DOSSIER : Lumière 2020 dévoile sa programmation complète


Lumière 2020 dévoile sa programmation complète

Après l'annonce mi-juillet que ce sont les réalisateurs belges Luc et Jean-Pierre Dardenne qui recevront cette année le Prix Lumière, après Francis Ford Coppola l'année passée, le festival lyonnais Lumière 2020 a dévoilé sa programmation complète le jeudi 10 octobre.

Outre l'habituelle rétrospective consacrée au(x) Prix Lumière de l'année (soit ici les 11 long-métrages des Dardenne, mais aussi 1 court-métrage et 6 documentaires et l'habituelle masterclass du vendredi après-midi aux Théâtre des Célestins), le principal évènement sera une rétrospective massive consacrée au centenaire de Michel Audiard, avec rien de moins que 19 films et 1 nouveau documentaire (signé Sylvain Perret). On retrouvera ainsi, outre les habituels Tontons flingueurs, Ne nous fâchons pas et autre Taxi pour Tobrouk, 2 Maigret (Maigret tend un piège et Maigret et l'affaire Saint-Fiacre), Les dents longues (Gélin, 1953), Le sang à la tête (Grangier, 1956) ou encore L'entourloupe (Pirès, 1980).

Le deuxième évènement majeur, plus surprenant compte tenu de la spécialisation du festival dans le patrimoine, est la présence de pas moins de 22 avant-premières cannoises (en présence des équipes des films) et 4 avant-premières supplémentaires (Aline, On The Rocks, Nomadland et Adieu les cons). Les connexions du festival lyonnais avec celui de Cannes via Thierry Frémaux ne sont pas nouvelles, mais si on appréciera une accessibilité renouvelée de ces films hors de Cannes (accessibilité relative cependant, la plupart de ces films n'ayant qu'une unique séance, et la plupart des APs cannoises se chevauchant au niveau des horaires), on pourra rester perplexe face à la place consacrée à une section qui tranche avec le coeur de métier du festival. Nul doute cependant, vu les retours sur les réseaux sociaux, que ces séances attireront leur public qui pourra découvrir ainsi les nouveaux Maiwenn, Thomas Vinterberg, Marie-Castille Mention-Schaar, Jonathan Nossiter ou Sharunas Bartas, peut-être même de façon plus simple que ça ne l'aurait été à la Croisette.

 

A côté de ces 3 sections centrales, le festival déploie ses sections récurrentes : Histoire permanente des réalisatrices, Sublimes moments du muet, Trésors et curiosités, Grands classiques du noir et blanc, Grandes projections, et comme l'année dernière, Lumière Classics.

L'hommage aux réalisatrices sera cette année centrée sur Joan Micklin Silver avec 4 films : 3 réalisations (Hester Street, Between The Lines et A Fish in the Bathtub) et 1 production (On The Yard). Il est complété par un retour sur Ida Lupino via Outrage, Wanda Jakubowska via La dernière étape et Lina Wertmüller via I basilischi.

La sélection Sublimes moments du muet s'avère étonamment mince cette année, avec seulement 3 films dont 2 ciné-concerts, loin de ce que les années précédentes pouvaient proposer. On ne boudera cependant pas notre plaisir face à La chair et le diable (Brown, 1926) et La femme et le pantin (de Baroncelli, 1928), en ciné-concert à l'Audiorium de Lyon, et une curiosité : Eblouissant biograph, programme de cinquante films de 1897 à 1902, montrant l’Europe en mouvement à la frontière entre deux siècles, et scannés à partir de la pellicule originale 68mm en 8K.

Côté Trésors et curiosités, 10 pays seront représentés : le Portugal avec Le mouvement des choses (Serra, 1985), le Sénégal avec Le Mandat (Sembène, 1968), la Hongrie avec Remous (Gaál, 1964), la Russie avec La Lettre qui n'a jamais été envoyée (Kalatozov, 1960), la République tchèque avec Une blonde émoustillante (Menzel, 1980) et Les Petites perles au fond de l'eau (Menzel, Němec, Schorm, Chytilová et Jireš, 1965), les Pays-Bas avec (donc) Éblouissant Biograph (Roumen, 1897-1902), la Slovaquie avec Les Cavaliers nocturnes (Hollý, 1981), la Suisse avec Derborence (Reusser, 1985) et enfin l'Espagne avec Le Lac des cygnes 3D (Beleta, 1953). Sauf erreur de notre part, La Lettre qui n'a jamais été envoyée sera présenté à partir d'une nouvelle restauration 4K.

Les Grands classiques du noir et blanc regroupent cette année Voyage en Italie (Rossellini, 1954), La grande illusion (Renoir, 1937), Laura (Preminger, 1944), La rivière rouge (Hawks, 1948), Le troisième homme (Reed, 1949), Eve (Mankiewicz, 1950), Les Contes de la lune vague après la pluie (Mizoguchi, 1953, Les Vacances de Monsieur Hulot (Tati, 1953) et Le Septième sceau (Bergman, 1957). A noter qu'il s'agira d'une nouvelle restauration 4K pour le Renoir.

A côté, les Grandes Projections proposent Les Vikings (Fleischer, 1958), Le Guépard (Visconti, 1963), La Planète des singes (Schaffner, 1968), Dersou Ouzala (Kurosawa, 1975), Les Moissons du ciel (Malick, 1978), La Porte du paradis (Cimino, 1980). Il y aura aussi Né un 4 juillet (Stone, 1989), qui fera l'objet d'une séance spéciale Invitation à Oliver Stone le dimanche 11 à 19h15 à l'Auditorium de Lyon, où le film sera précédé d'une conversation avec Oliver Stone animée par Thierry Frémaux.

Cette année, les Lumière Classics ont retenu les récentes restaurations de The Strange Affair of Uncle Harry (Siodmak, 1945), Les Années difficiles (Zampa, 1948), Les Enfants terribles (Melville, 1950), On murmure dans la ville (Mankiewicz, 1951), Fanfan la Tulipe (Christian-Jaque, 1952), La Vengeance d'un acteur (Ichikawa, 1963), Les Félins (Clément, 1964), Par un beau matin d'été (Deray, 1965), The Amusement Park (Romero, 1973), The Wicker Man (Hardy, 1973), Pique-nique à Hanging Rock (Weir, 1975), Chromosome 3 (Cronenberg, 1979), All the King's Men (Hu, 1983) et La Cérémonie (Chabrol, 1995).

En complément, annulation de Cannes 2020 oblige, Lyon accueillera (en partie seulement, malheureusement...) Cannes Classics, avec In the Mood for Love (Wong Kar-wai, 2000), La Permission (Van Peebles, 1968), Hester Street (Micklin Silver, 19750), Neige (Berto & Roger, 1981), La Poupée (Baratier, 1962), L’Amérique insolite (Reichenbach, 1959), Accattone (Pasolini, 1961), The Chess Game of the Wind (Reza Aslani, 1976), La strada (Fellini, 1954), À bout de souffle (Godard, 1960) et L'avventura (Antonioni, 1960). Cette sélection est complétée par 4 documentaires : Fellini degli spiriti, Wim Wenders Desperado, Charlie Chaplin le génie de la liberté et Be Water.

En terme de documentaires justement, 7 seront projetés : Natalie Wood : What Remains Behind (Bouzereau, 2019), Hollywood maudit - Les Rapaces (Collao, 2020), Jack Lemmon - une vie de cinéma (Kuperberg, 2020), Jean-Marie Poir : juste une mise au point (Labadie, 2020), Le Terminus des prétentieux (Perret, 2020), Terre promise - Le Rêve américain (Lerokourez, 2020) et Yves Robert - le cinéma entre copains (Wybon, 2020).

Le festival offrira aussi, comme à son habitude, des séances destinées aux enfants : une séance famille autour de Laurel et Hardy à la Halle Tony Garnier, et une séance scolaire avec Le Journal d'Anne Frank (Stevens, 1959).

Le festival rendra aussi hommage à :

  • Tonie Marshall avec Numéro Une
  • Michel Piccoli avec La belle noiseuse - Divertimento
  • Max von Sydow avec Le septième sceau
  • Melina Mercouri avec Stella femme libre (Cacoyannis, 1955), Jamais le dimanche (Dassin, 1960), Les pianos mécaniques (Bardem, 1965) et un concert-hommage de Nana Mouskouri

Enfin, et bien entendu, le festival Lumière ne serait pas le festival Lumière sans ses invités d'honneur et leurs masterclass ! Cette année, c'est au tour de :

  • Viggo Mortensen avec The Indian Runner, A History of Violence, Capitaine Alatriste, Loin des hommes, Captain Fantastic, Green Book : Sur les routes du sud et en avant-première : Falling
  • Sabine Azéma avec Un dimanche à la campagne, Mélo, Peindre ou faire l'amour, Cœurs et sa réalisation Bonjour Monsieur Doisneau ou le photographe arrosé
  • Thomas Vinterberg avec Festen, Submarino, La Chasse et en avant-première : Drunk
  • Alice Rohrwacher avec Corpo celeste, Les merveilles et Heureux comme Lazzaro
  • Albert Dupontel avec Bernie et en avant-première : Adieu les cons
  • Gabriel Yared avec Le patient anglais

Le festival décernera aussi ses 3 prix aux professionnels : le prix Bernard Chardère (récompensant un critique et/ou auteur), le prix Raymond Chirat (récompensant un écrivain, historien ou éditeur œuvrant à la transmission de la mémoire du cinéma) et le prix Fabienne Vonnier (récompensant une personnalité féminine de l’industrie du cinéma) et qui ira cette année à Sophie Seydoux.

 

A noter que cette année, aucune Nuit du Cinéma semble n'être prévue. Nul doute que les conditions sanitaires ont joué contre l'organisation d'un évènement impliquant notamment de faire dormir des centaines d'inconnus dans un même lieu clos...

A contrario, les soirées d'ouverture (à la Halle Tony Garnier) et de remise du Prix Lumière (au Centre des Congrès) seront elles de la partie, respectivement samedi 10 à 18h et vendredi 16 à 19h30 (pas de détails pour le moment).

 

Sur une note plus technique, on notera que la programmation proposera, comme à son habitude, de nombreuses nouvelles restaurations, notamment 4K, et encore inédites pour le moment en vidéo : La grande illusion, Une histoire d'amour, Les dents longues, Le sang à la tête, Retour de manivelle, A Fish in the Bathtub, On The Yard, La dernière étape, Stella femme libre, La femme et le pantin, Eblouissant biograph, Fanfan la tulipe, The Amusement Park, Les années difficiles, On murmure dans la ville, Les enfants terribles, Le mouvement des choses, Le mandat, Une blonde émoustillante, Remous, et d'autres encore.

 

Au final, nous sommes face à une édition logiquement assez particulière. On comprend aisément le besoin d'un équilibre entre films plus ou moins populaires et plus ou moins récents afin d'attirer un public le plus vaste possible (et faire vivre le slogan "Le cinéma pour tous"), mais le positionnement du curseur sur la taille de la rétrospective Audiard ou des avant-premières cannoises laisse perplexe. La réduction à presque rien de la section Sublimes moments du muet et la reprise très partielle des Cannes Classics (manquent à l'appel Friendship’s Death, Pluie de juillet, Quand les femmes ont pris la colère, Préparez vos mouchoirs, Qui chante là-bas ?, Black Silk, New Year Sacrifice, La Pierre lancée, The Wasps Are Here, Bayan Ko, La Clepsydre, Neuvième cercle et Muhammad Ali the Greatest) donne en plus l'impression que ces films ont bel et bien pris la place de certains plutôt que de s'y ajouter.

Il y a donc la sensation d'un festival que la situation pousse à devenir schizophrène, sacrifiant notamment une partie de son programme à une sorte de Cannes miniature mais sans jamais pouvoir remplacer efficaement un tel festival-phénomène : les avant-premières n'ont souvent qu'une unique séance (le public sera donc limité), il n'y a aucune section parallèle, et le cadre n'aura pas la concentration ultra-people glamour de Cannes (et ne sera pas autant couvert médiatiquement non plus). On se doute aussi, vu la prolifération des séances en VF sous-titrées en anglais (le grand public devra composer avec...) que le but est d'attirer des spectateurs étrangers, probablement notamment anglo-saxons et probablement professionnels, à ce festival de Cannes-bis, mais cela risque pourtant de rester difficile vu les conditions sanitaires restrictives.

Le pari sera-t'il gagnant pour le festival ? Pour le moment, la billetterie semble se vider aussi vite que les années passées en tout cas, mais quel est l'impact des jauges de restriction sur cette vitesse ? Difficile de le savoir, mais le public avait déjà répondu présent les années passées, et on peut donc se demander si le festival a réellement besoin d'insuffler ce type de nouveautés. Après tout, difficile de faire plus remplie qu'une salle déjà complète !

Le sentiment de tiraillement entre récence et patrimoine est aussi sans doute du aux films finalement assez "jeunes" des invités d'honneur : le plus ancien cette année date de 1984, contre 1954 l'année passée, 1955 l'année d'avant et 1961 en 2017. Et en l'absence de carte blanche à ces invités, aucun film plus ancien n'a été pioché pour recentrer la programmation vers du patrimoine tel que le festival a l'habitude d'en proposer. Qui plus est, il ne faudra pas rater certains films de patrimoine "inédits" qui ne sont, eux, diffusés qu'une seule fois, comme L'Amérique insolite, Éblouissant Biograph, Neige, La poupée, The Chess Game of the Wind ou La permission.

A tout cela s'ajoutent des Grandes Projections souvent issues de films restaurés il y a de nombreuses années maintenant (voire plus encore, comme probablement pour Les Vikings) et parfois déjà projetés au festival (La porte du Paradis en 2013, Le guépard en 2012), In The Mood For Love qui revient après seulement 2 ans, et des Lumière Classics piochant eux aussi dans des restaurations parfois "anciennes" (celle de The Wicker Man va avoir 3 ans), ce qui fait sens dans le cadre de ressorties en salles françaises, mais moins dans une section censée récompenser le best of des restaurations de façon annuelle. Pourquoi, par exemple, ne pas présenter la toute récente restauration 4K de Full Metal Jacket, qui aurait toute sa place dans les Grandes Projections ? Celle de La vie est belle, qui irait parfaitement en Grands classiques du N&B ? Ou bien, quitte à prendre une restauration plus ancienne, celle de Spartacus qui vient de ressortir en UHD chez Universal ? Allez, ce n'est peut-être que partie remise pour l'année prochaine...

On s'étonnera aussi de la réduction à presque rien de la section des muets, bien loin de ce que les années précédentes proposaient, et alors que les programmes de Bologne et Pordenone montrent ce qui est faisable, avec du Pabst, du DeMille ou du Feuillade (un comble que les Italiens découvrent avant les Français la restauration Gaumont de Tih Minh).

Un équilibre évidemment complexe, et pour lequel nous ne saurions apporter de solutions, mais nous n'aurions certainement pas été contre 5 APs cannoises et 5 Audiard en moins, et 10 Cannes Classics en plus...

Cela n'empêchera bien sûr aucunement de trouver de quoi occuper sa semaine au milieu de ces 150 films projetés, plus ou moins anciens (ou plus ou moins récents, c'est selon), et satisfaire les plus curieux : un Jules Dassin grec, des courts néerlandais des années 1900, des films du monde difficilement visibles en France ou d'autres qui ne seront probablement pas édités avant de nombreux mois encore : nul doute que beaucoup auront même des choix difficiles à faire. Mais c'est aussi ça, l'ampleur du Festival Lumière.

 

Le Marché International du Film Classique a, de son côté, annoncé plusieurs grands axes :

  • son invité d'honneur sera Nathanaël Karmitz (Président du directoire de mk2)
  • le pays à l'honneur cette année sera le Portugal
  • les tables rondes seront orientées thématiquement vers les mutations actuelles du secteur : La filière du patrimoine en mutation, La salle de cinéma en mouvement, La nouvelle génération des programmes européens, Les dispositifs actualisés du CNC, et La problématique de la conservation des supports physiques et dématérialisés

Il renouvellera aussi, le dimanche 11 de 10h30 à 19h30 le Salon du DVD inauguré l'année passée et qui permet de mettre en relation directe éditeurs et consommateurs. Une particularité cette année : une tribune du collectif des 70 éditeurs vidéo.

 

Enfin, le festival habillera comme chaque année la ville de plusieurs lieux et expositions spécifiques :

  • Le village du festival, situé dans le parc de l'Institut Lumière, abritera comme chaque année une boutique de DVDs/Blu-rays/UHDs et de livres sur et autour du cinéma, la boutique officielle du festival et la billetterie, mais aussi le restaurant et le bar à bières du festival. N'oubliez pas en face l'excellent bar-restauration Café Lumière ainsi que l'autre Librairie Cinéma.
  • La Galerie Cinéma 1, rue du Premier Film, exposera cette année des photos des tournages des films des frères Dardenne (à partir du 6 octobre).
  • La Galerie Cinéma 3, 3 rue Pleney, exposera elle des photos autour de Wong Kar-wai (du 7 octobre au 1er novembre).
  • La CinéBrocante annuelle aura lieu rue du Premier Film, samedi 17 et dimanche 18 octobre.
  • Un concert de Jeanne Cherhal est prévu à l'Institut Lumière samedi 17 à 19h. Aucune précision pour le moment quant à des concerts supplémentaires, ni au maintien de La Plateforme (quai Augagneur) et ses soirées.
  • Aucune information n'est pour le moment disponible quant au maintien du Mâchon du festival.
  • Enfin, une spécificité cette année : les conditions sanitaires et financières ont généré un changement de l'accrédition public au festival. Elle coûte 14€ cette année contre 18€ l'année dernière, contient les habituelles réductions (séances normales à 5€ et autres réductions pour les séances spéciales et dans la boutique du festival), mais le catalogue sera cette année uniquement dématérialisé et disponible en ligne. Cependant, un progamme de souscription a été mis en place et si le nombre de demandes est suffisant, le catalogue aura tout de même une version physique.

Par Rémy Pignatiello

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