DOSSIER : Robert Zemeckis, un cinéaste en quête d'exploration.


Robert Zemeckis, un cinéaste en quête d'exploration.

Véritable touche à tout du cinéma, Robert Zemeckis a su s'imposer comme un réalisateur majeur du 7è art, marquant toutes les générations de cinéphiles depuis les années 80'. Tantôt créateur d'une des sagas majeures du 20è siècle, tantôt technicien hors pair de l'animation de cette première décennie du 21è siècle, autant l'avouer, il s'essaie à tous les formats. Tous les genres y passent, de l'adaptation à la grande aventure. Jusqu'ici le genre historique était encore certainement le seul qu'il n'avait pas abordé. Même si ses derniers choix frôlent la facilité avec un drame de haute voltige dont le héros est un alcoolique notoire ou plus récemment en traitant d'une histoire vraie, sa vision des choses surprend toujours. Alors lorsqu'il s'attaque à la Seconde Guerre Mondiale, ou plus précisément la guerre la plus cinématographiquement connue et revue, l'espoir et la curiosité subsistent encore. L'occasion pour nous de vous proposer un petit retour vers le passé de ce cinéaste incroyable.

 

À la poursuite du Diamant Vert : Pour l'amour de l'aventure.

Tout commence dans un restaurant new-yorkais où Michael Douglas déjeune tranquillement. Les années 80 s'éveillent paisiblement, l'acteur sort des années de la série Les Rues de San Francisco avec Karl Malden. La fameuse série a braqué les lumières sur le jeune Michael, fils de la superstar du grand Hollywood, Kirk Douglas. Jeune, beau et ambitieux, Michael Douglas connaît le système sur le bout des ongles. Il n'est pas un simple acteur, mais un producteur avisé. En 1975 en pleine production de sa série, il parie sur l'adaptation d'une pièce autrefois jouée par son père à Broadway, Vol au-dessus d'un nid de coucou. Son père a les droits, mais ne peut reprendre le rôle, trop âgé. Produit pour 3 millions de dollars sous la supervision de Milos Forman avec Jack Nicholson dans le rôle titre, le long-métrage va devenir le plus gros succès des années 70 et un classique du cinéma avec de multitudes récompenses dont les cinq oscars majeurs.

A la poursuite du Diamant Vert - Image 1De tels paris, Douglas Fils en fera peu dans sa carrière. Il va vite se recentrer sur sa position d'acteur. Mais au début des années 80, dans ce restaurant de New-York, une serveuse se présente à lui avec l'idée de Romancing the Stone. L'histoire d'une romancière qui doit rapporter à sa sœur, kidnappée en Colombie, une carte que lui a expédiée le mari de cette dernière peu avant qu'il soit retrouvé mort. Après s'être trompé d'autocar à l'aéroport, elle rencontre un aventurier nommé Jack Colton. Celui-ci devine que la carte décrit la cachette d'un trésor qu'ils vont se mettre à chercher ensemble : le diamant vert.
En échange de cette idée aguichante, l'acteur-star lui offre une Porsche flambant neuve. Quelque mois plus tard, la jeune femme trouvera la mort dans une sortie de route avec son compagnon ivre au volant. Elle avait 39 ans.

À la Poursuite du Diamant Vert sera son premier succès populaire et la bascule de sa carrière, un véritable tremplin l'emmenant vers Retour vers le Futur l'année suivante.

Contrairement à son initiatrice, À la Poursuite du Diamant Vert va être une chance pour Michael Douglas, mais aussi pour Robert Zemeckis. L'acteur tout d'abord ne peut compter sur une filmographie glorieuse. À la Poursuite du Diamant Vert sera son premier succès populaire engendrant même une suite, Les Diamants du Nil avec la même équipe, sans Robert Zemeckis. Le réalisateur lui aussi n'a travaillé sur rien de vraiment concret. Il peut simplement compter sur le soutien de sa bande d'amis composé de Steven Spielberg, Joe Dante et Francis Ford Coppola. Romancing The Stone va être la bascule de sa carrière. Succès populaire donc, mais véritable tremplin l'emmenant vers Retour vers le Futur l'année suivante.

À la Poursuite du Diamant Vert ne recèle rien de fulgurant en terme de mise en scène. Robert Zemeckis s'applique à livrer le produit demandé par Michael Douglas. Le long-métrage est la conjugaison des genres : de l'aventure exotique, de l'humour grand spectacle et de l'action effrénée. Le duo Zemeckis/Douglas reprend à leurs comptes la recette miracle des Aventuriers de l'Arche Perdue de Steven Spielberg. Le genre aventure retrouve ses galons de grands spectacles à l'orée des années 80 grâce à Indiana Jones. Michael Douglas surfe sur cette mode avec succès permettant à Zemeckis d'exploser. Le film est un véritable succès remportant près de 116 millions de dollars au Box Office internationale après une mise de 10 millions de dollars.

Le long-métrage est la conjugaison des genres : de l'aventure exotique, de l'humour grand spectacle et de l'action effrénée.

Dans la veine d'Indiana Jones, repris aussi plus tard par les aventures d'Allan Quatermain avec Richard Chamberlain et Sharon Stone, À la Poursuite du Diamant Vert repose essentiellement sur le couple star formé à l'écran par Kathleen Turner et Michael Douglas. L'actrice découverte par Francis Ford Coppola dans Peggy Sue s'est Mariée incarne Joan Wilder, une « Bridget Jones » des années 80 rêvant sa vie à travers l'écriture de ses romans à succès. Par les mésaventures de sa sœur en Colombie, elle se coltine Jack Colton (M.Douglas) après un accident de bus qui va l'accompagner à la poursuite d'une carte et du diamant vert. Couple dysfonctionnel comme les affectionnent les années 80 (Indiana Jones ; Comme un Oiseau sur la Branche), Romancing The Stone s'aventure comme une comédie exotique où le couple star sera en permanence poursuivi. Le film mis en scène par Robert Zemeckis est une course poursuite essoufflante ne perdant jamais son rythme tendu. Il y aura notamment cette célèbre poursuite dans la jungle après la première rencontre et cette poursuite en voiture sur les hauts plateaux colombiens entre l'armée et Little Mule.

A la poursuite du Diamant Vert - Image 2À la Poursuite du Diamant Vert est le résultat parfait d'une idée géniale et de la passion d'un réalisateur. Le film est un hommage permanent des productions du grand Hollywood. Un couple star vivant une aventure extraordinaire se concluant sur une magnifique histoire d'amour. Tout se joue par avance dans l'introduction utopique de Joan Wilder écrivant les derniers mots de son nouveau roman. Elle pleure à chaudes larmes sans trouver de mouchoirs. À la Poursuite du Diamant Vert est un rêve de cinéma, le cinéma dans ces nobles lettres. Une aventure dépaysante, des acteurs charismatiques, de l'amour et des méchants sombres. Steven Spielberg exploite l'idée à merveille pour la série des Indiana Jones, Robert Zemeckis a profité du filon avec dynamisme et talent pour un classique du cinéma des années 80, de ceux que l'on découvre enfant et qui ne nous quitte plus, comme un patrimoine transmis de génération en génération, de ces programmes que l'on regarde en famille, de la même façon que Retour vers le Futur, Roger Rabbit, Forrest Gump ou Le Pôle Express.

 

Mathieu Le berre

La Trilogie Retour vers le Futur : une merveilleuse histoire du temps

« Tu es en retard ! Le temps ne signifie rien pour toi ? » (Doc Brown, Retour vers le futur). Aujourd’hui la Trilogie Retour vers le Futur est devenue un classique et sans doute l’ensemble de films grâce auquel Robert Zemeckis restera dans l’histoire du cinéma, bien plus que pour Forrest Gump pourtant oscarisé, car cette trilogie de films n’a pas pris une ride, manifestant le même niveau d’inventivité, de cocasserie et d’hilarité jubilatoire qu’au premier jour et s’inscrivant très profondément dans l’inconscient collectif.

Retour vers le Futur ICe qui frappe aujourd’hui, en revoyant la trilogie, au-delà de la nostalgie très forte pour les années 80, voire pour les années 50 et des éléments de fétichisme comme la DeLorean ou le skateboard de Marty McFly, c’est le côté prophétique, quasiment visionnaire de ces films, en particulier le premier et le second. Dans le premier Retour vers le Futur, Il n’est pas interdit de voir en Goldie Wilson, l’employé noir de cafétéria en 1955, devenu maire de Hill Valley trente ans plus tard, à force de travail et d’études, une préfiguration de Barack Obama qui a très certainement vu ces films et y a peut-être perçu un encouragement, alors que l’idée d’un président noir des États-Unis était inconcevable dans les années 80. Dans Retour vers le Futur II, il est impossible en voyant les tours Biff élevées dans la réalité alternative de 1985 engendrée par l’utilisation de l’almanach sportif par Biff Tannen, le grand ennemi des McFly, de ne pas y voir plus qu’une allusion directe aux tours Trump. Quand on sait que Trump est désormais l’homme le plus puissant du monde, cela fait rétrospectivement froid dans le dos. Ronald Reagan, cité nommément dans une des répliques du premier film de la trilogie, avait pressenti cette dimension politique et visionnaire et lui a dans une certaine mesure rendu hommage en citant explicitement le film dans son Discours de l’État de l’Union en 1986 : "Là où on va, il n'y a pas besoin de routes."

Si Retour vers le Futur est un classique absolu, on passe sans doute au chef-d’œuvre avec Retour vers le Futur II qui réussit l’exploit d’être plus court, plus dense et plus virtuose.

Pourtant le chemin a été semé d’embûches pour Zemeckis et son coscénariste et producteur Bob Gale. Dans une réalité alternative, Retour vers le Futur a bien failli s’appeler L’Homme de Pluton et Marty McFly aurait pu être interprété par Eric Stoltz. Dans cette hypothèse, il aurait fini oublié parmi des tonnes de DTV et cet article n’existerait même pas. Si Gale et Zemeckis ont pu mener à bien leur projet, c’est surtout grâce à Steven Spielberg qui a pesé de tout son poids pour le maintien du titre originel et a insisté pour remplacer le réfrigérateur prévu pour le voyage dans le temps par une DeLorean infiniment plus fantasmatique.

Retour vers le futur IISur le fond, Retour vers le Futur reste indépassable, même et surtout aujourd’hui, car tout repose sur une idée géniale de Bob Gale : et si en ayant le même âge que ses parents, on faisait connaissance avec eux jeunes, pensée qui a traversé tout adolescent par rapport à ses parents. De là s’ensuit le paradoxe temporel du grand-père (un voyageur temporel se projette dans le passé et tue son grand-père avant même que ce dernier ait eu des enfants. De ce fait il n'a donc jamais pu venir au monde. Mais, dans ce cas, comment a-t-il pu effectuer son voyage et tuer son grand-père ?) : dans le premier volet, Marty empêche ses parents de se rencontrer. Doc ordonne alors à Marty, sous peine d’ailleurs qu’il n’existe plus dans cette réalité modifiée, de rétablir la situation en provoquant un flirt entre ses parents au bal.

Cette situation présente une inversion intéressante du complexe d’Œdipe : contrairement à la figure tragique grecque de Sophocle, Marty ne veut pas tuer son père et faire l’amour à sa mère, mais au contraire promouvoir son père, George McFly, et repousser les avances de sa mère Lorraine, afin qu’il puisse naître. Cependant, même, ce faisant, quand Marty aura fait se réunir son père et sa mère, il reviendra en 1985 dans une réalité modifiée car de modeste employé, George McFly sera passé au statut d’écrivain reconnu. Marty aura modifié les choses en bien dans sa famille mais il les aura quand même modifiées.

Retour vers le Futur II allie la dimension expérimentale des œuvres d’Alain Resnais première manière et l’aspect fun des productions de divertissement estampillées Spielberg.

Si Retour vers le Futur est un classique absolu, on passe sans doute au chef-d’œuvre avec Retour vers le Futur II qui réussit l’exploit d’être plus court (1h44 contre 1h51), plus dense (trois réalités différentes au lieu de deux) et plus virtuose (les personnages se retrouvant souvent dans les situations temporelles où ils apparaissent déjà). En effet, alors que Retour vers le Futur se contente d’explorer la réalité temporelle de 1955, Retour vers le Futur II, faisant flèche de tout bois, passe la surmultipliée, en présentant la réalité de 2015, la réalité alternative de 1985 (énorme clin d’œil à La Vie est belle de Frank Capra) où Biff Tannen est devenu ultra-puissant et la vie est devenue un enfer à Hill Valley, et un retour à la situation de 1955, pour tenter de récupérer l’almanach à l’origine de la richesse malhonnête de Biff. Parfaitement équilibré, le film attribue une demi-heure à chaque partie et atteint des sommets de folie en faisant interpréter à Michael J. Fox les trois rôles de sa famille de 2015 ou en inscrivant le retour de ses personnages dans les situations de 1955, les faisant apparaître en double exemplaire.

Retour vers le futur IIIIl est ironique de penser que l’orientation de cette suite est principalement dû au caprice financier de Crispin Glover, l’interprète de George McFly, qui a demandé une augmentation de salaire indécente par rapport à ses collègues, ce qui a obligé Gale et Zemeckis de se passer de ses services. D’où le filmage de George McFly, la tête à l’envers en 2015 et sa mort dans la réalité alternative de 1985. Grâce à ce refus, Gale et Zemeckis ont été contraints de redoubler d’inventivité, en créant un monde sans George McFly ou en utilisant les prises du premier film pour le retour en 1955. A eux seuls, les passages du hoverboard en 2015 ou la récupération de l’almanach dans le bureau du proviseur ou dans la voiture de Biff sont des morceaux de bravoure inégalables.

Robert Zemeckis a réussi un classique absolu qui enthousiasmera longtemps les spectateurs du monde entier, en défiant le temps.

D’une certaine manière, Retour vers le Futur II allie la dimension expérimentale des œuvres d’Alain Resnais première manière (Marienbad, Providence, Je t’aime, je t’aime) et l’aspect fun des productions de divertissement estampillées Spielberg.

Il n’en est pas de même avec le troisième volet qui est clairement le film de trop. On aurait pu espérer un volet encore plus délirant avec des personnages allant une deuxième ou troisième fois dans les réalités de 1955 ou 2015, et croisant deux autres exemplaires d’eux-mêmes. Il n’en a rien été : Retour vers le Futur III explore l’univers du western américain et se contente d’une sage exploitation des recettes du premier volet, en y greffant une histoire d’amour un peu superflue entre le Doc et une charmante institutrice, fan de Jules Verne. On retiendra néanmoins quelques éléments amusants, la parodie des westerns de Sergio Leone (Marty McFly se baptise Clint Eastwood) et surtout l’acceptation d’une certaine maturité, le personnage de Marty apprenant enfin à se contrôler lorsqu’une personne, pour le provoquer, le traite de mauviette.

Car, même si Retour vers le futur III, sans être raté, est très largement décevant et superflu, la boucle est bouclée. Le temps est comme Héraclite ou Nietzsche le proclamaient, un éternel retour : dans les trois volets, Biff Tannen se retrouvera dans du fumier ; Marty se fera traiter de mauviette ; il se réveillera également de ce qu’il croit être un cauchemar et apercevra à chaque fois sa mère dans l’obscurité qui le réconfortera. En s’inspirant pour le style de mise en scène des classiques hollywoodiens, Frank Capra et Billy Wilder, Robert Zemeckis a réussi un classique absolu qui enthousiasmera longtemps les spectateurs du monde entier, en défiant le temps.

 

David Speranski

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? : sexe, meurtres et Hollywood au pays de l'enfance

Désormais le bienvenu à Hollywood après le succès populaire de Retour Vers Le Futur, Robert Zemeckis entend bien éduquer ses spectateurs. Trois années s’écoulent après qu’il ait envoyé Marty à 88 miles à l’heure. Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? sort dans nos salles en 1988. Le film raconte les déboires d’un détective privé de Los Angeles, Eddy Valiant, au cœur du système hollywoodien de 1947. Dans un monde où les personnages de dessins-animés sont réels et vivent à Toonville (une zone adjacente à Hollywood), il se retrouve mêlé au cœur d’une enquête impliquant le meurtre d’un célèbre producteur qui aurait été perpétré par le célèbre lapin Roger Rabbit. À la merci du terrible juge DeMort, qui vient d’inventer une mixture permettant de tuer définitivement un toon, Eddy Valiant va devoir prouver l’innocence de Roger en plus de devoir sauver sa peau.

Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? est une déclaration d’amour, une confession avouée de son auteur pour la superbe créativité du cinéma américain durant son âge d’or.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? - Image 1Difficile de résumer l’intrigue du film sans en dévoiler ses innombrables rebondissements. Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? est une déclaration d’amour, une confession avouée de son auteur pour la superbe créativité du cinéma américain durant son âge d’or. Par le biais de ce film, Robert Zemeckis ressuscite les heures de gloire qu’ont connu ses idoles comme Humphrey Bogart et autres Lauren Bacall. Mais plus qu’un simple film permettant à son créateur de réaliser ses fantasmes, Roger Rabbit est une invitation. Sa force de frappe ? Rassembler absolument toutes les générations en proposant énormément de niveaux de lecture. Chaque visionnage devient unique. On redécouvre le film au fil des années. L’enfant rira de bon cœur grâce aux frasques de Roger, l’adolescent découvrira ses premiers émois sexuels avec Jessica Rabbit et l’adulte tremblera de peur devant le constat pro-capitaliste qui gangrène l’univers féérique du film. Et vice-versa. Voilà pourquoi le film s’intensifie à chaque fois qu’on le regarde : chaque regard apporte une appréciation différente. Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? embrouille les codes. Il concilie l’animation avec le drame, le thriller et, parfois même, l’horreur. Même dans la construction de ses propres personnages, Zemeckis ne se facilite pas la tâche. Le cas de bébé Herman en est le plus significatif. À l’écran, il est ce petit chérubin naïf et adorable, mais derrière les projecteurs on se retrouve avec un être criard, possédant les vices d’un quinquagénaire grabataire, machiste et amateur de cigares. Et pourtant, même s’il tue l’illusion que créent les strass et les paillettes, Zemeckis fait rêver malgré tout. Qui n’a jamais désiré rencontrer son héros de cartoon préféré ? Les personnages d’animation sont, bien souvent, les premiers héros que le spectateur côtoie dans sa vie de cinéphile. Ainsi, Robert Zemeckis estime louable que ces mêmes personnages soient acteurs et vecteurs de toutes les émotions ressenties durant toute notre vie.

Qui veut la peau de Roger Rabbit ? - Image 2Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? s’apparente à une thérapie à bien y regarder. Zemeckis crie tout son amour pour une époque de l’industrie qu’il chérit le plus. Placer son film au cœur de l’âge d’or du cinéma hollywoodien lui permet de nous inculquer une certaine leçon de l’histoire du cinéma. Tout est pensé dans les moindres détails. Zemeckis nous incite à aller chercher les films cultes de ces années spécifiques. À la sortie de la séance, nous n’aurons plus qu’une seule envie : celle de nous jeter sur les meilleurs films noirs des années 30 et 40. Zemeckis invoque ses pères. Il leur montre qu’il n’a jamais cessé d’admirer leur travail. Que son enfance a été rythmée par le glamour des plantureuses stars de l’époque, la classe énigmatique des héros torturés, les innovations techniques d’une industrie en pleine ébullition (des mises en scène nerveuses, des cadrages atypiques, des bandes-son aux consonances jazz…) et aussi l’humour bon enfant des cartoons en première partie de séance. Non seulement le film est un remerciement sincère et humble d’un auteur qui n’a pas à rougir de son talent, mais il est aussi la pierre angulaire de ce qui fera la force des films cultes du réalisateur, à savoir revenir sur une époque bien précise et cultiver en divertissant (Forrest Gump demeurant le meilleur exemple puisqu’il retrace bon nombre des événements marquants de l’histoire de l’Amérique moderne).

S’adressant à tous les publics de tous les âges, ce film instruit et divertit en bouleversant sans cesse les codes d’un art plus qu’adoré par son auteur.

Qui Veut la Peau de Roger Rabbit ? est un film qu’il est impossible de ne pas aimer. S’adressant à tous les publics de tous les âges, il instruit et divertit en bouleversant sans cesse les codes d’un art plus qu’adoré par son auteur. Le film grandit avec son public, et rien que pour cette superbe qualité, Robert Zemeckis mérite de figurer au panthéon des plus grands, rien que ça !

 

Anthony Verschueren

La mort vous va si bien : quand Zemeckis trompe la mort

Premier film post-Retour vers le futur de Robert Zemeckis, La mort vous va si bien (Death Became With Her) est une comédie noire où Bruce Willis, Meryl Steep et Goldie Hawn se partagent l’affiche. Une œuvre qui, une fois encore, montre l’amour que porte le réalisateur pour les trucages numériques. Après avoir joué avec le temps durant trois films, fait se rencontrer le monde des Hommes et celui des dessins animés avec Roger Rabbit, Zemeckis trompe en 1992 la mort.

La mort vous va si bienPour faire simple, le film raconte l’histoire d’une écrivaine, Helen Sharp, qui, à chaque fois qu’elle trouve le bonheur, voit sa grande rivale, Madeline Ashton, le lui arracher. Lorsqu’elle perd son futur époux, parti dans les bras d’Helen, elle craque. Après quelques longues années de dépression, Helen revient sur le devant de la scène plus rayonnante que jamais et avec un plan : reconquérir celui qu’elle a aimé et en finir définitivement avec Madeline. Évidemment, rien ne se passera comme prévu, sa jeunesse retrouvée ayant fait une envieuse qui n’a pas manqué de trouver la recette de ce miracle également. Le scénario est l’occasion pour Bruce Willis d’incarner un rôle inhabituel, ce dernier, moustachu et alcoolique, ne contrôlant pas grand-chose. Pour celui qui joue généralement l’archétype de l’homme fort, c’est quand même un changement majeur et appréciable. L’aspect comique du personnage ne manquant pas de s’alimenter de ce contre-emploi. Le duo Meryl Steep / Goldie Hawn, qui se déteste pour notre plus grand plaisir, reste le grand gagnant de La mort vous va si bien : elles livrent une confrontation qui s’avère diaboliquement sympathique. L’autre vedette du film, c’est assurément « la mort » à l’image : ce n’est pas pour rien que le film a gagné en 1993 l’oscar des meilleurs effets visuels. Deux autres récompenses suivront d’ailleurs la même année, pour le même motif. Si on reprochera bien au film des longueurs et une écriture parfois un peu légère, dans l’ensemble cela reste une divertissante comédie burlesque. Mais pas seulement.

Sa critique de la jeunesse éternelle nous parle aujourd’hui bien plus qu’hier, ce qui ne manque pas à cette lumière de donner un côté avant-gardiste au scénario.

En effet il serait peut-être réducteur de limiter le film à son seul aspect comique et visuel. Sa critique de la jeunesse éternelle nous parle aujourd’hui bien plus qu’hier, ce qui ne manque pas, à cette lumière, de donner un côté avant-gardiste au scénario. Sans manquer de cynisme, l’œuvre s’attaque tout justement à cette société qui vénère l’apparence et la superficialité. Le sujet de la vie éternelle et ses conséquences sont également intelligemment mis en avant dans le film. Le plaidoyer de Bruce Willis, lorsqu’il refuse la fameuse potion, se montre toujours convaincant. De même, la fin propose une autre vision de la vie éternelle au travers de la postérité. Une réflexion sur l’immortalité certes partielle, mais qui a le mérite d’exister et de faire de La mort vous va si bien, un divertissement pas seulement drôle, mais également plus ou moins profond. Assez ironiquement, l’œuvre de Zemeckis peine à vieillir, son discours à l’ère de la chirurgie esthétique étant toujours d’actualité et sa réalisation se montrant toujours à la hauteur.

 

Pierre Larvol

Forrest Gump : l'Odyssée de Forrest

« La vie, c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. », disait Madame Gump à son fils. Forrest Gump est l’histoire atypique d’un enfant hors du commun interprété par un Tom Hanks au début d’une carrière brillante. Robert Zemeckis offre ici le portrait émouvant d’un personnage qui a su vivre pleinement sa vie en réalisant chacun de ses rêves malgré son handicap.

La vie à travers ce personnage dévoile un monde idéalisé. Forrest nous conte son histoire comme une vraie aventure. Cette aventure est tellement improbable qu’un homme assis sur le banc ne croit pas qu’il est le créateur de l’entreprise Bubba-Gump. Inspiré par sa seule amie qui s’avère être la seule femme dont il tombe amoureux, son destin extraordinaire est ponctué par des retours sur sa relation avec elle. Le dévouement qu'il a pour les gens qu’il aime est si fort qu’il en est très attachant. C’est un personnage émouvant par sa naïveté.

Au fur et à mesure, le XXe siècle des Etats-Unis s’immisce dans son récit. On suit à travers le passé de Forrest celui d’une Amérique en pleine transition politique.

Le récit se construit comme une odyssée sur le protagoniste. Au fur et à mesure, le XXe siècle des États-Unis s’immisce dans son récit. Il est encré dans une histoire politique par de fausses images d’archives. On suit à travers le passé de Forrest celui d’une Amérique en pleine transition politique, le gouvernement sous Kennedy, la Guerre du Vietnam, les années hippies, les Black Panthers, la démission de Nixon après le complot du Watergate. Son odyssée de Forrest raconte aussi l’ascension économique du pays, la création d’Apple, Nike et de différents symboles américains. L’histoire des États-Unis est racontée par le personnage de façon anecdotique. Il ne voit pas en ces événements leur importance. Ses choix l’amènent vers de grandes choses sans vraiment les provoquer.

Forrest GumpCe film ne propose pas une avancée technologique des procédés cinématographiques comme le réalisateur a pour habitude de faire (Le Pôle Express, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, La Légende de Beowulf). Cependant, il utilise tout de même de nombreux effets spéciaux pour composer ce récit incroyable (l’incrustation de personnage sur des documents d’archives). Il utilise aussi les effets spéciaux pour effacer les jambes du lieutenant Dan. La plume numérisée qui vole introduit l’intrigue. C’est une très belle introduction vers le protagoniste. Cette plume réapparaît à la fin du film comme une boucle qui vient conclure cette aventure spectaculaire. Son chemin est ponctué d’évenements incroyables et d’occasions inestimables, rencontrer Elvis Presley, serrer la main du président. A plusieurs reprises, Forrest semble croire à un dieu puissant capable de contribuer à son ascension humaine. Cette plume n’est pas simplement un objet pour ouvrir et fermer la narration, elle est d’une certaine façon l’incarnation de cette figure théologique dans la vie du protagoniste.

La plume numérisée qui vole et introduit l’intrigue est, d’une certaine façon, l’incarnation de cette figure théologique dans la vie du protagoniste.

Le cinéaste nous décrit l’histoire de Forrest Gump, un être différent doté d’un destin extraordinaire. Ses choix naïfs l’ont amené vers des rencontres improbables venant donner une dimension réaliste à ce récit entièrement fictionnel. Forrest est un protagoniste attachant. L’affection qu’il porte à sa seule amie est la preuve incontestable que si quelqu’un a de la volonté, il peut tout entreprendre. C’est une première réflexion que nous pouvons dégage du film. Ce récit trace tout de même de façon accessoire l’histoire américaine. Ce n’est pas la première fois que Robert Zemeckis s’amuse à ponctuer un univers entièrement fictionnel de symboles américains. On peut penser à sa trilogie Retour vers le futur (1985-1990) sortie avant Forrest Gump. A la différence de plusieurs autres films de la filmographie du réalisateur, celui-ci ne propose pas de nouveaux procédés technologiques pour le cinéma. Il emploie tout de même des effets spéciaux à de très brefs moments pour souligner et inscrire ce portrait dans l’Histoire des États-Unis d’Amérique.

 

Man-Ting Sron

Apparences : soupçons, bains chauds et sueurs froides

Dans la filmographie de Robert Zemeckis, Apparences passe pour un film mineur. Il est vrai qu’on n’en parle pas souvent, le réalisateur étant surtout reconnu pour Retour vers le futur et Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Apparences est pourtant une œuvre passionnante, exercice de style confinant au virtuose dans lequel le cinéaste s’essaie au thriller sous influence hitchcockienne.

ApparencesImpossible en effet de ne pas penser à Fenêtre sur cour, Psychose, Sueurs froides et même Soupçons à la vision d’Apparences (qui soit dit en passant a été écrit par Clark Gregg, l’agent Coulson de Marvel’s Agents of SHIELD). On y suit Claire Spencer, femme au foyer vivant dans une maison au bord d’un lac avec son mari Norman. Ayant abandonné la musique pour que Norman, brillant scientifique, puisse se consacrer à ses recherches, elle se retrouve tous les jours seule dans sa maison alors que leur fille est partie vivre à l’université. S’ennuyant, encore traumatisée par un accident de voiture survenu l’année passé, elle épie ses voisins, couple qui ne cesse de se disputer. Aussi quand la femme du voisin disparaît, elle ne tarde pas à s’imaginer que celui-ci l’a tuée et s’est débarrassée du corps. Son inquiétude et sa paranoïa ne font qu’augmenter alors que Claire entend des bruits étranges dans la maison : des portes qui claquent, un bain qui coule tout seul, de la buée qui écrit des mots sur le miroir… Forcément Claire ne tarde pas à s’imaginer que ces manifestations proviennent du fantôme de la voisine assassinée. Mais quand celle-ci réapparaît, vivante et souriante, Claire commence à douter. Serait-elle folle ? Ou bien doit-elle découvrir un secret plus profondément enfoui ?

Apparences est pourtant une œuvre passionnante, exercice de style confinant au virtuose dans lequel le cinéaste s’essaie au thriller sous influence hitchcockienne.

De cette intrigue faite de paranoïa, de sursauts et d’angoisse, Robert Zemeckis en tire le meilleur. Technicien hors-pair, le réalisateur s’amuse à faire des clins d’œil à Hitchcock jusque dans la partition musicale d’Alan Silvestri, largement influencée par le travail de Bernard Herrmann. Jouant sur les reflets (et donc sur les apparences), ceux des miroirs (celui de la salle de bain, celui des rétroviseurs) et ceux de l’eau (celle du bain, du lac), Zemeckis construit un thriller habile où il s’évertue à montrer son aisance à s’adapter à tous les genres. La première partie du film, uniquement bâtie sur la tension et le mystère, est particulièrement savoureuse et ce d’autant plus que Michelle Pfeiffer y est parfaite. Affichant une superbe quarantaine, l’actrice est une digne héritière hitchcockienne, à l’image de Grace Kelly, Kim Novak ou Tippi Hedren, aux allures fragiles mais à la forte personnalité. Si Claire est au début très passive, elle fait énormément bouger les choses, s’imposant comme le moteur du récit.

Apparences - Image 2La deuxième partie du film tient un peu moins bien la route, notamment dans son tout dernier quart d’heure, largement capillotracté. Au fur et à mesure que le mystère des manifestations étranges se dévoile, le récit perd un peu de sa force. Mais reste tout de même sacrément habile et passionnant, notamment parce qu’on y trouve Harrison Ford dans un contre-emploi total où l’acteur se montre une fois de plus impeccable et hautement charismatique.

Zemeckis construit un thriller habile où il s’évertue à montrer son aisance à s’adapter à tous les genres.

Cette dernière partie n’en est pas moins de haut vol grâce au travail que Zemeckis effectue dessus. Le réalisateur multiplie les mouvements de caméra, les compositions de plan audacieuses, y inclut des indices subtils sur la suite et se montre parfaitement à l’aise, se prêtant à cet exercice de style avec malice. Le réalisateur connaît ses références, a suffisamment de bouteille pour s’amuser et sait entretenir une tension à partir d’un rien. S’il n’est pas forcément le grand thriller qu’il aurait pu être, Apparences est un terrain de jeu idéal pour un cinéaste sans cesse en quête de renouvellement, de frissons et d’aventures. Une fois de plus, Robert Zemeckis y montre toute sa maestria en toute simplicité et sans les excentricités qui suivront, parvenant à nous faire sursauter simplement en filmant une porte qui claque et un bain qui coule. Ce qui est, reconnaissons-le, franchement très fort.

 

Alexandre Coudray

Seul au monde : « Survivre est relativement facile ; c’est vivre qui est difficile »

Robert Zemeckis a toujours su se démarquer par des histoires originales – impossible de renier aujourd’hui le statut culte et la brillance scénaristique de la saga Retour vers le futur – mais surtout par une capacité à travailler l’image en profondeur, comme en témoignent Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et son mélange d’animation et de prises de vues réelles, Forrest Gump et ses images d’archives détournées ou encore le plus récent Pôle Express, tourné principalement grâce à la technique de la « performance capture ». Avec Seul au monde, sorti en 2000, Zemeckis calme un peu ses ardeurs et livre un film plus posé et réfléchi, et surtout plus apte à interroger le spectateur sur son mode de vie et ses habitudes.

Avec simplicité et précision, Zemeckis parvient à nous captiver pleinement durant près de deux heures trente en filmant la survie de cet homme, qui se retrouve livré à lui-même.

Il faut dire que dans sa forme, Seul au monde se montre déjà moins vertigineux, plus épuré que les précédents films du cinéaste. Outre la scène du crash d’avion, particulièrement spectaculaire et éprouvante, Zemeckis nous enferme sur une île déserte, en compagnie de son personnage principal, Chuck Noland, un homme embrigadé dans son emploi chez FedEx à cause duquel il court après le temps et ne parvient plus à s’occuper de sa vie personnelle. Avec simplicité et précision, Zemeckis parvient à nous captiver pleinement durant près de deux heures trente en filmant la survie de cet homme, qui se retrouve livré à lui-même après la disparition de son avion en mer et doit alors se reconnecter à la nature s’il veut survivre en terrain hostile.

Seul au mondeCar le propos prend rapidement le pas sur la forme : on voit alors dans ce naufragé, proche cousin de Robinson Crusoé, le reflet de notre propre personne. Le film devient en fait une longue interrogation sur ce que nos vies contemporaines nous ont désappris. Durant son séjour de quatre années sur l’île, Chuck devra se servir de ses mains (et de quelques astuces) pour pouvoir se nourrir, boire et se chauffer. De cette façon, le personnage détourne de nombreux objets de la vie moderne, qu’il a trouvés dans des paquets FedEx qui ont échoué avec lui, pour les rendre utiles à sa survie : un patin à glace se transforme ainsi en un formidable couteau pour ouvrir les noix de coco ou pour tailler des lances destinées à la pêche, les morceaux d’un contrat de divorce servent de base pour créer du feu et un ballon de volley devient le compagnon idéal dans un moment de perdition et de solitude intenses.

Tout en subtilité, le film rend compte de l’obscénité du capitalisme et de notre société chronophage et parvient à donner de la profondeur à un cinéma hollywoodien parfois trop superficiel.

Là où l’argent coulait à flots et la nourriture était foisonnante dans l’ancienne vie de Chuck, son expérience extrême lui fait connaître la satisfaction personnelle de faire les choses par lui-même, dans une société où tout nous est livré sur un plateau d’argent. Grâce à ce retour au primitif, le protagoniste renoue alors avec la véritable valeur des choses, notamment la nourriture, le feu et surtout l’amour, qui semble l’avoir aidé à tenir dans cette épreuve a priori insurmontable. A la fin du film, ce n’est plus l’isolement qui paraît étrange au personnage mais bel et bien la civilisation, où ne règnent que la recherche du profit, le surmenage et la peur de la solitude. Zemeckis refuse pourtant de terminer son film sur une conclusion moralisatrice, en laissant son personnage, qui doit alors donner une nouvelle direction à son existence, à la croisée des chemins.

Tout en subtilité, le film rend alors compte de l’obscénité du capitalisme et de notre société chronophage et parvient à donner de la profondeur à un cinéma hollywoodien parfois trop superficiel. Aujourd’hui devenu culte, Seul au monde doit surtout son succès à son potentiel émotionnel exploité à plein – comment oublier ce cher Wilson et ses péripéties sur les vagues ? – et à la performance de Tom Hanks, qui prouve ici, après Philadelphia, Forrest Gump et Il faut sauver le soldat Ryan, qu’il est capable de tout jouer. En faisant sangloter toute une génération de spectateurs simplement en jouant seul à l’écran et en se liant d’amitié avec un ballon de volley – et ce sans paraître ridicule ! –, l’acteur prouvait alors aux yeux du monde qu’une grande carrière s’annonçait pour lui et qu’il allait devenir une figure incontournable du cinéma hollywoodien. Ce n’est pas sa toute première collaboration avec Clint Eastwood dans Sully, qui sortira le 30 novembre prochain, qui pourra nous faire dire le contraire…

 

Emilie Bochard

Le drôle de Noël de Scrooge : Ho-Ho-Ho et Joyeux Noel !

Adaptation de la nouvelle très connue outre-Atlantique de Charles Dickens « A Christmas Carol », deviendra « Le drôle de Noel de Scrooge » entre les mains de Disney et de Zemeckis. Déjà connaisseur du terrain après avoir signé Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Le Pôle express ou encore Beowulf, Robert Zemeckis réitère pour une quatrième fois avec un film d’animation et pour la deuxième fois en utilisant le thème de Noël.

Pour revenir rapidement sur l’histoire du film, nous suivons Ebenezer Scrooge (joué par Jim Carrey), vieux radin aigri de la vie et encore plus particulièrement de Noël, qu’il qualifie de “foutaise”, menant la vie dure à ses proches tels son neveu et son employé Bob Cratchit (joué pour le coup par Gary Oldman). Le conte se passe sept ans après la mort du partenaire en affaires de Scrooge, Jacob Marley. À la veille de Noel, Ebenezer recevra alors la visite du fantôme de son ancien partenaire le mettant en garde de l’arrivée imminente de trois fantômes ayant pour but de le remettre dans le droit chemin avant son trépas s’il ne veut pas finir comme son collègue.

Zemeckis nous offre une performance capture de bonnes factures, les visages sont plus creusés, les rides plus voyantes..., l’animation est irréprochable.

À la suite de cela Scrooge fera la rencontre des fantômes des noëls passés, présents et futurs, représentés par un homme chandelle, un géant possédant une corne d’abondance, et un être encapuchonné qui rappelle fortement la Mort personnifiée. Chacun des fantômes montrera alors des moments de la vie de Ebenezer afin de lui faire changer d’avis sur Noël et ce qui l’entoure (Amis, Famille, Bonheur…). Et comme tout bon compte de noël, Ebenezer Scrooge en ressortira changé, croquant la vie à pleines dents, aidant son prochain, et particulièrement son employé, à qui il achète une grosse dinde pour le repas de noël et s’occupant de son fils malade.

Le drôle de Noël de ScroogeRobert Zemeckis offre ainsi une adaptation fidèle à l’œuvre originale en tout point, représentant le Londres Victorien avec brio et reprenant certains dialogues du conte mot pour mot. Ce choix n'étant pas une mauvaise chose en soi, mais qui aurait pu avoir encore plus d’impact si la réalisation suivait derrière. Après avoir testé sur Le Pôle Express et Beowulf, Zemeckis nous offre dans Le Drôle de noël de Scrooge, une performance capture de bonnes factures : les visages sont plus creusés, les rides plus voyantes, l’animation est irréprochable pour un film de ce genre. Par ailleurs le jeu d’ombres à certains moments du film est excellent (surtout pendant l’acte avec le fantôme des noëls futurs), les musiques typiques de Noël font leurs offices, malheureusement le reste est un peu en retrait.

Le film arrive à nous faire ressentir des émotions, particulièrement avec l’arrivée du fantôme des Noëls futurs et de la représentation humaine de l’ignorance et de la misère.

Si, dans le conte, l’aventure de Scrooge ne fait pas, ou peu, appel à l’humour, force est de constater que Disney a dû faire passer une note à Zemeckis lui demandant d'en rajouter un peu dans le film. Il faut bien faire plaisir à tout le monde. Heureusement cependant que Zemeckis a pu faire, pour le reste, à sa sauce, le film arrive à nous faire ressentir des émotions, particulièrement avec l’arrivée du fantôme des Noëls futurs et de la représentation humaine de l’ignorance et de la misère. En se voulant fidèle, Zemeckis offre alors le même message, sans grandes variations, que le conte concernant Noël, les radins et la différence socio-économique qui opérait à la même époque que Dickens dans son conte.

Au final, Le drôle de Noel de Scrooge reste un film correct dans son ensemble, on le regardera plus pour la forme (la performance capture) que pour le fond (l’histoire que quasiment tout le monde connait de nos jours tant elle a été reprise à travers le cinéma et la télévision). On profite quand même du voyage ne nous laissant que peu de temps pour se relâcher au final, même si le changement d’état d’esprit de Scrooge s’en retrouve un peu bâclé sur la fin. Un bon film de Noël donc, mais à ne pas mettre entre les mains des enfants de moins de 10 ans, certaines scènes pouvant choquer les plus jeunes.

 

Quentin Eluau

The Walk : « Être funambule, ce n'est pas un métier, c'est une manière de vivre. »

Avec The Walk, Robert Zemeckis poursuit sa quête cinématographique. Après avoir touché à la science-fiction, à tous les genres d'animation, aux drames, aux adaptations et en touchant désormais au sujet historique avec son nouveau film Alliés, Zemeckis s'attache ici à mettre en scène une histoire vraie avec The Walk. L'improbable histoire du funambule français, Philippe Petit, qui avait marché au dessus du vide entre les sommets des deux tours du World Trade Center.

Là où l'histoire est bien pensée, et où le réalisateur prouve qu'il n'a non seulement pas perdu la main en terme de réalisation mais qu'en plus il est définitivement capable de toucher à tout, c'est qu'il aborde le sujet d'une manière plutôt inattendue. Alors qu'à Hollywood et dans le reste du monde le cinéma commence à sombrer dans le renouvellement d'histoire, Zemeckis était l'espoir qu'il nous restait quand à une poursuite d'originalité. Des suites, des préquels, des adaptations, des reboot et encore plein d'histoire inspirées de faits réels, on commence à en avoir marre. Lorsque le réalisateur de la trilogie Retour vers le futur (l'une des plus grandes sagas cinématographiques) annonce qu'il sort un nouveau film, c'est preuve de renouveau. Et non, le voilà lui aussi à sombrer dans la facilité scénaristique. Et pourtant c'est là qu'il tire son épingle du jeu.

The Walk - Image 1Si des gens connaissent cette personnalité qu'est Philippe Petit, alors ils savent qu'il n'est pas mort. Or, la plus grande part de suspense lorsqu'il s'agit de funambulisme est de savoir si l'acrobate va réussir ou non son exploit. Par conséquent, il apparaît tout de suite que le film ne peut avoir de vrai suspense. Même si voir la personne en altitude accrochée à rien est impressionnant, on sait qu'il va y arriver. Et comme un documentaire sur cet homme a été réalisé quelques années plus tôt, en 2008, difficile de voir ce qu'un film peut vraiment apporter de concret en plus. Et c'est précisément là que tout l'intérêt du personnage prend forme.

Zemeckis détourne donc le suspens et les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. L'intrigue ne vient alors plus de la corde en elle-même, mais du funambule qui la chevauche et de ses décisions.

Joseph Gordon-Levitt (qui incarne Philippe Petit) nous l'avoue dès le début, puisqu'il incarne le funambule, le fait de nous parler directement nous confirme que l'intérêt du film ne se joue pas sur sa réussite. Comme attendu, le voir traverser les tours jumelles au dessus du vide est impressionnant, tout autant que la préparation minutieuse qu'il fait en amont. Mais tout au long de son entreprise, nous ne pouvons nous empêcher de savoir que finalement tout va bien se passer pour lui. Zemeckis détourne donc le suspens et les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. L'intrigue ne vient alors plus de la corde en elle-même, mais du funambule qui la chevauche et de ses décisions. Doit-il faire confiance aux personnes qui l'ont aidé jusqu'à maintenant ? Doit-il insister dans son entreprise même si la justice s'en mêle ? Et le temps, quelle attitude prendre face à ce risque indomptable et imprévisible ? S'il a la parfaite maîtrise de son art, le spectateur se retrouve en proie au doute vis-à-vis de ce que les autres peuvent engendrer sur lui. Même s'il glisse et qu'il se rattrape, l'expérience même de potentiellement voir sa vie défilée est angoissante pour le spectateur. Et quand les péripéties se multiplient, on oublie rapidement qu'on pensait que le film aurait du mal à instaurer du suspens.

The Walk - Image 1Mais tout ça n'est rien à côté de la philosophie de vie de Philippe Petit. Dès lors que les policiers arrivent pour lui demander de descendre, qu'à cela ne tienne, il descendra de l'autre côté. Et si d'autres agents de sécurité l'attendent de l'autre côté, alors tant pis, il dormira sur place. C'est le funambule lui-même qui guide le suspens et les retournements de situation. On sait qu'il survit, soit, on ne sait pas comment, et ça, il peut y avoir des tas de possibilités. The Walk met en avant ici une véritable philosophie de vie. Qu'importe la vie si on ne prend pas le risque de la vivre. Et c'est exactement comme ça que le film est construit. La corde n'est pas l'élément d'incertitude de cette histoire, c'est Philippe Petit, qui peut réagir de n'importe quelle manière aux nouveaux événements, et surtout de manière parfaitement inattendue.

The Walk met en avant ici une véritable philosophie de vie. Qu'importe la vie si on ne prend pas le risque de la vivre. Et c'est exactement comme ça que le film est construit.

Entre le charisme naturel de JGL et le soin apporté aux détails de cet exploit, le spectateur se prend au jeu et oublie très rapidement que tout se termine bien. C'est encore plus fourbe car il se fiche même de savoir que cela se terminera bien. Suivre les décisions de l'acrobate français en devient beaucoup trop passionnant. Ses réactions, son attitude, son indécence défiant littéralement la mort et son caractère serein et bienfaiteur, font de cet individu une personne absolument passionnante. Et puis le simple fait d'avoir l'audace de proposer un style d'histoire aussi peu vu au grand écran le rend unique. Des funambules au cinéma, ce n'est pas tous les jours qu'on en voit, et il fallait bien notre dévoué Zemeckis pour le faire !

De plus, le film étant très récent, il permet également en tant que spectateur de grandir avec lui. C'est-à-dire que, contrairement à RVLF, Roger Rabbit, Forrest Gump ou Seul au monde qui sont cultes depuis maintenant plusieurs années, celui-ci n'a pas encore été influencé par le temps. Et même s'il peut paraître moins bon que ses prédécesseurs, nous pourrons suivre son évolution nous-même, sans que quiconque nous oblige à le considérer comme culte. C'était déjà le cas avec Flight ainsi que Scrooge ou Pôle Express, mais ces deux derniers étant des films d'animation, ils marquent moins sur la durée. The Walk s'inscrit donc parmi ces films de Robert Zemeckis que l'on pourra voir devenir culte si le temps le leur accorde.

 

Aymeric Dugénie

Par Retro-HD