INTERVIEW : L'Enfance d'un maître : rencontre avec les réalisateurs


L'Enfance d'un maître : rencontre avec les réalisateurs

A l'occasion de la sortie de L'Enfance d'un maître (notre critique est à retrouver ici), Retro-HD a pu rencontrer les deux réalisateurs du documentaire. Bruno Vienne et Jeanne Mascolo de Filippis, tous deux documentaristes depuis plus de 25 ans, reviennent avec nous sur le tournage de cet ambitieux projet, débuté il y a maintenant plus de deux décennies. Le documentaire raconte le destin de Kalou Rinpoché, un jeune maître tibétain né en 1990 considéré comme la réincarnation d'un maître décédé un an plus tôt. Nous les remercions évidemment d'avoir consacré ce temps pour répondre à nos questions.

Comment est né ce projet ?

Jeanne Mascolo de Filippis : Lorsque je suis revenu du Tibet avec des images de ce petit enfant pour un portrait sur Alexandra David-Neel au début des années 90 (ndlr : en co-réalisation avec Antoine de Maximy), Bruno a pu les voir et on s’est dit qu’il serait intéressant de raconter l’histoire de son intronisation par le Dalaï-Lama. Nous avons donc proposé le sujet à la chaine France 3 pour l’émission « Faut pas rêver ».

Bruno Vienne : Après l’intronisation il y a eu un second film, réalisé par Jacques Perrin nommé L’enfant Lama. Nous avons de notre côté avec la maison de production essayé d’être présents à chaque étape de son parcours. Il n’y avait pas, à ce stade, encore un réel projet établi : c’était surtout une opportunité d’en savoir plus sur cet enfant, de suivre son évolution. Il y a eu des hauts et bas évidemment, mais ce fut une belle occasion de cumuler les pièces et d’arriver à l’idée d’en faire un long-métrage.

Vous avez été un spectateur privilégié de la jeunesse de Kalou, comment s'est passée votre rencontre avec lui ?

Jeanne : Cela s’est fait surtout au feeling, l’enfant ne jouait parfois pas le jeu et c’est tout à fait normal. Nous avions de bonnes relations avec les parents, nous savions qu’il fallait parfois prendre du recul. Plus il grandissait, plus nous avons eu des soucis : il fallait faire face aux obstacles.

Bruno : Nous avions fait connaissance avec sa réincarnation précédente, c’était un maître rayonnant et imposant, qui captait les Occidentaux. Il y avait une vraie ferveur autour de lui. Quand il est décédé, il a été momifié et célébré dans un monastère où vivait le jeune Kalou Rinpoché, sa nouvelle incarnation. Ce qui revenait durant sa jeunesse, c’était surtout cette question : « est-ce que je serai à la hauteur de cet autre moi ? ».

Durant 20 ans, vous avez suivi l’évolution de ce jeune maître tibétain et surtout, capté ce qu’a été sa jeunesse : qu’est qui vous a le plus surpris dans son parcours ?

Bruno : J’ai été surpris par sa résilience. Après sa retraite, il a vécu des choses difficiles, nous l’avions perdu. On s’est dit c’est fini, on ne pourra pas terminer son portrait. Il est finalement revenu à sa manière, avec sa fougue et sa vérité, l’Occident l’avait imprégné et changé sa manière de communiquer. Il a pu, avec toujours un pied ancré dans les traditions, mettre en avant sa pratique bouddhiste via les réseaux sociaux. Il y a une réelle tolérance vis-à-vis de la modernité.

C’est finalement surtout dans son âge adulte qu’il a communiqué avec vous, face à la caméra.

Jeanne : Il n’y avait pas de place pour nous durant sa jeunesse. Il était à l’écoute de ses maîtres et pas conditionné pour s’exprimer. C’est beaucoup plus la patience de Bruno à la caméra qui a permis de capter son comportement à cette étape de la vie de Kalou. La parole arrive ensuite, après une remise en cause : un parcours initiatique qui est passé par un retour à une vie plus classique. Il a une force intérieure très forte et décidé à sa manière d’assumer son rôle de maître.

Kalou est aujourd’hui un maître tibétain moderne et médiatique, ancré dans son temps : est-il le visage du renouveau d’une jeunesse en proie au doute face aux pratiques ancestrales ou bien un électron libre ?

Jeanne : Au début on s’est dit que c’était un électron libre. Aujourd’hui en le connaissant mieux on pense qu’il est représentatif des « tulkou » (ndlr : la réincarnation d'un maître ou d'un lama) actuels, la tradition va certainement continuer sur cette voie. Il est soutenu par des maîtres plus agés, qui reconnaissent en lui le courage d’avoir pris un chemin différent tout en respectant ses responsabilités. On peut dire qu’il représente un courant.

Bruno : Il atteint surtout les jeunes, car il est loin d’être déconnecté de sa génération : il aime jouer aux jeux vidéo et s’exprimer régulièrement sur les réseaux sociaux.

D’un point de vue réalisation, ça a dû être un travail assez titanesque de rassembler et monter près de 25 années de tournage : comment avez-vous vécu ce moment ?

Jeanne : L’accumulation était énorme, nous avions près d’une centaine d’heures d’images. Evidemment, il fallait que les monteurs s’approprient le film, on a donc préparé le terrain en sélectionnant les moments importants. Il fallait trouver un équilibre entre nos attentes et respecter le travail du monteur, qui s’approprie aussi à sa manière le film.

Bruno : Le tournage, c’était le côté facile. Là où il fallait réellement travailler, c’était pour préserver dans le montage une continuité tout en réduisant la matière. On aurait souhaité avoir un peu plus de temps de montage, mais il y avait des échéances à respecter. On a joué le jeu. On est content que ce film soulève des questions qui dépassent le documentaire, notamment sur la religion et ses écueils.

Avez-vous toujours des contacts avec Kalou ?

Jeanne : Oui, il est actuellement en retraite et sera présent en décembre en France, dans son monastère à La Boulaye, dans le Morvan. Nous avons prévu à cette occasion de lui présenter le film.

Merci.

Par Pierre LARVOL

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