HIGH TECH : 4k, révolution ou simple évolution ?


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La révolution, ou du moins l’évolution, est à nouveau en marche (forcée).

Si les diffuseurs 4K (ou du moins UHD) sont en vente depuis plusieurs années maintenant, les supports dits UHD Blu Ray débarquent seulement cette année (depuis le 14 février 2016 aux USA pour être exact), d’où un article visant à regrouper les informations disponibles actuellement, que ce soit sur les disques disponibles en eux-mêmes, les différentes normes liées aux diffuseurs UHD et ce qu’on peut attendre pour les prochains mois.

Les normes

La technologie UHD propose plusieurs améliorations : une résolution plus grande (évidemment), mais aussi une plage de couleurs plus grande (BT.2020 contre REC.709 actuellement), une quantification de 10-bit par couleur (contre 8-bit actuellement), le fameux HDR, et (dans le cas des contenus) un nouvel encodeur (HEVC H.265).

La plage de couleurs étendue (BT.2020) permettra de retranscrire environ 75% du spectre vu par l’œil humain, contre 35% actuellement (REC.709). La quantification 10-bit permettra des gradients (des dégradés) de couleurs plus homogènes. Le HDR lui permet de générer un contraste plus intense (une plus grande gamme dynamique). L’encodeur permet d’obtenir une image soit de meilleure qualité pour un même débit, ou une même qualité pour un débit moindre (on situe l’écart à environ 50%). La puissance nécessaire pour travailler avec du H.265 est aussi plus faible qu’avec du H.264.

La plage de couleurs étendue (BT.2020) permettra de retranscrire environ 75% du spectre vu par l’œil humain, contre 35% actuellement (REC.709)
  • Les écrans UHD vendus jusqu’à présent exploitent principalement les normes HDMI 2.0 ou 2.0a. Celles-ci supportent les résolutions UHD, mais pas forcément tout ce qui s’y rapportent. Ainsi, le HDR n’est supporté qu’à partir des normes 2.0a. Cependant, certains fabricants comme Sony ont mis à disposition des mises à jour (firmware) pour upgrader les ports HDMI 2.0 en 2.0a. Il y a donc une possibilité pour rendre un équipement compatible. Qu’en sera-t’il de la norme HDMI 2.1 qui est déjà en discussion ? Bonne question… Cependant, dans le cas où votre diffuseur n’est pas compatible avec le HDR, le film sera retranscrit de façon classique (pas d’image délavée à craindre).
Un HDR à géométrie variable.

Chose intéressante : les 1ers écrans UHD actuels suivent une norme déjà en train de devenir obsolète. La nouvelle norme Ultra HD Premium vient de paraître et définit le minimum permettant notamment de profiter convenablement du HDR ainsi que de la gamme de couleurs étendue. La norme reste cependant assez floue sur ce dernier point, indiquant que l’écran doit reproduire 90% d’une plage donnée. Mais comment ? 90% de la surface colorimétrique ? 90% de chaque point extrême ? La norme HDR sera elle aussi à géométrie variable, mais de façon très claire : soit le diffuseur devra descendre en-dessous de 0.05 cd/m² mais fournir des blancs au-delà de 1000 cd/m², soit il pourra se contenter de blancs à 540 cd/m² mais devra descendre sous la barre des…. 0.0005 cd/m² ! Cela permet évidemment de contourner les limites des différents diffuseurs : la technologie OLED propose des noirs plus profonds que le LED mais n’arrive pas à proposer des blancs aussi éclatants. Par contre, cela implique un HDR LED avec un contraste de 20 000 : 1 contre un HDR OLED doté d’un contraste de… 1 000 000 : 1 ! Omission flagrante pour une technologie visant les grandes diagonales : rien n’est formalisé pour les vidéo-projecteurs qui n’atteignent quasiment jamais les 540 cd/m², encore moins 1000.

  • Dans tout cela, le HDCP 2.2 viendra aussi mettre son grain de sel en forçant à vérifier la compatibilité de l’ensemble de son matériel, ampli A/V inclus. Vous aviez prévu de ne changer que votre lecteur et votre diffuseur ? Raté… Si une partie de votre équipement n’est pas disponible, le signal sera automatiquement diminué à du simple Full HD classique.
  • Côté problèmes potentiels, les nouvelles protections liées aux UHD Blu Ray ne devraient pas aider non plus. Le AACS 2.0 (dans sa forme améliorée) pourra potentiellement bloquer par Internet la lecture d’un disque acheté en avance (par exemple, si le magasin n’a pas respecter la date de mise en rayon) en ne débloquant la clé de lecture qu’à une date donnée (celle de sortie dans le pays concerné, par exemple). La protection BD+ (utilisée pour les Blu Rays) sera aussi améliorée pour protéger les contenus 4K. Enfin, la protection hardware BD-ROM Mark profite elle aussi d’une mise à jour pour les disques UHD.
  • Les UHD Blu Ray, eux, offriront un espace de stockage plus important qu’un Blu Ray, avec un débit plus important lui aussi. 3 configurations sont disponibles : 50 Gb et 66 Gb en double couche (25 Gb et 33 Gb par couche respectivement) et 100 Gb en triple couche (3 x 33 Gb). Pour les disques de 50 Gb, les débits pourront être de 72 et 92 Mbps (débit total). Pour les autres, les débits pourront aller de 92 à 123 Mbps voire 144 Mbps. Pour l’instant, aucune information n’est disponible pour savoir quel type de disques est utilisé pour la 1ere vague de films dans le commerce, sinon que seuls les 2 plus petites capacités de stockage sont actuellement produites.
  • Côté son, les pistes Atmos et DTS:X devraient devenir plus fréquentes, mais cela restera en fonction des films et éditeurs. Déjà parce que tous les films possédants des pistes de ce type en Blu Ray ou en UHD n'ont pas forcément été mixés nativement dans ce format (c'est donc du remixage), mais aussi parce que certains éditeurs semblent relativement réfractaires à l'utilisation de ces formats. Si Lionsgate semble définitivement lancé sur le sujet (que ce soit avec du DTS:X ou du Dolby Atmos) et si Warner et Sony proposent quasi systématiquement de l'Atmos sur leurs UHD, ce n'est pas du tout le cas de la FOX, qui va même parfois jusqu'à se limiter à du DTS HD MA... 5.1.

Les sources

Pour vendre, il faut avoir des produits à fournir.

A l’heure actuelle, l’étonnante disposition prise par le marché est de chercher à démocratiser dans les foyers une technologie qui n’est même pas encore utilisée de façon consistante par l’industrie. En effet, ce qu’on peut attendre de façon spontanée de l’UHD, c’est le gain en résolution (de 1920 x 1080 vers 3840 x 2160). Or, aucun film n’a jamais été produit dans un flux 100% 4K, l’absolue majorité des films (à l’exception potentielle du Gone Girl de David Fincher) sont dégradés à un moment donné à du 2K (la grande majorité du temps pour les effets spéciaux, mais parfois aussi pour l’étalonnage). Il faut en effet se souvenir qu’un film comme La reine des neiges a nécessité pour la séquence de la construction du palais de glace 30 heures de rendu (2K) par image malgré l’utilisation simultanée de 4000 ordinateurs et que le trou noir de Interstellar a nécessité 120 heures de calcul par image (le film a fini par tenir sur… 800 Tb de données !).

Cela signifie que le film contemporain qui exploitera au maximum l’UHD… n’a pas encore été tourné. Absurdité industrielle.

Le film contemporain qui exploitera au maximum l’UHD… n’a pas encore été tourné.

Le résultat est parlant : sur les 20 films constituant la 1ere vague de sorties UHD Blu Ray (Fox + Warner + Sony), seuls 6 possèdent un master final (Digital Intermediate, DI) en 4K (dont un tourné partiellement en 2K, c’est dire la logique de la chose). Pire encore : sur ces 20 films, 7 ont été tournés en 2K ! Proposer ces films en 4K relèvent donc de l’upscale à tous les niveaux, comme si un film tourné en SD était proposé en Blu Ray (comme 28 jours plus tard par exemple, avec le résultat qu’on connait). Creed et Au cœur de l’océan font partie des prochaines sorties UHD : ils ont été tous deux tournés en 2.8K et finis en 2K. Là aussi, la supercherie fait mal au cœur.

Creed et Au cœur de l’océan font partie des prochaines sorties UHD mais ont pourtant été tournés en 2.8K et finis en 2K.

Cependant, certains films ont été tournés en pellicule 35mm, d’autres à des résolutions très supérieures à celles de travail (Chappie a été tourné en 5K, par exemple), ce qui signifie qu’il existe des éléments permettant une certaine résolution malgré tout. Cependant, avec des effets spéciaux systématiquement finis en 2K, il est difficile de ne pas avoir la sensation d’une charrue mise avant les bœufs, et un flux 100% 4K (avec les coûts et les ressources que cela implique) semble encore fort lointain…

Les sorties

Voici les détails des films parus ou à paraître :

      • The Lego Movie – Animé en 2K
      • Mad Max: Fury Road – Tournage 2K, DI 2K
      • Man of Steel – Tournage 35mm, DI 2K
      • Pacific Rim – Tournage 5K, DI 2K
      • Pan – Tournage 3K, DI 2K
      • San Andreas – Tournage 3K, DI probablement 2K
      • Exodus: Gods and Kings – Tournage 5K, DI 2K
      • Fantastic Four – Tournage 2K, DI 2K
      • Kingsman: The Secret Service – Tournage 2K, DI 2K
      • L’odyssée de Pi – Tournage 2K, DI 2K
      • Seul sur Mars – Tournage 5K, DI 2K
      • Le labyrinthe – Tournage 2K et 5K, DI 4K
      • Wild – Tournage 2K, DI 2K
      • X-Men: Days of Future Past – Tournage 2K, DI 2K
      • Hitman Agent 47 – Tournage 3.4K, DI 2K
      • The Amazing Spider-Man 2 – Tournage 35mm, VFX majoritairement en 2K, DI 4K
      • Chappie – Tournage 5K, DI 4K
      • Hancock – Tournage 35mm, DI 4K
      • Pineapple Express – Tournage 35mm, DI 2K
      • Salt – Tournage 35mm, DI 4K
      • Les Schtroumpfs 2 – Animé en 4K et en 2K, DI 4K

Autres films annoncés officiellement (au moins aux USA) :

      • The Peanuts Movie – Animé en 2K, DI 2K
      • The Expendables 3 – Tournage 4K et 5K, VFX en 2K, DI 4K
      • Sicario – Tournage 3.4K, DI 4K
      • The Last Witch Hunter – Tournage 3.4K, VFX en 2K, DI 4K
      • Ender’s Game – Tournage 5K, DI 2K
      • Concussion – Tournage 3.4K, DI 2K
      • The Revenant – Tournage 3.4K et 6.5K, VFX en 2K, DI 4K
      • Joy – Tournage 35mm, DI 2K
      • Creed – Tournage 2.8K, DI 2K
      • Deadpool – Tournage 3.4K ARRIRAW et 5K RED, VFX en 2K (et certains en 4K), DI 4K
      • Point Break (2016) – Tournage 6K avec certaines scenes d’action en 2.8K, DI 2K
      • Au coeur de l’océan – Tournage 2.8K, DI 2K
      • Ghostbusters 1 & 2 – Tournages 35mm, nouvelles restaurations 4K

Prévus :

      • La 5e vague – Tournage 2.8K, DI 2K
      • Man of Steel – Tournage 35mm, VFX 2K, DI 2K
      • Brooklyn – Tournage 2.8K, DI probablement 2K
      • Grimsby : Agent trop spécial – Tournage 2.8K, DI 2K
      • Suicide Squad – Tournage 35mm et 65mm et 2K
      • Batman VS Superman – Tournage 16mm et 35mm et 65mm, DI 2K
      • Donnie Brasco – Tournage 35mm, probablement nouvelle restauration 4K
      • Tigre & Dragon – Tournage 35mm, nouvelle restauration 4K
      • Independance Day – Tournage 35mm, nouvelle restauration 4K

Le jour d’après

Cependant, on peut imaginer que des restaurations de patrimoine à gros budget pourraient offrir un confort de visionnage particulièrement élevé, si tant est qu’elles ont été faites avec soin à partir d’un négatif original (comme par exemple Lawrence d’Arabie, Taxi Driver, Spartacus, My Fair Lady, La mélodie du bonheur, ...), mais est-ce vraiment là que cette évolution est attendue ? On en doute fort.

Des restaurations prestigieuses comme My Fair Lady ou Lawrence d'Arabie pourrait exploiter pleinement l'UHD mais est-ce vraiment là que cette évolution est attendue ?

Plus encore, parmi les titres parus ou à paraître, peu de locomotives sont visibles, hormis peut-être Seul sur Mars et Mad Max Fury Road (avec, dans le cas de Fury Road, une source donc en 2K). Dans ces conditions, on ne saurait que conseiller à l’industrie de se sortir les doigts afin de faire paraître très rapidement de très grosses franchises. Batman VS Superman pourrait probablement remplir ce rôle, mais sincèrement, pourquoi sortir Joy ou Les Schtroumpfs 2 plutôt que Spectre ? Quel est le potentiel de ventes en UHD Blu Ray d’un Wild, Salt ou Donnie Brasco ?

Sans vouloir tirer sur l'ambulance, il semble tout de même que l'industrie peine à construire une stratégie cohérente, coincée entre le marteau et l'enclume d'une évolution technique qui ne fait, finalement, que répéter les schémas du passé sans se préoccuper de son adéquation avec les attentes des consommateurs... ni même de l'adéquation avec ses propres capacités de production technique ! Un comble, assurément.

Par Rémy Pignatiello