INTERVIEW : A Cure for Life : rencontre avec Gore Verbinski et Dane DeHaan


A Cure for Life : rencontre avec Gore Verbinski et Dane DeHaan

On attendait des nouvelles de Gore Verbinski depuis l’échec de Lone Ranger. Le cinéaste revient donc cette année avec A Cure for Life, un film au budget plus modeste ne nuisant pas à l’ambition d’un réalisateur qui n’a jamais manqué de panache. Thriller angoissant à mi-chemin entre Shining et Shock Corridor porté par Dane DeHaan et se déroulant dans un sanatorium, A Cure for Life distille une atmosphère malsaine et se montre sans concessions jusque dans son dénouement. Forcément, on a eu envie d’en parler avec Gore Verbinski et Dane DeHaan que nous avons pu rencontrer :

 

Gore, il y a 15 ans, vous faisiez The Ring et ici vous revenez vers l’horreur, c’est une envie que vous aviez depuis longtemps ?

Gore Verbinski : Oui effectivement, le genre est assez génial, il y a toujours des éléments bien particuliers que l’on peut prendre pour jouer avec. C’est aussi l’occasion de jouer avec le spectateur. Pour A Cure for Life, je voulais que le spectateur soit le patient du sanatorium avec le personnage de Dane. Je me suis beaucoup amusé, il y a quelque chose de la logique du rêve dans le film avec des images assez cauchemardesques.

Dane, comment est venue l’envie de faire le film ?

Dane DeHaan : Tout simplement à la lecture du scénario. Avant, j’ai rencontré Gore qui m’a longuement parlé des films psychologiques des années 70, qui m’a cité Roman Polanski, Nicolas Roeg… Je suis parti avec le scénario chez moi et j’étais conquis. J’aime l’ambition de Gore et le fait que le film repose beaucoup sur mon personnage était un vrai challenge, je savais que j’allais être présent sur la plupart des plans, c’était excitant.

G.V : Dane s’en est vraiment très bien sorti. Il faut dire qu’on tournait dans le désordre aussi. Il pouvait très bien tourner à un angle un jour et arriver dans le couloir après cet angle bien des jours plus tard !

Un tel film est-il difficile à mettre en place de nos jours ?

G.V : Pas si on hypnotise les producteurs ! (rires) C’est vrai que A Cure for Life n’est ni une suite, ni une adaptation de comics. On ne peut pas en faire un parc à thème ou des jouets et c’est vrai que c’est assez dur à mettre en place. L’idée était vraiment celle de la maladie omniprésente, de son inévitabilité.

Pourquoi les sanatoriums sont-ils si terrifiants au cinéma ?

G.V : Je ne sais pas. C’est vrai que depuis Shock Corridor ou Vol au-dessus d’un nid de coucou, ça fait assez peur. Je pense que c’est parce qu’ils sont le reflet de notre société, c’est un miroir nous montrant tout ce qui ne va pas.

D.D : En tout cas, je ne suis plus rassuré dans ce genre d’endroits depuis que j’ai tourné le film. La dernière fois, je suis allé me faire masser et la musique qui passait pour me détendre me crispait plus qu’autre chose, j’entendais la musique du film à la place !

Vous citez Roeg et Polanski, comment réalise-t-on un film pareil ? Comment montre-t-on au spectateur ce qu’il ne veut pas voir ?

G.V : On ne voit plus ce genre de films désormais. Dans les films d’horreur aujourd’hui, il y a un jump-scare toutes les deux minutes pour réveiller le spectateur. Ce que je voulais vraiment avec A Cure for Life, c’est de la cuisson lente. Pour moi, il y a deux façons de raconter des histoires : soit on pousse le spectateur dans le dos pour l’accompagner pendant le récit soit on place assez de miettes de pain pour que le spectateur suive le film de son côté. Et avec un peu de chance, d’ici quelques jours, vous ressentirez les effets secondaires de mon film ! (rires)

Tout est impeccable dans le film, le choix des plans, des décors… Je suppose qu’il est très préparé en amont ?

D.D : Ah oui, je peux vous dire que Gore a une vision très claire du film, tout est précis. Et il aime prendre son temps, le tournage a tout de même duré 4 mois et demi ! Je devais donc faire de mon possible pour m’adapter à cette rigueur et apporter mon ressenti face à ça. Mais il y a toujours de la place pour la spontanéité. Par exemple, lors de la scène du dentiste, je ne m’étais jamais dit que j’allais hurler comme un cochon mais je l’ai fait ! (rires)

G.V : Dane pense au personnage très en amont, mais il cherche toujours quelque chose d’honnête au moment du tournage. Une interprétation peut se préparer en avance, mais le ressenti au moment de tourner le plan doit toujours être honnête. Pour ce qui est de la préparation pure, il est clair que tout doit être pris en compte : les objectifs, les horaires, les repérages. Au final, on fait beaucoup de tri au moment du tournage.

Comment avez-vous abordé le travail sur le son ? Chaque bruit (verre posé sur une table, pas dans l’escalier) semble accentué…

G.V : Je suis très fan des films noirs où tout est un peu exagéré, comme les pas de Lee Marvin qui sont toujours accentués, qui ont l’air plus lourds que la normale. On a créé nos propres sons pour le film, pas besoin de chercher trois mille sons truqués dans les bases de données. On a donc enregistré nos propres sons et il a suffit de les passer un peu trop fort au mixage.

On pense beaucoup à Shining devant le film, la référence était voulue ?

G.V : Shining est une grosse référence, effectivement. Mais elle n’est pas la seule. J’aime beaucoup Le Locataire, The Servant, Ne vous retournez pas… Ce sont des réalisateurs qui parviennent à nous faire aller au-delà du film, on a l’impression que la caméra suit sa propre logique. Mais trop de références peuvent tuer un film, il faut toujours que la caméra soit au service du récit. Cela dépend du film que l’on fait aussi, j’aime beaucoup Hal Ashby par exemple, mais pour le coup, c’est pour des raisons différentes.

Dane, ce n’est pas trop étrange d’être l’un des seuls jeunes acteurs du film ?

D.D : Non, c’est intéressant d’être entouré de personnes âgées, surtout quand elles sont nues ! (rires) Chaque jour, j’avais l’impression de jouer avec des acteurs différentes, c’était très enrichissant.

G.V : Le personnage de Dane est intéressant parce qu’il s’en prend plein la gueule. Il est comme le cerf blessé qui refuse de mourir, il se bat jusqu’au bout.

Dane, comment avez-vous vécu cette scène où vous êtes immergé dans l’eau dans un caisson d’isolement ?

D.D : C’était clairement la scène la plus intense du film. Rien que pour celle-là, le tournage a duré deux semaines. Deux semaines durant lesquelles j’étais dans l’eau ! Bon j’étais bien équipé avec le masque à oxygène et des fils, mais on faisait des prises sans interruption qui duraient jusqu’à vingt minutes !

G.V : En même temps, on ne pouvait pas tourner autre chose pour qu’il puisse se reposer, il est quasiment dans tous les plans !

Le film se vit un peu comme dans un rêve, c’était votre objectif ?

G.V : Vous savez, quand on fait un film, on partage un rêve de toute façon. Un rêve ou un cauchemar, mais il y a quelque chose du songe. Au final, je pense que le diagnostic du méchant est juste, l’humanité est malade. C’est juste le traitement qu’il a choisi qui n’est pas le bon !

D.D : Pour ma part, je n’y pense pas comme un rêve, j’ai besoin de la réalité pour m’appuyer dans mon travail. Et vu le temps de tournage, j’ai eu le temps d’y être immergé !

 

Propos recueillis à Paris le 27 janvier 2017.

Par Alexandre Coudray