INTERVIEW : Free State of Jones : Rencontre avec Matthew McConaughey et Gary Ross !


Free State of Jones : Rencontre avec Matthew McConaughey et Gary Ross !

Ils sont visiblement heureux d’être là, discutant ensemble un moment avant de centrer leur attention sur nous. Matthew McConaughey et Gary Ross arborent un look décontracté (baskets pour Ross, tongs pour McConaughey) et ont accepté de répondre à nos questions pour un entretien inédit à propos de Free State of Jones, attendu dans nos salles le 14 septembre. Le film étant sorti aux États-Unis depuis le 24 juin, les deux hommes ne sont plus du tout en pleine promotion et semblent heureux de pouvoir parler du film avec un peu plus de recul et de fraîcheur, devisant volontiers sur l’importance de raconter cette histoire vraie d’un homme qui s’est battu pour ses droits et ceux des autres pendant et après la guerre de Sécession. Retour sur une rencontre où il sera question de Newton Knight, d’histoire américaine, d’accent du Sud et d’ancêtre de Matthew McConaughey :

 

GARY, vous aviez cette histoire en tête depuis près de 10 ans, avant même d'écrire le scénario, qu'est-ce qui vous a attiré dans cette histoire relativement méconnue ?

GARY ROSS : Je suis très intéressé par l'histoire en général et celle-ci dont je ne connaissais rien au départ m'a littéralement fasciné. J'ai véritablement été emporté par cette épopée que j'ai étudiée bien davantage que je ne l'avais fait sur d'autres films. Parfois dans la vie on est comme happé par des sujets et c'est le cas ici. Le temps passé à étudier le sujet du film a été presque aussi important que le tournage. C'est un privilège d'avoir pu faire ce film, c'est devenu quelque chose d’important dans ma vie.

Et vous MATTHEW, qu'est-ce qui vous a poussé à interpréter ce personnage ?

MATTHEW MCCONAUGHEY : Tout d'abord je n'avais jamais entendu parler de Newton Knight. Il est inconnu de la plupart des gens dans le monde, et même des Américains. Il y avait donc cet homme incroyable durant la guerre de Sécession, et cette histoire méconnue, comme oubliée des livres d'histoire. Le personnage de Newton Knight m'a vraiment fasciné. Il avait une telle clairvoyance, une telle compréhension du bien et du mal qu'il n'a pas hésité à sacrifier sa famille, son confort si l'on peut dire, tout ça parce qu’il ne pouvait pas ignorer ce qui se passait et qu’il a tenté rectifier le tir. Sa vision est extrêmement lucide, c'est un homme qui s'est dit à un moment : “personne ne devrait avoir de chaînes autour du cou. On doit arrêter ça. Il faut faire quelque chose.” Il se devait de réparer les injustices qu'il voyait se produire, et cela en dépit des conséquences que cela pouvait entrainer. Son assurance, sa clairvoyance, sa compréhension de la situation, tout cela m'a vraiment fasciné et attiré dans ce personnage.

G.R : Je voudrais rajouter à cela que l'on a du mal de nos jours à concevoir qu'un homme puisse s'engager dans un tel combat avec une telle lucidité d'esprit et aussi dépourvu d’ambiguïté. De nos jours, on cherche de l'ambiguïté, des nuances, des justifications, mais il y a 100 ans quand on parlait de l'esclavage, de la possession d'êtres humains, de l'exploitation de fermiers miséreux afin de maintenir l’esclavage c’était différent, et pourtant les choses étaient très claires pour lui, sans aucune équivoque.

Avec le recul du tournage et la sortie du film, je réalise qu'il peut sembler difficile de nos jours de comprendre son engagement, sa façon de penser. Le fait qu'un homme aussi simple, aussi pur, aussi courageux puisse risquer sa vie à maintes reprises pour quelque chose qui au fond relevait du principe interroge à un tel point que beaucoup de gens ont pu douter de sa sincérité. Or il n'y a aucun doute. A la lumière de ce qu'il avait traversé, Newton Knight disait à la fin de sa vie et il ne s'agit pas de savoir si je suis d'accord ou non avec cela, je cite : “si tous les hommes de bonne volonté, les fermiers s'étaient soulevés et avaient abattu tous les propriétaires d'esclaves, il n'y aurait jamais eu cette guerre atroce”. Il en était convaincu.

M. M : C'est exactement ça. Aucune équivoque quant à ses principes et à sa compréhension de la situation.

MATTHEW, pendant le tournage du film, aviez-vous en tête Le Droit de tuer (Joel Schumacher, 1996) tourné il y a exactement 20 ans, et qui partage certaines thématiques, notamment le sujet. Est-ce que là un sujet qui vous tient particulièrement à cœur ?

M.M : Oui bien sûr c'est un sujet qui m'intéresse. Mon travail en tant qu' acteur est de faire de mon mieux pour retranscrire les choses qui touchent à l'humain. Les races, les relations entre les races au niveau mondial et aux États-Unis c'est quelque chose qui m'a toujours intéressé, que j'ai toujours essayé de comprendre. Le Droit de tuer ? c'est l'histoire d'un homme - Carl Lee Hailey, qui décide que c'est le moment de se venger si tant est qu’il y a un moment pour cela. A la fin du film, il y a un retournement de situation : lors de sa plaidoirie son avocat s'adresse à un jury composé de blancs et dit "Ok, vous avez entendu le récit de ce qui s'est passé, maintenant imaginez que ce soit arrivé à votre fille, imaginez qu'elle est blanche...” Free state of Jones, c’est différent, cette histoire fait partie intégrante de l'histoire des États- Unis. Comme nous l'avons mentionné précédemment, Newton Knight était un homme de principe qui savait pourquoi il faisait ça, qui était prêt à mourir, tous comme les hommes et les femmes qui se battaient à ses côtés.

Pour rebondir sur ce qu'a dit Gary, l'absence d'équivoque et sa lucidité sans failles m'ont donné une vraie liberté dans mon jeu. De nos jours, il y a tellement de zones grises, de compromis, de paradoxes, de tergiversations sur ce qui est bien, ce qui est mal etc... Knight était un homme d'action ! Et peu lui importaient les conséquences. En plus je crois en son combat. Il voyait l'humanité telle qu'elle était, pas juste en surface. Il y avait le bien d’un côté, le mal de l'autre, quelqu'un devait être traité d'une certaine façon, et si un autre n'était pas traité correctement, on se devait de faire quelque chose pour y remédier.

G.R : Oui et il faut voir aussi que pour un homme blanc du Sud, un fermier, rallier une telle cause, et s'opposer avec tant de véhémence à l'esclavage, faisait de lui un homme relativement unique pour l'époque. Alors même que son grand-père s'était livré à la traite d'esclaves, lui ne voulait pas d'esclaves, et rejetait complètement l'esclavage. Or pour quelqu'un comme ça, développer une conscience, poursuivre son combat même une fois la guerre terminée ... Il y avait beaucoup de personnes opposées aux Confédérés pendant la guerre, mais de continuer à lutter pour le droit des Afro-Américains 10 ans même après la fin de la guerre, c'est dingue !

M.M : Exactement. Ça faisait vraiment de lui un “underdog”, un défenseur des opprimés.

G.R : Ça fait de lui un homme absolument unique. Ce que montre le film, c'est le besoin -sinon le potentiel- d'une société unie par ses similitudes et non par ses différences. On me demande quelle leçon j’en tire, or Matthew l'a parfaitement résumé il y a quelques mois : "une société qui est divisée par le concept de race aurait dû être unie par le fait d’appartenir à une même classe toutes races confondues" Newton Knight a montré qu'une coalition fondée sur les seules classes pouvait exister. C'était sa conviction profonde, et en cela c'était un homme tout à fait remarquable.

Image 1 - Free State of Jones

Comment s’est passée la collaboration avec votre directeur de la photo, le Français Benoît Delhomme ? Parce qu'il y a beaucoup d'extérieurs, de scènes d'incendie, était-ce plus difficile à tourner ?

G.R : Benoît est un homme merveilleux et il est aussi un excellent directeur photo. Je travaille aussi avec un monteuse française - Juliette Welfling que vous connaissez probablement, elle monte les films de Jacques Audiard - et j'ai également une costumière française, donc de toute évidence j'aime beaucoup votre pays ! Pour ce qui concerne ma collaboration avec Benoît, on a dû faire face à pas mal de challenges à cause du planning à respecter. Le film est aussi d'une telle envergure qu'on n'a pas pu tout peaufiner. Le plus gros film que j'ai tourné - Hunger Games - avait 1 million et demi de pieds de pellicule. L'équivalent numérique sur ce film est de 2 millions et demi de pieds de pellicule. On a souvent utilisé 4 caméras, à tourner beaucoup de scènes dans des conditions difficiles. Les conditions étaient vraiment très très dures. On était dehors, dans les marécages, ce qui était probablement la plus grande difficulté à laquelle nous avons été confrontés. A côté de cela, travailler avec Benoît est un vrai plaisir. Au final, devoir travailler dans des conditions aussi difficiles sur un tournage aussi exigeant fait que chacun se dépasse et finit par l'apprécier. Et je peux même dire que ça me manque en ce moment !

Est-ce que la famille, les descendants de Newton Knight ont été impliqués dans le film ? Et avez-vous été fidèle à l'histoire ou avez-vous pris quelques libertés ? Et MATTHEW, qu'aurait pensé votre propre ancêtre Dandridge McRae de votre rôle ? Qu'avez vous pensé de Newton Knight ?

G.R : Ok, je vais répondre en premier.

M.M (amusé) : Je devrais peut-être répondre en premier. A mon âge, on est jamais trop sûr. Qui était mon ancêtre ? Dandridge McRae ?

Dandridge McRae. Apparemment il commandait la garde dans l'armée Confédérée en Arkansas.

G.R : Il dit qu’apparemment tu avais un ancêtre dans l'armée Confédérée.

M.M : Je sais que Dandridge McRae est lié à l'histoire de Little Rock, Arkansas, mais je ne connaissais pas le lien, vous me l’apprenez.

G.R : On a quasiment respecté toute la vérité historique même si on a pu s'en éloigner parfois. C'est un film, il n'y a pas énormément de documents sur Newton Knight et il a fallu apporter une certaine dramaturgie au film. Néanmoins nous avons minutieusement examiné tous les documents en notre possession. D’ailleurs, j'ai même mis un site en ligne qui recense des centaines de notes et les ressources sur lesquelles le film se base. On a pris quelques libertés pour décrire des situations qui renforçaient la réalité de l'époque, et ce qui s'y déroulait.

Par exemple le personnage de Moses (joué par Mahershala Ali) n'a pas vraiment existé mais ç’aurait été une erreur d'omettre son personnage, car l'on n’aurait pas autant ressenti la détermination des Afro-Américains à combattre pour leur propre liberté. Et c’est précisément ce que Moses représente en étant un "maroon" (esclave en fuite), qui défie les esclavagistes. Par ailleurs, je pense qu'il était très important d'évoquer son expérience de son point de vue, et plus particulièrement pendant la période de Reconstruction après la guerre. Période pendant laquelle les Afro-Américains ont continué à lutter pour leurs droits. C'est ce que l’on a effectivement inventé dans l’intérêt du film, mais cela raconte une vérité plus profonde à plus d'un titre - que ce soit sur l'Union league movement, les Maroon civilizations, l'auto-détermination, l'exigence de leur liberté, cela faisait partie intégrante de cette période. Il y avait une grande quantité de choses à mettre en lumière, et ç'aurait une omission que de ne pas les inclure dans le film. Alors doit-on parler de fictionalisation ou bien d'être plus détaillé ? Je pense que c'est être plus détaillé.

Comment a été reçu le film aux États-Unis avec cette recrudescence des violences policières, qui ont visé plus particulièrement les populations noires et également comment le film a été reçu dans le contexte des élections américaines ?

G.R : Franchement, je pense qu'il y a toutes sortes de réactions par rapport au film. Beaucoup l’ont accueilli les bras ouverts, d'autres ont eu plus de mal à apprécier les complexités de la coalition que nous avons précédemment évoquée. Ce qui me convient tout à fait. C'est ce que l'on attend d'un film, que cela provoque des discussions, que ce soit stimulant. En premier lieu, je suis incroyablement reconnaissant, c'est très probablement le film qui a généré le moins d'argent de tous ceux que j'ai faits jusqu'à présent (20 millions de dollars de recette pour un budget de 50 millions - ndlr), mais qui a aussi été l'une des expériences les plus satisfaisantes que j'ai jamais eues. Je crois que j'ai appris une chose ou deux sur moi, ce qui m'importe vraiment, et le sens de ce qu'est la satisfaction. La collaboration avec Matthew a été la meilleure que j'ai jamais eue avec un acteur, je suis également fier de l'esprit du film qui subsiste, et de sa portée.

Je pense que Pleasantville et Free State of Jones sont mes meilleurs films. Je suis comblé d'avoir pu faire ce film, et qu'il parcourt le monde. Je pense en outre que ce genre de films ne peut pas être jugé au moment de sa sortie. Certains oui, celui-ci non. Pour Hunger Games, cela se définit à sa sortie, car c'est un phénomène culturel, tout le monde veut voir Katniss, le film... La sortie est déterminante mais ici ce n'est pas le cas. Ce qui importe, c'est ce que l'on en pensera dans 5 ans, dans 10 ans. Matthew et moi avons donné beaucoup de nous-même pour raconter une histoire méconnue, pour rectifier des erreurs historiques, pour donner existence à des faits oubliés. Je suis très fier qu'un film puisse rétablir une vérité mise à mal dans Autant en Emporte le Vent ou encore dans Naissance d'une Nation. Le temps fera son œuvre et répondra bien mieux que moi maintenant.

Image 2 - Free State of Jones

Pensez-vous que votre film sur cet homme si clairvoyant est d'autant plus important au regard du contexte actuel, avec les élections ?

M.M : Absolument. Je pense qu'il comporte des éléments culturels importants et pertinents politiquement, surtout à un moment où notre nation a deux candidats. Newton était un libertaire en quelque sorte, (s'adressant à Gary) on peut dire qu'il était libertaire non ?

G.R : Dans un sens oui, à cela près qu'il se serait battu de toutes ses forces pour les autres, et que les libertaires purs et durs pourraient rétorquer qu'ils veulent juste qu'on les laisse tranquille. Dans sa relation au gouvernement et sa volonté de voir les fermiers modestes devenir complètement autonomes, on peut tout à fait dire qu'il l'était.

M.M : C'est donc un film éminemment pertinent. Et cela même s'il n'a pas rencontré un énorme succès aux États-Unis. Tout comme Gary, j'en tire une grande fierté. Il gagnera en notoriété avec les années. On peut se perdre en conjectures sur pourquoi le film n'a pas mieux marché. Mais bon c'est un film dont le sujet est intense. Ce n'est pas un film léger sur lequel on discute en gobant du pop-corn.

G.R : Exactement ! Et l'autre chose c'est que l'on est pas dans le happy ending absolu, on traite d’une période que les Américains ont découverte dans leurs livres d'histoire dans le style - la guerre est finie, l'esclavage est aboli et tout est résolu. Mais ce n’est pas exact, ce n'est pas ce qui s'est passé. A peine les esclaves ont été affranchis qu'ils ont à nouveau été réduits en esclavage durant la Reconstruction. Ce n'est pas vraiment un sujet qui intéresse les Américains.

M.M : Qui a envie de sortir d'un film en se disant "Maintenant j'ai l'impression que j'ai encore plus de pain sur la planche qu'au moment de rentrer dans ce cinéma" ? C'est un film qui vous pousse à vous regarder dans le miroir.

Pensez-vous que le combat pour la justice de Newton Knight et la fin du film aurait été différente si son neveu n'était pas mort au début de l'histoire ?

G.R : Je pense que Newton avait une conviction très forte au regard de ce qui se passait, et que c'était une façon de cristalliser sa motivation. Je pense aussi que son souhait de ne pas mourir pour une guerre qui n'était pas la sienne grandissait en lui. Ça ne serait peut-être pas passé de manière aussi intense et dramatique mais il aurait très probablement agi de la même manière.

M.M : C'est difficile de répondre à cette question. Comme on l'a dit, il était plutôt libertaire au début dans le style "laissez-moi tranquille, je vais protéger ma maison, mon terrain” et puis cela s'est étendu à ses voisins. Petit à petit il a ainsi commencé à lutter pour les autres et tous ceux qui subissaient une injustice. C'est alors que c'est vraiment devenu une cause. Comme le disait Gary, et plus précisément dans la dernière partie du film, il a continué son engagement et sa lutte pour la reconnaissance des droits des Afro-Américains. Pendant la guerre mais aussi une fois la guerre supposément terminée, à un moment où il risquait de tout perdre. Il menait un combat pour son prochain. Ça a d'abord été quelque chose de personnel qui s'est transformée en une cause pour les autres.

Quelle est votre opinion sur les scènes du procès se déroulant dans les années 40, qu'est ce qu'elles apportent au film ?

G.R : Vous parlez du procès Davis Knight ? Vous savez, ce procès a bien eu lieu. A l'époque l'arrière petit-fils de Newton Knight a été jugé pour avoir violé les lois raciales de l'état du Mississippi (il s'est marié avec une femme blanche alors qu'il avait du sang noir - ndlr). Je pense qu'il était impossible de ne pas les inclure, car d'une part c'était une façon de juger Newton 100 ans plus tard et aussi une façon de montrer que les choses demeurent et ne s’effacent pas avec le temps. Je voulais que les spectateurs ressentent cette absence de finalisation, de conclusion. Je ne voulais pas qu'ils aient ce sentiment à la fin du film mais tout au long du film. Il n'y allait pas y avoir de fin heureuse, et on pouvait le découvrir dès le début. La structure de l'histoire est peu conventionnelle et va à l'encontre de ce qu'attendent les gens de l'approche narrative, à savoir une conclusion, une résolution aboutie. Ce film propose une fin ouverte. On sait que l'histoire persiste et cela même 100 ans après. J'ai pensé que pour un film de cette nature, c'était quelque chose d'important.

Image 3 - Free State of Jones

MATTHEW, depuis ces dernières années vous faites des rôles beaucoup plus profonds, beaucoup plus complets, et du coup je voulais vous demander lequel vous a fait le plus grandir, mûrir ? Et aussi sur quels critères vous basiez vos choix dans vos projets, parce que pour le moment je trouve que c'est un sans fautes depuis au moins plusieurs années.

M.M (en français) : Merci. (reprenant en anglais) Je pense que c'est quelque chose que veut tout artiste. Que notre travail traduise cette intention. Pour que cet homme dise "oh j'apprécie votre travail" c'est la preuve que mon travail est perçu comme il se doit. Vous savez il y a toujours un fossé entre ce que l'on veut faire, ce que l'on fait, ce qui est filmé et comment les gens le perçoivent. J'ai toujours dit que pour résoudre cela, il faut combler ces fossés. Ça fait partie de mes critères, être aussi proche que possible de mon intention initiale, de ce que je livre et de la façon dont le public le perçoit. Et j'essaie de combler ces fossés dans ma carrière. C'est l'un de mes objectifs et je me sens plus en phase avec mon métier à présent. Il y a quelque chose que j'ai compris il y a environ 8 ans où je me suis dit "ne pense pas au résultat. Fais-le pour l'expérience que cela procure. Vis une expérience qui te fera grandir dans la constitution, la création de ton personnage, et dans l'architecture du processus narratif”. Et au final si je parviens à traduire cela dans mon travail, que les gens aiment, que ça marche au box-office, tant mieux, et si ce n'est pas le cas, je me poserai la question de savoir si je sors grandi de cette expérience. Je pense que les rôles que j'ai interprétés dernièrement m'ont fait grandir. J'ai choisi des rôles dramatiques, qui me permettent d'exprimer toutes les émotions d’un être humain, telles que la douleur, la rage, la tristesse. Je peux toujours me raccrocher à l'humanité de Newton Knight pour mieux saisir ce personnage.

Par ailleurs, un autre de mes critères, c'est que j'essaie de faire des films que j'ai envie de voir, qui seraient mon premier choix en tant que spectateur. Et surtout de trouver des personnages, si possible assez tôt dans le processus, qui me donnent le sentiment que personne d'autre que moi ne peut les jouer. Ce sont ces deux critères auxquels je prête attention.

C'est ce que vous avez ressenti pour le rôle de Newton Knight ?

M.M : Effectivement. Newton Knight est un rôle que j'ai investi dans ses moindres détails, pas de façon objective du tout, je laisse ça à la pré-production. Une fois que la caméra tourne, je suis complètement subjectif à l'égard du personnage que j'incarne.

G.R : Oui, et je pense qu'il y a quelque chose qui se produit lorsque vous jouez tel rôle, et que vous êtes entièrement investi du personnage. On a vraiment eu une formidable collaboration. On a presque un sentiment d'insouciance. On a l'impression que c’est comme si l'on se baladait tous les deux en voiture, qu'il n'y a pas de freins, et que l’on essaie de contourner les obstacles, d'apprécier le vent sur nos visages. C'est vraiment ce que l'on a envie de ressentir quand on fait un film. Et plus vous vous sentez téméraire en faisant un film, plus le travail est passionnant, enrichissant, et moins vous êtes prudents. On l’a tous les deux vécu comme cela en tout cas.

GARY, je voudrais savoir que ce soit pour Hunger Games ou dans ce film là, finalement vous parlez beaucoup du monde rural. Est-ce important pour vous cet aspect rural ?

G.R : Pour répondre à votre première question, oui cest vrai. J'aime tourner en extérieur, j'aime me salir et chausser mes bottes de randonnée, me trouver dans la nature, et être en phase avec les éléments. J'aime me sentir connecté à une histoire qui tient de l'épopée, qui s'impose, qui est authentique. Maintenant que j'ai dit ça, je suis en train de faire un film sur 8 femmes dans le monde de la mode ! (rires)

MATTHEW, on vous voit depuis plusieurs films avec un accent du Sud qui sonne chaque fois de plus en plus sudiste. C'est une lubie, quelque chose qui est exigée par les réalisateurs ou juste quelque chose qui vous plaît ?

M.M : Non, je pense que ce vous entendez chez Newton Knight est en fait un accent du Mississippi Ce n'est pas mon accent. Ce n'est pas l'accent texan. L'accent du Mississippi est plus lent. Le rythme est différent de mon accent du Sud. Ça semble peut-être plus sudiste juste parce que c'est le Sud profond. En tout cas, c'était la façon de parler de Newton Knight. Plus "Mississippi".

En tout cas, merci beaucoup d'avoir apporté le Mississippi à Paris...

 

Propos recueillis à Paris le 8 septembre par Alexandre Coudray et Aymeric Dugénie

Par Alexandre Coudray