HIGH TECH Un vieux film en Blu Ray ? Pour quoi faire ?

Un vieux film en Blu Ray ? Pour quoi faire ?

Les amateurs de cinéma de patrimoine en HD l'entendent souvent : "Un film de 50 ans en Blu Ray ? C'est complètement inutile !" Difficile en effet pour beaucoup de visualiser comment technologie et grand âge peuvent cohabiter.

Le cinéma, art populaire par excellence, est devenu le fer de lance de cette schizophrénie technologique, où la sauvegarde du patrimoine côtoie l’énième retour de la 3D et les mixages 11.1.

Mais alors : pourquoi le Blu Ray est-il intéressant pour des films de patrimoine ? On peut résumer les raisons en quelques points généraux :

  1.      Le Blu Ray offre des performances supérieures au DVD
  2.      Une nouvelle sortie implique une nouvelle restauration (en général...)
  3.      Les éléments originaux des films de patrimoine sont le plus souvent « la même pellicule » que celle encore utilisée aujourd’hui
  4.      Les outils et l’expérience pour effectuer ces restaurations s’améliorent

N'hésitez pas à aller tout en bas du dossier pour aller comparer un vieux DVD à un Blu Ray bien fait !

Le Blu Ray offre des performances supérieures au DVD

Beaucoup de nos lecteurs le savent déjà : la technologie utilisée par le DVD est aujourd’hui largement dépassée. Bien que ce support reste d’actualité (coûts de production d’une édition Blu Ray trop importants, restauration trop limitée pour une exploitation HD, trop faible potentiel de ventes), ses capacités de stockage sont faibles (7.5 Go contre 25 à 50 pour un Blu Ray), son encodage vieillot (le MPEG 2 date de 1995, et les premiers encodeurs sonores sans perte, comme le FLAC, se sont démocratisés autour de 2001) et sa résolution est devenue ridicule (720 x 576, soit… 0.4 Megapixels). Aussi, pour contourner ses limitations, les éditeurs ont souvent du appliqué des filtrages destructifs pour le naturel de l’image : un immense nombre de DVDs possèdent un rehaussement des contours notable, et un nombre tout aussi important de DVDs ont une image dégrainée de façon à limiter les risques de pixellisation. Si les logiciels et algorithmes d’encodage ont heureusement évolué, il n’empêche que ces bases techniques sont aujourd’hui obsolètes.

Le Blu Ray permet d’avoir une image plus naturelle car les restaurations visent maintenant un très haut niveau d'exigence

Le Blu Ray permet donc d’avoir une image plus naturelle parce que les éditeurs et les laboratoires savent que leurs restaurations visent maintenant un très haut niveau d’exigence. Aujourd’hui : fini le dégrainage, le rehaussement de contours, les espaces colorimétriques restreints. Le Blu Ray permet et oblige une restitution plus naturelle et plus fidèle du matériel d’origine.

Faut-il encore que ce matériel passe à travers une restauration digne de ce nom, et que le Blu Ray ne se contente pas de réutiliser une source vieille de 10 ans et prévue pour du DVD…

Une nouvelle sortie implique une nouvelle restauration (en général…)

Qui dit nouveau support dit renouvellement du matériel. Vous aviez Titanic en VHS ? Vous l’avez racheté en DVD ? Eh bien, le revoilà le Blu Ray !

Rendons-nous à l’évidence : toute ré-édition est fortement mercantile, et il va de soi que racheter un film maintes fois vu et maintes fois possédé relève le plus souvent plutôt de la technophilie que de la cinéphilie. Si parfois, un élément spécifique peut ramener le rachat dans une optique plus cinéphilique (inclusion de 90 min de scènes coupées sur Twin Peaks Fire Walk With Me, de la workprint de Blade Runner, de montagnes de bonus chez Criterion, redécouverte des éléments originaux et du cadre intégral de La belle au bois dormant, compatibilité anamorphique du Casanova de Fellini, etc etc), on rachète le plus souvent parce que c’est plus beau maintenant qu’il y a 10 ans.

Et pourquoi cela ?

Parce que dans ces cas là, le Blu Ray part d’une nouvelle restauration. Ces nouvelles restaurations, exploitées en salles, vendues aux chaines TV et exploitées en Blu Ray (parfois de façon internationale, comme les restaurations effectuées par la Film Foundation de Martin Scorsese), exploitent une technologie et une expérience aujourd’hui fort avancées. Certains studios, comme Warner, sont champions pour restaurer tous les 5 ans leurs films (Le magicien d’Oz, Casablanca ou Orange mécanique, par exemple).

Le processus de restauration est assez linéaire (si on fait simple et qu’on considère avant tout une restauration numérique).

Il faut d’abord retrouver les éléments originaux (pellicule) les plus proches possibles de ce qui était dans les caméras du tournage (« négatif original »). Faute de mieux, on se rabattra sur des copies de sauvegarde (marron, internégatif, interpositif), voire au pire sur des copies prestige ou des copies d’exploitation. La règle est : plus on s’éloigne du négatif original, plus on travaille sur des copies (voire des copies de copies) et moins le matériel est précis. On parle alors de copies de Xe génération (première, deuxième, troisième (…) génération). Le but est de retrouver les éléments à la fois les plus complets mais aussi de la meilleure qualité possible. Des compromis peuvent déjà être faits à cette étape : vaut-il mieux une image moins définie mais qui permet d’inclure un plan sinon manquant ? Un exemple parlant est celui du Metropolis de Fritz Lang : connu jusque 2010 en vidéo dans un montage d'environ 2h (sur un montage complet d'environ 2h33), la redécouverte en 2008 d'un négatif réduit 16mm en Argentine a permis de retrouver l'équivalent de 95% du montage original, mais cette copie 16mm reste en très mauvais état, et la différence de qualité est visible sur le Blu Ray tiré de cette nouvelle restauration (et 2 scènes furent même irrécupérables).

La restauration va être conditionnée par l'état des éléments originaux exploitables : il faut qu'ils soient à la fois les éléments les plus complets mais aussi de la meilleure qualité possible

Une fois les éléments retrouvés, il va falloir manuellement les réparer pour assurer leur bon passage dans le scanner. C’est aussi une première occasion d’effectuer un nettoyage des poussières et autres tâches macroscopiques.

Ces éléments sont ensuite numérisés (scannés) image par image pour enregistrement et conservation informatique. Certains scanners immergent la pellicule juste avant sa numérisation dans un liquide qui va « remplir » les rayures en surface pour les pré-traiter en les effaçant partiellement.

Cette numérisation peut se faire à différentes résolutions : 2K (2048 x 1152), 4K (4096 x 2304), voire même 8K (8196 x 4608) (Ben Hur, Autant en emporte le vent, Lawrence d’Arabie, …), sachant qu’un Blu Ray a une résolution équivalente à 2K (1920 x 1080). Plus cette résolution est grande, plus elle fera ressortir les petits détails, mais aussi les défauts. De plus, plus elle sera grande, plus les fichiers de travail seront imposants (la numérisation 4K de Suspiria que Technicolor a fait pour Synapse près 12 To). De fait, certaines restaurations ne sont pas faites à la résolution de numérisation mais à une résolution inférieure. Par exemple, Peau d’âne a été récemment numérisé en 4K mais la restauration n’a été faite qu’en 2K. La principale exploitation d’une restauration se faisant à une résolution autour de 2K, cela permet d’avoir moins de petits défauts à corriger, et donc un gain de temps et d’argent. Une restauration 2K "classique" comme celle de L'assassin habite au 21 peut déjà coûter la bagatelle de 100 à 150 000 € et prendre 2 à 3 mois. Une restauration 4K comme celle des Enfants du Paradis va, elle, coûter plusieurs centaines de milliers d'euros et s'étaler sur 4 à 6 mois (15 000 heures de travail). En 8K, c'est parfois jusque 1 million de dollars qui peut être dépensé, comme pour Ben Hur.

Cette numérisation brute va permettre d’obtenir un « master non restauré ». Sa conservation permettra de revenir en arrière en cas de problèmes apparus tardivement dans la restauration.

Principales étapes d'une restauration : ajuster et stabiliser le contraste et les couleurs, éliminer les poussières, les rayures et les moisissures, réparer les déchirures 

La restauration se compose le plus souvent majoritairement de ces étapes : ajuster et stabiliser le contraste et les couleurs (éviter les tremblements et scintillements, éliminer l’affadissement des couleurs) c'est à dire étalonner le film, éliminer les poussières, les rayures et les moisissures, et enfin réparer les déchirures. Ces opérations, majoritairement manuelles, sont les plus gourmandes en temps et en main d’œuvre.

L’étalonnage peut déjà prendre un temps considérable, afin de s’assurer qu’il soit respectueux des volontés de l’équipe du film. Les outils numériques permettent de donner aux films n’importe quel rendu souhaité. On peut exagérer le contraste, sur-saturer les couleurs ou au contraire ternir volontairement le rendu, et de nombreux films récemment restaurés n'ont plus vraiment le rendu qu'on leur connaissait jusqu'à présent (Suspiria, Terminator, Le bon la brute et le truand, etc). Il reste donc impératif que la colorimétrie soit la plus juste possible. A contrario, c’est aussi le moment où l’on va éliminer les ravages du temps sur une pellicule dont les couleurs ont progressivement disparu ou bien viré dans une dominante particulière (souvent magenta ou vert).

Ensuite, il faut scruter chaque image pour repérer les défauts (poussières, rayures, etc), les corriger manuellement (le plus souvent en volant la matière manquante à l’image précédente ou suivante), puis s’assurer que la correction reste invisible en mouvement.

Le son, lui, subit un traitement du même type : on vient éliminer le souffle, corriger le niveau sur l’ensemble du film, et réduire tant que possible l’intensité des craquements (s’ils ne peuvent pas être complètement éliminés). Il arrive aussi, si les éléments sont disponibles et si les ayant droits le permettent, qu’un remixage multi-canal soit effectué. Il vaut mieux pour cela avoir accès à des éléments séparés (la musique d’un côté, les effets sonores de l’autre, et les dialogues à côté), permettant de positionner de façon spatialisée (mais réaliste) les couches sonores sur l’ensemble des enceintes. De très bons exemples sont trouvables sur le marché (Lawrence d’Arabie par exemple, mais aussi les récentes restaurations de Star Trek The Next Generation, remixées en 7.1). Le Blu Ray du Psycho d’Alfred Hitchcock contient un très bon module sur ce travail de remixage. A contrario, certains remixages 5.1 ne sont que des stéréos améliorés. De nombreux Blu Rays Warner, par exemple, font l'impasse sur la piste d'origine et ne proposent qu'un remixage particulièrement peu efficace. Pire encore, certains procédés de remixages, comme le procédé Arkamys autrefois utilisé par Studio Canal sur leurs DVDs, génèrent une réverbération très gênante et le résultat devient contre-productif. Comme disait Alfred : "Il vaut mieux un bon mono qu'un mauvais stéréo !"

Une fois ces opérations effectuées, on obtient le fameux « nouveau master restauré », qui pourra être ensuite mis aux normes Blu Ray et compressé pour tenir sur l’espace disque souhaité. Ces 2 étapes correspondent à l’encodage du film, et le font passer d'environ une dizaine de Teraoctets à moins de 50 Go. Cette étape reste importante car c'est elle qui permet de rester fidèle au nouveau master restauré. Certains "compressionnistes" comme David Mackenzie en Angleterre sont spécialisés dans cette opération, visant à conserver au maximum la précision du nouveau master et éviter toute compression approximative qui peut générer des blocs disgracieux d'amas de pixels (de la pixellisation, aussi appelée "macroblocking"). En français, ce fichier compressé est généralement appelé le « transfert HD ». Ce nouveau master restauré sera aussi utilisé pour créer la copie numérique qui sera projetée en salles : le DCP (Digital Cinema Package).

Entre le master restauré et le transfert HD, des retouches supplémentaires peuvent être effectuées. Soyons clairs : le plus souvent, ces retouches spécifiquess au Blu Ray ont impacté négativement la qualité finale. Recadrage, dégrainage, rehaussement de contours : ce dont la restauration s’est passée, le film en a rarement besoin. Le Samouraï de Jean Pierre Melville en a fait les frais, tout comme Don’t Look Now de Nicolas Roeg.

Les éléments originaux sont de retrouver non seulement leur splendeur d’antan, mais aussi d’être diffusés de façon transparente, comme si les bobines 35 mm étaient projetées dans votre salon.

Ce nouveau master restauré est donc tiré d’une source générée récemment, par une technologie bien plus avancée qu’il y a quelques années, et avec comme but une diffusion de très haute qualité où les imperfections deviennent flagrantes (même parfois à l'oeil néophyte). Les éléments originaux sont donc plus à même de respirer, de retrouver leur splendeur et leur propreté d’antan, mais aussi d’être diffusés de façon plus transparente, comme si les bobines 35 mm étaient projetées dans votre salon. Même des films tournés en 16 mm, comme Following de Christopher Nolan, peuvent profiter d’une numérisation et d’une restauration à haute résolution afin de restituer au mieux la profondeur de l’image et le grain prononcé de la pellicule 16 mm... pellicule aussi utilisée pour le tournage de la série Breaking Bad !

Plus encore, ces nouvelles restaurations pourront aussi être utilisées pour tirer de nouvelles copies 35 mm, qui pourront à leur tour être conservées dans le temps, et assurer une conservation physique du film pour les dizaines d’années à venir.

Les éléments originaux des films de patrimoine sont le plus souvent « la même pellicule » que celle encore utilisée aujourd’hui

Aujourd’hui, un grand nombre de films sont numérisés (et souvent restaurés) en 4K : Apocalypse Now, La grande parade, Bambi, La Dolce Vita, Mary Poppins, Taxi Driver, Titanic... Ces films ont pour la plupart été tournés en 35 mm, parfois même sur une pellicule 65 mm (un peu l’équivalent de l’IMAX d’aujourd’hui). 

Les pellicules 35 mm possèdent un grain argentique difficile à retranscrire à l’échelle d’une résolution (combien de pixels dans un cm² d’une pellicule ? impossible question), mais une étude française a estimé qu’un négatif original 35 mm aurait une résolution située entre le 2K et le 4K.

De fait, que l’on parle de Titanic, d’Autant en emporte le vent ou de The Dark Knight, ces films ont été tournés sur un même support, qui a certes évolué avec le temps, mais qui reste cette bonne vieille pellicule 35 mm. Et quand on compare l’image d’un film tourné en numérique comme The Social Network (1er film diffusé en 4K en salles) et celle de Django Unchained ou Fighter tournés en 35 mm, difficile de voir une différence qualitative. Pourquoi en serait-il différent pour un film de patrimoine tourné en 35 mm, à partir du moment où les éléments ont été bien conservés et la restauration bien faite ?

Titanic, Autant en emporte le vent et The Dark Knight, ces 3 films sont tournés sur un même support : cette bonne vieille pellicule 35 mm

Techniquement parlant, la technologie permet aujourd’hui d’obtenir d’une pellicule 35 mm un niveau de détails qui peut très bien être équivalent à celui d’un film tourné et post-produit en 4K. Evidemment, les attentes doivent être adaptées : certains négatifs originaux ont disparus, certains défauts sont irréparables, et les équipements de tournage relativement plus fiables qu’il y a plusieurs dizaines d’années. Pour autant, preuve en est avec de très nombreux films récemment édités en Blu Ray qu’il est possible de proposer un excellent Blu Ray d’un film de patrimoine.

Plus encore, on peut même dire que le mérite de proposer un Blu Ray d’excellence pour un film est plus grand que celui de proposer un film bien plus récent en Blu Ray tant le challenge et l’investissement peuvent être important : parfois plus de 20 personnes travaillent à plein temps pendant plusieurs mois pour effectuer la restauration d’un unique film (imaginez le travail sur une mini série de 8 heures !). A titre d'exemple, la restauration 4K de Lawrence d'Arabie a duré près de 3 ans.

Autant en emporte le vent est plus à même d’évoluer avec les technologies à venir que L'attaque des clones.

A l’ère du tournage numérique, l’ironie peut s’avérer mordante. En effet, une pellicule 35 mm comme celle de Autant en emporte le vent a été numérisée en 8K. A contrario, Star Wars Episode II a été tourné nativement en 1920 x 1080. Cela signifie que le film de 1939 est aujourd’hui disponible dans une résolution largement supérieure à celle du film de George Lucas tourné en 2002. Autant en emporte le vent est donc plus à même d’évoluer avec les technologies à venir que L'attaque des clones, ironie d'autant plus cinglante compte tenu de la technophilie aigue de George Lucas...

Les outils et l’expérience pour effectuer ces restaurations s’améliorent

Comme nous l’avons expliqué, les outils utilisés pour ces restaurations, ainsi que l’expérience dans leur utilisation, évoluent : les dégrainages sont moins fréquents, les nettoyages automatiques des poussières plus contrôlés, l’approbation d’une personne liée de façon technique au tournage devient de plus en plus recherchée (le réalisateur le plus souvent, sinon le chef opérateur, voire parfois les deux !). Cela peut parfois générer une approche plus royaliste que le roi, soit parce que la personne supervisant le film a la mémoire qui flanche (Vitali qui ne se souvient plus du format original 1.66 de Barry Lyndon, par exemple) ou une vision aujourd’hui différente du film (Tovoli et Argento pour Suspiria, Cronenberg pour Scanners, Storaro et son Univisium au ratio 2.00 recadrant tout ce qui bouge), soit parce que le restaurateur va un peu trop loin (dégrainer, accentuer les détails, pousser la saturation et le contraste pour dynamiser une image jugée vieillotte, quand Universal n’estime pas bon de simplement corriger un travelling de Out Of Africa qui « tremblait de trop » quand bien même c’est d’origine, ou de niveler le grain de To Kill A Mockingbird lors des zooms optiques alors que c’est là aussi normal).

Cependant, comme pour tout travail de restauration, les bonnes pratiques deviennent malgré tout plus fréquemment adoptées. De nombreux laboratoires sont devenus des experts dans ce domaine, Colorworks notamment, filiale de Sony Pictures basée à Culver City (USA) et dirigée par Grover Crisp, a su délivré une excellence de travail particulièrement stable. Ils sont en particulier à l’origine des restaurations de Lawrence d’Arabie, Taxi Driver, mais aussi Le guépard, Richard III et All That Jazz. Le cinemathèque de Bologne à travers le laboratoire L’immagine Ritrovata a aussi démontré un savoir faire d’exception en délivrant les époustouflantes restaurations de La Dolce Vita, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon et Les misérables (Raymond Bernard) (ainsi que le Dragon Inn de King Hu, restauré en 4K !). La restauration ne vise par à moderniser, mais bel et bien uniquement à ramener à une oeuvre son éclat d’antan, ni plus ni moins.

La restauration ne vise par à moderniser, mais bel et bien uniquement à ramener à une oeuvre son éclat d’antan, ni plus ni moins.

Le problème évident, c’est qu’au milieu de ce niveau d’excellence, une restauration ratée est d’autant plus une déception qu’elle intervient alors que les laboratoires savent utiliser leurs outils, mais aussi et surtout que de nombreux films ne sont que « rarement » restaurés. Si Warner peuvent faire faire une nouvelle restauration de Casablanca tous les 5 ans, la restauration particulièrement ratée des Enfants du Paradis (pourtant effectuée par L’immagine Ritrovata, comme quoi personne n’est infaillible) n’a que très peu de chances d’être remplacée dans un futur proche, et il faudra très certainement attendre le prochain format vidéo pour que cette infâme restauration disparaisse (espérons). Et pour un Gaumont qui jette la restauration ratée de Madame de avant sa sortie en Blu Ray en France pour la reprendre à zéro, combien de restaurations ratées restent aujourd’hui les seules disponibles ?

Conclusion

La combinaison de nouvelles technologies à la source (numérisation puis restauration) et à la diffusion (Blu Ray) permet de redonner un sacré coup de jeune à de très nombreux films de patrimoine. Au milieu des habituelles sorties (les films de Stanley Kubrick à la Warner, les sagas Alien ou James Bond, etc), de nombreux films moins connus du grand public trouvent là une seconde jeunesse à travers des restaurations de premier ordre. Jubal, The Last Picture Show, The Swimmer, Tout ce que le ciel permet, Funny Girl, Pit Stop, Riot In Cell Block 11, Main basse sur la ville : des centaines de films de patrimoine sont enfin disponibles dans des conditions de visionnage d'exception.

Ce sont sur ces bases que nos tests évaluent les Blu Ray de films de patrimoine et analysent les points concernés par une restauration exploitée en Blu Ray : l'image est-elle bien nettoyée ? Est-elle stable, comment sont le contraste et les couleurs ? Y a-t'il des traces de bidouillage numérique ? Le son a-t'il du souffle ? Est-il étouffé ?

Des centaines de films de patrimoine sont enfin disponibles dans des conditions de visionnage d'exception

Il serait donc dommage de rester sur ce préjugé : « Pouah, c’est vieux, ça doit être trop moche en Blu Ray ! »

A nouveau, n’oubliez pas : Star Wars Episode II est aujourd’hui bloqué à une qualité moindre que des films des années 40 (voire plus vieux encore). Réfléchissez-y !

Annexes et sources (pour les curieux) :

La plupart de ces vidéos sont en anglais, mais contiennent souvent des comparaisons Avant / Après très intéressantes !

Vidéos :

Lee Kline, de Criterion, au travail sur Foreign Correspondant d'Alfred Hitchcock (anglais)

Le remixage 5.1 de Psycho d'Alfred Hitchcock (anglais)

La restauration des Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy (français)

La restauration sonore des Enfants du Paradis de Marcel Carné (français)

Martin Scorsese sur la restauration de Richard III de Laurence Olivier (anglais)

La restauration de La ruée vers l'or de Charlie Chaplin (anglais)

Les difficultés rencontrées pour numériser la pellicule de L'homme qui en savait trop d'Alfred Hitchcock (anglais)

La restauration de Dracula de Tod Browning (anglais)

La restauration des Dents de la mer de Steven Spielberg (anglais)

Articles :

Les studios Eclair et la restauration de French Cancan de Jean Renoir (français)

La restauration en 4K des Enfants du Paradis de Marcel Carné (anglais)

DVD Classik en visite à Bologne (Partie 1, Partie 2 et Partie 3) (français)

La restauration 2012 de Lawrence d'Arabie (anglais) ainsi qu'une note de Grover Crisp sur celle-ci (anglais)

La restauration 2013 de La belle et la bête de Jean Cocteau (français)

La restauration de Dumbo (anglais)

Comparatif avant / après restauration 4K de Jamaica Inn d'Alfred Hitchcock (photos) et des explications sur la restauration (anglais)

La restauration 2012 de Les habitants d'Alex Van Warmerdam (français)

La restauration 2010 de Le Guépard de Luchino Visconti (anglais) et le résultat en Blu Ray par rapport à la restauration de 2004 (photos)

Le cas des films muets

Un point d'attention particulier apparait spécifiquement pour les restaurations de films très anciens (les films muets, en particulier). En effet, la cadence standard habituelle de 24 images par seconde n'a été définie qu'autour de 1930, avec la démocratisation des films sonores. Auparavant, les cadences de tournage variaient entre 16 et 26 images par seconde, sans compter les films tournés à des cadences variables (c'est à dire que la cadence varie pendant le film !). Cela assurait une image relativement stable pour la persistence rétinienne, tout en permettant d'économiser la pellicule en tournant à des vitesses plus basses (tourner à 16 images par seconde au lieu de 24 fait économiser 30% de pellicule). Avec l'arrivée du son, une cadence standard fut nécessaire car l'oreille humaine repérait très facilement les variations de cadence, ainsi que des tons trop bas.

Le standard actuel à 24 par seconde pour le Blu Ray n'est donc pas intuitif pour un film tourné à 18 images par seconde (comme le Nosferatu de FW Murnau). Le calcul est simple : il faut pouvoir ajouter 6 images par seconde aux 18 du film. Le plus simplement du monde, les restaurateurs vont simplement faire en sorte de dédoubler certaines images, suivant une alternance spécifique, afin de permettre de diffuser le film à la bonne vitesse. Mais choisissez la mauvaise alternance de dédoublements, et le film va saccader de partout ! Certains Blu Ray utilisent des répétitions d'image adéquates : Nosferatu chez Masters Of Cinema dédouble une image toutes les 3 images pour passer de 18 à 24 (112 112 112 112 112 112 112 112), Le fantôme de l'Opéra (1920) chez BFI répète une image toutes les 5 images pour passer de 20 à 24 (111112 111112 111112 111112 111112) et cela fonctionne car l'espacement des répétitions est régulier A contrario, le Blu Ray US du Pirate noir (édité par Kino) peut paraître extrêmement saccadé de nombreux systèmes parce que la répétition des images n'est pas assez régulière.

Pire encore : le Blu Ray US de Nosferatu (édité par Kino) a un encodage tellement raté qu'il détriple certaines images au lieu... de prendre l'image qui devrait se trouver là ! Résultat : il manque une image toutes les 4 images, car remplacée par une image répétée...

Le BFI a écrit un excellent article sur le challenge autour du Blu Ray du Cuirassé Potemkine (anglais). Le résultat est que les films originellement tournés à une cadence multiple de 3 ou 4 sont les plus faciles à retranscrire à 24 images par seconde.

L'autre possibilité est d'encoder le film en 1080i, ce qui semble être peut être la meilleure solution pour la bonne fluidité du film quand celui-ci a une cadence non-multiple de 3 ou 4, mais attention aux effets de peigne dus à l'entrelacement...

Au delà de ces considérations très numériques, il ne faut pas oublier que tout cela se fait à partir de pellicule souvent sur base nitrate ou acétate, au potentiel explosif très important. Le Blu Ray UK de Die Nibelungen de Fritz Lang contient un passionnant documentaire de 50 min sur la restauration du film faite par la fondation Murnau, et montrant notamment les conditions de stockage très spécifiques pour ces bobines : imaginez en effet que vous deviez stocker des tonnes et des tonnes d'explosifs ! C'est sur ces bases qu'est construite le sous-sol d'archives de la fondation, afin de confiner tout risque à une unité de stockage pour éviter que tout désastre ne se propage aux unités suivantes et fasse réagir les bobines d'à côté...

Sources :

Exemples d'effet de peigne : exemple 1exemple 2

Discussion sur les Blu Rays saccadés (anglais)

Liste des films muets disponibles en Blu Ray

Les filtrages numériques

Pendant la création d'un Blu Ray, que ce soit en amont lors de la restauration, ou en aval lors de la préparation du transfert HD, des outils numériques peuvent être utilisés pour essayer de contourner certaines limitations du matériel original. Parfois, ils sont aussi utilisés parce que le résultat parait plus moderne et semble donc plus vendeur.

Il peut s'agit simplement de booster le contraste de l'image : rendre le noir et blanc plus contrasté donne une plus grande impression de finesse que si l'image parait grise.

Mais le plus souvent, les disques filtrés le sont de 2 manières : ils sont lissés via l'utilisation de DNR (Digital Noise Reduction, réduction numérique du bruit, aussi appelé communément dégrainage) qui vient filtrer les hautes fréquences de l'image (c'est à dire le grain, et une partie des détails avec), ou avec de l'EE (Edge Enhancement, rehaussement des contours) qui vient artificiellement rendre l'image « plus précise » mais va rajouter des sur-contours blancs (car fonctionnant sur des mathématiques de diffraction) très disgracieux et donner un rendu très électronique.

Encore aujourd'hui, certains films sont infestés par ces filtrages quasi exclusivement destructifs. L'exemple le plus connu est celui de Predator, dont la nouvelle édition est lissée par le DNR jusqu'à rendre les visages cireux.

Patton est aussi connu pour sa 1ere édition fortement filtrée, problème heureusement corrigé dans une 2e édition (pour le moment uniquement disponible aux USA...)

Le remaster sorti aux USA plus récemment montre bien que l'image plus naturelle est plus belle et plus définie, et comme il s'agit de la même restauration, cela montre aussi qu'il s'agit d'un problème spécifique à l'exploitation vidéo : http://www.blu-ray.com/movies/screenshot.php?movieid=55325&position=4

Mal utilisé (c'est à dire le plus souvent : utilisé trop fortement), le DNR peut avoir des répercussions désastreuses sur le niveau de détails et la patine argentique du film en général. En terme de film de catalogue, l'exemple le plus triste reste celui des Enfants du Paradis, dont la texture globale a été profondément endommagée par l'utilisation du dégrainage lors de la restauration.

D'autres films comme Terminator 2 ou The Truman Show sont, eux, particulièrement touchés par le EE, laissant une image non seulement toujours aussi peu précise mais avec en plus un rendu fort peu cinématographique à cause des halos blancs générés.

Sources :

Explication et exemples sur l'Edge Enhancement (anglais)

L'Edge Enhancement sur The Truman Show

Exemple du principe de l'Edge Enhancement

Evil Dead 2 de Sam Raimi : du DVD (en haut) au Blu Ray dégrainé (en bas)

Merlin l'enchanteur : avant et après dégrainage

Les Enfants du Paradis : avant et après restauration (et dégrainage...) (voyez comme la veste se transforme en un tissu lisse plus proche du vinyl qu'autre chose)

La différence entre un vieux DVD et un Blu Ray bien fait

Parce que certains sont comme Saint Thomas et ne croient que ce qu'ils voient, voici une liste de comparatifs DVD / Blu Ray permettant de se faire une petite idée :

Hello Dolly ! (1969)

Funny Girl (1968)

Les 55 jours de Pekin (1963)

The Killing (1956)

The Killer Elite (1975)

The Man From Laramie (1955)

Harvey (1950)

Persona (1966)

Il faut sauver le soldat Ryan (1998)

Breaking The Waves (1996)

Foreign Correspondent (1940)

Tess (1979)

Nausicaa de la vallée du vent (1984)

Princesse Mononoké (1997)

Gojira (1954)

Lawrence d'Arabie (1962)

The Big Chill (1983)

Chicago (2002)

Badlands (1973)

Ben Hur (1959)

Cleopatre (1963)

Patton (1970)

Thief (1981)

La ligne rouge (1998)

Twin Peaks : Fire Walk With Me (1992)

Aliens (1986)

Le pont de la rivière Kwai (1957)

Tootsie (1982)

Jerry Maguire (1996)

L'avventura (1960)

Stand By Me (1986)

Rémy Pignatiello

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Commentaires des membres : Un vieux film en Blu Ray ? Pour quoi faire ?
SHREK83

SHREK83 le 25/08/2014 à 10:57

Un bon dossier qui meriterait une meilleure visibilité afdin que tout un chacun puisse le consulter, s'en impregner......le secteur et malade d'un manque de connaissance de son essence, cette pédagogie est salvatrice......merci Tenia54!!!

SHREK83

SHREK83 le 25/08/2014 à 10:58



Avec la correction de quelques coquilles....


Un bon dossier qui meriterait une meilleure visibilité afin que tout un chacun puisse le consulter, s'en impregner......le secteur est malade d'un manque de connaissance de son essence, cette pédagogie est salvatrice......merci Tenia54!!!