DOSSIER : Westworld: le Season Finale


Westworld: le Season Finale

Westworld vient de s’achever avec l’un des plus époustouflants Season Finales que l’on ait jamais vus, battant des records d’audience à cette occasion. HBO est connue pour laisser ses showrunners assez libres quant à la durée de leurs épisodes : le dernier épisode de la saison 6 de Game of Thrones, Les Vents de l’hiver, durait 1h09 ; bien auparavant, le tout dernier épisode de The Wire, La Vie des Rois, faisait 1h17. Néanmoins, avec l’heure et demie de L’Esprit bicaméral, c’est sans doute la première fois qu’un épisode de série fait tout simplement la durée d’un long métrage. Annoncé à grands renforts de publicité comme un événement, ce Season Finale a tenu toutes ses promesses, voire au-delà, ce qui est extrêmement rare. Examinons donc pourquoi. ATTENTION DONC SPOILERS !

Ecrit par Lisa Joy et Jonathan Nolan, réalisé par Jonathan Nolan, ce dernier épisode de la saison 1 boucle la boucle par rapport au premier qui était déjà réalisé par la même équipe et affichait déjà une durée non conventionnelle, environ 1h05. Il baigne tout autant dans la même ambiance onirique et fantasmatique, annoncée dès la première réplique prononcée par Dolores (extraordinaire Evan Rachel Wood), le plus ancien hôte de Westworld, robot ayant l’apparence parfaite d’un être humain : « Je suis dans un rêve. Je ne sais pas quand il a commencé. Ni qui fait ce rêve. Je sais seulement que j’ai dormi longtemps. Et puis un jour je me suis réveillée. » Mélange subtil entre Belle au bois dormant et Alice au pays des merveilles (le physique diaphane d’Evan Rachel Wood et sa robe bleue ne peuvent que l’évoquer), Dolores a pour mission de nous entraîner dans l’univers surprenant de Westworld.

Westworld ne reparaîtra qu’en 2018, soit deux ans plus tard. Le show étant prévu pour durer 5 saisons au minimum, il pourra tenir en haleine environ dix ans, d’autant plus qu’Evan Rachel Wood a prévenu que la saison 1 n’était en fait qu’un prélude aux événements qui vont se dérouler.

Les révélations pleuvent en pagaille lors de ce dernier épisode. Sélectionnons-en quelques-unes. Tout d’abord, le coup de génie de Jonathan Nolan est d’avoir raconté toute sa saison en suivant trois timelines différentes sans même l’avoir annoncé. Trois et non point deux, comme les internautes l’avaient deviné. L’univers de Westworld comportait une dimension temporelle supplémentaire qu’ils ne pouvaient soupçonner : 1) 1ère timeline, le présent, situé en 2052, où le conseil d’administration de Delos s’apprête à renvoyer Richard Ford, le créateur du parc Westworld et où Dolores vit des aventures avec l’Homme en noir (Ed Harris). 2) 2ème timeline, le passé, situé en 2022, où William, un riche homme d’affaires, accompagné de Logan, son supérieur hiérarchique et beau-frère, vient passer des vacances à Westworld et rencontre Dolores dont il tombe passionnément amoureux. 3) 3ème timeline, en 2017, avant l’ouverture du parc, lorsque Arnold, le cocréateur de Westworld, souhaite ne pas l'ouvrir contre l’avis de Richard Ford. On savait Jonathan Nolan expert à jongler avec les dimensions temporelles, cf. Memento, film de son frère Christopher dont il a co-écrit le scénario ou encore Person of Interest qui se balade allégrement entre 2001, 2006 et 2011. Mais l’idée de génie est d’avoir effacé tous les repères temporels et raconté l’histoire comme si les trois timelines n’en faisaient qu’une. Chez Alain Resnais, c’était aussi souvent le cas mais la différence entre les timelines étaient extrêmement marquées, permettant de s’y retrouver instantanément alors que dans Westworld, elles ne sont perceptibles que pour les spectateurs les plus attentifs.

Les internautes avaient deviné que William et l’Homme en noir n’étaient qu’une seule et même personne mais ne pouvaient imaginer l’existence de la troisième timeline. Dans celle-ci, l’effarement est complet lorsqu’on découvre que Arnold (clin d’œil discret à Schwarzenegger, interprète légendaire de Terminator, l’un des premiers robots exprimant des sentiments humains) n’a pas été tué par Richard Ford. Il ne s’est pas non plus suicidé, comme l’indiquait la version officielle de l’histoire mais a été tué par Dolores. Certes il lui a donné cet ordre, ce qui équivaut sans doute à un suicide, dans l’intention d’obliger Richard Ford (Ford comme Henry Ford, l’industriel qui a mis en place un mode de production en série fondé sur le principe de l’assemblage en ligne, préfigurant la construction de robots) de ne jamais ouvrir le parc. Arnold s’était rendu compte que les hôtes, en particulier Dolores, pouvaient avoir accès à une forme de conscience, ce qui représentait une forme de danger et qu’il était préférable en bons scientifiques et expérimentateurs, d’observer tranquillement les hôtes progresser.

La grande révélation réside aussi dans l’identité de Dolores qui a été fusionnée avec celle de Wyatt, ce qui était à peu près impossible à deviner. Le grand méchant de l’histoire était donc la créature angélique qui nous servait de guide dans cette intrigue. Ange et démon, Dolores cloue ainsi le téléspectateur, et Evan Rachel Wood parvient à passer en un éclair d’une douceur trompeuse à une vivacité démoniaque. Dolores est vivante, ce qu’avait senti Arnold, et a accédé à la conscience.

Une autre grande révélation, impossible à deviner, est en fait que le Labyrinthe, si âprement recherché par Dolores et L’Homme en noir, n’est pas un emplacement physique mais une représentation symbolique de la conscience. Arnold a en effet découvert que la conscience n’est pas une structure pyramidale mais au contraire labyrinthique, repoussant aux bords du Labyrinthe la folie.

Annoncé à grands renforts de publicité comme un événement, ce Season Finale a tenu toutes ses promesses, voire au-delà, ce qui est extrêmement rare.

Enfin un point d’interrogation demeurait : qui reprogrammait les hôtes avec le code d’accès d’Arnold ? La vérité n’est pas formulée explicitement mais se déduit de l’intrigue. Arnold ? Impossible, il est mort et ne peut agir de son cercueil. Dolores ? Impossible aussi, elle vient tout juste de réaliser qu’elle peut accéder à la conscience. Ne reste qu’une seule solution, Richard Ford (impérial Anthony Hopkins). Alors que les membres du Conseil d’administration de Delos s’apprêtent à le pousser à la retraite, il met en scène son dernier scénario et avoue qu’il s’était trompé 35 ans auparavant. Arnold avait raison : les robots peuvent accéder à la conscience et par conséquent devenir humains. Ford écrit donc son dernier scénario en fonction de cet élément : il planifie l’évasion de Maeve dans ses moindres détails (alors qu’elle pensait être maîtresse de son propre destin) et la fait libérer les hôtes mis hors service ; il laisse une arme à disposition de Dolores afin qu’elle s’en serve contre lui ; il programme ainsi la révolte des robots contre les humains et le carnage lors de la soirée du Conseil d’administration. En se faisant tuer par Dolores, il triomphe en fait car tout se passe jusqu’à la fin exactement comme il l’avait prévu.

La saison 2 portera donc sans doute sur ce qui survivra de Delos, la société qui finance le parc, et comment Westworld sera géré en l’absence de Richard Ford. Elle pourra même se développer en montrant les autres univers existant dans le film originel de Michael Crichton (l’Antiquité romaine, le Moyen-Age), voire d’autres (les samouraïs entrevus un instant par Maeve et ses acolytes). Quoi qu’il en soit, Westworld sera très attendue pour sa deuxième saison mais aura sans doute un fonctionnement atypique : alors que les autres séries présentent leurs saisons chaque année, Westworld ne reparaîtra qu’en 2018, soit deux ans plus tard. Le show étant prévu pour durer 5 saisons au minimum, il pourra tenir en haleine environ dix ans, d’autant plus qu’Evan Rachel Wood a prévenu que la saison 1 n’était en fait qu’un prélude aux événements qui vont se dérouler. En attendant, on pourra se repasser en boucle, c'est le cas de le dire, cette saison 1 et surtout ce Season finale étourdissant. Chef-d'oeuvre, vous avez dit chef-d’œuvre ? Oui, chef-d’œuvre.

Par David Speranski