INTERVIEW Interview de Stéphane Benaïm, auteur de Les extraterrestres au cinéma

Interview de Stéphane Benaïm, auteur de Les extraterrestres au cinéma

A l'occasion de la sortie du livre Les extraterrestres au cinéma (avec une préface d'Alain Schlockoff, aux éditions LettMotif), Stéphane Brenaïm a accepté de répondre à nos questions concernant son nouvel ouvrage.

 

Avant d’entamer ce petit périple à travers la galaxie, revenons un instant sur votre parcours : vous avez enseigné durant douze ans à l’université Paris 8 Saint-Denis la théorie, l’analyse de films et l’histoire du cinéma, ainsi qu’écrit dans plusieurs revues dont L’Ecran Fantastique, d’où vous vient votre attrait pour le septième art ?

En 1977, j’ai sept ans… pour la première fois de ma vie, je vais au cinéma comme un grand à la séance de 22h sur les Champs-Élysées, accompagné de mes parents : je vais voir Star Wars. Je n’oublierai jamais la magie et le plaisir que j’ai pu ressentir lors de la vision de ce film qui se déroule dans une galaxie lointaine, très lointaine. J’ai tout de suite été envouté par cet univers fantastique. J’ai aussi compris à ce moment qu’il se passait quelque chose entre moi et ce grand écran plongé dans le noir. 

Dans la foulée, je me suis précipité en librairie pour me procurer le magazine L’Écran Fantastique, revue dirigée par Alain Scholockoff qui m’a fait l’’honneur et l’amitié de préfacer ce livre.

2 – Vous publiez cette année votre second ouvrage aux éditions LettMotif intitulé : « Les extraterrestres au cinéma ». C’est un thème assez peu étudié dans littérature spécialisée et presque inédit en France. Parmi les nombreux thèmes abordés dans le vaste univers de la science-fiction, le sujet de l’alien vous tenait à cœur ?

Oui, les extraterrestres sont fascinants à plus d’un titre. Tout d’abord, ils ont cette capacité à pouvoir s’inviter dans tous les genres cinématographiques : le western (Cowboys & Aliens), le film d’horreur (The Thing), le film familial (E.T.), la comédie (Mars Attacks), la parodie (Le Dernier Pub avant la fin du monde), le film de guerre (Starship troopers), le film d’action (Predator), le film policier (Futur immédiat Los Angeles 1991), ou le film catastrophe (Independance Day)… Par ailleurs, l’autre intérêt était de démontrer que l’alien pouvait aussi être le reflet des angoisses ou des préoccupations de nos sociétés occidentales, abordant des pages cruciales de notre histoire : la décolonisation, la guerre froide, les conflits mondiaux…

3 - Concernant ce livre, j’ai cru comprendre qu’il était à l’origine destiné à un tout autre destin : pouvez-vous nous en dire plus sur sa genèse ?

Lorsque l’on est enseignant, on se doit de publier régulièrement des articles estampillés « recherche » pour montrer sa capacité à faire avancer la matière que l’on étudie. Il y a un an, en consultant plusieurs appels à contribution pour diverses revues scientifiques, une demande émanant d’une revue philosophique m’a interpellé : la publication se proposait d’aborder le sujet de l’extraterrestre dans les arts. Je me suis tout de suite lancé dans la rédaction d’un article consacré aux extraterrestres au cinéma. Tout en faisant mes recherches bibliographiques, j’ai réalisé que ce thème n’avait pas vraiment été abordé par la littérature spécialisée. J’ai donc poursuivi mon travail d’investigation et me suis lancé dans la rédaction de cet ouvrage, abandonnant l’idée de faire un article.   

Les extraterrestres revêtent aujourd’hui biens des formes au cinéma… quel cinéaste a été le premier à offrir aux spectateurs une « rencontre du troisième type » ?

Dès la naissance du cinéma, la figure de l’extraterrestre s’est imposée comme un sujet d’inspiration propice aux excentricités, à l’imagination et à l’exploration de contrées lointaines exotiques. Le premier à représenter les aliens est Georges Méliès en 1902 quand il réalise Le Voyage dans la Lune, un film de science-fiction inspiré De la Terre à la Lune de Jules Verne (1865) et de The first men in the Moon (Les Premiers Hommes dans la Lune) de H. G. Wells (1901). Le public découvre les habitants de la Lune : les fameux « Sélénites », des créatures peu menaçantes, mais suffisamment étranges et loufoques pour créer la surprise. Un peu plus tard, en 1924, les spectateurs partent pour Mars avec Aelita, un film de science-fiction soviétique muet de Yakov Protazanov.

Sur la couverture de votre livre, on retrouve deux entités hostiles très opposées : la sérieuse avec l’Alien de Ridley Scott, et la parodique avec une créature de Mars Attack de Tim Burton… Est-ce que le cinéma a tout de suite exploité l’extraterrestre sous toutes ses facettes ?

Curieusement, le public a pu découvrir assez vite les nombreux visages de l’extraterrestre. En 1951, lorsque les premiers aliens débarquent sur Terre à bord de leur soucoupe volante dans The Day the Earth Stood Still (Le jour où la Terre s’arrêta), ils viennent avec un message universel de paix : « We’ve come in peace with goodwill ». Klaatu possède des traits humains et il est accompagné d’un robot : Gort. Les deux visiteurs sont là pour alerter les humains des dangers du nucléaire, notre planète est fragile. La même année, The Thing From Another World  (La chose venue d’ailleurs) de Christian Nyby, montre une facette destructrice. La « chose » non identifiée découverte prisonnière dans la glace va éliminer progressivement les membres d’un groupe scientifique installé sur une base en pleine banquise arctique. Donc très tôt, on découvre l’ambivalence de l’extraterrestre et ses incroyables facultés à terroriser ou à émouvoir.

Que représente généralement la figure de l’extraterrestre au cinéma ?

Difficile à résumer ! Il m’a d’ailleurs fallu tout un livre pour en parler ! Il n’y a pas une figure de l’alien, mais des dizaines et bien plus encore. On a souvent évoqué avec ce sujet la notion d’altérité, un moyen d’accéder à l’autre ; l’alien est cet étranger que je regarde, qui peut me ressembler (ou pas) et qui peut me menacer (ou pas). Mais ce qui est aussi intéressant avec l’extraterrestre, c’est qu’il est un formidable révélateur de ce que nous sommes. De par ses différences ou par ses points de ressemblance avec nous, il constitue un miroir qui, en plus de révéler notre image, nous permet de voir ce qui se cache en nous : il exacerbe nos peurs (comme la mort dans 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick), nos défauts (comme l’intolérance et le racisme dans District 9 de Neill Blomkamp), mais aussi nos espoirs (comme avec Premier Contact de Denis Villeneuve). 

Pour conclure, quel est votre extraterrestre préféré ?

J’avoue avoir une faiblesse pour l’alien créé par Hans Ruedi Giger, plasticien, graphiste, sculpteur et designer de génie qui a permis la naissance d’une créature légendaire dont la première apparition s’est faite devant la caméra de Ridley Scott en 1979. En plus d’être esthétiquement beau, cet extraterrestre en apparence dépourvu d’empathie, capable d’annihiler n’importe quel adversaire, véhicule des peurs ancestrales qui sont fascinantes.

Merci Stéphane Benaïm.

Pour en savoir plus sur le livre, n'hésitez pas à jeter un oeil sur le site de l'éditeur.

Pierre LARVOL

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