DOSSIER : Tops et flops vidéo 2017


Tops et flops vidéo 2017

Comme chaque année, il est temps de faire le bilan du bon et du moins bon de ce que l'on voit sur le marché de la vidéo. Petit tour d'horizon, forcément non exhaustif, de ce qui a retenu notre attention, pour le meilleur comme pour le pire.

Tops :

Comme toujours, le travail des indépendants reste impressionnant. Si la France possède son lot de canards boiteux qui mériteraient d’être achevés d’un coup de carabine pour finir en terrines, le salut est malgré tout définitivement hors des studios. Le marché ultra-concurrentiel de l’Angleterre continue de dérouler à un rythme torrentiel les sorties : Indicator ont consolidé leur rythme de sorties (même si cela implique un peu trop de restaurations datées à notre goût), Arrow enquillent les éditions collectors, Second Run se mettent à sortir de plus en plus de choses, et le BFI (qui sortent des trucs de plus en plus pointus, et c’est tant mieux) et Eureka s’ajoutent à tout cela. Si la branche Arrow Video parait un peu tourner en rond, il reste largement de quoi carboniser sa carte bleue chaque mois. Même Third Window Films sont toujours fidèles au poste, et pourtant, l’année 2017 n’a pas été tendre avec leur fondateur, Adam Torel.

Vous avez une carte Gold ? Ca tombe bien, les Français de Blaq Out, Elephant ou Pathé vous attendent avec encore plus de choses (souvent pas évidentes à sortir). Comme l’année passée, le travail de Pathé de mise à disposition domestique de leurs restaurations de patrimoine force notamment le respect. Banzai restauré en 4K ? Pas forcément un choix très intuitif. Et pourtant. 2 retiennent particulièrement notre attention. D’un côté Memento, avec très peu de sorties cette année en Blu, mais des choix toujours très audacieux, pour des films probablement pas rentables un instant en Blu-ray. Leur faible line-up les rendent discrets, mais ils continuent de faire un travail recommandable en HD. En face, sur un rythme très différent, c’est évidemment Carlotta, dont l’année a été particulièrement faste et chargée de coffrets immanquables : Barbet Schroeder, Lino Brocka, Hou Hsiao-hsien, Alfred Hitchcock, Valerian Borowczyk, sans compter les UCE de To Live and Die in LA et Phantom of the Paradise. Ca va les mecs, tranquille ? Nous pourrons pinailler en trouvant qu’il y a quand même pas mal de portages en provenance de l’Angleterre (notamment Arrow), mais ce serait bouder notre plaisir.

Et les amis de chez Wild Side ? C’est toujours dur de jeter la pierre à un éditeur qui semble de bonne volonté, mais nous aimerions vraiment qu’ils arrêtent de se fourvoyer dans des films dotés que de masters trop anciens. Pour une très belle restauration 4K Fox de L’empereur du Nord, il faut faire avec 10 masters HD vieux de 10 ans. Leurs nouveautés sont bien traitées, c’est donc vraiment dommage que leur partie Patrimoine soit si variable.

 

Vous en voulez encore ? Vous êtes amateurs de films d’horreur / fantastique ? 2017 aura été une année phare dans le domaine, notamment aux USA. Les fous furieux de Vinegar Syndrome continuent de restaurer des choses toujours plus improbables, Mondo Macabro lâchent régulièrement ses trésors cachés (un film fantastico-suspense expérimental letton tourné en Russie en 1991 ?), tandis que Synapse viennent ENFIN de sortir leur restauration 4K fabuleuse de Suspiria. Pendant ce temps, Arrow continuent sur leur bonhomme de chemin : The Thing, Carrie, The Crazies, Pieces, The Slayer, Re-Animator, L’oiseau au plumage de cristal, Phenomena, Raising Cain...

Ces éditions collectors (limitées et chères mais souvent avec une excellente valeur ajoutée) sont d’ailleurs la grosse tendance actuelle du marché. Elle a ses inconvénients, forçant souvent à ne pas attendre avant d’acheter (sous peine de voir l’édition s’épuiser) et à ne plus pouvoir gérer son rythme d’achat mais au contraire d’être obligé de coller aux dates de sorties. Du coup, pas le temps d’attendre une baisse de prix : acheter vite, c’est acheter cher. Cependant, il faut bien avouer qu’une bonne partie de ces éditions ont un cachet indéniable et renferment une véritable plus-value éditoriale. Dans cette période où le dématérialisé prend de plus en plus de place, ces éditions semblent rappeler (pour reprendre le bel hommage de Josh Katz écrit sur blu-ray.com à ce propos) la présence de l’art cinématographique. Elles sont là pour rappeler le poids culturel de ces œuvres et l’attention qu’elles demandent. Elles sont présentes. Elles prennent de la place. Il faut en prendre soin.

 

Top sorties 2017 : Patrimoine :

Coffrets Carlotta (France) : Barbet Schroeder / Hou Hsiao-hsien / Alfred Hitchcock

5x Henri Georges Clouzot : Les diaboliques et Le salaire de la peur (TF1 / France) / Le corbeau, Quai des orfèvres et La prisonnière (Studio Canal / France)

Suspiria (Synapse / USA)

L’oiseau au plumage de cristal / The Thing / Carrie (Arrow / Angleterre)

Liquid Sky (Vinegar Syndrome / USA)

The Lady from Shanghai / Hardcore (Indicator / Angleterre)

Tampopo / Barry Lyndon (Criterion / USA)

Drunken Master / Coffret Buster Keaton (Eureka / Angleterre)

Valmont / Et au milieu coule une rivière (Pathé / France)

Mulholland Drive (Studio Canal / France)

 

Top 10 sorties 2017 : Nouveautés :

Grave (Wild Side / France)

Get Out (Universal / France)

Man on High Heels / Aquarius (Blaq Out / France)

Les gardiens de la galaxie 2 (Disney / France)

The Strangers (HK Video / France)

Le complexe de Frankenstein (Carlotta / France)

Song to Song / John Wick 2 (Metropolitan / France)

Le fondateur (Studio Canal / Angleterre)

Stockholm My Love (BFI / Angleterre)

 

Flops :

Celluloid-Angels : C’est mal de tirer sur l’ambulance, mais malheureusement, tout ce que nous avions prédit à l’époque s’est produit : certains projets sont repoussés sans cesse, la plupart n’atteignent jamais leurs objectifs, et ceux qui les atteignent n’y arrivent pas sans avoir recours à des mécènes non anonymes.

Criterion UK : C’est probablement un peu sévère de les mettre dans le flop, mais il faut avouer que nous avons du mal à comprendre comment est gérée la branche UK de l’éditeur New Yorkais. Le nombre de titres sortant en Angleterre est trop faible (2 par mois, contre 6 aux USA), les sorties sont un mélange de titres anciennement parus aux USA et de sorties simultanées UK / USA, quand ce ne sont pas des titres déjà parus il n’y a pas si longtemps que ça en Angleterre (les Tarkovski par exemple). Du coup, après un lancement franchement catastrophique et l’absence d’une montée visible en puissance, nous nous demandons comment l’éditeur espère percer dans un marché anglo-saxon déjà ultra-concurrentiel.

Les masters obsolètes et restaurations foirées : Nous aimerions ne plus jamais en parler, mais le marché continue de nous ressortir des vieux nanars vendus 20€ ou 25€ en Blu-ray alors que les sources sont totalement obsolètes. Pire encore, certaines restaurations récentes sont tout bonnement abominables, le cas le plus notoire étant la très récente restauration 4K de Terminator 2 : filtrée jusqu’à la lie et vidée de toute texture, la restauration est un épouvantail qui ne devrait tromper personne, mais qui réussit pourtant à plaire jusqu’à certains testeurs professionnels. Pas étonnant donc que ces techniques destructrices soient encore utilisées.

Cerise sur le gâteau : certains éditeurs qui nous vendent des « restaurations faites par leurs équipes » alors qu’en fait, une simple passe de nettoyage automatique (qui dégraine le film au passage) est effectuée sur le seul master HD disponible depuis 15 ans. A ce niveau-là, ça mériterait des procès pour publicité mensongère. Et dire que ces gens servent de têtes d’affiche professionnelles au Festival Lumière…

Enfin, difficile de ne pas aussi discuter des étalonnages effectués actuellement par certains laboratoires, et dont il reste, année après année, restauration après restauration, compliqué de penser que tous ces films sont censés avoir ici le même aspect jauni passé, là le même rendu bleu métallique moderne. Si les explications fournies par l’équipe technique des laboratoires Eclair (que nous remercions à nouveau en passant) sur les films en noir et blanc nous paraissent compréhensibles (même si elles ne nous ont pas convaincu), voir Arrow refaire totalement étalonner la toute nouvelle restauration de L’arbre aux sabots (dont les talents l’ayant supervisée sont pourtant indéniables) alimente l’idée qu’il y a quelque chose de très étrange derrière tous ces films très très variés mais qui sortent de ces laboratoires avec les mêmes types d’étalonnage.

L’UHD : Sans polémiquer sur l’apport technologique du format, la politique marketing de l’industrie est absolument désastreuse. Entre méthode Coué répétant en cœur des prévisions largement au-dessus de la réalité des ventes, comparaisons biaisées avec le lancement du Blu-ray, sources upscalées faute d’un pipeline de production adapté, démultiplication des normes et changement de fusil d’épaule niveau argument technologique (fini le 4K, vive le HDR), nous imaginons mal le format faire autre chose que ce qu’a fait le Blu-ray : réussir difficilement à atteindre, l’espace d’un temps, 15 à 20% du marché physique. Marché physique en bien plus mauvais point qu’à l’époque. Bref : bon courage les mecs, pour continuer de se voiler la face, c’est par là. Nous regrettons aussi (sans vouloir juger de façon prétentieuse les collègues) que, malheureusement, de trop nombreux sites spécialisés se contentent de reprendre en cœur les chiffres et prévisions optimistes de l’industrie sans jamais les re-contextualiser. Résultat : l’impression d’être face à des publi-communiqués plutôt qu’à un relai journalistique spécialisé. Autant dire que nous restons pour le moment perplexes.

Ce n’est pas forcément mieux côté testeurs spécialisés, où l’on s’extasie régulièrement quand le Digital Intermediate est en 4K et on ronchonne quand il est en 2K. Sauf que la réalité est trop complexe pour adopter cette lecture binaire, vu que virtuellement aucun film n’est intégralement créé en 4K. Rogue One a un DI 4K, sauf que tous les effets spéciaux ont été générés en 2K. Hitman & Bodyguard ? Si le DI est en 4K, le film a été tourné en 3.4K ! Le pire dans l’affaire est que cet aspect était connu avant même le lancement du format sur la marché (avec l’affaire The Martian, où la FOX a essayé de se justifier sur le fait que le film sortait en UHD mais restait partiellement upscalé), mais côté testeurs, malgré tout, la superficialité de certaines analyses demeurent (mais après tout, si on en est encore à croire qu’il a été super utile que les bonus de Dunkerque soit sur un disque dédié alors que le disque du film n’est utilisé qu’à 60%...).

Le fiasco des coffrets des rétrospectives Melville et Clouzot : Nous espérions de simples coffrets Blu-ray, à la Almodovar. A la place, Melville a droit à un coffret mélange de nouvelles et anciennes restaurations en Blu et même de vieux nanars en DVD, tandis que Clouzot n’a même pas droit à un coffret Blu-ray du tout (il faut donc faire ses emplettes avec les éditions individuelles). Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Voilà ce ce qui arrive quand l’ensemble des ayant-droits ne joue pas le jeu : c’est le consommateur qui paie les pots cassés. Trop sympas, fallait pas.

Par Rémy Pignatiello