DOSSIER : Festival du film italien de Villerupt 2016 : 2ème semaine


Festival du film italien de Villerupt 2016 : 2ème semaine

Documentaire à l’aspect plastique et narratif fortement filmique, démarré en 2009 et co-produit avec l’Allemagne, Pourvu qu’on m’aime raconte l’histoire d’Enea, un autiste de 29 ans entouré de 2 amis (Alex et Carlo) qui souhaitent l’aider à réaliser un rêve : trouver la femme de sa vie. Persuadés qu’Enea cherche d’abord à satisfaire un besoin physique, Alex et Carlo l’embarque dans un road trip d’abord constitué de prostituées et bar à hôtesses. Pourtant, face à la complexité des sentiments physiques et émotionnels d’Enea, le trio se rend progressivement compte de l’abime qui sépare ce que cherche Enea du champ des possibles.

C’est là que le film est d’une tendresse, d’une profondeur et d’une émotion infinies : en nous faisant prendre le même chemin de réalisation progressive du fond de la recherche d’Enea, Pourvu qu’on m’aime sonde finalement la solitude humaine, le fantasme des sentiments et l’éternelle quête d’un amour presque impossible (ou du moins très compliqué à trouver). C’est d’une simplicité sans borne, mais d’une efficacité particulièrement touchante, même lorsque le film se fait cruel envers son héros malgré lui (lorsqu’on lui explique qu’il ne pourra jamais se trouver une gravure de mode et devra certainement se contenter d’une femme belle à l’intérieur).

Au-delà de la réflexion sur l’accès sexuel (ou au moins sensuel) des handicapés (physiques comme mentaux), Pourvu qu’on m’aime interroge aussi le rapport qu’ont les gens normaux face aux handicapés (ici un autiste, donc). La beauté du film se situe aussi ici : dans la simplicité finale d’Enea face à sa propre vision des choses, comme à la sortie du centre allemand où Enea explique finalement qu’il comprend très bien ce qu’il souhaite (ou, à défaut, la limite qu’il veut se poser).

Assurément une magnifique surprise, très fortement recommandée.

(9/10)

Scialla signifie en patois romain « C’est bon ! », « T’inquiète » ou « Tranquille », comme un mot d’apaisement indolent face à une personne qui pourrait s’inquiéter de telle ou telle chose. C’est un peu le mot d’ordre des 2 protagonistes du film : un ancien écrivain brillant devenu enseignant (plutôt doué) qui a fini par tout abandonner pour ne plus rien foutre (ou presque), vivotant comme biographe de l’ombre pour des starlettes en tout genre, du footballeur… à l’ancienne gloire du X ; et de l’autre un ado de 15 ans qui n’en a plus à rien à faire de grand-chose, et en particulier du lycée (au grand dam de l’ancien écrivain, qui lui sert régulièrement de point de chute, sous couvert de cours particuliers dont le suivi est pour le moins superficiel).

Le film est amusant, le ton léger et le script assez convenu dans ses avancées (l’éternelle histoire du père qui se découvre un fils, et les deux hommes vont se servir mutuellement de réveil / révélateur). Cependant, il faut avouer que l’importance de l’indolence se ressent directement sur le rythme du film, lui aussi plus que fluctuant. On peine à raccrocher notamment les wagons d’une intrigue principale décousue faisant naviguer comme à vue ses personnages principaux. Pour autant, le film reste plaisant à suivre, notamment grâce à l’interprétation de son duo principal (Fabrizio Bentivoglio et Filippo Scicchitano) et à quelques rebondissements bien amenés (ainsi que quelques gags efficaces).

Pas déplaisant donc, mais finalement pas particulièrement mémorable.

(7/10)

Commençons directement par les évidences : oui, il faudra faire fi de limites d'écritures évidentes et malheureusement trop souvent inhérentes au type de comédies qu'est Quo Vado ? : les comédies jouant avec les clichés les plus épais. Ici, notre anti-héros finira avec la belle héroïne après avoir raconter son histoire à une tribu aborigène probablement africaine après s'être extrêmement mal comporté le plus gros du film (on suppose aussi que la Norvège a son lot de citoyens pas très civils). 

Pourtant, le rythme comique enlevé et l'efficacité de la grande majorité des blagues font rapidement mouche. Derrière l'obsession interminable de Zalone pour son "boulot à vie", il y a un pragmatisme économique et une dose de réalité qui ne fait que rendre toute la farce encore plus probante en ces temps de crise.

La grande réforme des fonctionnaires italiens ? 1 244 concernés sur 3.5M de fonctionnaires italiens. La volonté de dégraisser le pays ? Ne vous inquiétez pas, le bon sénateur local connait toutes les astuces pour conserver son poste. L'obsession pour un boulot à vie ? Dans un pays où le chômage des jeunes est désastreux, et que la précarité touche de plus en plus d'Italiens, cela renvoie un miroir économique direct aux spectateurs. 

Et puis, Checco, c'est aussi ce fonctionnaire universel que personne ne connaît précisément mais qui nous rappelle à tous une expérience passée face à un fonctionnaire pas très actif (et dieu sait qu'on s'y connait en France sur le sujet). Pas étonnant que le film ait donc connu un succès populaire pareil en Italie, coiffant même Star Wars VII au poteau. Sans oublier évidemment la chanson finale qui vante les mérites de la Première République italienne, où les retraités avaient à peine 40 ans, et qu'on vous donnait les aides pour handicapés pour un simple ongle incarné. Comme disait Ricky Gervais : C'est drôle parce que c'est vrai.

Et si la première moitié du film, qui voit Zalone faire le tour d'Italie des postes pourris avec une aise hilarante, la deuxième moitié du film réussit pourtant (moyennant un très léger temps mort) à faire encore mieux en sortant notre Italien moyen de son Italie natale et l'envoyer en Norvège, où on trie ses déchets, on ne klaxonne pas à la 1ere micro-seconde où le feu passe au vert, et on fait la queue calmement comme tout le monde.

Cadré dans un Scope magnifique, le film est aussi l'opportunité de voir enfin une comédie populaire qui ne ressemble pas à un TV Film qui aurait pu être montré en 1.33 (genre la grande majorité des derniers succès comiques français récents, de Qu'est-ce qu'on a fait au bon dieu ? à Bienvenue chez les Ch'tis, Les Tuche, Camping, La famille Bélier, Les profs, etc).

Bref, aux quelques soucis d'encadrements près (la tribu, les clichés Norvégiens), il est difficile de résister à la vitesse et l'efficacité comique du film.

(8.5/10)

Le cul entre beaucoup de chaises, au croisement du film classique de petite frappe en mal de rédemption et du film de super-héros, saupoudré d'un fond de détournement cynique et légèrement gore, Lo chimavano Jeeg Robot paie rapidement les frais d'une ambition qui manque de substance narrative pour pleinement remplir ses deux heures.

Au départ pourtant, le film démarre bien avec un rythme enlevé, des personnages plutôt accrocheurs (même si l'instabilité psychologique de la fille fait très superflue), et un côté direct plaisant, tant dans le ton que dans un côté graphique surprenant.

Mais au bout de 45 minutes, le film se perd dans une histoire rédemptrice d'amourette manquant fortement d'intérêt tandis que l'antagoniste principal se retrouve lui aussi noyé dans une sous-intrigue mafieuse qui allonge inutilement la sauce. Du coup, les quelques scènes d'action du film sont trop peu nombreuses et bien trop courtes pour que le film conserve une intensité.

Au rayon des bonnes choses : une mise en scène plutôt compétente, et un duo masculin principal qui réussit bien l'exercice d'équilibriste, pas forcément aidés par des personnages mono-émotionnels, une moue triste constante d'un côté (Claudio Santamaria) ou le risque du sur-jeu excité de l'autre (Luca Marinelli).

(6/10)

Par Rémy Pignatiello