DOSSIER : Festival Lumière 2020 : 1ère partie


Festival Lumière 2020 : 1ère partie

On a commencé ce festival 2020 avec un ultra-classique parmi les classiques : A bout de souffle (Grands classiques du N&B), 1er film de Jean-Luc Godard, et fraichement restauré en 4K par L’immagine Ritrovata à partir du négatif original à l’occasion de son 60ème anniversaire (et présenté au festival dans la sélection des Cannes Classics). A noter qu’il s’agit d’une restauration 4K effectuée en flux HDR (avec une sortie UHD HDR à la clé), mais aussi de la 1ère fois que le négatif est utilisé, puisque la précédente restauration, effectuée en 2009, avait exploité un marron. Elle avait cependant été effectuée sous la supervision de Raoul Coutard, et a pu servir de guide pour l’étalonnage de la restauration 2020. Elle est globalement splendide, avec effectivement un étalonnage paraissant assez similaire à celui de 2009 mais avec les avancées d’une restauration plus récente et une palette de gris belle et nuancée.

On ne présente par contre plus le film, qui surprend toujours autant par sa liberté stylistique mais aussi de ton. Les personnages badinent avec l’amour et la mort, pendant que Godard enchaine les jump cuts et que Coutard éclaire tout cela d’une manière crue à la façon d’un documentaire de guerre. Un hymne à la liberté de vivre et créer comme on l’entend qui, à 2-3 détails près, frappe par son aspect toujours autant contemporain 60 ans plus tard.

La séance a été présentée par Stéphanie Lamome, jurée de sélection cannoise, Juliette Hochart, responsable de catalogue chez Studio Canal, et l’actrice Irène Jacob.

Hester Street (Joan Micklin Silver) (dans le cadre de l’Histoire permanente des femmes et Cannes Classics) : Drame marital autour du choc des cultures entre les Juifs d'Europe et les USA new-yorkaises en 1896 et les difficultés d’intégration que cela génère, on y suit Jake, alias Yankel, un homme essayant de faire oublier ses racines pour s’intégrer autant que possible dans une Amérique pas si tolérante que ça. L’arrivée imprévue de sa femme avec son fils alors qu’il était à 2 doigts de refaire sa vie exacerbe les tiraillements culturels d’un homme incapable de faire son choix mais aussi d’une société l’obligeant à en faire un, ou à défaut d’obliger sa femme à renoncer à sa place. Si Steven Keats n’est pas toujours ultra-convaincant, le reste du casting et l'écriture générale sont de haut niveau, réussissant à étoffer une trame en fait assez simple.

Séance présentée par Stéphanie Lamome à nouveau et le réalisateur Yann Gonzalez, particulièrement enthousiaste à propos du film.

La restauration 4K, effectuée à partir du négatif original par Roundabout pour Cohen Films, est splendide.

Nous aurions ensuite dû voir La vengeance d’un acteur de Kon Ichikawa (Lumière Classics), à partir de la restauration 4K déjà parue en Blu-ray aux USA chez Criterion et en Angleterre chez le BFI (et prochainement chez nous via Rimini), mais le sous-titrage s’est avéré avoir 30 secondes d’avance sur les dialogues et le problème n’a pas pu être corrigé à temps pour relancer le film sans retarder le reste du planning. Les aléas du direct. Dommage, car la restauration est très belle et le film plastiquement époustouflant. La "séance" a été présentée par le réalisateur Régis Wargnier, de façon simple mais efficace.

Derborence (Francis Reusser) (Trésors et Curiosités) : Visuellement plutôt léché, ce drame pastoral tendant vers la métaphysique possède une intrigue rendant assez mal à l'écran, notamment dans les comportements toujours plus aberrants des protagonistes (mais pas que). Le jeu extrêmement rigide et la diction très artificielle de presque tout le casting (hormis Bruno Cremer) renforcent d’autant plus l’impression d'un immense décalage entre le sérieux évident du film et l’aspect involontairement drôle dans lequel il s’enlise progressivement jusqu’à finir par doucement taper sur les nerfs.

La séance fut "présentée" à distance via une vidéo pré-enregistrée de Frederic Maire (directeur de la Cinémathèque Suisse), puis par un court reportage de la RTS sur le tournage du film.

Jolie restauration 4K du négatif original et du négatif optique son Dolby Stéréo au laboratoire suisse Color Grade (seul petit défaut résiduel : une rayure verticale à gauche à environ 45 minutes de film).

All The King’s Men (King Hu) (Lumière Classics) : Loin des films d’arts martiaux ayant fait sa renommée, Hu propose ici plutôt un film de complot et d’intrigues dans la cour d’un Empereur malade car sous l’influence d’un médecin-charlatan lui administrant des pilules stimulantes plus dangereuses que vertueuses. La frontière menacée par des ennemis extérieurs, le premier ministre envoie en secret chercher l’aide d’un docteur "divin". Le film commence plutôt bien, déployant son intrigue de complots intestins sur fond de guerres impériales assez efficacement, mais la démultiplication progressive des personnages et des quêtes se fait au détriment de la résolution des rebondissements et obstacles successifs. Résultat : la deuxième moitié du film peine à rattacher les wagons, jusqu’à sembler laisser complètement tomber dans un final ultra brutal qui aura bien fait rire la salle tant il expédie d’un revers de la main les 40 minutes précédentes. Surprenant. Impossible cependant de trouver à redire sur la beauté plastique du film, notamment ses costumes particulièrement travaillés.

La séance fut présentée par Antoine Guérin, fondateur de Spectrum Films (qui éditeront très prochainement le film dans un coffret Blu-ray incluant aussi Raining in the Mountain et une traduction française du livre sur King Hu paru lors du festival Far East d’Udine).

Copie tirée de la récente restauration 2K effectuée par le Taiwan Film Institute à partir du négatif original. Le résultat est très joli et naturel et avec des couleurs chatoyantes (ces costumes !), hormis quelques images manquantes et surtout une introduction tout en fondu optique et qui souffre de déformations du cadre assez intenses (mais on suppose que c’est d’origine).

On murmure dans la ville (Joseph Mankiewicz) (Grands classiques du N&B) : Un film d’une énergie positive assez rafraichissante. Poussant parfois ce positivisme jusqu’à la caricature (le final est tellement surligné qu'il semble presque parodique), le film reste pour autant porté par un humour faisant toujours mouche, mais servant aussi une réelle réflexion sur l’utilité fondamentale de la médecine (soigner des maladies ou des patients), avec parfois une prescience assez bluffante ("à force de vouloir tout ranger dans des cases et oublier le patient et son vécu, on finira par ne plus avoir besoin que de docteurs-robots"). Le film profite aussi énormément du charisme toujours aussi impressionnant de Cary Grant, mais Jeanne Crain et surtout Finlay Currie ne sont pas en reste. On regrettera par contre le personnage ultra caricatural de Hume Cronyn.

Présentation assez simple d’Eric Guirado, mentionnant notamment l’aspect "extatique" du final ainsi que la vision très moderniste du film.

Splendide restauration 4K de la Fox (hormis les fondus enchaînés qui sont vraiment en retrait), effectuée à partir du négatif original par Technicolor US.

Le mouvement des choses (Trésors et curiosités) : Unique film de Manuela Serra, commencé en 1975 juste après la révolution des œillets mais achevé 10 ans plus tard. Docu-fiction épurée suivant 3 familles dans leur quotidien dans une communauté rurale du nord du Portugal, le film devient assez rapidement abstrait et opaque à force de minimalisme. Difficile de saisir le propos du film, s’il en a un (il semble pourtant vouloir montrer une certaine partie de la vie portugaise d’alors et qui n’était pas forcément montrée), l’ensemble devient vite déroutant puis rend passif le spectateur devant les images qui passent sans qu’on puisse en tirer grand chose d’autre que du pur descriptif. Le film s’anime un peu plus dans ces 30-40 dernières minutes, mais cela reste un peu maigre pour réellement captiver.

La séance a été présentée par José Manuel Costa, directeur de la Cinémathèque Portugaise, qui a notamment replacé le contexte historique du tournage du film, et Yann Gonzalez, qui a plutôt parlé du film d’un point de vue artistique.

Le film a été restauré en 4K à partir du négatif original 16mm par Cineric Portugal, avec une copie d’exploitation d’époque comme référence et sous la supervision de la réalisatrice (qui a d’ailleurs fait insérer un plan post-générique de fin à cette occasion). La restauration est plutôt belle même si elle manque parfois un chouia de texture, ce qui est d’autant plus surprenant pour un film tourné en 16mm. Les couleurs semblent aussi un peu jaunies par le temps (mais de façon plus naturelle que ce qu’on voit dans certains étalonnages).

Soul (Pete Docter) (Cannes 2020) : retrouvez notre critique détaillée du film ici.

Ciné-concert de La chair et le diable (Clarence Brown) (Sublimes moments du muet), joué à l’Auditorium de Lyon avec une orchestration live de l’Orchestre national de Lyon, dirigé par Timothy Brock, et sur une partition signée Carl Lewis. Malgré une musique impeccable et parfaitement exécutée, nous n’avons pas été franchement convaincu par le film. Si le quatuor d’interprètes est très bon (John Gilbert en tête), l’intrigue s’avère avancer de façon toujours plus caricaturale en plus de paraître assez rapidement enchainer les redites. Passée la première heure, on peut finir par trouver le temps un peu long, d'autant que le final s'avère particulièrement expédié.

La séance fut présentée par un Thierry Frémaux profitant des derniers instants d’innocence avant l’annonce du couvre-feu…

La copie fournie par Warner fut suffisante pour la projection mais ne semblait pas toute fraiche, avec énormément de défauts (rayures, poussières, instabilités du cadre) et des passages au contraste problématique.

Par Rémy Pignatiello

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD