INTERVIEW Nola Circus : Rencontre avec l'actrice principale Jessica Morali

Nola Circus : Rencontre avec l'actrice principale Jessica Morali

A l'occasion de la sortie de Nola Circus, premier long métrage du réalisateur Luc Annest, nous avons pu questionner Jessica Morali, l'actrice principale et seule française du casting. Toute nouvelle actrice dans le décor cinématographique français, Jessica nous livre son expérience, son vécu et ses espérances sur l'avenir:

 

C’est votre premier long-métrage et votre premier rôle au cinéma, à quel point la direction d’acteur vous a semblé différente de vos anciens projets ?

Luc [Annest] nous laissait une grande liberté, il avait choisi chacun d’entre nous parce qu’on était les personnages et non parce qu’untel avait une coupe afro ou des grandes oreilles. Il a vraiment bien fait le casting et quand il m’a choisie, il l’a fait parce que j’étais Nola. Il m’a forcément donné quelques directions sur mon histoire, mon parcours, mais après, il nous laissait une grande liberté. Forcément, nous faisions avec ce qu’on appelle les blockings, les déplacements, donc on n’avait pas le choix par rapport à la caméra mais en terme de jeu, on avait une grande liberté. Beaucoup de réalisateurs aiment diriger leurs acteurs, c'est une vraie collaboration, mais c’est bien aussi d'avoir une liberté totale car j’avais des propositions à faire à Luc en lui disant « Et tu penses qu’on peut faire ça ? », il me répondait « Oui vas-y, on essaie ». Au début tout ne fonctionnait pas forcément, mais plus le tournage avançait, plus on devenait les personnages et plus le jeu devenait naturel.

C’est vrai qu’aujourd’hui les réalisateurs laissent de plus en plus de libertés à leurs acteurs.

Bien sûr. Il y a des réalisateurs qui sont presque des chefs op, donc qui ne s’occupent plus vraiment du jeu et qui sont vraiment là pour l'histoire et le jeu c’est aux acteurs de faire leur travail. Mais il reste et perdure encore quelques véritables directeurs d’acteurs comme Philippe Lioret ou Claude Lelouch et j’aimerais pouvoir un jour bosser avec eux car ce serait un travail complètement différent et très intéressant.

Image 1 - Nola CircusComment avez-vous entendu parler du projet et pourquoi l’avez-vous rejoint ? Et quelle a été l’ampleur de votre relation toi et Luc ?

Comment j’ai entendu parler du projet, alors là c’est la beauté du cinéma. Gérard Darmon qui devait interpréter l’armateur Grec, devait rejoindre Luc pour un entretien. Il déjeunait avec un ami à moi qui l’a accompagné ensuite et qui a entendu que Luc cherchait désespérément son actrice principale, qu’il était à un mois et demi du début du tournage et que malgré les castings à Los Angeles et la Nouvelle Orléans, il n’arrivait toujours pas a trouver son actrice. Et mon ami s’est interposé en disant « Je connais des comédiennes, j’en connais plein, qu’est-ce que tu cherches ? » et Luc a dit « Qu’elle soit jolie, qu’elle sache jouer la comédie, qu’elle soit bilingue évidemment » et c’est là où il m’a appelé tout de suite et j’ai débarqué en lâchant tout ce que j’étais en train de faire. Il m’a fait passer ce qu’on appelle le cold read, c’est-à-dire une lecture à froid du scénario, et Luc m’a un peu parlé du projet. Je lui ai dis « Ok » et il m’a fait passer des essais, des essais, des essais et encore des essais pendant presque 1 mois et demi. Il m’a torturé et je voyais aussi des américaines de Los Angeles, de la Nouvelle Orléans ou d’Atlanta passer les essais et il me disait « C’est pas elle, mais tu vois elle m’a proposé un truc pas mal, est-ce que tu peux me refaire la scène comme ça ? », j’avais envie de hurler, et au final il m’a appelé, il m’a dit « Qu’est-ce que tu fais dans 2 semaines ? », j’ai dis « Bah rien » et il m’a dit « Prépare tes affaires, tu vas à La Nouvelle Orléans ». Donc ça c’est la beauté du cinéma car j’avais vécu 4 ans à Los Angeles et il fallait que je rentre dans mon pays, chez moi, pour repartir tourner à La Nouvelle Orléans… Que demande le peuple. Quant à Luc il n’avait pas du tout prévu à la base de prendre un casting en France, c’était une américaine et point barre. Mais comme il n’est pas du tout bilingue, même si son anglais s’est amélioré, je traduisais ses intentions aux comédiens. Quand il arrivait vers eux et qu’il expliquait la scène qu’on allait tourner il disait « Ok so you do this [gestes], and after you do that [gestes], ok ? Understood ? » et les comédiens me regardaient avec des yeux de merlan fris et je leurs disais « Ne vous inquiétez pas, je vais vous traduire ça dans 2 secondes ». Mais c’est parce que nous les français on a une façon de parler avec des gestes, des mimiques, c’est complètement français et ça je m’en suis rendu compte sur le tournage. Pareil avec le chef op mais c’est la magie du cinéma encore une fois, on avait un projet en commun qu’on a réussi, peu importe la barrière de la langue. Donc j’ai collaboré sur ça, quand on devait de temps en temps réécrire des scènes il me demandait comment je verrais plutôt tel ou tel passage. Et des fois le soir on se mettait à trois pour réécrire une scène pour le lendemain.

Du coup tu faisais un peu l’intermédiaire entre l’équipe technique et les acteurs.

(Rires) Exactement, j’ai eu plein de casquettes et c’était plutôt dément. Je ne sais pas si je revivrais un tournage où j’aurai à la fois autant d’importance, autant de responsabilités et où je me sentirai autant impliquée, car c’est aussi la beauté des films qui n’ont pas un énorme budget, tous les gens étaient là parce qu’ils l’avaient décidé et choisi et non parce qu’ils attendaient le chèque à la fin de la journée. On s’est tellement donnés, on a eu des journées de fou, on a eu le temps parfois qui n’était pas avec nous. On a eu des galères, comme tous les tournages je pense, mais les acteurs étaient tellement fans de Luc, de son idée, de son projet. Faut se dire qu’on ne savait pas ce qu’on allait tourner, quand on a lu le script clairement on n’arrivait pas à imaginer le film. Donc on s’est dit on lui fait confiance, on tourne scène après scène et puis on verra. Je me rappelle avoir une séance de préparation avec toute l’équipe et encore une fois c’est une chance incroyable car Luc a fait quelque chose de génial en permettant aux acteurs de se rencontrer en amont et ne pas arriver sur le tournage sans que personne ne se connaisse. Donc on a eu vraiment cette chance là de s’appréhender, de travailler nos scènes ensemble, de proposer, d’avoir cette vraie connexion et j’espère sincèrement avoir d’autres expériences comme ça.

Tu as donc vécu aux États-Unis ?

J’ai vécu 4 ans aux États-Unis, de 2007 à 2011, j’ai fait le conservatoire pendant 2 ans puis un concours pour mon visa de travail pendant 1 an, donc j’ai continué à faire mes armes, on n'arrête jamais d’apprendre. Mais je me suis jamais sentie chez moi là-bas, depuis le départ, j’ai eu le mal du pays très très vite. On se rend compte de ce qui nous manque, nos amis, la famille. Je me suis fait braquer avec un revolver au bout de deux semaines et j’ai eu des galères et des galères, mais quand on aime vraiment ce qu’on fait on s’accroche et je me suis accroché, car j’avais une chance incroyable donc j’ai rien lâché et au final ça m’a apporté des choses superbes.

Le passage du français à l’anglais ne t’a pas trop posé de problème ?

Au début c’était très dur, j’avais un très bon anglais mais d’école, donc j’arrive là-bas et personne ne me comprenait. J’utilisais les bons mots mais personne ne me comprenait donc j’étais perdue (rires). Et puis l’avantage que j’ai eu c’est qu’au conservatoire j’ai eu ce qu’on appelle la clinique, c’est une session particulière avec un professeur qui m’a appris tout l’alphabet phonétique, le placement de voix, les sons etc… C’est ce qui m’a permis d’être complètement bilingue. Et puis c’est mon objectif, je ne voulais pas jouer la petite française qui se repose sur son parcours, je voulais mettre toutes les chances de mon côté et apprendre l’américain parfaitement.

Image 2 - Nola CircusQuelles ont été tes relations avec Martin Bradford et Reginal Varice, qui jouent respectivement ton petit ami Will et ton demi-frère ultra jaloux Denzel ?

La première scène que j’ai tourné avec Martin, la première scène du tournage, c’était la scène où je m’enfuis de chez moi et je me déshabille pour qu’enfin Will dise à mon frère que nous sommes ensemble. Ce jour là Martin était malade. Il avait la nausée mais tout de suite il y a eu un truc entre nous car j’avais besoin de lui et il avait besoin de moi. Je l’ai aidé, je suis allé dans sa loge pour lui apporter des médicaments mais la nausée ne s’arrêtait pas et tout de suite forcément ça crée un lien. Et je me souviens, on disait ça tourne, il vomissait... et dès qu’on disait action, il posait son sac à vomi et il y allait. Et à ce moment là je me suis dis : « Ok, c’est comme ça que les américains jouent, ils se plaignent pas, ils sont malades mais ils ne montrent rien ». D’autant plus que dans la scène on doit un peu se chamailler, se battre, il me renverse et doit me porter, donc quand on est malade c’est vraiment pas la chose la plus simple mais à partir de ce jour là y a un truc qui s’est créé entre lui et moi, après ça on était tout le temps ensemble. On allait manger le soir avec d’autres comédiens, on se quittait plus, et d’ailleurs j’ai toujours des nouvelles d’eux régulièrement. Et Regi [Reginal Varice] j’ai vraiment l’impression après tout ce temps passé que c’était mon grand frère. Il était hyper protecteur, toujours là pour s’assurer que tout aille bien, que je ne manque de rien, il était hyper pro. Ce sont des gens super courageux et pour avoir vécu une expérience pro à Los Angeles ce sont des gens vraiment biens.

Regi n’était pas trop fou-fou sur le tournage ? Il joue quand même un personnage très singulier.

Ah pas du tout, Regi c’est un grand nounours, il était très calme. Il devait forcément jouer mon frère un peu fou, mais sinon c’est un vrai nounours, totalement l’inverse de son personnage. Will c’est Will, c’était quelqu’un de très pieu et d’animé, et j’aime ça, mais comme je disais Luc a très bien choisi ses comédiens pour qu’ils correspondent à ce qu’il avait imaginé et écrit. Y a que Regi qui a dû s’adapter plus que les autres à son personnage.

Quel est l’impact qu’a eu le personnage de Nola sur toi ?

Déjà je me suis vue en brune (rires). C’était la première fois de ma vie, normalement je suis blonde et je me suis toujours vue en blonde, mais c’était plutôt pas mal. C’était un vrai entretien car Luc m’interdisait de me reteindre en blonde. Après l’impact a été énorme, avant Nola Circus je galérais pour avoir un agent, désormais j’en ai un qui croit en moi. Maintenant j’ai hâte que les gens voient ce que j’ai fait, que le grand public le voit, que les professionnels le voient. C’est une lutte de chaque instant, de tous les jours et puis une lutte avec moi-même, je dois me battre et me faire ma place dans ce monde là, donc c’est que des effets positifs. Ça m’a donné une liberté, de l’expérience, ça m’a ouvert des portes vers d’autres choses, j’arrive avec un peu plus de bagages. Quand on tourne c’est la meilleure expérience qu’on peut avoir. On peut aller dans des écoles jusqu’à la fin de sa vie, on apprend plein de choses, on construit les fondations de sa maison mais après tout le reste c’est l’expérience. Ça s’obtient qu'en étant sur les plateaux, en respectant ses marques, en voyant l’équipe avec laquelle je travaille, en étant respectueux de celle-ci et c’est ce que j’amènerai avec moi jusqu’à la fin de mes jours. Et avec les américains c’était révélateur.

Quels sont les points communs que tu avais déjà avec Nola ?

Nola est une rêveuse, c’est une artiste, j’ose croire que j’en suis une aussi. Nola est amoureuse, très amoureuse. Je suis aussi amoureuse et une amoureuse qui crois beaucoup en l’amour pour avancer dans ce monde. Quand on a personne à ses côtés c’est difficile. Elle aime sa famille, son frère, elle aime la vie, elle a ce côté carpe diem que j’ai. Après elle a des côtés très colériques, elle a un caractère. En tout cas si on devait approfondir sur le personnage je m’attarderai plus sur les points communs que sur les différences et j’essaierais de comprendre les choses les plus folles qu’elle faisait avec ma personnalité. On est assez semblable en y réfléchissant.

Pour terminer une question un peu plus légère. Circus en latin ça signifie à la fois cirque et cercle, pensez-vous que le cercle d’amis de Nola est un véritable cirque ?

Complètement. Nola ce n’est pas uniquement le nom de mon personnage, c’est également l’appellation de la Nouvelle Orléans -Lousianne, donc Nola Circus exprime bien l’idée que c’est un véritable cirque qui se déroule à la Nouvelle Orléans. C’est un cirque physique car les personnages sont plus hors normes les uns que les autres, entre mon frère avec une afro blanche, Hathi qui a des grandes oreilles ou Khan anaconda…, les personnages sont vraiment clownesques. Et en même temps, leurs actions sont à l’origine de quiproquos et de blagues. Et ça ne m’étonne pas car Luc est fan du cinéma italien et plus particulièrement celui des années 50-60 qui se repose souvent sur ce genre de rebondissements.

Un dernier mot pour terminer ?

Eh bien j’espère vous avoir donné envie de voir le film car c’est un film très ouvert, qui parle de plein de choses et qui ne s’attache à aucune communauté précise. Malgré ses brins de folies, c’est un film rempli d’amour et d’attention.

 

Propos recueillis le 12 septembre 2016.

Aymeric DUGENIE

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