INTERVIEW : Rock'n'roll... of Corse ! : rencontre avec Henry Padovani


Rock'n'roll... of Corse ! : rencontre avec Henry Padovani

Le nom d’Henry Padovani ne parle peut-être pas à tout le monde quand on le cite au mariage de notre cousin mais dans le milieu de la musique, l’homme est une pointure. Et pour cause : il fut le co-créateur et premier guitariste du groupe The Police. Parti du groupe avant qu’il ait du succès, Padovani a toujours tracé son chemin sans avoir l’air de trop se poser de questions. Jouer de la guitare d’abord (avec son groupe The Flying Padovanis ou encore Kim Wilde, Wayne County & The Electric Chairs), poser les questions ensuite. Ce qui ne l’a pas empêché de travailler pour le label IRS Records ou encore de manager Zucchero. Son parcours assez dingue, mis en lumière par le documentaire Rock’n’roll… of Corse ! disponible en DVD dès aujourd’hui, nous a donné envie de parler au bonhomme. Joint par téléphone pour une conversation qui ne devait durer que quelques minutes, Henry Padovani s’est montré disposé à parler de tout pendant près d’une demi-heure, aussi bien prolixe sur sa carrière que sur celle des autres.

 

Tout d’abord, merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions pour revenir sur cette vie assez incroyable…

Une vie incroyable, je ne sais pas. Je ne me pose pas la question tu sais. Ma vie c’est la musique mais c’est aussi les travaux dans ma maison, mes enfants… J’ai fait des choses beaucoup moins incroyables dont on ne parle pas. Mais c’est ma vie, je l’ai vécu sans jamais me poser beaucoup de questions. Tu vois en ce moment avec l’élection présidentielle, on sent bien que quoiqu’il arrive, les gens votent contre, ils ne votent plus pour quelqu’un. Et bien moi, j’ai pris toutes mes décisions pour. Il faut avoir cet état d’esprit. Je n’ai jamais rien calculé. Je pense qu’il n’arrive rien à ceux qui calculent tout.

Vous n’avez rien calculé mais vous avez une belle carrière. Quand on voit le film, on a l’impression que c’était facile de rentrer dans le monde de la musique à partir du moment où l’on savait jouer de la guitare. C’est juste une impression ?

Facile non, ça n’est jamais facile. Même aujourd’hui ce n’est pas facile, je pars la semaine prochaine en Argentine pour donner une master-class, je ne sais même pas ce que je vais dire. Là je pratique la guitare tous les jours et tous les jours je me remets en question. La recherche de soi est importante dans cette vie. En fait dans ma vie, j’ai dit oui à chaque opportunité. Je ne me suis jamais posé la question de la facilité, je l’ai fait. On rentre le soir, on est crevé mais un pote te demande de sortir ? À toi de savoir si tu restes chez toi à dormir ou si tu sors quitte à ne pas te réveiller le lendemain pour aller bosser… Rétrospectivement, évidemment qu’il y a des choses où je me dis "ça j’aurais jamais dû le faire’’. Je me suis retrouvé à frôler la mort plusieurs fois ! (rires) Mais je ne prépare pas l’avenir. Après, mon fils par exemple, il veut monter son groupe, il se démerde bien mais je lui conseille de faire des études. S’il veut faire de la musique, il aura toujours le temps. Mais les études d’abord. Est-ce que j’ai grandi malgré tout ? Je l’ignore.

Ce n’était donc pas facile mais c’était la musique avant tout ?

Oh tu sais, j’aurais pu être coiffeur ou écrivain ! J’ai connu un coiffeur, il n’avait même pas de salon, juste un tabouret qu’il mettait dans la rue ! J’ai pris ce qui venait. Disons que ce n’était pas facile mais que c’était simple. À l’époque il y avait un sens de la communauté énorme, on s’entraidait ! Combien de fois j’ai rempli le frigo de Sting ? Combien de fois on s’est barrés d’un restaurant sans payer ? On est des anciens combattants en fait.

En tant qu’anciens combattants, vous vous voyez encore régulièrement ?

Je vois Sting plus que les autres. Il est très occupé mais on s’appelle, on vérifie qu’on est encore là. (rires) Stewart Copeland, je le vois moins parce qu’il n’est jamais là mais je vois Topper (ancien batteur des Clash - ndlr) régulièrement. Il va bientôt venir en Corse d’ailleurs, on parle de foot, on va dîner… Topper assume complètement son parcours, il assume le fait qu’il a été un junkie, qu’il a planté les Clash qui n’ont pas forcément été là pour lui. On parle du meilleur batteur du monde qui a été obligé de faire la manche après les Clash quand même ! En tout cas, la communauté se prolonge, on s’invite, on se fait des projections…

Quel regard portez-vous sur le monde de la musique aujourd’hui ?

J’ai l’impression d’être un vieux con. Un vieux con qui attaque quand même mais un vieux con. Ce qui compte et ce qui a toujours compté, c’est l’humain, c’est la solidarité et ça se perd. La recherche du succès n’est pas une recherche en soi, il faut d’abord chercher à être bon. Les jeunes savent ce qu’ils ne veulent pas mais ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Et tout ce petit monde veut se ressembler, il a perdu l’intérêt de la singularité. Prends Jonny Greenwood par exemple, ce n’est pas le meilleur guitariste du monde, je suis sûr qu’il est perdu si tu le fous parmi les musiciens de The Voice mais c’est le meilleur dans Radiohead parce qu’il a un son unique. Il faut savoir apprendre des autres aussi, quand j’ai bossé avec R.E.M, j’ai appris énormément de choses avec eux ! Maintenant, ça ne manque pas seulement de personnalité et de solidarité, ça manque de dignité.

Rock’n’roll… of Corse ! a été présenté à Cannes en 2010 mais a mis six ans à sortir en salles, Lionel Guedj m’a un peu expliqué pourquoi…

Ouais on s’est engueulés ! Après Cannes, j’en avais plein le cul, je ne voulais plus que le film sorte. Mais au final je ne pouvais lui refuser car Lionel et Stéphane (Bébert, co-réalisateur du film – ndlr) avaient bossé dur pour en arriver là. Je veux dire, ils sont réalisateurs et ils vont à Cannes, tu ne peux pas leur dire non, leur couper leur rêve. On en revient à l’humain, on se pose, on se parle et les choses s’arrangent.

Vous partez en Argentine la semaine prochaine mais vous avez des projets pour la suite ? Qu’est-ce qui vous attend ?

Maintenant, je suis devenu musicien entièrement. Il y a juste ça, juste cette envie. La musique avant le business. Avec Zucchero par exemple, on s’est éclatés mais au final le business a pris le dessus. Il a fait des duos avec Bono et Sheryl Crow, maintenant il fait ça avec Chimène Badi ou Patrick Fiori… Bon chacun son truc et ses envies hein. J’ai bossé pour un label superbe où l’on avait réuni des tas d’artistes, c’était le pied. Maintenant ça s’est calmé mais au final, je fonctionne toujours à l’envie.

 

Propos recueillis le 14 avril 2017. Un grand merci à Michel Burnstein et à Henry Padovani.

Par Alexandre Coudray