HIGH TECH : Bilan du marché audio-vidéo 2016


Bilan du marché audio-vidéo 2016

2016 fut l’année du paradoxe très net d’un marché vidéo jamais autant en effondrement qu’actuellement, mais qui pourtant n’a jamais autant mis à disposition d’arlésiennes, de coffrets en tout genre et autres restaurations formidables. Si l’UHD peine à convaincre les plus avisés et que les studios réduisent progressivement leurs efforts à peau de chagrin (les pistes Atmos exclusives à l’UHD, les bonus de plus en plus réduits, la FOX cantonnant certaines séries au seul DVD, etc), les éditeurs indépendants, eux, n’ont jamais autant séduits.

Les USA ont évidemment Criterion mais aussi Cinelicious ou Vinegar Syndrome (ou la nouvelle collection « prestige » chez Olive) mais ce sont surtout la France et l’Angleterre qui ont eu une année particulièrement impressionnante, surtout dans ce contexte morose. Mieux encore : certains éditeurs historiques ont vu leurs outputs augmenter notablement tandis qu’on voyait naître de nouveaux labels (ou alors de très récents éditeurs consolider leurs rythmes de sortie). Jamais autant de titres n’ont été disponibles qu’en 2016 à travers Third Window Films, Arrow, le BFI, Network, Masters of Cinema, Studio Canal (et les Vintage Classics), TF1 Video, Carlotta, Gaumont, Pathé, Wild Side, Blaq Out…, et à ces éditeurs s’ajoutent maintenant Le chat qui fume, Indicator, Second Run, Signal One… et même Criterion UK !

Et pourtant, voici venu ce moment de l’année qui va forcer à résumer en quelques sorties particulièrement mémorables une année aussi gargantuesque. De fait, trichons un peu en contournant le seul Top 5 afin de brasser un peu plus large.

Le pire de 2016

Les vieux masters HD obsolètes

Que ce soient les masters MGM tout rose qui font le tour du monde ou les vieilles couleuvres récupérées par Sidonis (en Blu-ray comme en DVD), cela fait 10 ans que dure l’absence de ménage technique qui n’a certainement pas aidé les consommateurs à avoir confiance dans les sorties HD (notamment pour précommander). Si certains éditeurs parcimonieux y sont globalement immunisés, encore trop de Blu-rays utilisent des sources obsolètes qui n’ont simplement pas leur place en HD.

Celluloid-Angels

C’est exagéré d’inclure la plate-forme dans « le pire de 2016 », mais il est difficile, 6 mois après le lancement de la plate-forme, de ne pas tirer un constat d’échec généralisé rejoignant tristement les craintes que nous avions exprimées à l’époque : des projets n’aboutissant quasiment jamais ou inlassablement repoussés, sur une plate-forme inutilement nouvelle et exclusive, ne brassant que des éditeurs bien spécifiques, le tout avec des contributions tellement peu intéressantes qu’on se demande bien à qui s’adresse le tout. Un seul projet a pour le moment abouti (Les tontons flingueurs) et il n’a même pas pu se suffire des seuls particuliers puisque des sociétés d’investissement ont mis la main à la patte pour compléter le budget. Bon courage pour 2017, les mecs.

Twilight Time

Leur controversé modèle de fonctionnement uniquement en éditions limitées à taille de lot unique (3000 exemplaires, 5000 exceptionnellement) définie il y a 5 ans et à des prix aberrants (et uniquement en vente sur 2 sites web – Screen Archives, et le webstore du label - ) ne correspond tellement plus au marché actuel qu’il vaut mieux en rire. Ils ont avec eux la chance de l’absence de concurrence au niveau du consommateur et un accès particulier à certains catalogues (MGM, Fox et Sony), mais n’importe qui pouvant importer les titres sortant chez d’autres (en mieux et en moins cher) aurait évidemment tort de s’en priver. Philadelphia pour $30 chez Twilight Time ou pour 6€ chez Sony Benelux ? Quel choix cornélien… Pendant ce temps, les revendeurs/profiteurs des marchés secondaires se frottent les mains dès qu’un titre est annoncé comme épuisé. Quand on pense qu’il suffirait d’arrêter de les acheter pour que ça arrête de se vendre…

Les étalonnages douteux

La liste des récentes restaurations pourvues d’un étalonnage discutable serait trop longue, mais on se demande bien d’où sort cette dérive jaune parsemant de façon récurrente des films dont on n’avait pourtant jamais dit jusqu’ici que leurs photographies étaient semblables. Et pourtant : Ran, Dragon Inn, La valise, Qu’avez-vous fait à Solange ?, même combat. C’est cela, oui…

Les insiders susceptibles

Testeurs biaisés incapables d’admettre une erreur, insiders prenant la mouche dès qu’on remonte le moindre souci technique ou qu’on challenge leurs affabulations, grands pontes de la restauration photochimique complètement perdus quand il faut noter un Blu-ray… Il y a des gens qui reçoivent beaucoup trop d’attention vu le retour obtenus par les consommateurs. C’est dommage qu’autant de connaissances soient aussi mal mises à contribution, surtout quand c’est parfois fait dans une acceptation généralisée que l’insider est un dieu-vivant-qui-ne-doit-jamais-être-contredit. Heureusement que certaines de ces personnes sont pourvues d’un bien meilleur sens de l’altruisme.

Le meilleur de 2016

La sidérante quantité de sorties

On l’a dit plus haut : 2016, c’était l’orgie, au point où il devient difficile de suivre même les éditeurs historiques. Le marché vidéo physique est en proche de son dernier souffle, mais visiblement, il ne le rendra pas sans combattre farouchement.

L’Angleterre et notamment le BFI

Corolaire du point ci-dessus. D’ailleurs, l’arrivée de Criterion et le déblocage (enfin !) du catalogue Sony à travers Indicator n’a finalement que gonflé un marché déjà particulièrement fourni. Ne manquerait plus qu’un portage britannique de la Warner Archive Collection et le portefeuille serait définitivement débordé. Les grands champions sont clairement le BFI et leur demie-tonne de monstrueuses sorties 2016. L’éditeur va assurément truster les premières places de tous les tops vidéos internationaux 2016.

L’accélération de la WAC

Avec presque 2.5 fois plus de sorties cette année qu’en 2015, WAC n’a jamais été aussi éclectique et varié : Virginia Woolf , Une chatte sur un toit brûlant, mais aussi Suspicion et Yankee Doodle Dandy, leBody Snatchers de Ferrara ou Man in the Wilderness, ainsi que des séries qui se seraient sinon limitées à des éditions uniquement DVD (Longmire, notamment).

Les coffrets et autres grosses éditions plus ou moins limitées

Ca ne plait pas toujours à tout le monde, mais il est difficile de faire la fine bouche face à des monstres de 3kg remplis de titres attendus en HD depuis des années (le coffret Almodovar, Costa-Gavras, Alan Clarke, Dekalog, …). Et c’est à notre grand plaisir qu’on constate que Carlotta arrive semble-t’il sans gros problème à tenir la cadence sur leurs UCE limitées. On espère que ça continuera encore longtemps comme ça.

La réactivité accrue de certains éditeurs face aux consommateurs (sociaux ou forums spécialisés) 

On ne peut que se féliciter que certains éditeurs prennent cela à bras le corps et répondent en quelques heures à toutes les questions (sérieuses) qu’on peut leur poser. Les consommateurs que nous sommes restons, après tout, leur gagne-pain, et c’est un avantage indéniable que de pouvoir créer un espace d’échange permettant de rapprocher ceux qui vendent de ceux qui achètent. A contrario, on regrette que certains continuent de s’emmurer dans une tour d’ivoire ou n’arrivent pas à prioriser l’allocation de temps ou de ressources à cet effort de communication.

Top 5 nouveautés France 2016

  • 13 Hours (Paramount)
  • Spotlight (Warner)
  • Citizenfour (Blaq Out)
  • Anomalisa (Paramount)
  • Steve Jobs (Universal)

Top 5 catalogue et/ou import 2016

- Les Duvivier chez Pathé (Pathé – France) :
3 films (puis un quatrième avec Marie-Octobre) passionnants, impeccablement restaurés et efficacement complétés côté bonus.

- Les 3 films de Richard Fleischer chez Carlotta (Carlotta – France) :
Un projet fascinant, permettant d’avoir enfin en Blu-ray des films attendus de longue date, et systématiquement complétés par un travail éditorial forçant le respect.

- Alan Clarke : Dissent & Disruption / Napoleon / Culloden & The War Game (BFI – UK) :
3 arlésiennes (dont un coffret gargantuesque) encore impensables il y a ne serait-ce qu’un an, et qui resteront assurément dans l’histoire du Blu-ray. C’est absolument immanquable pour quiconque importe en Angleterre.

- Le nouveau monde Lone Wolf & Cub (Criterion – US) :
2 coffrets où Criterion sort le grand jeu avec des restaurations et des suppléments exclusifs qui resteront certainement (et malheureusement) sans équivalent ailleurs dans le monde.

- Dekalog / les 2 volumes Nikkatsu Diamond Guys (Arrow – UK) :
un portage techniquement et éditorialement irréprochable plus un projet proposant des films introuvables ailleurs : Arrow dans tout son éclectisme actuel.

Par Frédéric Tribolo