INTERVIEW Radin ! : Rencontre avec le réalisateur Fred Cavayé

Radin ! : Rencontre avec le réalisateur Fred Cavayé

Pour la sortie en Blu-ray et DVD du film Radin ! avec Dany Boon, la rédaction de Retro-HD a eu le plaisir de rencontrer le réalisateur du film, Fred Cavayé. L'opportunité d'en savoir un peu plus sur l'acteur préféré des français, les méthodes de travail du réalisateur, son rapport à la comédie et sa vision du genre. Une entrevue généreuse et fort sympathique avec un réalisateur qui assume complètement ses références et son héritage directe.

 

Vous avez commencé votre carrière avec des courts-métrages de comédie pour ensuite construire votre carrière sur des longs-métrages de thriller et d'action, pourquoi votre retour à la comédie s'est fait avec Radin  !  ?

Un soir, mon producteur de Pour Elle m'appelle et me dit  : « j'ai un scénario de comédie, on n'est pas sûr de faire le film, bon ce n’est pas pour toi, c'est une comédie. » Je lui réponds alors que j’apprécie le genre, je ne sais pas faire que du thriller ou de l'action. Il me dit que le film porte sur un radin. Tout de suite ça me parle. C'est un sujet universel et jamais réellement traité en bloc dans un film. J'ai eu envie de savoir qui était ce radin. De fil en aiguille, j'ai lu le script, les scénaristes originaux m'ont autorisé à restructurer et redialoguer pour me l'approprier. Un travail d'un bon mois avant de rentrer à Paris et le faire lire à Eric Jehelmann le producteur. Il le trouve bien puis l'envoie à Dany Boon. Il le lit en deux jours, ça lui plaît, il dit ok, mais début du tournage dans deux mois ! Et c'était parti. La suite n'a été qu'un régal permanent. Autant que sur mes premiers films malgré leurs grandes différences.

Ce n'est donc pas une commande avec en gros écrit sur le scénario « Film pour Dany Boon » ?

Non, c'est vraiment un film que j'ai retravaillé, réécrit les dialogues et tout restructurer pour m'approprier le film. J'ai ramené toutes les premières séquences du film sur son enfance pour expliquer pourquoi il était devenu cet homme. Il est radin, mais finalement ce n'est pas de sa faute, il a été traumatisé dans le ventre de sa mère.
Au fur et à mesure de l'élaboration des nouvelles versions, j'ai peut-être amené le personnage vers une connotation moins sympathique. Exemple aussi du voisin qui était un homme aimant de ses enfants dans les premières versions. Puis j'ai préféré en faire un mec dont ses enfants le soûlent au quotidien, 6 enfants à élever seul, car sa femme l'a quittée. Et il en peut plus appelant ses enfants « les Piranhas ». J’ai emmené le film vers quelque chose de plus subversif et cynique. Même si le tout reste dans l'optique du divertissement pour le dimanche soir, un produit à la Louis de Funès. Comme le sont mes thrillers, je revendique cela en permanence. Quand j'étais môme, il y avait qualité de films de divertissement, que ce soit dans l'aventure, l'action ou la comédie. Et j'aspire à de tels films.
Quand vous travaillez sur une comédie, forcément vous pensez à Dany Boon, c'est le patron actuellement. Mais là c'était encore plus intéressant d'essayer de l'avoir, car on emmenait le personnage vers le cynisme, une obscurité que le public n'a pas forcément l'habitude de voir chez lui.

Justement, quelle était votre approche de la comédie ?

Mes premières velléités ont été la comédie. Je dirigeais un café-théâtre avant de faire du cinéma. Quand j'arrive à Paris, j'écris pour Caméra Café, des petites pastilles en me destinant à faire de la comédie. Mais les rencontres et les hasards font que je me dirige avec Guillaume Lemans vers Pour Elle en tant que premier essai. Mais au début, j'avais cette image de scénariste de comédie. Ce qui a fait que je me suis retrouvé à écrire une des premières versions de La Guerre des Miss, puis j'ai travaillé sur RTT. Mais par exemple, sur La Guerre des Miss, il ne reste presque rien de ma part, car on est huit scénaristes sur le film. La comédie ne m'est donc pas étrangère, mais heureusement que j'ai réalisé des thrillers avant, car cela m'a appris à gérer le rythme.

Enchaînement parfait pour ma prochaine question, y'a-t-il des différences d'orchestrations en termes de rythme entre l'action et la comédie ?

J'ai appris essentiellement le rythme après avoir appris à réaliser des films. Car, ce n'est un secret pour personne, on apprend le cinéma en faisant du cinéma. Finalement, mon travail a été le même sur mes trois précédents films que pour Radin !. Tout dépend de l'histoire qui se met en place. C'est ce qui se passe devant la caméra qui détermine l'organisation de votre mise en scène, de l'orchestration du tout qui régit le placement de votre caméra et non l'inverse, sinon c'est une bande démo pour faire de la publicité. Chez plein de réalisateurs, la caméra bouge moins sur leurs 3e et 4e films que sur leurs premiers films. La caméra est moins nerveuse, plus dans l'efficacité dans le bon sens du terme. Une mise en scène narrative et non plus démonstrative comme cela peut être sur des premiers films. L'important est de raconter une histoire et non d'avoir des effets de caméras grandiloquents pour le style. Après, j'ai toujours peur du ventre mou. C'est ma plus grosse crainte, alors je dégraisse à fond. Je n'aime pas le gras quand bien même j'en ai besoin pour le montage derrière. Il y a aussi le fait de pouvoir compter sur Dany Boon. Car forcément, il a le talent de faire rire, et une vanne chez lui ne va pas fonctionner de la même façon chez un autre, voire pas du tout. Des acteurs tels que Dany Boon, Louis de Funès, Bourvil et consort ont ce rythme inné à faire rire, cette efficacité. Mon rôle en tant que metteur en scène est de m'appuyer sur ça, c'est très important.

Avec le succès du film (2 920 360 entrées en France), est-ce que d'autres perspectives se sont créées maintenant en termes de proposition, des films différents ? Seriez-vous tenté de proposer un thriller à Dany Boon ?

S'il le souhaitait, ce serait avec grand plaisir, mais c'est quelque chose qu'il ne veut pas. C'est dommage, mais il ira vers autre chose ensuite. Pour le moment, il se consacre à la comédie. J'ai découvert un grand acteur en travaillant avec lui. Il a une épaisseur qui va lui permettre de jouer d'autres rôles par la suite. Il est vraiment un personnage tout évitant l'imitation. Mais il pense à son public et son public ne souhaite pas encore le voir faire son « Tchao Pantin ». Il en a la capacité, mais c'est encore trop tôt. Tant de comédiens s'y sont cassé les dents à vouloir incarner des rôles sombres, plus obscurs, à vouloir prendre des risques. Ce serait perturbant pour le public de voir Dany Boon d'un seul coup dans un autre registre, comme le voir tuer des gens, se battre. Mais cela se fera au fur et à mesure de ses choix.

Et vous, votre futur ?

Et bien pour finir de répondre à la question, c'est toujours mieux de faire un succès. Cela vous laisse du temps de voir venir et se concentrer sur votre envie de travail. Et c'est très important pour un réalisateur de faire des films pour de bonnes raisons. Là avec 3 millions d’entrées, on va m'envoyer des choses, mais surtout attendre le coup de cœur, ne pas être dans l'urgence. J'attends de tomber amoureux.

 

Propos recueillis par Mathieu Le berre.

(Remerciements à l'équipe de chez DarkStar et à Aude Dobuzinskis)

Mathieu Le Berre

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