DOSSIER : Festival du film italien de Villerupt 2015 : 1ère partie


Festival du film italien de Villerupt 2015 : 1ère partie

On commence le programme avec Se Dio vuole (Si Dieu le veut), comédie de Edoardo Falcone avec Marco Giallini et Alessandro Gassman (fils de Vittorio). Le film se veut finalement un film initiatique à la Il sorpasso : un chirurgien aigri et pétri d’a priori va s’ouvrir au contact du curé (ancien condamné à la prison) qui a osé détourner son fils de son avenir tout tracé de chirurgien. Assez classique dans son humour, le film fait mouche grâce à un rythme soutenu et à une belle synergie entre les acteurs (notamment dans une séquence hystérico-anthologique de repas de « famille »). Tout juste regrettera-t’on le personnage de la fille, franchement sous-écrit (dommage, car il évolue beaucoup au fil du film, mais semble constamment relégué au 4ème plan).

Pas de surprise donc, mais une comédie efficace et légère. (7.5/10)

Comédie encore, avec Latin Lover de Cristina Comencini (fille de Luigi). Dôté d’un casting 5 étoiles (avec en tête de liste Marisa Peredes, Valérie Bruni-Tedeschi et surtout Virna Lisi dont ce fut le dernier rôle avant son décès), Latin Lover se place comme une comédie familiale douce amère où les 5 filles d’un acteur, toutes nées d’une mère différente, se retrouvent lors d’un hommage pour le 10ème anniversaire de la mort de leur père. Evidemment, rien ne se passe comme prévu, vu que personne ne se supporte : chacune, en effet, n’a de cesse d’extérioriser la jalousie face à toutes ces femmes qui n’ont eu de cesse que de se voler soit un mari, soit un père. Tout ceci se combine avec la révélation de multiples secrets que le père (mais pas que) avait pris soin de préserver jusqu’ici. En définitive, si le film souffre de quelques longueurs (notamment un interminable épilogue de 15 bonnes minutes), l’ensemble s’avère plaisant. Le casting semble s’en donner à cœur joie, y compris les seconds rôles (en particulier …, dans un rôle de journaliste d’apparence effacée, et surtout Luis Homar, cabotinant juste ce qu’il faut), et le film navigue plutôt bien entre les multiples rebondissements, équilibrant bien les temps d’écran de tout le monde.

Reste que là aussi, malgré son humour amer et son efficacité, le film s’avère assez conventionnel et peu original. (6.5/10)

Autre section, autre genre, avec I giorni contati (Les jours comptés) d’Elio Petri, charge contre la routine conventionnel du travail qui finit par user l’humain littéralement jusqu’à la mort. En suivant le parcours initiatique du personnage joué par Salvo Randone (acteur originaire du théâtre et récurrent des films de Petri), Petri suit en fait l’absence de solution d’une société qui normalise complètement le travail (notamment à travers le rapport à l’argent) de sorte qu’il n’y a finalement aucun échappatoire. Avec ses cadrages stylisés et sa photographie tranchée, le film rappelle l’aspect plastique du Seconds de Frankenheimer, aliénant son personnage principal dans les coins, coupant fréquemment son visage en deux. Un point de discussion a par contre eu lieu avec Jean A. Gili, à qui les cadrages très extrêmes ont paru… trop extrêmes. Peut-être le ratio original du film était du 1.66 et non du 1.85 comme projeté. Cependant, L’assassino, tourné seulement un an plus tôt, possède aussi un ratio de 1.85, et la restauration de I giorni contati, datant de 2011, a été effectué par L’immagine Ritrovata Bologne dont les employés sont loin d’être des manchots. Au-delà de ce point, cette restauration 2K est autrement d’excellente qualité. (8/10)

Plus proche de nous, Pecore in erba d'Alberto Caviglia. Le film utilise la satire de façon surréaliste pour toucher le sujet de l'antiémitisme et de l'extrême droite en général. Le point de départ ? Leonardo Zuliani a disparu, et tout le pays est agité par sa disparition. Les JTs nationaux multiplient les émissions spéciales pour expliquer l'impact qu'a eu Zuliani en Italie. En effet, c'est grâce à lui que le nombre d'acte "antisémitiphobes" (c'est à dire, contre les antisémites) a enfin pu diminuer en Italie, enrayant leur progression depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Encadré dans un format de fausse émission TV (façon mockumentary), le film redouble d'efforts pour briser tabou après tabou : les néo-nazis, les extrêmistes intégristes, les groupes de hooligans à tendance antisémite, les clichés sur les Juifs, la récupération politique culturelle et commerciale, etc. La plupart des blagues fait mouche, même si la 1ère demi-heure du film reste la plus hilarante. En brassant large au niveau de ce qu'il touche, le film brasse tout aussi large dans ses gags, et c'est ce qui lui permet de rester peu répétitif, même si le format de fausse émission TV finit par brider un peu l'ensemble en alourdissant et ralentissant sa narration. S'il faut évidemment apprécier l'humour très grinçant de cet exercice de destruction massive qui n'épargne personne (il faut voir ces représentants Juifs en fin de film promettre de "tout faire pour trouver un remplaçant à la hauteur de Zuliani afin de continuer de se plaindre d'être persécutés" !), force est de constater que le film réussit parfaitement l'exercice d'équilibriste entre dénonciation frontale de l'extrêmisme et humour suffisamment léger pour ne pas paraître trop évident. Ma préférée ? Quand tout ceci inspire les producteurs à faire des films aux titres évocateurs comme... Noël à Birkenau ! (7.5/10)

On termine cette première semaine de festival par Uomini contro (Les hommes contre) de Francesco Rosi, film qui rappelle rapidement Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick. En effet, Rosi y traite de la révolte progressive de soldats (ici italiens) sur le front du Montefiore à force d'être envoyés par un état-major complètement à la ramasse se faire massacrer par les soldats autrichiens (qui finiront même, dans une séquence ahurissante, par arrêter de tirer sur les Italiens et leur conseiller de battre en retraite tant ils se font massacrer). Le film est extrêmement frontal et brutal sur les compétences des généraux italiens de l'époque, plus occupés à asseoir une discipline aveugle chez les troupes plutôt qu'à faire des choses constructives et efficaces. Ils attendent comme le messie l'artillerie ? Lorsqu'elle arrive, elle tire au mauvais endroit et pilonne les troupes italiennes. Ils reçoivent des cuirasses Farina ? Evidemment, une rafale de mitrailleuse suffit à mettre tout le monde à terre. Chez Rosi, finalement, l'ennemi n'est pas le camp d'en face mais bien les chefs aux ordres abçons, préférant fusiller leurs troupes pour l'exemple plutôt que de les garder pour attaquer les troupes adverses (dans la vraie vie, les Italiens ont fusillé 2800 soldats pour mutinerie contre 1800 pour la Grande-Bretagne et 600 pour la France). La séquence dans le tribunal de guerre est tout aussi sidérante, montrant un tribunal de guerre qui cherche par tous les moyens à ne pas indemniser les blessés de guerre en les rendant responsables pour les blessures.

La limite du film vient finalement de sa charge politique (d'ailleurs, le film a été poursuivi à l'époque pour "dénigrement de l'armée", procès que le film a gagné) : complètement centré sur les batailles, les personnages n'ont finalement aucune personalité autre que celle liée à leurs combats dans les batailles. On ne sait rien d'eux, de leur vie, de leur vision des choses (ou si peu), jusqu'à, finalement, l'abrutissement total par la répétitivité des massacres. C'est certainement le but original du film : montrer la stupidité de la guerre et des ordres des généraux par montrer la répétition absurde des massacres dus à l'absence complète de remise en question de l'état-major italien. Pour autant, il faut admettre que cela finit par lasser et par diluer le propos autrement très clair du film, faute d'implication du spectateur dans les enjeux humains du film. Les soldats sont progressivement réduits à des masses numéraires, d'où l'on extirpe de temps à autres 1 soldat sur 10 ou 1 soldat sur 6 pour une éxécution.

Par contre, le film réussit parfaitement avec son trio d'acteurs principaux. Cuny, Volonté comme Mark Frechette donnent d'excellentes performances et permettent aux spectateurs d'avoir malgré tout un minimum de personnages à qui se raccrocher. (7.5/10)

La copie 35mm était, elle, dans son jus le plus complet : tonnes de poussières et griffures, contraste bouché et étalonnage bleuté, sautes d'images et son qui craque. C'est dommage car derrière tous ces défauts, la copie était plutôt finement définir. On va juste dire qu'il était parfois difficile de savoir si le brouillard à l'écran était 100% voulu...

Par Rémy Pignatiello