INTERVIEW Noémie Lvovksy - Interview pour Demain et tous les autres jours

Rencontre avec Noémie Lvovksy pour Demain et tous les autres jours

Depuis les années 90, Noémie Lvovsky a su tracer son petit bonhomme de chemin, en connaissant de véritables succès critiques et publics (entre autres, Les Sentiments, Camille redouble). A la fois brillante actrice et réalisatrice, de la même génération qu'Arnaud Desplechin et Pascale Ferran, elle a déjà tourné six films qui commencent à constituer une œuvre d'une absolue cohérence, se concentrant sur les états d'âme existentiels et familiaux. Demain et tous les autres jours est ainsi son sixième film, manifestant une compréhension des autres et une chaleur humaine à nulles autres pareilles. Chaleur humaine que nous allons retrouver instantanément chez Noémie Lvovsky, dans une rencontre à l'abri d'un café cosy de Paris.

Comment vous est venue l'idée du titre, Demain et tous les autres jours?

Mathilde, la gamine, mon personnage principal, parle à l'Oiseau. Au début, quand il lui répond, elle est surprise, puis elle a peur, puis elle est très heureuse. Elle lui demande “tu me parleras demain?” et il lui répond “oui, demain ... et tous les autres jours”. C'est une phrase que l'on a écrite avec Florence Seyvos [sa co-scénariste, NDLR).

Que représente le personnage de la chouette? 

Mathilde et sa mère vivent un amour fou, un peu dangereux et sauvage. Elles sont en huis-clos dans cet appartement, quand la mère n'est pas en train d'errer. La mère a conscience que leur amour est un peu dangereux, donc elle pense que cet amour a besoin d'un tiers : c'est pour ça qu'elle lui offre l'oiseau.

On voulait faire un film à hauteur d'enfant, et on s'est donc dit naturellement qu'il fallait le faire parler, cet oiseau. Mathilde en a tellement envie, tellement besoin et elle a une force d'imagination qui permet à l'oiseau de parler.

La relation entre Mathilde et sa mère est très complice : au moment où Mathilde dit à sa mère que l'oiseau parle, un accord est passé entre les deux. Comment s'est passée votre rencontre avec le personnage de Mathilde?

Au départ, Florence Seyvos et moi avions deux envies:

- raconter une histoire à hauteur d'enfant ;

- transcrire le sentiment que le premier grand amour que nous avons c'est La Mère. On ne savait pas mettre de mot là-dessus. On n'a pas vécu la même enfance ni eu la même éducation mais on éprouvait ça, que l'amour d'une mère et de sa fille avait quelque chose de mystérieux. On avait envie de... pas forcément de percer le mystère, parce que c'est bien que les choses restent mystérieuses.

Il y a la mère telle quelle, et la mère dans sa condition, et dans sa condition, la mère donne un amour puissant, fou et invivable. Une phrase de Duras nous a accompagné tout au long de l'écriture (Duras m'accompagne toujours), "dans une existence, la personne la plus étrange, la plus insaisissable que l'on puisse rencontrer, c'est sa mère".

Dans votre film, la relation mère-fille est floue, bafoue un peu les règles. On ne distingue jamais vraiment bien les fonctions, on a ainsi deux personnages dans un dialogue constant. Comment brise-t-on les barrières?

Luce Rodriguez n'a pas eu une enfance qui ressemble à l'enfance de Mathilde. Elle a quelque chose de très combatif, de très fervent, de très intelligent et très aimant. On avait rencontré beaucoup de petites filles puis Luce et moi on s'est rencontrées entre 6 et 7 fois avant de faire le film.

Et lorsque je lui ai demandé pourquoi elle voulait faire le film avec moi, parce que je sentais chez elle un désir très fort, elle m'a répondu “parce que j'ai envie de passer du temps avec toi”. Pour moi, c'est la meilleure raison de faire un film avec quelqu'un, c'est ce qui me décide de travailler avec les acteurs, producteurs, scénaristes, au-delà bien sûr de leur talent et de leur force de travail.

Au départ, Luce, comme la plupart des petites filles que j'ai rencontrées, jouait (silence) mal ... (rires) enfin mal, disons que les enfants sont habitués à obéir, sont tellement habitués à ce qu'on leur ordonne de bien faire que pendant le casting qui a duré plusieurs mois, je voyais des petites filles arriver, dont Luce, qui jouaient comme pour obéir à ce qu'elles croyaient être ce que les adultes attendent de l'enfance, c'est-à-dire qu'au lieu d'être enfant, elle jouait l'enfance. Je savais qu'il allait y avoir un travail à faire pour se débarrasser de cette obéissance.  Ce travail on l'a fait, pour se débarasser de la politesse obligée. 

Anaïs Desmoustier danse avec sa mère à la fin, il s'agit d'une deuxième actrice pour jouer Mathilde. Comment s'est passée cette évolution, et surtout cette scène de danse? 

Ce n'était pas prévu que Mathilde grandisse, c'est venu d'un accident de tournage.  Le film a connu deux accidents de tournage. La première fois, on a reçu un courrier et on pensait que le film serait mort. On s'est battu, les producteurs ont fait un travail incroyable. A partir de là, on a réecrit, et c'est là qu'est arrivée Anaïs Desmoustier et elle a vraiment fait un travail incroyable de buvard.  Sans avoir jamais rencontré Luce,  elle s'est imprégnée de son jeu à partir d'images. Elle s'est imprégnée de sa personnalité.

Je ne connaissais pas Anaïs dans la vie, je connaissais son travail, que j'aime et que j'admire. On avait peu de temps, et je lui ai demandé qu'on repète la danse. Pour moi, la meilleure façon de connaître quelqu'un, c'est de danser avec lui. On a beaucoup répété la danse, parfois on dansait en silence, parfois sur de la musique douce, parfois sur de la musique violente. On cherchait le lien qu'il y avait entre Mathilde et sa mère à travers cette danse. Puis au moment du tournage il y a eu la pluie puis on a dansé.

Maxence Tual joue dans votre film. Comment l'avez-vous rencontré? 

Ah c'est bien que vous me parliez de Maxence Tual ... alors on s'est rencontré il y a 3 ans et demi, j'étais en deuil, une période très sombre de ma vie et on m'a dit : “ah il y a les chiens de Navarre qui font un festival au Rond Point”. J'y suis allé, et honnêtement je ne pensais pas que je pouvais rire à nouveau, et j'ai ri, j'ai ri... Et puis j'y allais tous les dimanches, je les ai adorés.

J'ai d'abord rencontré Manu Lascart qui est venu vers moi après la représentation, je n'ose jamais aller voir les comédiens sur scène.

Même des amis, comme Micha Lescot que j'ai vu hier dans Bouvard et Pécuchet, que j'ai eu au téléphone deux heures avant la pièce, je n'arrive pas à le voir. J'ai donc d'abord rencontré Manu Lascart puis j'ai parlé à d'autres membres de la troupe puis j'ai rencontré Maxence Tual, qui est devenu un ami. J'ai d'ailleurs joué avec lui dans une série sur Arte qui s'appelle Ainsi soient-ils.

Le film est en salles cette semaine. Courez-y!

Stéphane ODROBINSKI

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