DOSSIER : Robin Williams : adieu l'artiste !


Robin Williams : adieu l'artiste !

Au moment où tout le monde pleure encore la disparition soudaine de Robin Williams, il nous est apparu comme une évidence de devoir rendre hommage à cet immense acteur d’une manière beaucoup plus étoffée qu’une simple news brève. Plus qu’un dossier dédié à la mémoire du talent de ce génie comique qu’était Robin Williams, c’est avant tout un regard nostalgique que nous désirons mettre à nu ici. Nous passerons ainsi en revue les films les plus percutants de sa carrière afin de saluer une dernière fois ce père cinématographique qui a bercé notre plus tendre jeunesse.

Good Morning Vietnam de Barry Levinson (1987)

Good Morning Vietnam Huitième long métrage pour Robin Williams et première grande distinction au cinéma. Après s’être fait un nom à la télévision, notamment dans la série Mork & Mindy, il incarne le rôle d’Adrian Cronauer, un animateur radio fraîchement débarqué au Vietnam afin d’animer une station de radio tenue par les GI’s. Humour décomplexé, imitations de folie, musique ahurissante et un fameux « gooooooood mooooooorning Vietnam » hurlé en début de chaque émission ne lui feront pas une très bonne réputation auprès de ses supérieurs. Ce qu’il y a de fascinant dans ce film c’est la capacité qu’a Robin Williams à nous faire aimer le métier d’animateur. Beaucoup de personnes citent Good Morning Vietnam comme un film précurseur vers leur passion des médias. Williams tape dans le mille avec ce rôle anthologique, il prouve qu’un show radio doit être inventif et ne doit pas avoir peur de se mouiller le maillot pour être percutant. Une belle preuve sur pellicule qui prouve que les Américains savent gérer ce fabuleux média contrairement à nous qui avons facilement 20 ans de retard. Avec le rôle de Cronauer, Williams s’ouvrait en grand les portes d’Hollywood, sa carrière était lancée, ne lui manquait plus qu’à transformer l’essai.

Le Cercle des Poètes Disparus de Peter Weir (1989)

Le Cercle des Poètes Disparus Oh Capitaine, mon Capitaine ! Qui n’a jamais rêvé d’avoir un professeur de philosophie aussi inspirant et inspiré que John Keating ? Film atypique autour d’un sujet atypique, Peter Weir fait appel à un éveil des consciences. Par-delà de simples cours magistraux, enseignés avec maestria par Robin Williams, il y a une grande réflexion sur la découverte de la vie et l’acquisition de nos privilèges dont la liberté fait partie. Robin Williams est bluffant de sincérité, on boit ses paroles sans broncher. Son personnage est attachant au plus haut point. Il parfait son image de père qui lui collera à la peau durant presque toute sa carrière. Une image paternelle qu’il chérissait plus que tout et qu’il commençait à expérimenter dès Le Cercle des Poètes Disparus. La fameuse séquence culte de fin de métrage où ses élèves se mettent tous debout sur leurs pupitres est aussi déchirante d’émotion qu’elle marquera à jamais toute une génération de cinéphiles aguerris. Une belle leçon de cinéma, une leçon d’humilité, d’honneur, de courage et un statut bankable largement acquit pour Williams. On ne peut pas passer à côté du Cercle des Poètes Disparus.

Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet de Steven Spielberg (1991)

Hook Grande période pour Steven Spielberg. Grand casting exceptionnel pour cette histoire de Peter Pan : Dustin Hoffman, Julia Roberts, Bob Hoskins et, bien sûr, Robin Williams. Un film intergénérationnel qui a bercé l’enfance de beaucoup de personnes. Williams offre cette fameuse image du père au top de son art (ou presque). On y retrouve un homme d’affaires bien trop accaparé par son business pour s’occuper de sa famille. Il a oublié qu’il est né au pays imaginaire et qu’il est en réalité Peter Pan. Le kidnapping de sa famille par le Capitaine Crochet va l’amener à retrouver ses souvenirs. Hook est un film magique : la bande originale signée John Williams est sublime (sûrement l’une de ses meilleures compositions), Spielberg magnifie le pays imaginaire d’une manière bien personnelle et on y croit dur comme fer. Encore une fois, qui ne s’est jamais amusé à reproduire les séquences du repas imaginaire ou à pousser le cri de Peter Pan ? Robin Williams étend sa palette de jeu au-delà du simple acting qu’on lui demande, il joue au héros, au père et à l’enfant. Son sourire laissant éclater ses yeux bleus entourés des fameuses pattes d’oie était un enchantement, et ça Spielberg l’avait bien compris. On se souvient tous de la fameuse scène où un des enfants perdus tire les traits de Peter et reconnait le garçon qui sommeille encore en lui. Ce qui est fascinant, et qui restera pratiquement tout le long de sa carrière, c’est la manière dont Williams abordait ses morales. Malgré toutes les frasques auxquelles il s’adonne, il délivre une morale lourde de sens en fin de métrage. Williams grand défenseur de la famille ? C’est en tout cas ce qu’ont confirmé ses choix de films suivants.

Aladdin de Ron Clements et John Musker (1992)

Aladdin S’il y a bien deux dessins animés de chez Disney qui auront marqué le début des années 90 c’est Aladdin et Le Roi Lion. Aladdin doit sa renommée aux délires excentriques de son Génie haut de gamme et particulièrement hilarant. À qui la faute ? Robin Williams. Après avoir séduit les studios Disney par ses talents d’imitateurs, c’est tout naturellement qu’ils lui confient la voix du Génie. Que de répliques cultes et quel débit ! La VO d’Aladdin est à couper le souffle tant le travail de Williams est remarquable. Il est drôle à souhait, ses vannes sont intemporelles et font rire petits et grands. Il vole la vedette au héros rien qu’avec le talent d’orateur qu’il possède. Aladdin sans le Génie n’aurait forcément jamais eu la même saveur. Ce rôle de père de substitution pour le héros et sa capacité à pouvoir exaucer ses vœux conduiront Williams au summum de son art dramatique avec le film suivant.

Madame Doubtfire de Chris Columbus (1993)

Madame Doubtfire Probablement le rôle le plus culte de Robin Williams, en tout cas celui qui revient le plus souvent dans les conversations dès lors qu’on cite la carrière du bonhomme. Le film fait le lien avec son travail chez Disney dès son ouverture puisqu’il interprète le rôle de Daniel Hillard, doubleur de voix de dessins animés. En pleine instance de divorce, et toujours très amoureux de son ex-femme, il va alors s’inventer le personnage de Madame Doubtfire, gouvernante au CV prestigieux, afin de rester près de ses proches malgré tout. Robin Williams joue de sa capacité à savoir enfiler plusieurs casquettes pour rentrer dans la peau de ses personnages. À l’image de l’hilarante séquence dans le restaurant où il changera un nombre incalculable de fois de costume, Williams allie la douceur du père avec la férocité de la gouvernante. Prenant le contre-pied que les clichés de la vie imposeraient à de telles personnes, Williams étoffe un personnage culte. Servi par un jeune casting remarquable, il se déchaîne sous son masque de latex. Columbus, alors roi du divertissement familial, explose le compteur des vannes pour y extraire un concentré pur jus de l’essence comique de Williams. Increvable, il déborde d’une énergie impressionnante. Une énergie similaire, dans une autre mesure, à celle que déployait Louis de Funès dans ses films : plus c’est gros, plus c’est crédible. Encore une fois, grand seigneur et modèle patriarcal, la morale qu’il nous laisse en fin de parcours ne peut qu’inévitablement prendre aux tripes…et l’envie de passer le balai avec la même dextérité, sur du Aerosmith à fond les ballons, est irrémédiable !

Jumanji de Joe Johnston (1995)

Jumanji En plus de nous avoir fait rêver au père idéal, il a eu le malin plaisir de nous proposer des histoires pleines d’aventures dans lesquelles on se serait embarqué volontiers. Jumanji est la sacralisation du jeu de société que tous les enfants rêvaient de posséder à l’époque. Nous révélant une très jeune Kirsten Dunst, le film de Joe Johnston proposait des effets spéciaux spectaculaires pour l’époque. Robin Williams joue à l’adulescent dans ce film. N’ayant pas eu d’enfance pour cause d’enfermement dans le jeu, ce Robinson Crusoé des temps modernes lui offre toutes les folies extravagantes que peuvent lui permettre ses capacités à jouer ce genre de rôle. Laissant, au passage, des marques indélébiles dans nos mémoires : Williams pris au piège dans un plancher ou pris en chasse par un chasseur fou resteront des images cinématographiques marquantes.

Jack de Francis Ford Coppola (1996)

Jack Après un petit détour vers la case remake avec Neuf Mois Aussi où il plante un docteur hilarant volant la vedette, pendant un seul quart d’heure, au couple emblématique du film et Birdcage ; il se voit offrir le rôle le plus touchant, à nos yeux, de sa carrière. Jack est l’histoire atypique de cet enfant de 10 ans au métabolisme avancé d’un homme de 40 ans. Grandissant quatre fois plus vite que la normale, sa vie se voit alors restreinte de manière conséquente. Par-delà la très belle occasion pour Williams de laisser exploser l’enfant qui sommeille en lui, Coppola propose un pamphlet naïf, touchant et percutant sur la cruauté enfantine. Chef d’œuvre de tolérance et d’acceptation, Williams parvient à se confondre dans la personnalité de cet enfant de 10 ans réussissant à nous faire oublier son apparence pour capter le regard du petit bonhomme éveillé en lui. Virtuosité implacable dans sa prestation, il n’est jamais lourdingue. Appuyé par une impériale Diane Lane qui se donne à cœur joie de jouer à cache-cache avec lui, Robin Williams émeut avec une puissance intelligente qui trouvera un parfait écho dans son discours final.

Will Hunting de Gus Van Sant (1997)

Will Hunting Oscar du meilleur second rôle pour Robin Williams, Will Hunting est avant tout une ode à la vie. Prônant des valeurs de vie aussi fortes que pour Le Cercles des Poètes Disparus, avec un style de réalisation aussi minimaliste et puissante, Gus Van Sant offre un Robin Williams fatigué, tourmenté et extraordinaire. Les liens qu’il crée avec Matt Damon à l’écran sont extradiégétiques, ils viennent toucher directement le spectateur. Tout le monde se met alors à rêver d’avoir un ami aussi à l’écoute que Williams. Son oscar, ainsi que sa prestation, renvoie directement à l’image primaire de cet ami qu’il n’a jamais cessé d’être pour nous.

Au-Delà de Nos Rêves de Vincent Ward (1998)

Au-Delà de Nos Rêves Pour une ultime fois avant de passer vers une autre facette, Robin Williams va concentrer son énergie à combiner l’homme, le père, l’ami et le mari aimant qui faisaient de lui un acteur nouant des liens solides avec son public. Paradis onirique, images bucoliques et un Robin Williams qui tire les larmes sans jamais se forcer à aller les chercher. Loin d’être une comédie, l’acteur souhaitant pratiquer des rôles nettement plus dramatiques à cette époque (en témoigne Docteur Patch sorti la même année), Au-Delà de Nos Rêves fait chavirer les cœurs. Témoignage ultime de la représentation de l’amour dans toutes ses formes, Williams vogue entre enfer et paradis pendant que notre boîte de Kleenex se vide affreusement. Avec toujours son sourire angélique bien présent, il nous plonge dans un océan de couleurs dans lequel on s’y baignerait volontiers entouré de tous ceux qu’on aime. Une trace percutante et forte qui marquera...au-delà de nos rêves !

L’homme Bicentenaire de Chris Columbus (1999)

L'homme Bicentenaire Tournant toujours par pair les types de rôles qui lui plaisent, il va enchaîner cette année-là, ainsi qu’en 2001, deux projets de science-fiction où le problème soulevé restera la part d’humanité contenue dans une machine. S’il tient le rôle principal dans l’Homme Bicentenaire, il ne prêtera que sa voix au A.I. de Spielberg. Nouvelle preuve de son talent hors norme : même avec un visage mono-expressif il provoque une large palette d’émotion. Si le film de Columbus est loin d’être transcendant, la prestation de Williams mérite largement qu’on s’y arrête au moins une fois.

Photo Obsession de Mark Romanek (2002)

Photo Obsession Il nous a fait rire et pleurer depuis le début de sa carrière. À cette époque, Williams ressent le besoin de nous faire peur. Il incarne un développeur de photos, Seymour Parrish, en proie à de sérieuses pulsions morbides lorsqu’il décide de s’immiscer dans la vie de ses clients dans les moments où il développe leurs photos. C’est un Robin Williams amaigri, froid et blond platine à qui nous avons affaire ici. Complètement austère dans ce rôle, il devient un cauchemar tenace à la hauteur de son talent de comédien. Même s’il est impeccable dans ce type de composition, il se transcendera véritablement lors de l’essai suivant.

Insomnia de Christopher Nolan (2002)

Insomnia Dernière grande prestation dans la carrière de l’acteur, il reprend tout ce qui avait fait sa laideur dans Photo Obsession pour le tourner en maniaquerie ultime face à un Al Pacino usé. Insomnia est une plongée viscérale dans un univers dont seul Nolan a le secret : il nous prend directement à la gorge en nous étouffant fortement, ne nous laissant que pour seul masque à oxygène la personnalité un tantinet bipolaire du méchant de service campé par Williams. Son jeu est tellement subtil qu’on en vient à douter de qui est bon et qui est mauvais dans l’histoire. Un grand film à l’image des deux monstres en tête d’affiche.

S’il s’est fait plus discret dans les dernières années de sa carrière (notamment à cause des nombreux soucis personnels qu’il a rencontrés), Robin Williams n’a pas arrêté de tourner pour autant. Jouant dans des comédies mineures au succès minime, il n’en demeurait pas moins agréable de retrouver sa bouille à l’affiche d’un film même le temps d’un caméo pour certains. On conseillera cependant World's Greatest Dad, comédie cynique et amère assez étrange, mais à la justesse et à la teneur décalée plutôt rafraichissante, où l'acteur tient le rôle principal : le père d'un fils que personne ne supporte au lycée, et dont il va transformer la mort accidentelle en suicide, générant une surprenante vague d'émotion auprès des étudiants.

Son épouse a déclaré que le monde avait perdu l’un de ses plus grands amis. Nous tenons surtout à nous rappeler quel grand artiste il était, sa filmographie en est la preuve indélébile. Nous aimons croire aussi qu’il souhaiterait qu’on se souvienne de lui à la manière de son discours final dans Jack où il y disait : « Je vous en prie, ne vous faites pas tant de soucis. Au bout du compte, aucun d’entre nous ne reste bien longtemps sur Terre. La vie est éphémère. S’il vous arrive d’être triste, regardez le ciel un beau soir d’été lorsque la nuit de velours est parsemée d’étoiles, et quand vous verrez une étoile filante déchirer l’obscurité, changeant la nuit en jour, faites un vœu et pensez à moi. Que votre vie soit spectaculaire, la mienne l’aura été. »

Ses films resteront éternels, son étoile ne brille plus sur Hollywood Boulevard, mais au-dessus de nos têtes désormais. Pars tranquille l’artiste : si nous sommes ici, c’est pour ne pas t’oublier, repose-toi bien.

Par Anthony Verschueren

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Commentaires sur " Robin Williams : adieu l'artiste ! "
  • Htb

    Htb le 13/08/2014 à 23:22

    Très bel hommage, magnifique. Repose en paix.

  • Syl20

    Syl20 le 14/08/2014 à 18:24

    Super ce dossier. Presque tous, vu et adoré. Grosse période que les années 90 pour lui.

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