DOSSIER : Mon voisin Totoro : 30 ans et toutes ses dents


Mon voisin Totoro : 30 ans et toutes ses dents

« To-to-ro Totoro, To-to-ro Totoro », comment oublier l’entêtant refrain du film Mon voisin Totoro ? Plus qu’une musique aux paroles écrites par Miyazaki lui-même, c’est une magnifique et légère bande-son que l’on doit en grande partie au compositeur Joe Hisaishi, fidèle du studio Ghibli. Soufflant cette année sa trentième bougie, le célèbre film du japonais Hayao Miyazaki revient à cette occasion dans nos salles avec une version restaurée, le temps de nous émerveiller une fois de plus avec sa poésie et sa douceur. Une ode à la nature et à l'enfance, dans la droite ligne de la carrière du réalisateur, fidèle à ses thèmes. Figure du studio d’animation Ghibli, prêtant son apparence comme emblème, Totoro est un personnage encore aujourd’hui célèbre. Pourtant, ce n’était pas forcément gagné d’avance : avant de connaître le succès qui est le sien, le film était en effet promis à un autre destin. Retour, à l’occasion de son anniversaire et de sa diffusion à la 42ème édition du Festival d’animation d’Annecy (sous, et c’est un heureux hasard, la pluie), sur la seconde production de Ghibli, l'inimitable Mon voisin Toroto.

Un étrange gros chat... et des lucioles 

C’est au début des années 80 que Totoro apparaît dans l’esprit de Miyazaki : une créature qu’il place dans un cadre trouvé dans une coupure de presse, Le Japon. Ainsi, tout en s’éloignant légèrement de son cinéma, il souhaite surtout raconter une histoire pour le jeune public. Une oeuvre accessible, dans un cadre idyllique : la campagne, avant l’avénement de la technologie, sur une terre fertile et paisible. Un Japon d’après-guerre, serein, baigné dans l’innocence. Le réalisateur imagine un havre de paix, lumineux et coloré, personnage finalement à part entière d’un film d’aventure rural, où le fantastique rencontre gentiment le réel. 

Au final, après avoir essuyé le refus de son projet début 80, il continue durant près d’une décennie à y réfléchir, attendant le bon moment pour le mettre à nouveau sur la table. L’opportunité arrive enfin en 1987 : malgré une certaine frilosité de l’industrie, pas forcément convaincu par l’idée, il arrive avec l’aide du producteur Toshio Suzuki à trouver le budget nécessaire. Cependant, le film devait initialement arriver en complément d’un autre : le futur chef d’oeuvre de Isao Takahata, Le tombeau des lucioles. L’intérêt était notamment d’attirer les écoles dans les salles pour découvrir l’adaptation du livre La tombe des lucioles de Akiyuki Nosaka, qui décrit les dévastateurs bombardements américain de la ville de Kobe en 1945. Comme un palliatif au terrible, le tendre et léger Mon voisin Totoro arrivait originellement après le film de Takahata dans une version amaigrie de vingt cinq minutes : l’oeuvre ne devait en effet pas dépasser l’heure.

La naissance d'une figure

C’est en mars 1987 que débute donc la réalisation de Mon voisin Totoro. Le studio Ghibli fait le choix de se découper en deux, pour progresser sur les deux films en même temps. On table alors sur une distribution des deux films au printemps de l’année suivante. Une fois le travail terminé, le choix est fait de sortir Le tombeau des lucioles distinctement de Totoro, qui a pu acquérir un statut de long-métrage avec sa durée d’une heure vingt-cinq. Le 16 avril 1988, la créature mi-chat, mi-panda débarque sur les écrans japonais. Le succès est globalement au rendez-vous : le film fait plus de 800 000 entrées en cinq semaines. En 1989 il est couronné par deux prix, celui de la revue Cinéma Junpo avec l’Award du meilleur film et pour le même titre celui du journal Mainichi.

En France, il faudra attendre le Festival du film d’animation d’Annecy de juin 1993 pour qu’enfin Mon voisin Totoro dépasse la frontière du Japon, avec une présence du film en sélection hors compétition. Pour autant, les salles sombres n’accueillent pas encore Totoro dans les salles sombres françaises : le terme d’avant-première n’a, ici, rien de galvaudé tant le temps passé entre la diffusion au festival et celle de la sortie nationale aura été longue. C’est au terme de plusieurs années que le film, enfin, arrive au cinéma en hexagone : le 8 décembre 1999. Une nouvelle sortie, plus générale, aura lieu en 2002. Comme bien d’autres oeuvres avant lui, il acquiert avec le temps sa renommée mondiale, à force de diffusions, de produits dérivés et de bouches à oreilles.

« To-to-ro Totoro, To-to-ro Totoro »

Aujourd'hui, à la lueur de sa trentième bougie, Totoro continue son petit bout de chemin. Sa simplicité, tout comme sa douce mélancolie, marque toujours cette drôle d'aventure sans réelle histoire, où seul le présent et ses péripéties compte. Contemplatif, laissant le temps de voir et entendre son univers, le film du studio Ghibli ne démérite pas avec les années : la force d'un classique du cinéma d'animation japonais. 

"Un de mes coups de coeur de Miyazaki. Simple, mignon sans jamais atteindre le coté niais, j’ai beaucoup apprécié ce côté épuré au niveau du scénario. Ça se vit tranquillement du fait que l’histoire se déroule en pleine campagne, il y a de jolies décors. C’est un film sur l’enfance qui réussit dans tous les points : l’émerveillement des enfants au début du film, la peur lors du dernier acte... Il y a aussi toujours cette ode à la nature, thème récurrent des films de Miyazaki, avec l’absence de technologie, le peu de civilisation autour des personnages... et puis bien sûr le personnage de Totoro, qui est excellent dans toutes ses apparitions, bien qu’il apparaisse uniquement trois fois dans le film, cela ajoute au mythe du personnage. Un de mes Miyazaki préféré mais pas forcément le meilleur, Le château dans le ciel étant encore loin devant." L'avis de Quentin Eluau, membre de la rédaction Retro-HD.

Mon voisin Totoro est diffusé dans 150 cinémas français du 13 au 20 juin 2018.

Par Pierre LARVOL

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