DOSSIER : The Neon Demon : une bande originale exceptionnelle!


The Neon Demon : une bande originale exceptionnelle!

Si The Neon Demon restera dans les mémoires cinéphiles, il le devra en grande partie à sa bande originale, disponible en CD ou en bonus à l'édition collector du film. Depuis trois films, Nicolas Winding Refn collabore avec Cliff Martinez. Leur tandem s’est particulièrement illustré avec Drive, où la bande originale avait également fait des ravages. Dans le film suivant, Only God forgives, elle s’était fait plus discrète, tout comme le film lui-même. Avec The Neon Demon, la musique est à nouveau l’un des éléments centraux du film.

Si The Neon Demon est sans conteste la B.O. de l’année et se trouve être idéale à écouter chez soi, l’idéal serait quand même de l’écouter à plein volume dans l’infrastructure d’une grande salle de cinéma.

Cliff Martinez avait surtout travaillé auparavant avec Steven Soderbergh pour des films comme Sexe, mensonges et vidéo ou Solaris, où son apport avait déjà été remarqué. Ancien batteur des Red Hot Chill Peppers, il s’est depuis reconverti dans la musique de film, où son style se spécialise dans la musique électronique, à base de synthés et de samples. Or sa célébrité a pris un tout autre essor avec Nicolas Winding Refn, car la conception de la musique de film de ce metteur en scène consiste à mettre la musique à fond, en avant, alors que la plupart des réalisateurs se contentent de l’utiliser en fond sonore d’appoint. Chez Refn, la musique est parfois le centre d’attraction de la séquence, à égalité avec l’image, voire même avant.

Si dans la B.O. de Drive, les titres les plus connus étaient les chansons électro-pop de Kavinsky ou de College, Cliff Martinez enrobant l’ensemble par des intermèdes instrumentaux, la B.O. de The Neon Demon consacre le véritable triomphe de Cliff Martinez. Certes il subsiste encore quelques morceaux extérieurs à sa B.O. (mais qui s’y fondent complètement) : trois exactement, deux de Julian Winding, le neveu de Refn, Mine, une chanson pop qu’on croirait à tort interprétée par Elle Fanning, The Demon Dance, incroyable morceau d’electro dance, et Waving Goodbye, un morceau de Sia, la chanteuse qu’on ne présente plus, depuis qu’elle nous a tiré un torrent de larmes sur la séquence finale de Six Feet Under, l’une des meilleures séries des années 2000. Nicolas Windig Refn confesse avoir rencontré Sia dans un avion et lui a ainsi demandé les droits de sa chanson qui sert de beau générique de fin au film.

Pour le reste des 20 autres titres, Cliff Martinez règne en maître, avec son mélange intriguant de synthés, d’infra-basses (on devrait parler de supra-basses, tant elles prédominent), et ses notes de claviers qui viennent ponctuer de manière inattendue la texture sonore (surtout dans les remarquables Neon Demon, Messenger walks amongs us et Are we having a party?). Cliff Martinez est partisan comme Brian Eno du Less is more et ses arrangements fonctionnent donc sur un nombre assez limité de notes, la répétition en devenant au fur et à mesure obsédante. La plupart des morceaux sont calmes et intimistes, avec quelques embardées électro qui nous chavirent le cœur à chaque fois. Certaines notes sont tellement martelées qu’elles semblent même s’imprimer à-même notre esprit. Si The Neon Demon est sans conteste la B.O. de l’année et se trouve être idéale à écouter chez soi, l’idéal serait quand même de l’écouter à plein volume dans l’infrastructure d’une grande salle de cinéma. Dans ces conditions, elle emplit réellement tout l’espace, résonne dans notre cerveau et laisse une impression réellement inoubliable.

Par David Speranski