INTERVIEW Departure : le lancement de la carrière d'Andrew Steggall

Departure : le lancement de la carrière d'Andrew Steggall

Après une carrière de comédien dans le théâtre, Andrew Steggall s’est tourné vers le cinéma. Après la réalisation de quatre court-métrages (Au mariage de nos âmes loyales, Sparrow, The Red Bike et The Door), le cinéaste se lance dans son premier projet de long-métrage, Departure.

Il s’agit de votre premier long-métrage. Comment avez-vous vécu cette première expérience ? Avez-vous été confronté à des difficultés ou des obstacles durant l’écriture ou le tournage du film ?

Bien sûr c’était un voyage très important pour moi. J’ai fait quatre court-métrages et j’ai pensé que j’étais prêt à réaliser un long-métrage. Ces court-métrages ont été un premier exercice de réalisation puisque je n’ai pas fait d’étude dans le cinéma. J’ai surtout poursuivi une formation de comédien. Le processus d’écriture du film a été très long. J’ai écrit une première version du film, mais après il y a eu 5 ans de réécriture durant lesquelles on recherchait le financement et les acteurs. J’ai eu la chance d’écrire le film sur le lieu-même où je l’ai imaginé. Il ne s’agit pas d’un documentaire. J’ai fait chaque jour des recherches de lieux pour le tournage. C’est ainsi que je suis tombé sur ce camion bleu où on a pensé à tourner une séquence. Comme nous n’avions pas récolté tout le budget pour le tournage, nous avons attendu un an pour lancer le tournage. Pour moi, ce film devait être filmé durant l’automne. Cette saison rime avec la fin d’une année, la fin du mariage, la fin d’un temps. Si nous avions tourné au printemps, la forêt aurait été trop verte et fleurie. A l’automne, les feuilles tombent et la forêt est plus colorée avec une certaine mélancolie. Nous avions un beau temps pour filmer ; beaucoup de soleil donnant de grandes ombres sur les arbres. Les comédiens étaient irréprochables. Ils s’écoutaient entre eux. Chaque soirée après le tournage, nous avions de grands repas avec l’équipe de tournage. C’était mon moment favori. Nous avons eu très peu de répétition ; deux jours avec Phoenix Brossard et Alex Lawther pour répéter la scène du combat et celle de la barque.

Le montage final du film est-il celui que vous aviez pensé au départ ou il y a eu des changements durant la post-production ?

Nous avons monté le film à Paris avec une monteuse russe et française durant plusieurs mois. Le processus a été très long et très semblable à celui de la réécriture d’un film. On doit trouver le squelette du film et retirer certains rushs pour trouver le grain du film.

Avez-vous conservé les idées que vous aviez imaginées quand vous avez commencé à monter le film ?

Bien sûr, il y a une idée que je pensais être importante, mais je ne la retrouvais finalement pas dans les rushs. Il est nécessaire d’avoir une idée globale du film, mais il faut parfois enlever certaines scènes parce que souvent nous ne les retrouvons pas dans ce qui a été filmé. Après avoir écarté cette idée, le film est finalement devenu assez ambiguë. J’en suis content. Avant le tournage, pour réduire le budget j’ai dû retirer une séquence du film. C’était une séquence où une troupe de théâtre arrivait dans le village pour créer un théâtre d’ombre qui faisait écho à l’opéra de Rusalka de Dvorak. Quand j’ai dû couper cette séquence, j’ai enlevé tous les éléments liés au théâtre. Je pense que c’était une bonne chose de retirer cette séquence. On doit faire le meilleur film. Nous avons réussi à monter un film très proche de l’idée originale dont je m’étais fait du film.

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Le film vous a été inspiré par la maison où vous avez passé vos vacances en 2009. Comment avez-vous imaginé Beatrice et Elliot, qu’est-ce qui vous a inspiré ?

Elliot me ressemble beaucoup et Beatrice ressemble un peu à ma mère. Pour moi, c’était un processus d’acuité [de ma relation avec ma mère] pour trouver la vérité de chaque moment, de chaque souhait pour les personnages. C’était simplement un questionnement sur ce que l’on désire au moment présent, quel problème on tente de résoudre, qu’est-ce qu’on doit combattre avec qui et quoi. L’histoire de Departure c’est le rêve d’Elliot. C’est son roman. Il n’est pas tout le temps honnête. C’est sa version de la vérité et beaucoup d’images dans le film ne sont pas attendues mais toutes les photos accrochées sur son mur reflètent son imagination. La vérité est un mélange de la réalité et de son rêve. C’est à la fois le cerf, le pigeon mort, la forêt de son inconscience, le barrage comme métaphore de la mort. Il a lu Les Métamorphoses d’Ovide. Il cherche et chasse en même temps dans la forêt pour son expérience intime. Il croise la mort avec le pigeon et la nymphe d’eau à travers Clément. Les éléments ambiguës et poétiques du film sont la réalité du monde perçue à travers son Elliot.

Vous dites avoir été inspiré par Les Quatre Cent Coups de François Truffaut, est-ce pour la liberté que chaque personnage tente d’avoir comme le jeune Antoine Doisnel que vous avez pensé à cette référence ?

Je dois faire attention. Il y a Truffaut tout en haut puis il y a moi en bas. Je me suis inspiré de la séquence finale des Quatre Cent Coups où Antoine Doisnel court le long de la plage. Cette séquence est l’image de la liberté comme une purification pour le personnage de Truffaut. L’eau est importante pour Antoine et Elliott. Pour Elliott, le barrage est un lieu dangereux. Ce n’est pas un coming out qu’il doit faire mais il doit se confronter à l’idée que sa sexualité est déviante. De la même façon, Elliot recherche cette liberté, cette purification. La scène où il est face au barrage d’eau c’est sa confrontation à sa sexualité comme étant impure. Ce barrage est dangereux et c’est en cela qu’elle limite la vie d’Elliot qui ne peut passer outre cette frontière.

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Le casting d’Elliot vous a paru clair lorsque vous avez aperçu le comédien, Alex Lawther mais qu’en est-il de Phénix Brossard, le comédien français ? Comment l’avez-vous découvert ? Comment s’est passé le casting de Clément ?

Chaque année pendant 3 ans, j’ai eu des castings avec Phénix Brossard et je pensais à chaque fois qu’il était le bon sans vraiment savoir. C’est finalement après avoir trouvé Elliot qu’il est devenu plus clair que Phénix Brossard puisse incarner Clément. L’alchimie entre Phénix et Alex allait être intéressante pour le film. Phénix est complètement dans son corps et Alex complètement dans sa tête. Ils sont différents laissant la possibilité à la sexualité claire de Clément d’être remise en cause par sa rencontre avec Elliot pour qui il découvre un sentiment intriguant. Nous avons ensuite fait un casting des deux dans l’appartement de Phénix Brossard. La complicité de leur jeu m’a énormément plu.

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Clément est un personnage mystérieux dont le passé est secondaire à l’intrigue. Est-ce voulu de votre part de n’explorer que la relation d’une mère et de son fils dans ce film faisant de Clément un élément perturbateur ?

Je pense que Clément est un peu exploité par Elliot et Beatrice. Pour Beatrice, c’est un moment où elle redécouvre une relation plus honnête et simple. Clément est un garçon qui a aussi des problèmes avec sa mère. La relation entre Clément et Beatrice est ambiguë parce que Clément est un peu à a recherche d’une mère. C’est la première personne qui s’est montrée gentille et à l’écoute avec elle ce qu’elle a mal interprété. Il est également un garçon qui peut tomber amoureux d’Elliot. Durant cette semaine, je pense qu’il est tombé amoureux d’Elliot.

Juliet Stevenson a-t-elle été votre premier choix pour interpréter Beatrice ?

Non, pour le personnage de Beatrice cela a surtout été une recherche de casting et c’est normal. Alex Lawther, je l’avais vu dans une pièce de théâtre dans le West End. Bien évidemment, pour trouver Elliot il y a aussi eu une longue recherche de comédiens. Il y a eu beaucoup de castings pour ce rôle.

Quelle symbolique vouliez-vous donner à la maison de vos amis dans le récit ?

La maison ne peut symboliser une seule chose exactement. La maison, c’est-à-dire les vies de Beatrice et Elliot, est sous les vagues. C’est une ambiance un peu flou. La maison a peut-être en réalité, les murs blancs, mais dans l’histoire d’Elliot, ces murs sont bleus. Tout est sous les vagues, un peu théâtral comme une mise en scène, mais si on regarde le film du point de vue d’Elliot, tout peut être un mensonge.

Est-ce que vous avez imaginé Elliot comme un menteur ? Il ne semble pas être un personnage qui ment, simplement un personnage qui n’a pas les pieds sur terre.

Oui, je l’avais imaginé comme un menteur mais c’est vrai que c’est un mot très fort. En littérature anglaise nous avons le terme de « unreliable narrator ». C’est quelqu’un qui raconte l’histoire de son point de vue. Elliot est un connard de temps en temps lorsqu’il dit que sa mère est limitée. Il doit grandir et devenir mature. Il doit apprendre que lui et sa mère partagent les mêmes sentiments, désirs et peurs. C’est ça le voyage d’Elliot.

Dans le film, il y a des moments où on a l’impression que Beatrice savait pour l’homosexualité de son mari, Philip. Est-ce que c’est ce que vous vouliez que le spectateur ressente ce sentiment d’ambiguïté ?

Le mariage consume Beatrice et Philip. La première réplique du film « Is it possible to know something before you know it. » exprime l’ambiguïté entre la vie de Beatrice avant le déménagement et sa vie durant cette semaine de déménagement. Ce n’est pas clair. Avant ce déménagement, sa vie était claire mais après cette semaine en France et à cause de sa rencontre avec Clément, elle réalise quelque chose qu’elle savait déjà dans son subconscient. Beatrice a épousé Philip parce qu’elle pensait ne pas mériter quelqu’un qui puisse l’aimer avec passion. C’est peut-être pour cela qu’elle a sacrifié sa vie en choisissant d’épouser un homme qui ne peut pas véritablement l’aimer.

Après la sortie du film, allez-vous poursuivre la réalisation dans le cinéma ? Comptez-vous retourner dans le théâtre ?

Je ne sais pas encore, mais pour le moment, je ne pense pas retourner dans le théâtre. Je ne suis qu’au début de ma carrière de réalisateur mais peut-être qu’à l’avenir, je réaliserai un opéra. Je ferai peut-être du théâtre à nouveau ou je deviendrai écrivain qui sait, je finirai peut-être jardinier.

Préférez-vous la direction d’acteurs au cinéma ou au théâtre ? Les deux sont pareils ou sont-ils très différents ?

Je n’ai pas de préférence pour l’un ou l’autre. Le processus de direction des acteurs est différent et chaque réalisateur a une méthode différente pour travailler avec les comédiens. Pour moi, il n’y a pas trop de différences puisqu’il y a toujours cette recherche de vérité ainsi que de donner l’espace aux acteurs de s’exprimer et s’épanouir. On doit encourager les comédiens dans cette quête de vérité.

Ce film est également un point de départ pour vous dans votre carrière, mais aussi l’expression de vos sentiments et de votre relation entre vous et votre mère ?

Oui, c’est la bête noire entre une mère et son fils. J’aime les mères parce qu’elles sont émouvantes. Tout le monde aime les mères pas forcément sa propre mère mais l’idée d’une mère, c’est évident.

Après le succès certain de Departure, avez-vous un autre projet pour le succéder ? Une idée de scénario ou des propositions de films à réaliser ?

Oui, ce n’est pas un secret. J’ai l’idée d’un film qui se déroule à Paris et d’une adaptation d’un roman américain se passant lors d'une campagne militaire. J’en développe le scénario. J’envisage également l’adaptation d’un opéra, mais cela coûte cher et j’ai besoin de plus d’expériences.

Man-ting SRON

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