INTERVIEW Rock'n'roll... of Corse ! : rencontre avec le co-réalisateur Lionel Guedj

Rock'n'roll... of Corse ! : rencontre avec le co-réalisateur Lionel Guedj

Sortant en double édition spéciale fnac dès aujourd'hui, Rock'n'roll... of Corse ! est un documentaire rock rythmé et passionnant retraçant la carrière d'Henry Padovani, co-créateur et premier guitariste de The Police. Mélange d'interviews, de promenades avec Padovani et d'images d'archives assez précieuses, Rock'n'roll... of Corse ! est un régal aussi bien pour les yeux que pour les oreilles. Pour l'occasion, nous avons pu rencontrer Lionel Guedj, co-réalisateur enthousiaste du film.

 

Comment vous est venue l'idée du film ? Vous aviez entendu parler d'Henry Padovani avant ?

Avec Stéphane Bébert, mon co-réalisateur, on connaissait Henry Padovani en tant que premier guitariste de The Police. Je pense que c'est le cas de pas mal de gens dans le milieu de la musique en tout cas. Pas beaucoup au-delà. En revanche, Henry est quelqu'un de très prolifique, il écrit beaucoup. Par exemple, si l'on va sur sa page Facebook ou je ne sais quoi, il écrit tout le temps sur plein sur plein de choses. Pas forcément des sujets qui ont trait à la musique ou à The Police, en ce moment ce sont les élections... Il écrit avec un certain aplomb, une certaine vision du monde qui, si elle n'est pas intéressante, est au moins intrigante. Il a d'ailleurs écrit un livre qui n'est pas vraiment une autobiographie mais où il raconte ses tribulations. Avec toute cette accumulation, on s'est dit qu'on tenait là un sacré sujet. D'abord parce que finalement ce sont les sujets les plus intéressants : on est face à une figure qui n'est pas publique, qui n'est pas connue par la plupart des gens et c'est donc plus facile de s'identifier à elle. C'est plus facile, quelque part, d'ouvrir une part de rêve et de montrer qu'il y a des vies derrière cette lumière qu'on connaît. Évidemment faire un documentaire sur Sting, ça peut être super intéressant mais c'est pour moi un travail moins intéressant en profondeur parce que c'est une personnalité publique, qu'il a déjà une certaine image. Alors que faire quelque chose avec quelqu'un de moins connu, c'est avoir à la fois un acteur et un témoin de cette époque. On peut se laisser guider par lui sans vraiment savoir ce qu'il se passe. Et surtout ça nous permet à tous, quand on a vingt ans, quand on a quinze ans, de se dire qu'en fait, on peut faire plein de choses dans la vie. Bon là il se trouve que c'est de la musique donc il y a côté un peu glamour, un peu sexy mais on peut faire plein de choses dans la vie sans forcément être dans la lumière. Ce qui ne nous empêche pas de vivre de sa passion. C'est ça qui est intéressant avec Henry, il a eu plusieurs vies à l'intérieur de la musique. Il avait une volonté étonnante, il a traversé le temps en épousant des mouvements différents. Et ça, dans un monde un peu formaté où l'on ôte la part de rêve à nos enfants, ça nous montre qu'il y a plein de façons d'être heureux et de réussir sa vie, pas de réussir dans la vie, il y a une nuance. Ça nous semblait intéressant de s'attarder là-dessus.

Dans quelle mesure le film a-t-il été écrit ? Vous êtes-vous laissés guider par Henry Padovani ?

C'est un peu les deux. D'abord on ne savait pas si tout ce qu'on lisait sur Henry était réel. Si tout était vrai, c'était assez génial mais si tout était faux, c'était tout aussi génial. On est partis avec ce mini-doute, sans savoir quelle était la nature véritable de sa relation avec tous ces gens. Est-ce que tout le monde allait accepter d'être dans le film ? Quel genre de témoignage allions-nous avoir ? On a d'abord écrit une première version en sachant que beaucoup de choses allaient se faire à l'instinct et effectivement beaucoup de choses se sont faites à l'instinct. Tout a été continuellement écrit et réécrit jusqu'au moment où les choses ont commencé à s'orienter et on a écrit un traitement assez long qui est finalement assez fidèle au produit final. Mais ça a été une écriture complexe, on s'est lancés comme ça en auto-production, tout à l'arrache et à l'artisanal. Ça a été une super école. Dorénavant on sait ce qu'il faut faire et surtout ce qu'il ne faut pas faire.

Vous avez réussi à parler à tous les gens que vous vouliez pour le film ?

Majoritairement, oui. On a eu un super accès avec Sting, Stewart Copeland ou même Topper Headon, qui continue d'ailleurs encore aujourd'hui, on est restés super proches. Ce qui est assez marrant et ce qui m'a marqué, c'est le lien très fort que j'ai ressenti entre ces gens-là. Un peu comme des amis d'enfance séparés par la vie qui ne se voient pas pendant des années mais qui se retrouvent comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. Ce qui fait qu'à chaque fois qu'on a demandé aux gens s'ils voulaient être dans le film, ils ont dit oui. On a seulement eu des problèmes de planning qui nous a empêché de voir tout le monde, pas de refus. Par exemple, on s'est loupés avec R.E.M quand ils étaient en concert dans le Sud mais c'est tout. On a pas étendu le truc non plus, on a collé à l'histoire et au relationnel d'Henry.

Il y a beaucoup d'images d'archives dans le film, comment avez-vous réuni tout ça ? Il y en a qui sont inédites, vraiment datées...

Il y a seize minutes d'images d'archives dans le film. Ça paraît plus long mais on a recalculé et c'est bien ça. Pour les trouver, c'était à la fois simple et compliqué. C'était simple dans la mesure où l'on savait quel type d'images il nous fallait en fonction des prestations d'Henry, que ce soit avec Wayne County, Kim Wilde ou au festival punk de Mont-de-Marsan. On savait qu'il n'y en avait pas trois tonnes mais du coup c'était dur à trouver. Il a fallu faire beaucoup de recherches. Heureusement, on était une auto-production donc on n'avait pas un planning aussi serré que les autres films, on avait du temps pour fouiner. Pour les images de Mont-de-Marsan par exemple, on s'est aperçus qu'il y avait une ou deux sources d'images. Une qui avait été diffusée à la télévision mais qui n'était pas vraiment ce qu'il nous fallait. Et puis une diffusée à l'époque dans une salle à Paris dans une copie 35mm durant une journée. Un truc un peu bizarre quoi, dans un montage cut. J'ai fini par retrouver la trace du mec et effectivement, il était à Mont-de-Marsan en 1977 et il avait filmé les Clash, The Police, Dr. Feelgood... On a d'ailleurs gardé beaucoup de ces images pour les bonus du dvd très centrés sur le punk, ce qu'il représentait, la création de The Police en tant que groupe punk et sur ce festival improbable en France à Mont-de-Marsan ! En 1977, tous les habitants ont dû se dire que c'était l'Apocalypse en voyant les punks débarquer ! Ils fermaient leurs volets et tout ! En tout cas, on a retrouvé ce mec qui y était, qui a tout filmé avec sa caméra avec un seul axe, qui n'a jamais pris des morceaux vraiment en entier, qui a bien capté l'énergie du festival. Le temps a vraiment joué en notre faveur sur ce coup-là.

Vous êtes une auto-production, vous êtes allés à Cannes en 2010 et le film a mis six ans avant de sortir en salles, comment vous expliquez ça ?

Il y a plein de raisons pour ça. La raison la plus rock'n'roll c'est qu'on s'est engueulés avec Henry. On a eu des soucis. Déjà, on dit qu'il n'y a que les habitués qui vont à Cannes, il n'empêche que je serais toujours éternellement reconnaissant à Thierry Frémaux de nous avoir sélectionnés alors qu'on avait juste envoyé un dvd et qu'on sortait de nulle part. En tout cas, on est allés à Cannes un peu en pirates, sans contrats, sans trop d'accords, sans les droits musicaux, sans rien à part le film en rough mix quoi... Forcément on s'engueule juste après Cannes sans avoir eu le temps de profiter de ce label cannois. On a mis du temps avant de se poser et d'en reparler. Avec ma boîte (To Be Continued Productions -ndlr), on a mis un peu d'argent pour pouvoir payer certains trucs. Il a fallu s'organiser, préparer la sortie et voilà, les six ans sont là.

Vous avez des projets pour la suite ou Rock'n'roll... of Corse ! n'est-il qu'un coup d'essai né d'une envie ?

Pour Stéphane, je ne sais pas, moi en tout cas je fais beaucoup de production et de réalisation au sein de ma boîte, on produit beaucoup de films de genre que personne ne va voir mais qu'on adore. Cela dit, avec Henry on a un projet de documentaire sur Topper Headon, le batteur des Clash dont on est très proches et dont la vie est aussi incroyable. Le gars était l'un des plus grands batteurs du monde et il s'est retrouvé à faire la manche dans le métro à Londres... On a ce projet et un truc un peu plus tordu autour du fameux club des 27, un projet un peu hybride entre fiction et documentaire en travaillant sur cette peur mais toujours avec un côté humoristique. C'est un sacré truc le club des 27 quand même mais en même temps, c'est scientifique le cerveau commence à dégénérer à 27 ans. C'est à cet âge que l'on se retrouve au top de nos capacités intellectuelles et que l'on peut atteindre la plénitude avant que ça dégénère. Enfin dégénère, c'est infime mais c'est prouvé. Est-ce qu'il y a une relation de cause à effet ? Je ne sais pas. Est-ce qu'on va s'en servir dans le film ? Sans aucun doute.

 

Propos recueillis à Paris le 13 avril 2017. Un grand merci à Michel Burnstein et Lionel Guedj pour son accueil.

Alexandre Coudray

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