DOSSIER Retour sur The Neon Demon: l'édition vidéo

Retour sur The Neon Demon: l'édition vidéo

Au récent Festival de Cannes, les journalistes et festivaliers s'étaient répartis en deux camps: les pour et les contre The Neon Demon. On se souvient même avoir conversé avec quelqu'un qui disait pis que pendre de ce film au retour d'une projection de presse parisienne pré-cannoise où même les fans de Nicolas Winding Refn auraient copieusement détesté le film. Aujourd'hui, au moment de la sortie vidéo du film, les cinéphiles ont très largement retourné leurs vestes, reconnaissant finalement en The Neon Demon, qu'on l'aime ou qu'on le déteste, l'un des rares films très marquants de cette année. C'est une nouvelle illustration de la réhabilitation d'un film, six mois après sa projection cannoise, le phénomène s'étant particulièrement manifesté pour les films de James Gray (La Nuit nous appartient, Two Lovers). Les procès d'intention sur l'ego surdimensionné de Nicolas Winding Refn (cf. l'utilisation des ses initiales comme une marque au générique) s'évaporent: il affiche certes de la prétention mais aussi certainement beaucoup de talent, ce qui est loin d'être donné à tous.

Au revisionnage, l'on s'aperçoit d'ailleurs que The Neon Demon soutient facilement un nombre élevé de visionnages à l'infini. On peut ainsi s'amuser à remarquer des détails qui auraient pu nous échapper lors de la projection en salle, comme par exemple, les clins d'œil à 2001 l'Odyssée de l'espace de Kubrick, quand Elle Fanning doit se déshabiller sur un fond entièrement blanc ; à La Montagne sacrée d'Alejandro Jodorowsky, le père spirituel et cinématographique revendiqué de Nicolas Winding Refn, pour l'obsession du triangle qui se répercute dans les scènes de la boîte de nuit ou du défilé, forme symbolique renvoyant au sexe féminin ; à Suspiria de Dario Argento, Ruby et les deux mannequins représentant une sorcière et ses sbires ; ou encore à la pochette de l'album Lodger du regretté David Bowie, lorsque le personnage de Jesse (Elle Fanning) s'étale au fond de la piscine vide comme une étoile de mer ou une poupée désarticulée.

L’édition vidéo de The Neon Demon est assurée par Wild Side avec un perfectionnisme éditorial évident dans le souci du moindre détail, bénéficiant entre autres de menus magnifiques, conformes au design du film et illustrés de manière judicieuse par des extraits très rythmés de sa bande originale.

Plus on le voit, plus le film s'impose comme l'un des rares à avoir su utiliser l'image numérique pour sa beauté intrinsèque, son chatoiement et ses possibilités illimitées de modification en post-production. Sur la forme, The Neon Demon est ainsi d'une somptuosité majestueuse qui s'accorde au fond, la thématique de l'obsession dangereuse de la beauté. Tout est "luxe, calme et volupté", comme dirait Baudelaire, mais cette apparence cache bien des rancoeurs, de la jalousie recuite et des règlements de compte entre mannequins.

L'édition vidéo comporte de nombreux suppléments qui achèvent de rendre ce film indispensable à votre vidéothèque. Le supplément le plus essentiel est sans doute le commentaire audio du film par Nicolas Winding Refn et Elle Fanning. Revoir le film en compagnie de cet hilarant tandem représente sans nul doute un must car les éclats de rire intempestifs et spontanés de Elle ne cessent de résonner joyeusement aux oreilles. C'est d'ailleurs le tout premier commentaire audio de Elle Fanning, ce film étant l'occasion pour elle de célèbrer un grand nombre de premières fois. Au fil du commentaire audio, on apprendra avec surprise le peu de moyens financiers dont disposait Refn, cette absence d'argent ne se voyant pas du tout à l'écran. En effet, la photographie semble être d'un luxe stupéfiant, l'exceptionnelle chef opératrice Natasha Braier ayant l'habitude de frotter ses objectifs contre son front "graisseux" (dixit Refn), pour donner une atmosphère onirique à l'image. On apprendra également que le film a été tourné dans l'ordre chronologique et que l'histoire a changé en cours de route: originellement, le personnage de Ruby, la maquilleuse (Jena Malone), devait mourir. Or l'interprétation de Jena Malone a complètement modifié la donne et obligé Refn à bouleverser la deuxième moitié de son scénario. Accessoirement, Refn et Elle Fanning rendent également hommage plusieurs fois à Abbey Lee (Sarah) qui, en tant que mannequin professionnelle, a servi officieusement de conseillère spéciale sur le tournage du film.

Dans The World of The Neon Demon, supplément de 22 minutes, Refn explique l'origine du film, son souhait de réaliser un film d'horreur, un mélodrame et un thriller en une seule œuvre. Il expose également sa théorie de la singularité qui justifie son désir de réaliser ses films sans la moindre concession. Il met aussi en valeur l'humour très particulier de The Neon Demon et retrace toute la préparation du film, le choix d'Elle Fanning et de Jena Malone, le recrutement de Keanu Reeves, etc.

Au revisionnage, l'on s'aperçoit d'ailleurs que The Neon Demon soutient facilement un nombre élevé de visionnages à l'infini.

Le bonus Sur le tournage, de 3 minutes, est relativement redondant par rapport au précédent et plus anecdotique mais bénéficie de l'avantage d'images exclusives du tournage. On se délectera de l'interview de Elle Fanning sur le tournage, racontant comment Refn se couvre avec sa petite couverture chauffante et accueille avec plaisir et ouverture d'esprit toutes les idées de ses collaborateurs, les instituant de fait un peu coauteurs du film.       

Le bonus intitulé La musique du film, d'une durée de 5 minutes, explique de manière synthétique (c'est le cas de le dire) la collaboration étroite existant entre Nicolas Winding Refn et le compositeur Cliff Martinez, depuis trois films (Drive, Only God Forgives, The Neon Demon). A chaque fois, contrairement à l'habitude qui consiste à la masquer ou la noyer dans les détails de la bande sonore, la musique est extrêmement mise en avant, jouant un rôle actif dans la narration. Elle peut même ainsi servir à unifier les éléments disjoints d'une séquence de 17 minutes, dans le cas présent. Cette collaboration atteint un sommet incontestable avec la bande originale de The Neon Demon qui, à elle seule, justifierait l'achat de l'édition vidéo. Cela tombe bien : pour l'édition FNAC du film, elle est même incluse à titre de bonus exceptionnel. On reviendra sans doute plus en détail sur cette bande originale d'anthologie dans un article de la rubrique Culture, elle le mérite.

Enfin un diaporama recense de manière exhaustive et élégante tous les projets d'affiche, inspirés la plupart du temps soit par les films de Kubrick, soit par l'esthétique giallo de Dario Argento, en finissant sur l'affiche définitive, sans doute la plus consensuelle.

Plus on le voit, plus le film s'impose comme l'un des rares à avoir su utiliser l'image numérique pour sa beauté intrinsèque, son chatoiement et ses possibilités illimitées de modification en post-production.

En fin de compte, l’édition vidéo de The Neon Demon est assurée par Wild Side avec un perfectionnisme éditorial évident dans le souci du moindre détail, bénéficiant entre autres de menus magnifiques, conformes au design du film et illustrés de manière judicieuse par des extraits très rythmés de sa bande originale. La palette et la clarté de la colorimétrie atteignent des sommets de précision que l'on pensait hors de portée de l'image numérique. Une édition de référence sans nul doute à conserver précieusement dans sa vidéothèque!

Si vous voulez en savoir plus sur la technique, lisez notre test : Test Blu-ray The Neon Demon

David Speranski

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