DOSSIER : Festival Lumière 2020 : 2ème partie


Festival Lumière 2020 : 2ème partie

Les petites perles au fond de l’eau (Trésors et curiosités) : Film (tristement d’actualité après le récent décès de Jiri Menzel) composé de 5 segments réalisés par Menzel, Jan Nemec, Evald Schorm, Vera Chytilova et Jaromil Jires, tous basés sur des nouvelles de Bohumil Hrabal. Le résultat est assez inégal, les sections de Nemec et Schorm étant en particulier assez nettement inférieures aux autres, tandis qu’à l’inverse, les segments de Menzel et Chytilova sortent du lot plutôt à la hausse. Tour à tour abstraits, théâtraux, dispersés, ils possèdent cependant tous une certaine fraicheur et une légèreté espiègle enthousiasmante.

La séance fut présentée par Michal Bregant, directeur de la National Film Archive tchèque, pour un tour d’horizon historico-politique de la nouvelle vague tchèque.

La restauration 4K effectuée en 2020 par Universal Production Partners à partir du négatif original s’avère plutôt convaincante.

Séance-hommage de Jamais le dimanche (Jules Dassin), dans le cadre de l’hommage à Melina Mercouri. Nana Mouskouri devait originellement venir rendre hommage à celle qui fut son amie pendant longtemps, mais la chanteuse a annulé sa venue à la dernière minute sur ordre du médecin. Le caractère exceptionnel de la séance fut quand même maintenu, avec près d’1h de présentation, tout d’abord de la part Thierry Frémaux et du festival (avec notamment un petit montage vidéo hommage à l’actrice), puis de Nana Mouskouri, qui a enregistré un (assez long) message vidéo pour parler de son amie. Un message fort élégant par ailleurs, rendant hommage à une actrice devenue femme politique très engagée sous la junte des généraux grecs. La chanteuse avait aussi envoyé au festival quelques photos avec ses commentaires, qui ont été lus par Frémaux. Enfin, qui dit « ministre de la culture dans les 80s » dit Jack Lang, qui était présent et a pris le relais pour présenter à son tour le parcours de l’actrice, et notamment son engagement politique et l’amour de la Grèce qu’elle a transmis à son mari-réalisateur.

Le film en lui-même s’avère assez étrange, sorte de comédie feel-good pseudo-morale au postulat extrêmement fantaisiste et qui s’enfonce au fur et à mesure dans cette veine pas crédible pour un sou. Le jeu particulièrement limité (pour ne pas être plus méchant) de Dassin renforce encore plus l’impression d’une gigantesque farce n’ayant au fond que pour but d’être rigolote et divertissante, en décalage complet avec les éléments philosophiques discutés ci et là dans le flm. Sur ce point, pour peu qu’on soit un peu bon public, la légèreté badine du film est plutôt communicative, et Mercouri et son personnage volontariste soutiennent particulièrement cet aspect. Pour autant, au final, difficile d’y voir un film particulièrement mémorable.

Le film fut projeté à partir d’une copie 35mm retrouvée par le festival et qui était dans l’ensemble de bonne qualité, hormis les habituelles rayures verticales et poussières mais surtout aussi une luminosité très variable d’une bobine à une autre.

In the Mood for Love (Wong Kar-wai) (Lumière Classics) : Choc formel splendide pour une valse amoureuse, langoureuse et fétichiste, qui n’a aucunement perdu de sa superbe. Maggie Cheung et Tony Leung Chiu-wai y sont pour beaucoup, portant avec brio une histoire d’amour douce-amère toute en effleurements, non-dits et hors-champ, que Wong Kar-wai distend et concentre en même temps avec une lenteur un peu maniérée dans laquelle il se passe énormément de choses très directes. Envoûtant et miraculeux, le film fascine, touche, marque.

Séance présentée assez brièvement par Karine Sylla, qui parle de sa découverte du film lors de sa sortie en salles en 2000.

Restauration 4K effectuée à partir du négatif original par L’immagine Ritrovata, avec Criterion et One Cool, sous la supervision de Wong. Hormis des ralentis un peu moins beaux et la sensation d’un léger dégrainage, c’est un très beau résultat, y compris au niveau des couleurs, typées mais amples malgré tout (les blancs et les noirs sont toujours blancs et noirs, notamment).

Les pianos mécaniques (Juan Antonio Bardem) (Hommage à Melina Mercouri) : Un mélodrame tour à tour léger et grave, valant avant tout pour une Melina Mercouri enthousiaste et un James Mason plutôt efficace dans le rôle d'un écrivain hédoniste (bien entendu alcoolique). Le reste du film, notamment son intrigue principale, tourne tout de même rapidement en rond, y compris dans son intrigue annexe d'amours adolescentes franchement pas très passionnante. Le traitement du personnage de Hardy Krüger, pourtant crucial durant la majeure partie du film, semble d'ailleurs appuyer les défauts d'une écriture trop peu rigoureuse. Dommage.

Séance présentée par Bruno Thévenon, qui résume la carrière de Bardem et reparle aussi du livre dont est tiré le film.

La copie numérique en provenance de chez Pathé est plutôt correcte mais sans plus. Les couleurs dérivent assez nettement dans le jaune, et l'image manque de texture argentique. A noter que la séance était en VF, au rendu parfois très métallique et assez désagréable.

Les cavaliers nocturnes (Martin Holly) (Trésors et Curiosités) : Si le film commence comme un western hollywoodien presque classique, il devient vite plus statique malgré l'étendue offerte par les splendides décors des Tatras. Duel de frontières bien plus qu'autour de l'immensité du monde offerte à une liberté à trouver, le film prend rapidement une tournure psychologique, opposant deux caractères bien trempés (mais assez stéréotypés) du hors-la-loi au grand coeur et du capitaine essayant simplement de maintenir l'ordre. Se dessinent en toile de fond le redécoupage des frontières de l'Europe après la seconde guerre mondiale et les perturbations identitaires que cela a pu provoquer, mais le film ne semble pas très intéressé par ces éléments historico-politiques. C'est bien dommage car il n'a pas forcément grand chose à proposer hormis des tentatives répétées (et répétitives) pour passer la frontière. Si les interprètes principaux tiennent bien la route, cette mince intrigue peine à garder l'attention du spectateur malgré une durée assez courte (1h30).

Nouvelle restauration 2K à partir d'un scan 4K du négatif original par le Slovak Film Institute. On sent le travail récent et c'est une copie rajeunie et précise qui est présentée, mais l'étalonnage est tout de même très jaune et l'image manque régulièrement cruellement de texture, probablement à cause d'un assez sévère dégrainage. A noter des sous-titres avec quelques mots manquants (une négation ici, un dénominateur là).

The Amusement Park (George Romero) (Lumière Classics) : Le festival vantait un film dans lequel "Romero n'a jamais été aussi impitoyable", et effectivement : c'est du brutal. Moyen-métrage commandé par la communauté lutherienne de Pittsburgh pour alerter sur les personnes âgées laissées pour compte, le film devient assez rapidement un trip cauchemardesques halluciné, décrivant le parcours d'un vieillard balancé dans un parc d'attraction reflétant une société ne s'occupant pas de ses anciens et préférant plutôt profiter d'eux, de leur argent, de leur expérience, pour mieux ensuite les regrouper dans des lieux affreux à l'abri des regards. Jeunes et moins jeunes en prennent pour leurs grades dans un film devenant progressivement toujours plus anxiogène et effarant par ce qu'il aligne. Le film n'évite pas un aspect catalogue, mais le constat que les descriptions faites par le film sont toujours d'actualité fait froid dans le dos.

Restauration 4K de 2020 (le film n'ayant été retrouvé qu'en 2018), faite sur Kinetta Scanner par IndieCollect à partir d'un scan 5K du négatif 16mm. Le matériel était visiblement très abimé, car la restauration fait plus penser à celle de There's Always Vanilla que celle de Dawn of the Dead. Les couleurs notamment sont particulièrement passées et ternes, avec des passages quasiment en N&B, et il subsiste encore de nombreuses rayures et poussières.

Le gamin au vélo (Jean-Pierre et Luc Dardenne) (Prix Lumière 2020) : Un film étonamment solaire au sein de la filmographie des Dardenne, autour d'un gamin obsédé par la recherche d'un père qu'il idéalise (mais qui l'a abandonné) et du vélo symbolisant une liberté difficile à conserver. Les Dardenne tissent une toile simple mais d'une émotion forte qui, si elle passe par 15 premières minutes donnant envie de baffer le gamin éponyme, libère progressivement un optimisme réaliste particulièrement prenant. Sans chichis mais visuellement et narrativement très efficacement, les frères parlent de l'abnégation de ceux acceptant de se sacrifier pour paller les lacunes de ceux préférant regarder ailleurs. Tourné dans un quartier de Seraing, le film regorge de ces petits renoncements qui ruinent des vies, mais offre une lueur d'espoir un brin arbitraire (et stéréotypée pour un récit initiatique) mais réchauffant le coeur. Le casting est pour beaucoup dans la réussite du film.

Séance présentée par Bruno Thévenon.

Last Words (Jonathan Nossiter) (Cannes 2020) : retrouvez notre critique détaillée du film ici.

Séance présentée par Thierry Frémaux et Jonathan Nossiter (visiblement complices de longue date). Nossiter décrit les thématiques qu'il a voulu toucher dans le film, notamment l'idée qu'il faut retrouver une joie ne menaçant pas la vie des autres. Pour lui, la seule posture optimiste possible implique en tout cas de remettre la culture et l'agriculture au centre de nos projets de société.

Ciné-concert La femme et le pantin (Jacques de Baroncelli) (Sublimes moments du muet), joué à l’Auditorium de Lyon avec une orchestration improvisée à l'orgue et au piano par Paul Goussot. Le film doit beaucoup à l'interprétation de son duo principal, qui réussit à la fois à exprimer visuellement les sentiments contradictoires extrêmes traversant le film sans pour autant en faire des caisses. De Baroncelli met efficacement leurs jeux d'amour et de haine en scène, jouant avec la confusion progressive de son héros, manipulé selon le bon vouloir de l'héroïne. Pour autant, on pourra regretter une intrigue désuète car paraisant à sens unique, insistant jusqu'à l'indigestion sur les 1001 tourments qu'elle fait subir à l'homme tombé sous son charme, sans qu'on y trouve parfois une quelconque raison. Si Don Matéo ne brille pas par la capacité de son cerveau à prendre le pas sur son désir physique, l'opportunisme et la cruauté dont fait régulièrement preuve Conchita donne la sensation d'un film éducatif conseillant de se méfier des jolies femmes vénales plus qu'un film vantant les mérites de l'émancipation féminine. Le dénouement du film manque d'ailleurs de simplement expliquer qu'elle ne manquait que d'une bonne paire de baffes pour être remise à sa place, mais heureusement, le film réussit à rebondir mieux que ça, dans un final qui est d'ailleurs probablement la partie la plus équilibrée du film sur le sujet.

Séance présentée par Thierry Frémaux et Sophie Seydoux.

La restauration 4K, effectuée à L'immagine Ritrovata à partir du négatif nitrate original, est absolument splendide. Sur les films muets restaurés que nous avons pu voir au fil des dernières années, il subsiste souvent quelques petites rayures, des poussières, quelques images manquantes ci et là, un cadre un peu instable mais surtout le plus souvent une instabilité de la luminosité ou du contraste. Sauf que pour La femme et le pantin, c'est propre et stable comme on avait quasiment jamais vu. A à l'exception peut-être d'une court plan, la restauration semble intégralement basée sur le négatif donc il n'y a pas non plus de variations de texture ou de finesse. C'est extrêmement impressionnant, et on a hâte de pouvoir y jeter de nouveau un œil l'année prochaine que la Blu-ray du film sortira chez Pathé.

Par Rémy Pignatiello

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD