DOSSIER : Marvel, c'est vraiment plus fort... que DC ?


Marvel, c'est vraiment plus fort... que DC ?

Avec la sortie de Suicide Squad et en attendant la sortie vidéo de Civil War, on voit fleurir ci et là, que ce soit chez les lecteurs, blogueurs comme les critiques, de nombreuses comparaisons entre les films récemment adaptés de DC Comics (Man of Steel, Batman v Superman et maintenant Suicide Squad) et le rouleau compresseur Marvel Cinematic Universe à l’impressionnant succès commercial et critique.

C’est pourtant DC qui avait frappé les premiers en adaptant Superman dès les années 70, puis en relançant Batman avec Tim Burton début 90.

En 2005, c’est à nouveau Batman avec Batman Begins qui s’impose comme un succès mondial avant que The Dark Knight n’éclate tous les records en 2008, là où Marvel peinait à prendre le plein contrôle de son univers d’adaptation, pris en tenaille entre la faillite de la maison mère Marvel Comics en 96 et de nombreux échecs tant au cinéma (Daredevil, Elektra, The Punisher, les 2 Fantastic Four) qu’au niveau des négociations (deal en 2000 sur 15 personnages qui n’aboutira pas, rebelote en 2004 avec 10 films dont la moitié ne verra jamais le jour).

 

 

Pourtant, c'est Marvel qui perce en 2008 avec un Iron Man transformant enfin l’essai chez Marvel Studios, 10 ans après l’envol des super-héros au cinéma, en grande partie du à des licences Marvel (X-Men, Spider-Man, …) mais pas que. Ce succès permet aussi et surtout de dérouler un plan d’action constamment rallongé, « jeu d’échecs visant 2020 » (d’après Kevin Feige lui-même), notamment grâce à la force de frappe financière d'une souris aux rondes oreilles, offrant enfin à Marvel Studios une puissance de feu conséquente et surtout le récupération progressive des droits cinéma des personnages vendus dans les années 2000 à la FOX et à Sony.

Pour autant, le roster MCU a-t’il vraiment tant de formidables choses à proposer, qui seraient autant d’éléments que DC n’arrivent qu’à copier maladroitement ? Récapitulatif des forces et faiblesses films du MCU, de Iron Man en 2008 à Ant-Man en 2015.

 

Iron Man (2008) : 6.5/10

Le MCU commence plutôt bien avec le choix d’un personnage fun et populaire comme Iron Man. De la gouaille, un sens du rythme et un côté à la fois léger mais pas trop immature offrent un divertissement sympathique bien que peu palpitant, la faute à un nombre assez faible de scènes d’action. Résultat : à déjà 2h06, le film s’épand trop souvent dans des tunnels de dialogues pas toujours nécessaires au lieu d’approfondir les relations entre les personnages et les enjeux. Pour autant, les bases du personnages sont posées avec succès.

 

The Incredible Hulk (reboot) (2008) : 5.5/10

En plein essor des films de supers, en plein démarrage du MCU, Hulk subit un reboot logique après le film de 2003 par Ang Lee, et le résultat est fortement mitigé. Edward Norton traîne sa tronche de dépressif neurasthénique dans un film qui fait trop la place à du destruction porn tout numérique tout en essayant de nous faire oublier la version de 2003. La production au tournage compliqué et un visuel décevant ne permettent clairement pas de tirer le film vers le haut, qui est relativement honnête mais possède bien trop de défauts pour convaincre. Ce n’est pas Liv Tyler complètement à la ramasse et Tim Roth qui en fait des tonnes qui aident. Finalement, Ang Lee avait mieux su donner corps aux thématiques sous-jacentes de l’homme derrière la bête, même si son film souffrait des problèmes inverses de celui de Leterrier : trop de texte, pas assez d’action.

 

Iron Man 2 (2010) : 3/10

Grosse débandade forgée autour de l’ego de Robert Downey Jr qui ne fait déjà plus rire, Iron Man 2 s'avère être d’une vacuité abyssale et doté d’un rythme aux abonnés absents, devenant probablement la première énorme déception du MCU. L’action se résume à démonter le « grand méchant » en 2 fois 2 minutes chrono (on a mal pour Mickey Rourke perdu dans ce gâchis) alors que le film n’a rien d’autre à proposer (sinon à couper la baston de Scarlett Johansson qui réalise pourtant elle-même ses cascades, c’était bien la peine) mais dure à nouveau 2h05. Reste 2-3 trucs cools, notamment l’introduction aérienne sur AC/DC dont on reprendrait bien 5 minutes de plus. Si seulement tout le film était aussi fluide et aérien…

 

Thor (2011) : 7/10

L’idée du siècle : filer $150M à Kenneth Branagh pour faire un blockbuster de super-héros parce que « Thor, c’est quand même super Shakespearien ». Dans les faits, cela donne un film de théâtre efficace dans les coulisses du pouvoir (notamment via un méchant moins dans la destruction que dans la manipulation psychologique) mais dénué de toute ambition et souffle visuels. Le film divise logiquement : passionnant dans son épaississement des personnages et faisant exploser Tom Hiddleston auprès du grand public, il ennuie poliment ceux venus chercher un peu d’aventure et d’action légère. Vu les résultats au box office, on devinera facilement de quoi est composé majoritairement le public du MCU…

 

Captain America : The First Avenger (2011) : 5.5/10

Un Captain America ni bon ni mauvais, simplement plutôt mou du genou et manquant d’enjeux concrets. C’est propre mais surtout très lisse, mais se regarde sans trop de déplaisir grâce à une troupe d’acteurs dans le ton et une narration assez fluide, avec un côté film d’aventures des 80s qui fonctionne bien. On notera aussi que c’est un des seuls films individuels du MCU à avoir un minimum d’enjeux et un méchant qui tient la route, ce qui n’est pas rien quand on voit le niveau de ce qui l’entoure. Malheureusement, c'est sinon totalement transparent, vite vu vite oublié.

 

Avengers (2012) : 6.5/10

Après avoir timidement pris la température pendant 4 ans, le MCU nous sort enfin l’artillerie lourde : le cross-over. Au sortir d’un premier visionnage, difficile de faire la fine bouche devant ce qui semble être un pari réussi : un regroupement de personnages pré-introduits individuellement, permettant de rentrer dans le vif du sujet sans se farcir 5 expositions différentes qui alourdiraient considérablement le film, le tout pour une promesse de démultiplication des super-actions. Pourtant, rétrospectivement, il est difficile de passer outre ce tunnel de dialogues de 45 minutes dans le porte-avion du SHIELD ne servant à rien et qui mettra à bout n’importe quel nouvel arrivant mais aussi les fans les moins endurcis (le plan du SHIELD sur le Tesseract n’est d'ailleurs toujours pas exploité à ce jour). Difficile aussi de se passionner pour un scénario sans aucune originalité (encore un film de supers où la Terre est sauvée d’extra-terrestres venant du ciel et détruisant des buildings), ne servant finalement que de point de rassemblement pour faire rebondir la franchise vers de futurs films : Iron Man 3 se basera sur Avengers, tout comme Thor 2 et en partie Guardians of the Galaxy, et la mort de Coulson est reprise dans la série Agents of SHIELD (il y sera d’ailleurs ressuscité mais évidemment, les films ne reprennent pas cela vu que ça deviendrait franchement compliqué à expliquer). Revers immédiat de la médaille : tout-est-lié très artificiellement jusqu'à l'indigestion. Détail amusant : on a à peine fini la Phase Une que Hulk change déjà d'acteur, soit le 3ème en 9 ans.

 

Moyenne Phase 1 : 5.7/10

 

Iron Man 3 (2013) : 2/10

Probablement LE gâchis symptomatique des adaptations Marvel MCU, Iron Man 3 combine un méchant de pacotille, une réécriture gênante du matériel papier (alors pourtant que l’arc Extremis pouvait être adapté tel quel), un rythme et des enjeux absents, des rebondissements devinables 5 kilomètres à l’avance, des blagues pas drôles et un manque d’action sidérant. « Et si Tony Stark n’arrivait jamais à enfiler son armure et faisait à la place un buddy movie avec un gamin de 10 ans ? » n’est pas une bonne idée. On est devant Iron Man 3 ou Carton Man ? On ressent aussi clairement la mauvaise influence des interconnections entre les films : Iron Man 3 peine à faire exister ses personnages de façon intrinsèque, et le film semble finalement se reposer plus sur les événements passés de Avengers qu’en essayant d’apporter quelque chose par lui-même. Avec 2h10 au compteur, ce n’est pourtant pas comme si le temps lui manquait. Le film reste cependant un énorme succès commercial et critique. Pourquoi faire compliqué…

 

Thor 2 : The Dark World (2013) : 4.5/10

Reprenant la recette du 1er film en moins fun, moins profond et plus moche, Thor 2 se vautre dans un rythme encore une fois abscons et surtout une galerie d’acteurs qui ne semble être là que parce qu'elle est obligée contractuellement. Tout est mou et semble broder tant bien que mal pour remplir une suite qui n’avait pas vraiment de raison d’être hormis celle de continuer la série Thor de façon individuelle pour préparer le cross-over à venir. Heureusement, la mythologie continue d’intéresser un minimum grâce aux ramifications entre les personnages, mais finalement, ça ne fait pas bien lourd.

 

Captain America 2 : The Winter Soldier (2013) : 4.5/10

Intriguant pour son idée de se rapprocher des films d’espionnage façon parano des 70s que du film de super-héros classique (Robert Redford inclus, au cas où les 2 du fond n’avaient pas compris l’hommage, mais ne vous inquiétez pas, l'hommage ne dure que 20 petites minutes), The Winter Soldier possède malheureusement la conscience politique d’un gamin de 10 ans (« on contribue à pourrir le monde mais on est les mieux placés pour le défendre ! »), des "rebondissements" éventés au bout de 40 minutes et aux plot holes tellement évidents que les réalisateurs s'en justifient dans le commentaire audio (ça ne s'invente pas), et des scènes d’action filmées avec les pieds quitte à rater absolument tout plan potentiellement ironique. Le (bref) combat contre un avion est totalement raté tandis que les bastons à mains nues sont sur-découpées en dépit de toute logique visuelle. On passera outre le Condor qui fait tout moins bien que Captain America, ce que les scénaristes trouvaient probablement drôle mais est en fait passablement raciste. On oubliera aussi poliment le méchant Français, ah non, Algérien, mais qui parle avec un accent québécois. On suppose que c'est à ça que ressemble la mappe-monde chez les scénaristes américains. A 2h15 de longueur, on commence à atteindre le film interminable. C'est dommage car ce Winter Soldier est un des rares films du MCU à posséder une tonalité cohérente et efficace, ni trop sombre ni trop humour puéril, loin du côté transparent du premier film.

 

Guardians of the Galaxy (2014) : 7.5/10

Bonne surprise qui n’en est pourtant pas vraiment une (car suffisamment à part tant dans le fond que la forme), les Gardiens de la Galaxie s’avère probablement être le film le plus respectable au sein du MCU. Cool, fun, plutôt léger et surtout n’en faisant pas des caisses (côté sérieux comme comique), le film fonctionne grâce à l'alchimie entre les personnages mais aussi une histoire ENFIN capable de tenir debout par elle-même et non en se reposant sur 18 événements différents étalés sur 8 films. Seul problème : comme la plupart des autres films Marvel, les Gardiens souffre d’un méchant de pacotille, rendant le dénouement du film totalement quelconque. Dommage. Mais ne pas s’inquiéter, ce qui fait le charme du film sera lissé pour la suite : on y retrouve déjà des bouts de Avengers, Thor 1 et 2, et les Gardiens 2 sera lié à Avengers 3. Merveilleux…

 

Avengers 2 : Age of Ultron (2015) : 2/10

Ah, Age of Ultron et ses interminables 2h21 hideuses, vides et vaines, preuve s’il en fallait que le plus est l’ennemi du mieux (voire simplement du bien, pour commencer)… Après Iron Man 3, on tient ici l’autre gros gâchis Marvel qui ne semble pourtant pas gêner grand monde dans le public (ni même la plupart des critiques). Cela donne un budget de $300M accouchant d'un visuel de très long épisode de série TV ABC tourné en Bulgarie, une mise en scène dépossédée du moindre souffle, des tunnels de dialogues absolument interminables (même en accéléré, on a l’impression qu’on n'en finira jamais), des enjeux complètement insipides et des rebondissements tellement téléphonés qu’on se demande combien les scénaristes ont été payés pour pondre ça. Même la séquence de destruction finale est tellement plate et longue qu’on finit par s’en détourner, malgré un faux suspense qui cherche visiblement à nous prendre pour des blaireaux (Captain et Iron Man vont-ils s’en sortir ?! Ouh là là, quel suspense !). Le palme revient quand même à la création de Vision, dont les motifs sont en fait exactement les mêmes que ceux qui ont créé Ultron. « On n’a qu’à faire exactement la même chose que la première fois, je suis sûr que ça va marcher cette fois-ci. Pourquoi ? Parce que ! ». Inutilement interminable (ou interminablement inutile, c’est selon), monté, filmé et joué en dépit du bon sens, on en retiendra uniquement un sympathique côté docu' de guerre avant le Hulkbuster (seule scène d’action avec des Avengers correctement filmée depuis… 2008 ?), une ville qui chute au ralenti et Paul Bettany qui sauve une Vision complètement kitsch qui est en fait mieux dès qu'elle parle (et dieu sait qu’on n’aurait pourtant pas parié sur lui). Il y a aussi 2-3 petites blagounettes sortant du lot, comme quand Iron Man retourne 10 sbires et dit "That was a nice talk" et qu'on entend au fond un soldat ennemi répondre "No it wasn’t". Vaut cependant mieux être bon public.

 

Ant-Man (2015) : 7/10

Un peu comme Les gardiens de la Galaxie, Ant-Man surprend agréablement avant tout parce qu’il sort un peu du moule préconçu du MCU : quasiment aucun rappel des autres films, un côté léger qui ne cherche pas à convoquer les one-liners à tour de bras, et même quelques séquences visuellement bien troussées. L’ambiance plus intimiste permet aussi de se rapprocher de personnages que le film peut prendre le temps d’épaissir. On serait presque prêts à se contenter de si peu mais il faut avouer qu’à nouveau, les enjeux sont tellement anodins et déjà vus que le film semble drastiquement manquer d’ambition. Ne pas s’inquiéter cependant, ce qui fait le charme du film sera lissé pour la suite : le personnage va rentrer dans le moule bien lisse du consensus mou MCU, c’est la scène post-crédits qui nous le dit… Merveilleux…

 

Moyenne Phase 2 : 4.6/10

Moyenne totale : 5.1/10

 

Avec sa médiocre moyenne de 5.1 / 10, difficile de déceler dans le MCU une recette miracle que DC / Warner ne copieraient que maladroitement. Enchaînant des films à l'identité visuelle au rabais, misant sur des imbrications capillo-tractées des films les uns dans les autres jusqu’à l’indigestion, mais accouchant de film aux rythmes totalement absents et aux situations mal torchées ou simplement insipides, la « Maison des Idées » parait bien pauvre en imagination. Finalement, elle ne fait que reproduire les schémas déjà déroulés dans les années 70 puis 80 : créer du personnage, encore du personnage, et toujours plus du personnage, pour ensuite tout regrouper en un cross-over censé être dément mais qui ne change finalement rien (parce que rien ne change jamais vraiment vu qu’un empire milliardaire ne peut prendre ce type de risques). Les films individuels ne sont parfois même plus jugés pour ce qu'ils valent par eux-mêmes, mais pour l'excitation que quelques caméos laissent présager pour la suite, même si ces caméos ont autant de plus-value qu'un spot TV de 15 secondes.

On s’étonnera du coup de la relative bienveillance des critiques envers les films du MCU, où la plus basse note sur Rotten Tomatoes est de 66% pour Thor 2 (6.2/10). Il est pourtant bien difficile de comprendre ce que ces films réussissent autant, cinématographiquement parlant.

Après avoir essayé 2 fois (en 2000 puis en 2004) sous Avi Arad de percer dans le cinéma, c’est en 2008 que Iron Man change la donne, comme si la stratégie avait été d’essayer jusqu’à ce que ça passe, façon Shadoks. On rappellera d’ailleurs que Kevin Feige était déjà présent sur ces immenses réussites cinématographiques, publiques et critiques que furent Daredevil, Hulk (2003), Elektra, Fantastic Four 1 et 2 et X-Men 3… Artisan de la réussite, qu’on nous dit ? Difficile en tout cas, au vu du passif et du niveau actuel, de trouver dans le MCU des éléments justifiant sa réussite là où d’autres échouent.

En 1996, Marvel Comics s’était retrouvée en faillite alors que 10 ans plus tôt, elle écrasait la concurrence.

En 2006, l’arc narratif Decimation se chargeait de faire le ménage dans un roster de personnages devenu ingérable au fil du temps.

Pourtant, en 2017, Marvel Studios sortira 3 films, et il y aura 8 séries basées sur des personnages Marvel.

Et si, finalement, c’est un gros déjà-vu qui pendait au nez de Marvel Studios ?

Par Rémy Pignatiello