INTERVIEW L'Odyssée : rencontre avec Jérôme Salle, Pierre Niney et Stan Collet !

L'Odyssée : rencontre avec Jérôme Salle, Pierre Niney et Stan Collet !

Annoncé comme le grand film français de cette rentrée, L’Odyssée, film d’aventure retraçant le parcours du commandant Cousteau, ses zones d’ombre et ses relations familiales, n’a pas démérité cette appellation. A l’issue d’une projection du film, Retro-HD a pu rencontrer Jérôme Salle, Pierre Niney et Stan Collet (monteur du film) pour pouvoir s’immerger encore plus longtemps dans l’univers bien particulier de cette belle aventure dont tout le monde semble s’accorder à dire avec amusement qu’elle fut difficile mais incroyable :

 

D’où est venu le parti pris de ne pas faire une hagiographie du commandant Cousteau mais d’adopter le point de vue de Philippe Cousteau, le fils cadet ?

Jérôme Salle : C’est un processus qui a mis du temps. Au début j’avais vraiment l’impression de faire une biographie à la wikipédia avec seulement des faits et puis ça été une question de rencontre. Avec Pierre Niney pour le rôle de Philippe bien sûr mais aussi avec Jan Cousteau, la veuve de Philippe. C’était une rencontre très émouvante qui m’a appris beaucoup de choses, qui m’a donné envie de réécrire le scénario très rapidement.

Comment s’est passé le tournage sur le bateau ?

J.S : Mal. On a eu les mêmes problèmes que Cousteau : on manquait d’argent, on avait des moteurs qui ne fonctionnaient pas, on ne pouvait pas rentrer le bateau dans le port, c’était…

Pierre Niney : Une catastrophe. Le jour où on a découvert que la prod avait loué un bateau dont les moteurs ne fonctionnaient pas, ça a été un véritable enfer. Le planning de tournage était bricolé, on faisait avec ce que l’on pouvait, il fallait utiliser des remorques pour emmener le bateau en mer, c’était apocalyptique. C’est dur de tourner sur l’eau, sous l’eau, en Antarctique, avec des animaux et tout ça on l’a fait ! C’était l’ambition du sujet en même temps : on recherchait l’authenticité, on voulait le moins d’effets spéciaux possible. On a vraiment fait de la plongée, on s’est vraiment retrouvés au milieu de vrais requins… C’est l’expérience d’une vie.

J.S : Bon pour tout avouer, on a pu faire démarrer les moteurs du bateau une fois. Mais si ça intéresse quelqu’un, le bateau est à vendre maintenant !

Ce sont donc des vrais requins lors de la scène ? (scène qui voit Philippe Cousteau et des plongeurs entourés par un banc de requins se rapprochant de plus en plus d’eux – ndlr)

J.S : La vraie question c’est est-ce que c’est le vrai Pierre Niney ?

P.N : Oui c’est moi et ce sont des vrais requins. Je voulais absolument faire cette scène. J’ai pourtant une grosse phobie des requins mais en même temps ils me fascinent je regarde tout le temps des documentaires dessus dès qu’il y en a un qui passe à la télé. Bon on a fait ça sur les derniers jours de tournage parce qu’ils ne sont pas bêtes les gars, ils avaient prévu le coup quand même (rires). J’ai insisté depuis le début pour le faire, les assurances ont dit oui et on a donc tourné la scène sur plusieurs jours. Au début, ça fait vraiment flipper, tu n’es pas rassuré mais après ça devient apaisant, les requins ont quelque chose de majestueux. Et même si c’était à la fin du tournage, ça a nourri mon personnage.

J.S : Il faut savoir qu’en une année, les hommes tuent plus de requins que eux ne tuent d’hommes donc le risque n’est pas si élevé. Le tournage de cette scène est l’un des plus beaux souvenirs du film. Tout le passage en Antarctique également.

Justement, l’Antarctique c’était comment ?

P.N : C’était très compliqué. Rien que pour y aller, c’est une galère sans nom. On y est allés sur un mini brise-glace et on a connu une tempête avec 140 km/h de vent, que du bonheur ! Je suis resté dans mon lit pendant 15 heures à haïr Jérôme. C’était un vrai challenge, pour y aller on doit franchir la glace, on voit des icebergs au dernier moment, on entend des boums sur la coque. Après la tempête, je suis allé voir le capitaine du bateau, un allemand et je lui ai demandé s’il avait eu peur. Il m’a dit ‘’Je ne peux pas vous avouer que j’ai eu peur mais je peux vous dire que j’arrête ces conneries et que j’épouse ma femme pour lui faire des enfants dès que je rentre’’. Ca met dans l’ambiance ! Mais quand on y arrive, c’est vraiment merveilleux, il n’y a pas de mots pour le décrire.

Le film démontre l’importance de l’écologie, vous aviez envie de faire un film militant ?

J.S : J’ai un peu de mal à répondre à cette question… Au début non, je voulais juste raconter l’histoire de Cousteau, son rapport aux médias, ses aventures, ce que ça racontait sur le XXème siècle. Même au niveau de l’enfance, je m’y suis reconnu, j’ai grandi comme les enfants Cousteau au bord de la mer. Mais peu à peu, et c’est inévitable, le film m’a échappé. On ne pouvait pas couper au message écologique mais je ne voulais pas qu’il motive mon récit non plus. Maintenant je suis fier que le film soit comme ça.

On remarque dans le film une attention certaine portée sur la lumière, quelle était votre volonté de mise en scène ?

J.S : C’était la première fois que je bossais avec Matias Boucard, le chef-opérateur du film. On faisait un film d’époque donc on voulait un film coloré comme dans les années 50 avant que les pellicules ne soient sensibles. Avant les pellicules sensibles, on tournait avec le soleil dans le dos avec les couleurs à plat, la simplicité des lignes… Il y avait un côté très Hergé. Et il y avait la difficulté de retranscrire l’époque par la photographie car on filmait des mecs en maillot de bain sur un bateau et des mecs en maillot de bain sur un bateau il y a 60 ans ou aujourd’hui, ça reste très similaire. Plus le film avance dans le temps et plus on a joué sur les contre-jours pour retranscrire la période.

Il n’y a aucune image d’archives dans le film, c’était une volonté depuis le début ?

J.S : Absolument. C’est complètement assumé, on ne voulait pas que le public sorte du film. Dans le film, Lambert Wilson est Cousteau, si on montrait des images d’archives avec le vrai Cousteau, on aurait seulement vu Lambert jouer Cousteau et ça ce n’était pas possible. Et même si on aurait voulu utiliser des images d’archives, on n’aurait pas pu de toute façon.

L’Odyssée parle de personnages réels. Comment on aborde ça : on réinterprète la réalité ou on lui reste fidèle ?

J.S : En termes d’écriture et de mise en scène, j’ai pris de la liberté au niveau des ellipses. Disons que j’ai mis la vie de Cousteau à plat et qu’avec une lampe torche, je vous éclaire des zones de sa vie, le reste ce sont des zones d’ombre. Ce que je voulais faire avant tout, c’est un film d’aventure grand public mais je ne voulais pas blesser les gens non plus. Par exemple dans la réalité, la mort de Philippe Cousteau a été plus brutale, c’est même Jan Cousteau qui me l’a dit. Mais je trouvais ça plus beau de le laisser mourir étouffé sous l’eau.

P.N : Moi ce n’était pas comme Lambert, j’avais beaucoup moins la pression de la ressemblance physique puisque peu de gens connaissent Philippe. Moi-même je ne le connaissais pas. Grâce à Jan, sa veuve qui est d’une bienveillance inouïe, j’ai pu en apprendre plus sur lui, lire les lettres qu’il lui écrivait et j’ai découvert qu’il avait une place énorme aux côtés de son père, c’est lui qui lui a apporté la dimension écologique mais il a été effacé par l’histoire et ça c’est intéressant. Cousteau est écrasant par son appétit médiatique, le film était l’occasion de redonner sa place à Philippe. Et puis le message écologique m’a plu, c’est une des raisons qui m’a poussé à faire le film. Cependant ce n’est pas un film militant, l’écologie a passé le stade du militantisme politique, c’est une évidence.

J.S : Oui c’est vrai. Il y a très peu d’effets spéciaux dans le film mais l’une des scènes où l’on a du en rajouter c’est au début du film lors de la plongée familiale en Méditerranée. Il n’y a tout simplement plus de poissons comme à l’époque, on n’en trouve plus.

Vous étiez conscience du piège à éviter qui était celui de tomber dans le documentaire animalier ?

J.S : Ah oui complètement, le piège était immense. C’est pour cela qu’il fallait bien intégrer les scènes sous-marines à la narration, rien ne devait être gratuit.

Comment avez-vous fait en terme de montage ?

Stan Collet : Ca a pris beaucoup de temps. Rien que la scène des requins, on l’a tourné en deux semaines. Je montais pendant le tournage, je dérushais, ça me permettait de communiquer avec Jérôme pour faire un point avec lui sur les plans qu’il nous manquait , ceux dont on avait besoin et ceux que l’on avait déjà.

Le tournage a duré combien de jours ?

S.C : 60 jours.

J’ai une question sur autre chose…

J.S : sur Frantz ?

P.N : Oui je l’avoue, c’est une fausse moustache ! (rires)

Non mais concernant les références du film, en aviez-vous en tête durant le tournage ?

J.S : Non pas vraiment, je n’avais rien de particulier en tête. Ce qui me fait rire par contre, c’est que beaucoup de journalistes m’ont dit que mon film était fait ‘à l’américaine. Et ça, ça me fait marrer car ça ne veut rien dire. Il n’y a que les américains qui savent faire des beaux trucs, avec une belle lumière ? Nous les français, c’est comme si on savait faire des trucs dégueus. Renoir, Melville, c’est rien ça. (rires) C’était un film dur à faire exister, il était très système D mais malgré les difficultés il faut qu’un film comme ça existe. Les comédies et les drames c’est bien mais les films d’aventure, c’est bien aussi. C’est important d’être éclectique.

Dans le film, on a l’impression que Simone Cousteau n’a pas vraiment connu la famille de Philippe, c’est vrai ?

J.S : Comme vous avez pu le voir dans le film, Simone Cousteau était dure, elle n’aimait pas les femmes plus belles qu’elle, elle n’aimait pas les américaines qui couraient après son mari et elle n’a jamais vraiment apprécié Jan Cousteau qui était américaine. Elle n’est d’ailleurs pas venue au mariage de Philippe et en cadeau de mariage, elle a offert à Jan une méthode pour apprendre le français, c’est dire l’ambiance qu’il y avait… Et après la mort de Philippe, elle a très peu vu ses petits-enfants, elle disait que c’était trop douloureux, que ça lui faisait penser à Philippe.

Quel est votre plus beau souvenir de plongée sur ce film ?

J.S : C’était une plongée dérivante. On avait tourné la scène des requins et je m’étais laissé emporté par le courant pour me retrouver au milieu de nulle part, entouré par l’océan, c’était magnifique. J’y ai même vu un requin et malgré l’expérience que j’avais déjà eu, c’était assez inquiétant.

P.N : Moi c’est moins glamour mais la plongée avec les otaries, c’était vraiment formidable. Elles sont joueuses, elle sont intelligentes, il y a une vraie alchimie avec elles.

J.S : C’est la fameuse plongée où vous avez vomi dans l’eau, non ?

P.N (rires) : Ah mais non ! Je n’ai pas vomi. Cela dit, j’ai eu le mal de mer en plongée, je ne pensais pas que c’était possible mais on était sacrément secoués par la houle. On voit bien dans le film le mouvement des algues, nous on faisait pareil. Et non je n’ai pas vomi mais un gars de l’équipe l’a fait. Et croyez-moi, un type sous l’eau qui enlève son tube respiratoire pour vomir avant de le remettre et qui te fait signe que tout va bien après, c’est assez dingue !

 

Propos recueillis à Paris le 4 octobre 2016.

Alexandre Coudray

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