la chance d'échanger sur ce documentaire avec la réalisatrice Marie-Ange Gorbanevsky.
 
Le nom de votre documentaire est tiré d'un poème de Charles Baudelaire, c'est la poésie qui vous a mené à explorer l'âme du vin ?
 
Oui c'est la poésie quelque part. Quand j'ai envie de faire un film sur un sujet, ce qui m'intéresse c'est de découvrir la poésie de la vie. Je ne fais pas des films qui dénoncent, mais révèlent de belles choses. J'ai tenté de révéler justement le mystère, la poésie du vin. En ce qui concerne le titre j'ai beaucoup hésité avant de le choisir et pourtant il n'a jamais été aussi important dans ma filmographie. C'est un titre qui m'a guidé, il y avait une vraie résonance entre mon film et le poème de Baudelaire.

Parmi les nombreux vignobles français, c'est celui mondialement réputé de la Bourgogne que vous avez choisi comme cadre de votre documentaire. C'est l'aspect historique de cette terre qui vous a interpellé ?

Au début, quand j'ai eu ce désir de réaliser un film sur le vin, j'ai lu beaucoup de livres sur l'histoire du vin, sur comment on le travaille en Bourgogne. C'est un travail sans filet et ça m'a interpellé, il y a un corps-à-corps avec la terre et le ciel qui m'a touché. Et tout ce cheminement m'a mené jusqu'au domaine de la Romanée-Conti.
 
Au travers des différents intervenants, on rencontre au fur et à mesure un langage et une sensibilité : une passion qui semble véritablement enivrer les sens. Face à ce savoir parfois opaque, une humilité partagée : c'est un trait qui vous a marquée ?

Ca m'a beaucoup marquée. C'est justement pour ça que j'ai eu de la chance de rencontrer ces personnes exceptionnelles. Ce sont tous des vrais grands, ils vont directement dans le fondamental, ils parlent très simplement. Bien sûr il y a des mots que les néophytes, dont je fais partie, ne comprendront pas dans le film. Ce n'est pas grave, l'essentiel passe, on comprend les travaux de la vigne, de la cave. Le film était entre de bonnes mains. Il y a vraiment une rencontre entre eux et les spectateurs, moi je ne suis que le passeur. Dans mon travail de réalisatrice, dans mes questions, j'ai toujours pensé au public qui ne connaissait pas ce monde du vin.

En 1h41, seule une femme, Caroline Furstos, partage avec nous son savoir sur le vin. Faut-il en conclure qu'il s'agit d'un monde encore principalement masculin ?

Personnellement je ne connais pas tout ce monde. J'ai demandé des conseils, je voulais rencontrer des virtuoses du vin. Dans mon film je ne rend pas compte de l'état dans le vignoble bourguignon en 2018. Je n'ai pas cherché à respecter une parité. Je voulais des amoureux du vin, de la passion et du sentiment. On m'a toutefois dit qu'il y a de plus en plus de femmes dans le domaine du vin. Quand il y a Frédéric et son père Michel Lafarge qui regardent les raisins avant les vendanges dans le film, il y a Clotilde qui est présente et qui justement reprend le domaine. C'est une petite page blanche qui est en train de s'écrire.

Plus qu'une histoire de passionnés et de professionnels, le vin c'est aussi et surtout une vigne, la nature. Elle prend son temps et affronte de multiples conditions météorologiques : comment avez-vous justement envisagé la photographie et la restitution du temps sur ce documentaire ?

Il y a deux grands personnages dans le film : le temps et la nature. Le vin c'est la rencontre des éléments avec l'homme, qui va cultiver le vin. L'important c'est de réussir à filmer la vie au plus juste et pour ça il faut être là au bon moment. Si le cadre est juste, la vie entre dans le cadre. On rejoint la beauté, l'esthétique, la poésie. Il fallait être humble, avoir de l'humilité et ne pas en ajouter. Ce n'est pas évident mais on a évité notamment les mouvements de caméra. Le cinéma c'est l'art du temps, je me suis donc servi des moyens cinématographiques à ma disposition. Il faut donner l'impression du temps qui passe, du Moyen-Age à aujourd'hui. Les gestes des vignerons viennent de loin. Et de l'autre côté il y a la nature qui donne le tempo. Jacques Puiset me disait "l'homme remplace par la vitesse le mouvement des éléments de la vie". Dans le rythme du film j'ai voulu retrouver ce mouvement.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Je ne compte pas faire le rituel du thé après le vin, il faut que j'explore un nouveau monde (rires). J'ai des projets de fiction mais ce n'est pas facile de faire produire un film de ce genre quand on vient du documentaire. Pour moi je fais du cinéma, mais la machinerie de la fiction est différente. Sinon j'ai l'intuition, l'envie d'aller au Japon. Pour quoi exactement, je ne sais pas encore.

Par Pierre LARVOL

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