DOSSIER : Cérémonie de Clôture du FIPA 2018


Cérémonie de Clôture du FIPA 2018

Dessine-moi un futurLa 31ème édition du FIPA de Biarritz s'est donc close sur une cérémonie de remise des prix présentée par une locale du tour, l'animatrice de RMC (ancienne animatrice sur Canal + et France Télévision) aux origines basques (par son père), la sémillante Maïtena Biraben qui a fait étalage de l'humour qui caractérise sa personnalité pour dynamiser cette soirée et un public abreuvé de plus d'une centaine de films de fiction, séries, documentaires et courts métrages en tous genre projetés au cours des 5 jours qu'a duré le festival.

L'auditorium de la Gare du Midi qui avait fait salle comble pour l'occasion a pu apprécier la qualité des programmes proposés en compétition. C'est d'ailleurs par le Prix du public que débute la cérémonie, attribué au film de Virginie Sauveur Le Temps des égarés (une coproduction entre Delante Productions et Arte France) qui nous raconte l'histoire d'une traductrice travaillant au sien d'un organisme en charge de l'attribution du droit d'asile en France s'enferrant dans les mensonges qu'elle vend cyniquement aux demandeurs afin de convaincre les autorités. Pas tout à fait puisque le Prix du hackaton récompensé par une dotation par la Région Nouvelle Aquitaine de 5000 euros au meilleur projet innovant en réalité virtuelle (VR) organisé par l'INA avait auparavant été attribué à Dessine-moi un futur. Projet collectif d'une équipe composée de Alice Bédard, Sandrine Corbeil, Florian Pannetier, Quentin Piat et Alexandre Rosenthal.

Maïtena BirabenLa cérémonie s'est poursuivie avec un hommage rendu à la Jeune Création (section parallèle du festival) qui comprend le Prix Erasmus + décerné à un court métrage slovaque mettant en scène l'histoire de deux sœurs dont l'absence chronique de parents qui peinent à gagner leur vie aura pour conséquence de renforcer le lien fort qu'elles entretiennent déjà, souligné par un onirisme alternant avec une caméra qui les suit au travers de leur expérience du quotidien, leur offrant la garantie d'une protection contre l'hostilité du monde extérieur: Magic Moments de Martina Buchelova , pur produit de la VSMU, école audiovisuelle la plus importante du pays fondée en 1990. Le Prix Mitrani du meilleur film de fiction doté par France Télévision revient à Heyvan, court métrage de l'iranien Bahran Ark qui nous conte l'histoire d'un homme cherchant à passer la frontière déguisé en bélier, produit par l'école iranienne de cinéma. Celui du meilleur documentaire étant quant à lui attribué à Heimat, court métrage belge de Sam Peeters portant un regard ironique sur les habitants de ces banlieues flamandes blanches et calmes votant massivement pour l'extrême droite nationaliste et raciste, pourtant protégés des modes de vie et cultures différents apportés par l'immigration.

Le Prix de l'Innovation est donné au court métrage français de fiction en VR intitulé Altération réalisé par Jérôme Blanquet, mettant en scène la confrontation entre Alexandro et Elsa, forme d'intelligence artificielle prenant progressivement le contrôle de son subconscient.

Le Prix Musique et Spectacle récompensant le meilleur film portant sur le domaine des arts du spectacle est attribué au film de Sandrine Bonnaire, absente pour l'occasion mais ayant laissé un message filmé de remerciement à l'adresse du jury nous confiant son extraordinaire rencontre avec l'artiste dont le film retrace le parcours: Marianne Faithfull, fleur d'âme. Deux femmes qui n'ont pu que se reconnaître l'une dans l'autre tant leur talent aussi bien que leur indépendance d'esprit semblent les rapprocher de manière évidente.

Virginie SauveurQuant au FIPA d'Or du meilleur documentaire national il est revenu au film En équilibre des français Antarès Bassis et Pascal Auffray, ayant suivi le duo de cirque formé par un couple dans la vie dont l'équilibre menace d'être bouleversé par l'arrivée imminente d'un enfant. Une Mention spéciale, très applaudie, ayant été accordée au documentaire français de Ruth Zylberman Les Enfants du 209, rue Saint-Maur, Paris Xème, enquête sur les anciens locataires de cet immeuble de Paris reconstituant l'histoire de cette communauté humaine pendant la période de l'Occupation.  Le FIPA d'Or du meilleur documentaire international est revenu à Stronger than a Bullet de Maryam Ebrahimi à l'issue d'un discours édifiant du président du jury, l'israélien Dror Moreh, sur la difficulté dans nos sociétés ultra médiatisées à faire le tri entre vraies et fausses informations ainsi que sur un appel à notre vigilance à tous sur la désinformation à des fins de propagande pratiquée non seulement par les réseaux sociaux mais tout aussi bien par les mass-médias, à travers le monde. Discours de circonstance puisque le documentaire de la suédo-iranienne Maryam Ebrahimi est centré autour d'un partisan de la révolution iranienne, Saied Sadeghi, ayant photographié la guerre Iran-Irak (1980 – 1988) avant que son travail ne soit détourné à des fins de propagande. Le Prix du Jury des Jeunes Européens est quant à lui remis au film de Thierry Michel et Pascal Colson intitulé Enfants du hasard tourné dans la petite ville minière de Cheratte en Wallonie, rendant compte du travail extraordinaire effectué par une institutrice auprès de ses élèves tous issus de l'immigration (sauf un) l'année d'obtention de leur C.E.B., diplôme sanctionnant la fin du cycle de l'école primaire. Emotion perceptible dans la voix de Thierry Michel au moment de recevoir son prix comme un échange de salutations amical entre la jeunesse et son documentariste qui la magnifie. Moment de chaleur humaine bienvenu au cours d'une cérémonie quelque peu guindée.

Lucas ParaizoDans la catégorie Fiction, le FIPA d'Or de la meilleure musique originale a été attribué à Jesper Ankarfedt pour Van God Los: Kertskado de Giancarlo Sanchez et Urszula Antoniak, film néerlandais relatant l'histoire d'une relation manipulatrice entre une inspectrice de police et un immigré turc dont l'acteur Tobias Kerksloot remporte également le FIPA d'Or de la meilleure interprétation masculine. Katrin Bühlig et Daniel Nocke remportent le FIPA d'Or du meilleur scénario pour Meine Fremde Freundin de Stefan Krohmer dont l'actrice Ursula Strauss s'empare du FIPA d'Or de la meilleure interprétation féminine. Enfin, le FIPA d'Or du meilleur film de fiction revient au film autrichien survitaminé Cops de Stefan A. Lukacs qui nous permet de suivre à travers son intégration au sein d'une unité spéciale de la police aux méthodes plutôt musclées le questionnement d'une jeune recrue confrontée à ses problèmes de conscience. Point de vue original (celui du policier lui-même) sur le sujet des violences policières doublé d'un scénario et d'une réalisation à la hauteur des ambitions du film qui font de ce prix une récompense méritée.

Marie DruckerEnfin, dans la section Séries, le FIPA d'Or de la meilleure musique originale est attribué à Stephen Rae pour Safe Harbour de Glendyn Ivin, série australienne en 4 épisodes de 51 minutes chacun suivant un groupe d'amis en vacances en Indonésie sur leur voilier croisant un bateau de pêche surchargé de demandeurs d'asile en route pour l'Australie où ils retournent. C'est la série brésilienne Sob Pressão (Under Pressure) de Andrucha Waddington et Mini Kerti imaginée (entre autres) par Jorge Furtado qui avait déjà travaillé sur la très belle série La Cité des hommes (qui développait elle-même le film sorti en 2003 devenu culte de Fernando Meirelles La Cité de Dieu), qui rafle à elle seule le FIPA d'Or du meilleur scénario (Jorge Furtado, Lucas Paraizo, Antonio Prata, Marcio Alemão), de la meilleure interprétation masculine (Julio Andrade), de la meilleure interprétation féminine (Marjorie Estiano) et celui de la meilleure série. L'histoire d'un chirurgien brillant ayant perdu sa femme sur sa propre table d'opération accro à l'oxycodone bien décidé à sauver, malgré un manque de moyens criant, tous les habitants des favelas qui franchissent la porte de son hôpital situé en zone périurbaine. Emballé, c'est pesé. Un triomphe pour cette série en 12 épisodes d'une heure chacun à l'image de la philosophie humaniste d'un festival attaché aux problématiques contemporaines qui traversent notre monde.

La cérémonie s'est enfin close sur le très beau documentaire qu'est venue présenter en personne sur la scène de l'auditorium sa réalisatrice, la célèbre journaliste Marie Drucker, Le Courage de grandir, sur des enfants "surdoués" au sein d'une école spécialisée en plein centre de Paris.

Le FIPA 2018 se sera révélé dans l'ensemble un très bon cru qui n'aura pas dérogé à la règle d'une programmation internationale riche et variée faisant la part belle aux sujets de société comme à l'imagination et à l'innovation incessante dont elle se fait un devoir d'être le reflet. Sans oublier un cadre idyllique qui n'a rien à envier à Cannes malgré la saison!

Par Sébastien LAMOTHE

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