DOSSIER : 16ème édition du Festival Extrême Cinéma : le bilan


16ème édition du Festival Extrême Cinéma : le bilan

La 16ème édition du Festival Extrême Cinéma de la Cinémathèque de Toulouse a ouvert ses portes le mardi 4 novembre 2014. Avec une programmation alléchante aux saveurs particulièrement proustienne cette année, nous étions fin prêts à en découdre avec ce nouveau cru que vous avez pu apprécier au détour de notre débriefing journalier. Le temps de nous remettre de nos émotions, voici le bilan complet de toutes les œuvres que nous avons eu la chance de voir, le dossier reprendra dans les grandes lignes ce que vous avez pu lire sur nos news journalières, avec un peu plus de précisions sur certaines œuvres, mais surtout le bilan des films vus lors de la dernière journée, encore inédit sur le site. Nous crevons ainsi cette bulle hermétique dans laquelle nous étions enfermés pendant près d’une semaine pour vous livrer nos impressions encore chaudes sur cette édition fantastique, fantasmagorique, hypnotique, artistique, énigmatique et tous les autres adjectifs en –ique.

LE FANTÔME QUI NE REVIENT PAS d’Abram Room (1929)

fantôme

Devenue traditionnelle depuis quelques éditions maintenant, la soirée d’ouverture s’esquissait sous la forme d’un ciné-concert. Le film présenté n’était autre que Le Fantôme Qui Ne Revient Pas, réalisé par Abram Room en 1929, il conte l’histoire de José, prisonnier à perpétuité et figure emblématique du mouvement ouvrier dans un pays où les derricks font légion. Prisonnier turbulent, à l’origine de bien des émeutes, il se voit congratulé d’une journée de libération prévue par la loi après avoir déjà purgé 10 années en cabane. Conscients qu’il profitera sûrement de cette journée afin de renouer contact avec ses anciens camarades et mener à bien sa révolution, les autorités décident de le prendre en chasse et de tenter de l’assassiner.

Film prolifique profitant d’une réalisation et d’un montage digne héritier des travaux de la grande époque du cinéma Russe, et de l’effet Koulechov particulièrement, Le Fantôme Qui Ne Revient Pas est une œuvre inattendue qui emmène le spectateur en dehors des sentiers battus. C’est un film d’une force rare, un diamant brut de décoffrage qui fut confié aux mains de Mathieu Bézian, bassiste et cinéphile chevronné, qui, accompagné de Pascal Bonnefous et David Persoglia, respectivement saxophoniste et percussionniste, eu la lourde tâche de s’approprier l’univers particulier du film. On peut vraiment dire que les trois musiciens ont largement rempli leur job, s’effaçant très vite de la salle pour ne faire plus qu’un avec la bobine projetée. Avec une recherche perpétuellement expérimentale alliant des influences jazz, punk et rock, pour sûr que nous avons eu droit à une séance unique. Laissant la part belle à quelques improvisations, le trio nous a emmenés dans un univers oppressant, tantôt glauque tantôt enjoué. Nous soupçonnons même Mathieu Bézian d’être influencé par "Big" John Carpenter tant certaines de ses lignes de basse se rapprochaient, par moment, d’un Escape From New York.

Une très belle soirée d’inauguration menée tambours (et autres instruments) battants pour un voyage unique. Une séance à guichet presque fermé avec une sensation générale assez unanime en sortie de salle : la satisfaction d’avoir été gâté en tout point, et surtout cette idée que l’expérience vécue était belle et bien unique. 

TERREUR DANS LE SHANGHAI EXPRESS d’Eugenio Martin (1972)

Shanghai

Et quelle ne fut pas notre émotion lorsque notre après-midi de la seconde journée fut inaugurée par monsieur Christophe Lemaire. Son nom est synonyme d’encyclopédie du cinéma bis. Ses écrits guident les érudits depuis qu’il a greffé sa patte dans le fameux magazine culte Starfix en passant par la suite par Libération, M6 Vidéo ou, plus récemment, Metaluna ou Mad Movies. Sans compter l’homme de télévision qui a beaucoup participé à la recherche d’identité cinématographique de votre serviteur, autant vous dire que nous étions aux anges à l’idée d’écouter les anecdotes croustillantes de ce grand monsieur concernant le film du jour. Véritable fan hardcore du cinéma qui nous réunissait au sein de ce festival Extrême Cinéma, la Cinémathèque de Toulouse lui a laissé entièrement carte bleue nous proposant ainsi trois films cette année. Le premier à rentrer en lice fut Terreur Dans le Shanghai Express, sorti en 1972 et réunissant les deux monstres sacrés de la Hammer qu’étaient Christopher Lee et Peter Cushing. Christophe Lemaire nous a expliqué toute l’affection qu’il portait pour ce film qu’il a vu en salle à l’époque de sa sortie. Tout minot qu’il était, ce film lui a clairement orienté ses goûts cinématographiques puisqu’il nous l’a dit lui-même : « Quand j’ai vu Terreur Dans le Shanghai Express, j’ai su que c’était vers le cinéma bis que je voulais me tourner, c’était ce cinéma que je voulais voir ! » Et d’ajouter, non sans un certain humour : « Si à l’époque, je m’étais retrouvé devant un Godard, je serai probablement en train de bosser aux Cahiers du Cinéma à l’heure actuelle ! » Globalement, Terreur Dans le Shanghai Express nous a apporté tout ce que nous attendions de lui : un casting charismatique, une histoire loufoque et une peur fantastique d’antan extrêmement plaisante. Il faut souligner le côté Carpenter du film (oui encore Big John !) qui, même s’il est sorti avant, ne manquera pas de rappeler The Thing pour son côté monstre des glaces revenant à la vie pour dessouder les âmes des vivants. Pour sûr que les lentilles rouge vif dans les yeux du monstre assurent encore son petit effet pour quiconque serait un peu impressionnable. Un huis clos qui ne s’essouffle jamais où le suspense est remis à jour perpétuellement et où les meurtres s’enchaînent sur un rythme effréné. Un vrai bon film d’horreur savoureux à revoir sans modération.

THE WILD & WONDERFUL WHITES OF WEST VIRGINIA de Julien Nitzberg (2009)

Wild & Wonderful

Toujours dans cette idée de double programme avec les courts métrages internationaux en compétition cette année diffusés juste avant le film, la séance suivante donnait carte blanche à Max Lachaud, journaliste spécialisé dans la musique sudiste qui pue le houblon à plein nez et cinéphile aguerri. Profitant de sortir son anthologie intitulée Redneck Movies : Ruralité et Dégénérescence Dans le Cinéma Américain, ouvrage le plus complet sur la Hicksploitation existant à ce jour, il en est revenu avec des entretiens inédits qu'il a eu avec des auteurs et réalisateurs atypiques, mais également avec une bobine sous le bras. Et quelle bobine ! The Wild And Wonderful Whites of West Virginia, réalisé par Julien Nitzberg et produit par Johnny Knoxville et Jeff Tremaine de Jackass. Un film documentaire sur la famille White, une famille redneck par excellence qui ne se nourrit que de drogues, de bastons, de musique country et rock et de leur foi en Jésus Christ. Ils sont dealers, voleurs, tueurs…et pourtant le film dresse un portrait à la fois drôle, sincère, touchant et percutant de ces derniers héritiers d’une culture minière et d’un folklore des Appalaches presque oublié. Sans jamais être voyeuriste, Julien Nitzberg nous plonge dans le quotidien de cette fratrie atypique sans crier garde. Une séance ovni pour un film qui saura nous marquer pendant un long moment encore et qu’on se languit de revoir très vite. Diffusé (presque) en exclusivité, Max Lachaud nous a assuré que nous n’assistions qu’à la troisième représentation de ce film dans nos salles, The Wild And Wonderful Whites of West Virginia s’impose comme un must have en puissance. Portrait envoyé sans pincettes, Nitzberg garde pourtant une pudeur certaine. Jamais il ne va chercher à être malsain en appuyant vulgairement là où ça fait mal. Une vraie démarche documentaire pour un réalisateur qui n’en est pas spécialement un de métier, un regard percutant et un gros coup de cœur de notre part.

LA BÊTE TUE DE SANG FROID d’Aldo Lado (1975)

bête

Le temps d’aller attraper un bon café (à défaut d’avoir du whisky sous la main), que nous nous sommes replongés dans une succession de deux productions italiennes ayant fait nos belles heures de cinéma de genre il y a quelques années. Outre la curiosité de redécouvrir ces deux films sur grand écran, c’est surtout la présence de l’actrice Macha Méril qui nous attirait. À commencer par La Bête Tue de Sang Froid d’Aldo Lado (aka Le Dernier Train de la Nuit), rape and revenge d’une rare violence, et remake plus ou moins assumé de La Dernière Maison Sur la Gauche de Wes Craven, emmené par la machiavélique et sublime Macha. Cette dernière n’a pas manqué de nous livrer quelques anecdotes croustillantes concernant le tournage du film. Elle a surtout bien pris soin de replacer le film dans le contexte de l’époque et notamment sur les peurs qui régnaient en Italie à l’époque. Presque avant-gardiste dans sa manière de traiter l’insoutenable, doté d’une très longue descente aux enfers, bien des années avant la déferlante Gaspar Noé et son IrréversibleLa Bête Tue de Sang Froid raconte la rencontre de deux étudiantes avec deux hommes et une femme dans un train qui vont leur faire subir les pires des sévices le long d’une très longue nuit. Emmené par une bande originale angoissante signée Ennio Morricone, ce film d’Aldo Lado nous a, une fois de plus, totalement retournés et dès son ouverture. Aldo Lado utilise un morceau de Demis Roussos pour nous plonger en plein pendant les périodes de fêtes de Noël. Utilisé à très bon escient, on se sent offusqué par quelque chose qui dérange, mais qu’on ne voit pas encore. Ce n’est qu’une fois le voyage terminé, lorsque Lado conclut son film sur cette même chanson, que la gêne repart de plus belle. La Bête Tue de Sang Froid est réellement un film qui se vit avec les tripes à l’air, un film malsain souligné par une photographie absolument sublime. Ce bleu, froid et tétanisant, qui ne sera pas sans rappeler le travail d’un certain Argento, est véritablement percutant. Jamais plus vous n’oserez prendre le train de nuit après avoir croisé la route de ces malades mentaux. N’oublions pas non plus la fin ultra-violente du film, où le chasseur devient indubitablement le chassé, qui nous décroche la mâchoire et nous laisse ahuri durant toute la durée du générique. Un film social fort, très fort !

LES FRISSONS DE L’ANGOISSE de Dario Argento (1974)

frissons

S’en suivit l’incontournable Profondo Rosso (Les Frissons de l’Angoisse) signé de la main du maître du giallo, Dario Argento. Élégance et grâce somptueuse transpirent la pellicule de ce film qui n’a pas vieilli d’un iota. Une fois encore, du haut de ses 74 ans, la toujours radieuse Macha Méril a bien pris soin de nous introduire l’œuvre en bonne et due forme. Il faut dire que ce film fait partie des incontournables d’Argento, il fallait donc replacer l’œuvre dans son contexte et expliquer en quoi et pourquoi il faut voir Les Frissons de l’Angoisse. La grâce du réalisateur nous fait admirer le film comme une très grande peinture. Sur la sublime musique des Goblins, le film marque par son enquête traditionnelle, lente et pesante, en totale inadéquation avec sa fin brutale et choc. Argento était en pleine excellence dans la maîtrise du polar horrifique (giallo). Un film à découvrir absolument, et en salles de préférence tant l’immersion est impressionnante.

THEÂTRE DE SANG de Douglas Hickox (1973)

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Toujours dans une idée de revivre ses joyeuses heures adolescentes, et après nous avoir servi sur un plateau d’argent un sublime duo Cushing / Lee dans le Shanghai Express, voici que Christophe Lemaire nous a imposé une autre icône emblématique du cinéma horrifique : sir Vincent Price. Théâtre de Sang, réalisé par Douglas Hickox et sorti en 1973, nous livre probablement l’une des meilleures performances de Price. Il interprète le rôle de Lionheart, acteur de théâtre érudit de Shakespeare se faisant passer pour mort après qu’une bande de critiques lui ait ruiné sa réputation. Comptant bien se venger de ses détracteurs, il est recueilli par une bande de sans-abris qui vont devenir les complices de sa vengeance macabre. Il décide de tuer un à un les critiques responsables de son déclin en mettant en scènes les morts les plus emblématiques des pièces de son auteur favori. L’occasion pour Vincent Price de s’en donner à cœur joie à se mouvoir dans divers rôles et pour Christophe Lemaire de nous raconter comment il a vécu le film à l’époque. En effet, lors de sa sortie, Théâtre de Sang fut interdit aux moins de 13 ans. À l’affiche un mois à peine avant que notre invité du jour n’ait l’âge requis, il vit ses espérances de le voir anéantis puisque la censure décida d’interdire le film aux moins de 18 ans à peine deux jours après sa sortie en salles. Armé de patience, le poster du film trônant fièrement au-dessus de son lit, Lemaire fut plus que conquis une fois qu’il eut l’occasion de placer ses mirettes en face de la copie tant recherchée. Séance nostalgique oblige de la part de notre hôte, ce fut un moment tout autant délectable que la copie projetée était issue d’une restauration datant de 2006. Une séance en 35mm transpirant la bonne époque pour un retour dans les 70’s des plus optimaux. Pour sûr que les scènes les plus violentes de Shakespeare n’ont plus aucun secret pour nous, d’autant plus qu’elles nous sont contées par Vincent Price. Une séance prestigieuse pour un film de série B comme on les aime. Pour en revenir à la censure, il est vrai qu’aujourd’hui, les séquences-chocs paraissent dérisoires. Fort heureusement, le phrasé particulier de Vincent Price n’a rien perdu de sa force et la grandeur du monsieur reste magnifique. Une icône comme on n’en fait plus !

L’AIGUILLE de Rachid Nougmanov (1988)

aiguille

L’aiguille, réalisé par Rachid Nougmanov en 1988 en ex-URSS, est un film expérimental racontant l’errance de Moro, de retour dans son pays, qui retrouve ses ex-compagnons de fortune en pleine guerre des gangs et Mira, la femme qu’il aime, en train de sombrer dans la toxicomanie poussée par un étrange médecin trafiquant. Film plus que culte en Russie, presque inédit sur notre sol, mais plus pour très longtemps, l’éditeur Badlands prépare une restauration DVD pour 2015 dont nous étions les premiers à profiter du nouveau master HD. L’aiguille offre un regard sur le cinéma kazakh des plus troublants. En effet, le film de Nougmanov est loin, mais alors très loin, d’être conventionnel. Il s’offre la présence d’un charismatique Viktor Tsoi, héros de la jeunesse soviétique au temps de la Perestroïka, et leader d’un groupe de punk rock, au destin James Deanien (il est mort dans un accident de voiture deux ans après la sortie du film). Androgyne punk par excellence, le musicien crève l’écran par une présence ahurissante et sa musique envahissante (il a composé la BO) allant d’une balade mélancolique à des délires punk inspirés directement du travail de John Carpenter. Malheureusement, en dépit des jolies qualités, nous avons clairement eu l’impression de passer totalement à côté de L’aiguille. Le film de Nougmanov (amputé de près de 40 minutes par son auteur à l’époque) est beaucoup trop déstructuré pour qu’on puisse assimiler la totalité de ses forces en une seule fois. L’image nous raconte trois choses à la minute pendant que le son nous raconte trois choses différentes. Les idées fusent dans tous les sens, dans un rythme décousu jonglant entre une limpidité exécutive magistrale et une lenteur étouffante. Rachid Nougmanov ne s’est pas caché pour nous dire toute son admiration pour les Godard, Truffaut et autres acteurs de la Nouvelle Vague, mouvement dont nous ne supportons pas les codes et qui doit jouer sur l’impression plus qu'amère que L’aiguille nous a laissé. Un gros point d’interrogation subsiste encore à l’heure où nous écrivons ces lignes, nous ne savons clairement pas quoi penser de ce film où ses qualités sont également ses défauts. Une confusion que nous pourrons, peut-être, éclaircir au moment de la sortie DVD du film ?

LES CHIENS d’Alain Jessua (1978)

chiens

Une valeur sûre du vigilant movie à la française : Les Chiens d’Alain Jessua réalisé en 1978. Le film met en scène un docteur (Victor Lanoux) fraichement débarqué dans une bourgade parisienne et devant faire face à d’étranges blessures perpétrées par des attaques de chiens de garde après que la totalité de la population ait décidé de les utiliser comme protection envers la délinquance ambiante. Emmenée par un maître-chien (Gérard Depardieu) persuasif et manipulateur, la populace décide de faire sa propre justice. Ce qui marque encore aujourd’hui avec Les Chiens c’est le climat oppressant que dégage le film. Le sentiment d’insécurité qui règne dans la bobine de Jessua, même avec un molosse à ses côtés, fait réellement froid dans le dos. Avec un discours radical dénonçant une certaine maltraitance animalière par la manipulation fascinante du maître-chien qui affirme qu’il n’y a pas de mauvais animaux, mais de mauvais maîtres, Les Chiens est un vigilant movie d’une violence accrue par sa mise en scène délibérément sobre. Alain Jessua démontre clairement la folie animalière primaire de l’homme qui transfère ses propres pulsions dans l’obéissance de son animal. La folie qui gagne petit à petit le personnage féminin principal du film fait réellement peur. Un film-choc se plaçant au rang des meilleurs films français avec nos amis à quatre pattes aux côtés du, toujours, bouleversant Baxter. Une peur canine indéniable qui ne nous a pas forcément aidés à arpenter les rues noires et vides de Toulouse lors de notre retour au bercail.

THE WILD EAST de Rachid Nougmanov (1993)

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Après avoir fait la connaissance avec le cinéma du réalisateur Rachid Nougmanov et son premier long métrage, L’aiguille, c’est ainsi que nous décidions de repartir vers son univers intrigant. The Wild East est sorti en 1993 et raconte l’histoire d’un petit village des montagnes kazakhs qui est la proie d’une bande de motards qui vient régulièrement le piller. Les habitants décident alors de faire appel à des mercenaires pour le protéger. Pitch, certes, pas novateur pour un sou, mais un défouloir exacerbé pour Nougmanov qui nous laisse entrevoir une tout autre facette de sa personnalité. Exit le film expérimental à s’arracher les cheveux pour réussir à tout assimiler d’une traite, et bonjour le mindfuck de divertissement. Justement résumé par les festivaliers comme une relecture des Sept Samouraïs passée au filtre de Mad MaxThe Wild East est un western apocalyptique à l’image de son auteur : authentique et passionné. Lui qui s’était amusé à réécrire la fameuse tirade des deux catégories du Bon, la Brute et le Truand dans L’aiguille, il s’offre son escapade western en ne manquant ni d’amuser la galerie ni d’être en perpétuelle recherche esthétique. En effet, Nougmanov, même s’il nous a confié préférer privilégier l’instant où la magie opère qu’à suivre minutieusement un scénario, on sent clairement qu’il essaie de tirer quelque chose de fort de son film. Sans pour autant rechercher le même impact que pour L’aiguille, on ressent qu’il a son idée bien précise sur ce que doit être le cinéma de divertissement. Blagues potaches, acteurs charismatiques, effets cartoonesques, The Wild East est le digne héritage d’une époque Terence Hill / Bud Spencer remis à la sauce kazakh.

LE CAUCHEMAR DE DRACULA de Terrence Fisher (1958)

dracula

Ce fut une découverte qu’on se languissait d’enfin découvrir en salles. Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher et sorti en 1958 avec, bien évidemment, le duo sacré Peter Cushing et Christopher Lee. Deuxième film de la programmation cette année à mettre en avant ce duo mythique, et qui, cette fois-ci, n’est pas un choix de la sélection de Christophe Lemaire. Le film a longuement été introduit par Nicolas Stanzick, auteur notamment du fabuleux bouquin Dans les Griffes de la Hammer, qui a replacé le film dans le contexte de l’époque. L’âge d’or de la Hammer, le succès public, mais pas critique, du film, les premiers essais gore en technicolor, et surtout un Cushing impérial et un Lee à faire pâlir un mort. Le Cauchemar de Dracula revisite très librement l’œuvre de Bram Stoker en s’octroyant quelques digressions dans son histoire pour emmener le spectateur vers un final surprenant. Non seulement, la copie restaurée était d’excellente qualité, l’achat futur du blu-ray se révèle indispensable, mais nous avons enfin vu le film sur lequel Mel Brooks s’est le plus inspiré lorsqu’il a tourné sa parodie Dracula : Mort et Heureux de l’Être. Souvent cité comme le meilleur Dracula de la Hammer, nous pouvons désormais confirmer les dires de tous : ce Cauchemar de Dracula nous a subjugués ! Christopher Lee s’amuse comme un fou à torturer cette tripotée de femmes qui rend chèvre le professeur Van Helsing par leur bêtise exacerbée. De l’humour, du sang plus rouge que rouge, un affrontement final présenté dans sa version longue ici, agrémenté de quelques plans supplémentaires, un univers gothique complet : l’essence même du meilleur de la Hammer !

LA LÉGENDE DES 7 VAMPIRES D’OR de Roy Ward Baker (1974)

7 vampires

Quand il n’y en a plus, il y en a encore ! Jamais rassasié des "children of the night", le temps de recharger les batteries, que nous partîmes admirer la dernière carte bleue accordée à Christophe Lemaire. Si les minutes précédentes nous avions vu l’un des meilleurs Hammer, Lemaire s’est amusé à nous confier qu’il nous avait choisi le pire, tout du moins l’un des plus loufoques et bis de la Hammer. La Légende des 7 Vampires d’Or résulte de l’association entre les deux maisons de productions les plus populaires de l’époque : la Hammer et la Shaw Brothers. Film parfait selon les dires du professeur Thibaut (co-organisateur du festival) qui réunit tout ce qui le fait bander : du kung-fu, des vampires et du sang. Il lui manquait juste des courses de bagnoles. Propos acquis par Christophe Lemaire qui nous a avoué revivre une grosse madeleine proustienne pour un film qu’il n’avait pas revu depuis près de 15 ans. Que dire de La Légende des 7 Vampires d’Or ? Effectivement, le professeur Thibaut a bien résumé le bousin : kung-fu, vampires et sang…et Peter Cushing ! Une franche partie de rigolade qui ne manquera pas de rappeler un certain Indiana Jones par moment, un décalage de deux univers cinématographiques qui arrivent à se marier parfaitement pour des combats intenses au milieu de moult charcutages de membres et de goules vampires sautillantes dans tous les sens comme des kangourous. Un vrai condensé de grand n’importe quoi, nous riions à gorge déployée. Il faut l’avoir vu pour le croire : c’était du très grand cinéma bis nanardesque comme on l’aime où la notion de plaisir coupable prend véritablement tout son sens !

NEKROMANTIK de Jörg Buttgereit (1987)

nekromantik

Le fameux, le seul et l’unique, Nekromantik. Tout est dans le titre. Et pourtant, le film se révèle nettement plus intéressant qu’il n’y parait. Tourné avec une caméra Super 8, le film se voit d’abord pour ses capacités techniques et astucieuses. L’art de la débrouille dans toute sa splendeur où Buttgereit nous sert un film sensoriel, qui pue la charogne certes, mais qui ne peut pas laisser de marbre. Malgré tout, sa réputation sulfureuse lui fait cruellement défaut. Sans pour autant dire que c’est un film magnifique (on parle de nécrophilie quand même !), les propos défendus par les convictions de vie des deux personnages du film ne sont en aucun cas dérangeants. Au contraire, Buttgereit construit son film comme une comédie absurde, on se marre réellement devant Nekromantik. Avec une certaine idée de construction dans son récit où la folie emboîte petit à petit le pas sur le cœur et ses raisons, Nekromantik s’offre un final magistral. Un fou rire réellement fou pour une curiosité culottée où la sinistre réalité dépasse les frontières pour aller côtoyer un fantastique déluré. Une explosion sanguinolente (mais pas que !) digne du Grand Guignol qui nous rend d’autant plus curieux à l’idée de voir le second volet, dont le sous-titre Return of the Loving Dead laisse clairement penser qu’on devrait y rire à foison. Un film qui nous a mis en très grande forme pour arpenter la nuit de clôture.

DÉTENTION de Joseph Kahn (2011)

détention

« Vous allez assister à un suicide artistique ! » Voilà comment les hostilités furent lancées juste avant la diffusion de Détention. En effet, après un premier long métrage ayant été un échec cuisant, Joseph Kahn, réalisateur de clips et publicités, a décidé d’entièrement autoproduire et autofinancer son second long métrage avec une idée directrice principale : se saboter artistiquement. Le film a été, évidemment, un échec commercial, car sorti directement en vidéo et passé inaperçu dans les bacs. Et pourtant, et pourtant…ce film est anthologique ! Kahn tente délibérément de faire un film culte, et c’est exactement ce qu’il faut en retenir. Le scénario est déstructuré au plus haut point, les idées fusent dans tous les sens, et pourtant le film se tient ! Encyclopédie de la pop culte des années 80 et 90, au-delà du plagiat, au-delà de l’hommage, au-delà de tout, Détention est un ovni. On sent clairement que Kahn vient des artifices de la publicité, il n’hésite pas à monter son film comme une grosse publicité à la fois ringarde et surabusée d’effet stylistique, mais qu’est-ce que c’est drôle ! Un teen movie décomplexé où le gore côtoie l’essence même de la bande d’ados dégénérée dans sa forme la plus brutale. Un film qui a conquis l’audience de la Cinémathèque, un achat qu’on vous ordonne de faire au plus vite, une œuvre aussi déjantée ne peut pas, ne doit pas, rester dans l’oubli. Détention est véritablement notre second coup de cœur du festival.

LA RAGE DU TIGRE de Chang Cheh (1971)

rage du tigre

Probablement, à notre sens, l’un des meilleurs films de la Shaw Brothers, La Rage du Tigre est un film de kung-fu sanglant comme les affectionne Quentin Tarantino. On suit les péripéties de Lei Li, contraint de renoncer aux arts martiaux et de se couper le bras après sa défaite contre un puissant maître. Reconverti en serveur dans une auberge, il devra rompre son serment après l’arrivée de Feng, un sabreur héroïque. Chang Cheh pousse le film de sabre à son paroxysme. Si le discours sous-jacent empreint d’une certaine idée d’amitié tendancieuse, presque homosexuelle, ne nous avait pas marqués la première fois que nous l’avions vu, force est de constater que la force du récit ne réside pas spécialement là-dedans. Ce qui frappe avec La Rage du Tigre, c’est surtout ses somptueuses chorégraphies. Ce n’est certainement pas pour rien si la Shaw Brothers reste les maîtres incontestés du film de kung-fu : on en prend clairement plein les mirettes. D’autant plus qu’ici les mises à mort sont frontales et directes, ça tranche sévèrement dans le lard. Une vraie prouesse cinéphilique emmenée par une salle survoltée qui riait et applaudissait, les conditions idéales en somme.

VENDREDI 13 de Sean S. Cunningham (1980)

vendredi 13

Est-il encore utile de présenter ce classique du slaher allégrement pompé sur La Baie Sanglante de Mario Bava ? Projeté en pellicule 35mm, nous avons vécu l’expérience avec une bobine d’exploitation de l’époque de sa sortie. Le grain de l’image replace ainsi le côté profondément redneck de l’œuvre avec ce camp de vacances au milieu des bois où il ne fait décidément pas bon vivre. En dépit du fait d’un rythme de croisière ayant pris un sacré coup de vieux (le film tarde vraiment à démarrer), Vendredi 13 tient encore toutes ses promesses notamment avec les prodigieux maquillages de Tom Savini. La bande originale joue encore son petit effet et la séquence finale aura réussi à faire sursauter certains spectateurs dans la salle, preuve que ce classique n’est pas devenu un classique pour rien et qu’il tient encore toutes ses promesses.

IRONMASTER : LA GUERRE DU FER d’Umberto Lenzi (1983)

ironmaster

L’Italie pointe un gros et sévère doigt d’honneur dans ce film qui copie sans vergogne La Guerre du Feu en ne manquant pas d’aller violer Conan le Barbare. Une curiosité nanarde qui fait le bonheur des fans du genre où un musclor blondinet tente de renverser la dictature de son ancien clan qui essaie de prouver sa supériorité après avoir découvert la puissance des lames de fer. Répliques cultes, inserts dégueulasses, surjeu d’une monstruosité impressionnante : tout est réuni pour clairement nous faire vomir par tous les orifices. Bien au-delà du plaisir coupable, on sait clairement que ce que nous regardons est mauvais, et pourtant on s’en amuse. Délire persécuté qu’on noie dans un gros pot de popcorns, Ironmaster est clairement réservé à une élite avertie : le nanar dans sa forme la plus pure !

CONCLUSION

conclusion

Évidemment, la nuit de clôture ne serait pas digne si elle ne se terminait pas sans son propre quart d’heure américain, en l’occurrence cette année une demi-heure de pornographie. Un ciné-concert de clôture qui aura fait trembler les sièges pour nous amener doucement vers un petit déjeuner dument mérité.

Pour sûr que cette année aura été un grand cru où notre retour à la réalité nous a paru bien morose, et triste en pépite cinématographique, que même Christopher Nolan n’aura pas réussi à égayer avec son beaucoup trop surestimé Interstellar. Nous tenons à remercier la Cinémathèque de Toulouse pour son accueil et toute son équipe pour son entière disponibilité. Un merci tout particulier à Frank et Fred, les deux programmateurs, pour leur gentillesse, et également Christophe Lemaire ainsi que Sylvain, Guillaume et Anthony de l’équipe 1kult et Badlands pour nous avoir accordé un peu de leur temps pour répondre à nos questions. Les interviews seront très prochainement en ligne sur notre chaîne vidéo TheRetroHDTV, que nous vous invitons à rejoindre pour ne rien manquer de notre actualité. Et enfin, un remerciement chaleureux à Jon VZ pour nous avoir livré quelques clichés photo de la dernière soirée que nous vous avons laissé juste en dessous.

À l’année prochaine ô Toulouse !

Liens vers nos interviews :

Christophe Lemaire

Fred & Franck : les organisateurs du festival

Par Anthony Verschueren

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