INTERVIEW : L'heure de la sortie : rencontre avec le réalisateur Sébastien Marnier


L'heure de la sortie : rencontre avec le réalisateur Sébastien Marnier

Second long métrage du français Sébastien Marnier, L'Heure de la sortie (notre critique) arrive dans les salles obscures le 9 janvier prochain. A cette occasion, nous avons pu rencontrer son réalisateur et scénariste (en binôme avec Elise Griffon) au Festival de Cinéma Européen des Arcs 2018. Une belle occasion d'en savoir plus sur cette intéressante et pertinente œuvre, sélectionnée en septembre dernier à Venise.

L’Heure de la sortie est une adaptation du livre de Christophe Dufossé, quand l’idée d’en faire une adaptation cinématographique vous est-elle venue ? Vous avez eu l’occasion de rencontrer cet auteur ?

C'était un long processus, j’ai lu le bouquin à sa sortie en 2002 et j’ai pris directement les droits avec Elise Griffon pour en faire une adaptation au cinéma. On avait 25 ans et jamais vraiment fait de film, on a au final dû rendre les droits après un an et demi car on n'a pas trouvé de producteur pour ce projet. C’était, avec du recul, peut-être un projet un peu ambitieux pour une première œuvre. Il y a eu une longue maturation, ce projet ne m’a pas quitté et j’ai pu il y a trois ans reprendre les droits pour en faire enfin l’adaptation. A l’époque le livre avait eu un vrai succès et Christophe Dufossé était très concerné par son passage à l’image. Je l’ai rencontré sans relire le livre, en travaillant sur mes souvenirs et le dernier script que l’on avait pu faire avec Elise. Il a été notamment conservé l’ADN du livre et son mystère adolescent. L’auteur a d’ailleurs pu voir le film et s’est montré assez ému du résultat.

On retrouve dans le rôle principal l’acteur Laurent Laffitte, c’était un choix évident pour vous pour incarner ce rôle de professeur ?

Sur les premières versions que j’ai pu écrire il y a deux ans, à l’origine le rôle du professeur remplaçant était beaucoup plus jeune. Je voulais qu’il n'y ait qu’une légère marge entre l’âge des adolescents et du professeur. Finalement j’ai réécrit pour que le personnage soit plus dans ma tranche d’âge, afin de m’y projeter plus facilement. J’ai pensé directement à lui, il a apprécié l’idée et les thématiques. On se connaissait déjà, il avait apprécié mon premier film (ndlr : Irréprochable) et on souhaitait travailler ensemble sur un projet. Il était en train d’amorcer déjà un virage dans sa carrière, avec des rôles moins comiques, plus en retenue.

Comment s’est passé le tournage avec les nombreux jeunes acteurs du film ?

On a fait un casting réellement en amont avec des jeunes qui avaient déjà tourné car il s’agissait de rôles de composition. On a vraiment tout travaillé, chorégraphié avant le tournage (qui a duré huit semaines) et ça s’est très bien passé. Ce sont de vrais professionnels !

Un malaise grandissant habite le film : entre une ambiance lourde, des relations sociales complexes et un ton changeant qui semble très premier degré, on ressent comme l’effondrement d’un monde et la tâche difficile pour Pierre de garder un pied-à-terre. Cultiver et mélanger les genres, c’était quelque chose d’essentiel pour vous ?

J’avais envie de faire ressentir ce que lui, le personnage incarné par Laurent Lafitte, traverse. La mise en scène devait accompagner ça de manière viscérale. Il fallait que l’on passe ainsi du film choral au thriller en passant par le fantastique. On flirte également avec l’horreur et le film apocalyptique, c’était important pour travailler la paranoïa de Pierre.

L’Heure de la sortie est un film profondément politique et actuel. Quel message en particulier souhaitiez-vous partager aux spectateurs ?

J’ai eu envie de faire ce film à l’origine pour filmer le mystère adolescent : les terreurs chez eux et la réaction des adultes. On ne les comprend pas toujours et ça peut être effrayant. On a discuté avec les jeunes acteurs du film du présent, du futur, des peurs. La question du film c’est notamment "qu’est qu’on laisse à notre jeunesse?" et j’ai d’ailleurs été rassuré par les échanges que j’ai pu avoir : il y a déjà une vraie conscience de la responsabilité et de l’écologie chez les jeunes d’aujourd’hui. Il ne faut pas avoir peur de notre jeunesse et les écouter, on ne peut pas pour eux ne rien faire vis-à-vis du futur. Le film a été conçu pour un plan précisément, celui qui conclut le film, mais je préfère le laisser parler pour lui-même.

Merci.

Propos recueillis au Festival des Arcs (notre dossier) le 12 décembre 2018.

 

Par Pierre LARVOL

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