DOSSIER : Roland Emmerich : conservateur écologiste bipolaire de l'entertainment


Roland Emmerich : conservateur écologiste bipolaire de l'entertainment

Roland EmmerichNanar, blockbuster, explosion, navet, patriotisme, écologisme, science-fiction…peu importe le premier mot qui vient en tête lorsqu’on évoque le nom de Roland Emmerich, le bonhomme a su s’imposer depuis plusieurs années au beau milieu d’un paysage cinématographique qui n’a pas toujours été tendre avec lui. Surnommé dans son pays (l’Allemagne) « Le petit Spielberg de Sindelfingen », Emmerich a toujours voulu mettre en avant son amour pour les grandes fresques catastrophiques (La Tour Infernale, l’Aventure du Poséidon, Tremblement de Terre) ainsi que pour le travail de tonton Steven (Rencontres du Troisième Type figurant parmi ses cinq films préférés). Se donnant les moyens de ses ambitions, il réalise, en 1984, le film étudiant le plus cher d’Allemagne (Le Principe de l’Arche de Noé) qui sera nommé à l’Ours d’Or du meilleur film lors du Festival International du Film de Berlin la même année. Malgré une reconnaissance en devenir dans son pays, il s’expatrie aux États-Unis en 1990 où il va s’atteler à construire la carrière qu’on lui connait. Une filmographie en demi-teinte où le meilleur côtoie très régulièrement le pire. Complexe bipolaire ? Il semblerait que Roland s’amuse perpétuellement à offrir des jumeaux maléfiques à ses films dans le but de rassembler l’ensemble de la communauté cinéphilique mondiale. Qu’on soit défenseur de l’honorable Jour d’Après ou amoureux de l’exécrable 2012, Emmerich, sous ses airs de redite, invoque son amour écologique. Paradoxalement, plus il s’adonne à tout faire exploser, plus il y cache des envies de sauvegardes de la planète. Un réalisateur amoureux de la Terre, se posant énormément de questions quant au fonctionnement de notre planète et à certaines lois de l’Univers, il va d’abord commencer à se façonner une image d’entertainer indélébile avec son tout premier succès en 1992.

Vers une vision futuriste...

Par ce film, il pose un regard acerbe sur le monde militaire américain.

Réunissant deux stars du cinéma d’action de l’époque (Jean-Claude Van Damme et Dolph Lundgren), Universal Soldier nous envoie à l’orée des années 90 où une unité scientifique ramène des soldats d’élite de la guerre du Viêt Nam à la vie. Rendus plus résistants, performants et dépourvus de tout sentiment, ces soldats appelés Uni-Sol abritent en leur sein Luc Deveraux. Luc semble encore ressentir des choses. Il choisit de déserter l’unité, épaulé par une journaliste, et sera pris en chasse par son ex-colonel, Andrew Scott, affreux tyran bien décidé à régner sur le monde avec cette nouvelle génération de soldats.

Jean-Claude Van DammeEntre action et science-fiction, le premier carton au box-office de Roland Emmerich est souvent décrié comme étant un nanar de compétition. Entre le surjeu évidant des deux vedettes du film, les séquences sans queue ni tête et les nombreuses incohérences scénaristiques, il nous est pourtant impossible de ne pas voir en Universal Soldier un solide divertissement et une belle mise en bouche à l’univers Emmerich. Devenu culte avec le temps, le film témoigne toutefois d’une exigence évidente de son réalisateur dans sa mise en scène. Le découpage du film, en dépit du fait qu’il soit très académique, est très solide. Emmerich sait comment rendre attractif ses séquences (l’introduction au Viêt Nam, l’attaque du motel, la baston dans la grange). Véritable film pop-corn, Universal Soldier enchaîne ses plans avec une fluidité déconcertante. Visuellement, il s’est probablement inspiré du Terminator de James Cameron, l’image très froide du film nous ramène dans un univers qui nous semble familier. Vraie force persuasive de son auteur, Emmerich a cette capacité à nous faire accepter n’importe quelle situation invraisemblable. Par ce film, il pose un regard acerbe sur le monde militaire américain. La superpuissance du système de défense poussé à l’extrême pour la rendre la plus ridicule possible. Car si les Uni-Sol métaphorisent l’invincibilité supposée, Emmerich n’en oublie pas de les rendre le plus ridicules possible. Bêtise affligeante de tout un système trop souvent vu comme le seul héros légitime au cinéma, Emmerich reste toutefois assez timide dans la critique. Mais sa vision pessimiste de l’armée américaine sera renforcée dès le film suivant.

...aux origines de notre Univers

Véritable fusion de tout ce qu’Emmerich sait faire de mieux.

Deux années après Universal Soldier, Roland Emmerich sort ce qui reste probablement le meilleur film de sa filmographie. Stargate met en scène des archéologues qui découvrent des vestiges égyptiens révélant une machine qui ouvre un passage vers une autre planète. Une équipe composée de soldats américains et de scientifiques franchit le passage pour se retrouver au beau milieu d’un monde désertique dont la population semble être sous la coupe d’un tyran. Véritable fusion de tout ce qu’Emmerich sait faire de mieux, Stargate est l’un des meilleurs projets de science-fiction de tous les temps (oui, oui !).

StargateAvec sa volonté d’inscrire les origines de notre univers par le biais des mythes égyptiens, Emmerich pose les fondations de tout un pan visuel encore très peu vu jusqu’alors. Si des films comme 2001 : l’Odyssée de l’Espace tentaient de revenir sur nos origines de manière vraisemblable et scientifique, Emmerich envoie tout voler en éclats en s’inspirant de la théorie ufologique des anciens astronautes selon laquelle des extraterrestres auraient influencé le développement des civilisations anciennes dont les Égyptiens. Un concept qu’on avait pu apercevoir dans La Guerre Eternelle de Joe Haldeman en 1974 ainsi que dans la série télévisée Buck Rogers. Pour rendre ses propos cohérents, Emmerich s’entoure de l’égyptologue Stuart Tyson Smith, engagé comme consultant, qui fournira une aide précieuse pour les dialogues en égyptien ancien et sur les hiéroglyphes. Stargate témoigne d’un travail en amont hors-norme. Tout est pensé afin d’amener le spectateur à remettre en cause nos origines. Ainsi, les mythes deviennent réalité dans une forme magistrale. Le Dieu Râ devient un extraterrestre tyran, dictateur des bons fondements de l’humanité. Emmerich évoque l’idée de fondation de notre existence, comme si notre seul but était de revenir à notre source. Stargate met en exergue des théories scientifiques qui dépassent l’entendement. Ainsi, la surpuissance militaire devient l’esclave d’une civilisation construite par une tyrannie bien plus forte. Les militaires deviennent de vulgaires crétins tout juste bons à détruire ce qu’ils ne comprennent pas. Néanmoins, malgré leur bêtise évidente, ils deviennent cette force nécessaire à la bonne conclusion du récit. Le colonel O’Neil (Kurt Russell, magistral !) impose cette prise de conscience recherchée par Emmerich. Si pendant tout le film le réalisateur se montre loin d’être tendre avec le système militaire, ce n’est que pour mieux affirmer ses ambitions et envies de changement.

D’ailleurs, le système militaire mis en place dans Stargate prendra une dimension tout autre dans la suite de la filmographie d’Emmerich qui fera de ces soldats, les vrais défenseurs de son film suivant. On peut également constater avec Stargate un esprit très conservateur chez Emmerich. Les fouilles archéologiques modernes (à des années-lumière de celles d’Indiana Jones) et la volonté de comprendre les plus grands mystères du passé forgent ce caractère. C’est d’ailleurs ce que la série a su percevoir comme atout majeur dans cet univers créé par le cinéaste. Paradoxalement, le réalisateur n’est pas vraiment d’accord avec le développement qu’a subit la série adaptée de son film (en partie à cause d’une divergence de point de vue quant à l’évolution scénaristique), elle a malgré tout su s’appuyer sur les éléments qui faisaient du film la réussite qu’il est. Aujourd’hui, Stargate s’impose comme un univers de science-fiction intelligent et réussi. Quant à la série, elle est sans aucun doute ce qui a grandement popularisé ce genre à la télévision.

Explosion physique et médiatique

Independence DaySi Stargate montrait déjà que notre allemand préféré était désireux de rendre le cinéma le plus spectaculaire possible, autant dire qu’avec Independence Day, il nous a fait comprendre que nos espérances étaient très en retard par rapport à ses capacités. S’attelant encore une fois à la science-fiction, mêlée ici au genre catastrophe, Emmerich nous sort un scénario conventionnel : des extraterrestres attaquent la planète d’une manière organisée et destructrice et il ne reste qu’aux humains la lourde tâche de se défendre et de regagner leur liberté. Un scénario conventionnel certes, mais qui pose les bases solides du film catastrophe moderne avec ses codes (souvent agaçants) et ses clichés repris maintes fois par tant d’autres (y compris lui-même). On y retrouve dans ce film un Will Smith jeune et pimpant, prêt à partir à l’assaut des extraterrestres comme il est parti à l’assaut d’Hollywood, et un Jeff Goldblum, formant un excellent duo avec Smith, offrant une prestation particulièrement convaincante. On peut encore noter une forme de conservatisme à travers la métaphore directe de la liberté que nos héros acquièrent sur les extraterrestres, précisément le jour de l’indépendance. C’est une symbolique très forte que Roland Emmerich souligne en mettant en avant l’importance d’un patrimoine historique du pays. Paradoxal, par ailleurs, qu’un film portant le nom du jour de l’indépendance américaine, journée la plus symbolique pour eux, soit réalisé par un allemand de naissance et que c’est ce film, de surcroit, qui l’a rendu mondialement connu, le poussant aujourd’hui à en faire la suite.

Ce qui est surtout démontré dans ce film, c’est à quel point le réalisateur est soucieux de l’environnement et désireux de le protéger.

Ce qui est surtout démontré dans ce film, c’est à quel point le réalisateur est soucieux de l’environnement et désireux de le protéger. On ne compte pas les nombreux plans de la nature et ce, même en plein milieu de l’urbanisme américain, mais surtout la manie de David Levinson (Goldblum) qui passe son temps à réprimander les gens sur le tri sélectif. Une vision qui semble très contradictoire chez le réalisateur lorsqu’on compare la grande opposition entre sa volonté écologiste (qui atteint jusqu’à la raison même de la présence des extraterrestres venus piller les ressources de la planète) et la puissance destructrice et ravageuse des explosions qu’il met en scène. Il y a également les rapports de force qui sont constamment remis en question dans ce film. L’armée et le gouvernement sont souvent des sujets centraux chez Emmerich et difficile de savoir ce qu’il essaie de nous faire comprendre. Les militaires se posent ici en sauveurs malgré leur incompétence notoire au début de l’histoire, mais c’est le corps scientifique qui prévaut sur le corps politique. Ainsi, ces derniers sont constamment décriés quand ce sont les scientifiques qui trouvent les solutions. Independence Day montre bien cette volonté d’inverser les puissances, à tous les niveaux et au travers de toutes les métaphores. Les humains qui battent une puissance extraterrestre nettement supérieure à la leur, un citoyen américain ivrogne et sans avenir qui se sacrifie pour son peuple en réalisant un exploit, un gouvernement incompétent… C’est également toute cette audace lisible dans le film qui en a fait son succès. Et si ce sont des cinéastes comme Lucas ou Spielberg qui ont permis la naissance du blockbuster (dont on peut déceler une énorme influence ici), ce sont sans conteste des cinéastes comme Emmerich qui l’ont poussé vers des strates supérieures.

Quand l'homme devient la bête

GodzillaAvec Godzilla, la psychologie du metteur en scène s’étoffe un petit peu, mais perd en limpidité. Si l’armée a fini par sauver la Terre le 4 Juillet, elle semble ne pas apprendre ses leçons le soir en rentrant des cours. Totalement irresponsable et incompétente, dangereuse même, elle apparaît dans ce film comme un objet de destruction dépourvu de sens moral et de bon sens en général. Essentiellement au travers de son chef parfaitement antipathique, mais aussi au travers du sergent O’Neal qui semble particulièrement benêt sur les bords. Tantôt héroïque, tantôt catastrophique, on ne sait plus qu’en penser… Peut-être est-ce là une manière de nous dire que l’armée est certes capable d’assurer la défense d’un pays, mais qu’elle n’est pas le plus apte à juger contre qui le défendre ? Toujours est-il donc, que Godzilla est un énorme lézard de plusieurs dizaines de mètres de hauteur à l’allure d’un dinosaure et résultant d’une mutation due à divers essais nucléaires. Comparé à Independence Day, les idéologies sont diamétralement opposées. Non seulement nous sommes face à un corps militaire totalement différent, mais sont surtout eux-mêmes face à une forme d’intelligence, elle aussi différente. Tout ceci semble plutôt inhabituel, mais en dit long sur la vision du cinéaste. D’un côté nous avons des extraterrestres sûrs de leur toute-puissance dans Independence Day et qui se font lamentablement exterminer par un petit virus qu’Avast aurait mis en quarantaine sans la moindre difficulté, et de l’autre un monstre amphibien sous-estimé capable de réfléchir et de répondre avec une grande stratégie. À tel point qu’avec une puissance destructrice moindre, la créature réussit à mettre les militaires américains encore plus en difficulté qu’une espèce venue d’ailleurs. Cette opposition fonctionne également avec Stargate puisqu’ils partent à la visite d’autres mondes. Une manière pour le réalisateur de dire qu’avant d’essayer de savoir ce qu’il y a ailleurs, nous avons encore des tas de choses à découvrir sur notre propre planète.

Le complexe bipolaire d’Emmerich frappe une nouvelle fois.

Là encore l’écologie est nettement mise en avant puisque Godzilla est ici la résultante d’armes chimiques, proposant encore une fois une volonté de sensibilisation de la part du cinéaste. Cependant, tous ces beaux discours n’attirent pas, pas autant que Godzilla lui-même, qui se transforme en véritable attraction. Le complexe bipolaire d’Emmerich frappe une nouvelle fois en choisissant une version alternative de l’histoire, dont le film est un remake, finalement plus plausible vis-à-vis du sort réservé à l’énorme lézard. Il n’est pas le monstre bienfaiteur que l’on connaît et bien que n’apparaissant pas comme foncièrement méchant (à part ses petits), la question de son pacifisme ou de sa liberté n’est pas mentionnée. En dépit du fait que le scientifique (encore un), Nick Tatopoulos, tente au début de comprendre et d’étudier l’animal, il se retrouve rapidement dépassé par les événements et est contraint de gérer la situation pour que la légitimité du monstre ne soit plus jamais abordée. Chose plus susceptible de se produire si le scénario venait à devenir réalité, il semble clair que n’importe quelle autorité chercherait à mettre l’animal hors d’état de nuire avant de réfléchir à son sort. Si la question de savoir si le monstre en question est un dinosaure qui aurait réussi à survivre jusqu’à ici est abordée, ce n’est que pour nous rappeler l’esprit conservateur d’Emmerich puisque ses origines ne dépasseront pas le stade de l’incident chimique. Sur un tout autre terrain, nous finissons par être habitués, le cinéaste aime parsemer ses films d’un côté dramatique prononcé et, en l’occurrence, d’un passé amoureux que l’on ne parvient pas à oublier. Entre l’histoire d’amour unissant David Levinson et Constance dans Independence Day et celle de Nick Tatopoulos et Audrey dans Godzilla, Roland Emmerich tenterait-il de nous avouer ne pas réussir à tourner la page sur un amour passé ? Ce qui pourrait expliquer son esprit bipolaire.

La planète se rebiffe

Le Jour d'AprèsC’est seulement en 2004 que le cinéaste renoue avec le film catastrophe de type naturel avec Le Jour d’Après. Nous y suivons des scientifiques en mission dans l’Antarctique jusqu’à ce qu’un événement imprévu se produise : le plateau de glace sur lequel ils se trouvent se fissure puis se sépare. Deux intrigues se développent alors, celle du paléoclimatologue, Jack Hall, interprété par Denis Quaid, et ses deux collègues d’un côté qui vont tenter de résoudre le problème de ce changement climatique soudain, et un groupe de personnes, dont son fils campé par Jake Gyllenhaal, de l’autre, qui se sont réfugiés dans une bibliothèque le temps que la catastrophe se termine. Ce long métrage marque une nouvelle fois son souhait de préserver l’écologie et nous rappelle son film Moon 44, qui lui avait permis de commencer à se faire connaître dans la sphère cinéphilique. Avec ce nouveau film, Emmerich démontre encore une fois que le divertissement peut être intelligent et que ce n’est pas parce qu’il cherche à impressionner que c’est forcément dénué de sens. En effet il est question ici de traiter d’une potentielle nouvelle ère glaciaire et, bien que le film le traite de manière totalement fictionnelle, ce n’est pas pour autant dépourvu de recherche et d’éléments scientifiques.

Avec ce nouveau film, Emmerich démontre encore une fois que le divertissement peut être intelligent.

Nombre d’entre eux pensent effectivement que nous nous en approchons et le film prend d’autant plus d’importance que plus de 10 ans après sa sortie, les débats sur le réchauffement climatique et les effets de serre sont toujours d’actualité. N’allons pas jusqu’à dire que le réalisateur était en avance sur son temps, mais simplement que ce dont il traite est sujet à vrai questionnement et que ce ne sont pas des événements à prendre à la légère. Cependant, pour le cinéaste, c’est aussi un drame humain, cela va plus loin que le simple film catastrophe. C’est l’homme face à la nature, mais aussi l’homme au sein d’une famille, d’un groupe, d’une entraide comme le montre Sam Hall lorsqu’il défie les autorités pour essayer de sauver des gens, car il a foi en les paroles de son père. C’est également un drame humain dans sa portée conservatrice comme la question de savoir si on brûle des livres au début de la scène de la bibliothèque. Dans un état d’urgence, il faut savoir faire des sacrifices et laisser derrière soi parfois jusqu’à ses principes ; en l’occurrence le sacrifice de tout un secteur culturel et littéraire en brûlant des livres pour se tenir chaud. Dans un tel contexte, la question ne se poserait même pas, la survie est plus importante que des biens physiques. Et pourtant cette scène a eu lieu. Et elle en dit long sur la psychologie du cinéaste. Sous couvert de tout faire péter tout le temps, il est tout de même pourvu d’une sensibilité et d’un humanisme profond que nous ne lui soupçonnions pas, de quoi alimenter encore un peu le questionnement sur les divergences de son esprit.

Une spirale catastrophique

2012Après cinq nouvelles années d’absence dans l’univers de la catastrophe, Roland Emmerich revient avec 2012, un an après le flop de sa précédente production, 10 000, dont les qualités cinématographiques n’ont d’égale que la tôlée qu’il s’est mangé au box-office. Un projet qu’il n’a pas pu développer aussi bien que les précédents, et certainement pas autant que Le Jour d’Après. Le titre ne s’en cache cependant pas, basé sur les théories plus ou moins fumeuses (complètement fumeuses en fait puisque nous sommes en 2016, et toujours bien vivants) de scientifiques qui prévoyaient la fin du monde en 2012 selon le calendrier Maya. Le film surfe clairement avec son actualité et est né d’un simple désir de profiter du buzz de la théorie. À tel point que même la NASA finit par se moquer du film. Le long métrage suit les traces de son prédécesseur, Le Jour d’Après, dans son développement scénaristique, mais échoue lamentablement sur tous les plans. Paradoxalement, le film est un succès commercial, prouvant qu’un simple phénomène de masse peut créer l’engouement à propos d’un film, alors que le produit fini laisse sincèrement à désirer.

Au-delà de la sensibilité et des goûts de chacun, on constate clairement que le film est vide. On y ressent très peu de ce que le cinéaste a essayé de nous transmettre par le passé, bien que la notion écologique soit plus qu’omniprésente puisque c’est un réchauffement climatique sans précédent que la Terre subit, provoquant d’innombrables catastrophes naturelles et anéantissant presque entièrement toute civilisation de sa surface. On retrouve donc un groupe de personnes essayant de sauver leur peau et de comprendre non seulement ce qui s’est passé, mais surtout comment y remédier. Scénario désormais habituel dans ce genre de production qu’Emmerich n’aura pas réussi à renouveler cette fois-ci. Ce qui reste notable cependant s’avère être l’utilisation d’effets spéciaux et de décors naturels et physiques à la fois afin de donner plus de crédibilité visuelle à son film. Et puis un réalisateur comme lui qui popularise à ce point le cinéma spectaculaire, mais qui conserve l’utilisation d’effets physiques, c’est suffisamment important pour le souligner, mais ça n’enlève en rien la désuétude de ce film aux vieux relents avariés.

Les temps changent

Peut-être est-ce le succès commercial qui le pousse à s’essayer à un tout nouvel horizon ? Ou bien simplement le temps passé qui lui permet de revenir à un ancien scénario abandonné ? Toujours est-il qu’Emmerich semble ne vouloir laisser aucun mystère, aucune théorie, aucun mythe au hasard, et est bien décidé à passer au peigne fin toutes ces fantaisies plus ou moins crédibles de la vie et d’y apporter son point de vue, sa pierre à l’édifice. Et c’est comme ça que notre cher cinéaste décide de s’interroger sur l’existence de… Shakespeare lui-même. Après avoir détruit la maison blanche par deux fois, fait subir les pires ignominies à la Terre, et même invoqué un monstre gigantesque, voilà qu’il s’en prend à un homme de lettre, un homme de théâtre, bien incapable, aussi intelligent fut-il, de provoquer de tels drames mondiaux comme ceux précédemment évoqués. Et pourtant c’est un projet de longue date qu’il aborde ici, ayant mûri une dizaine d’années environ dans son esprit pour accoucher d’un film qu’on ne lui reconnaît pas. Shakespeare, mythe ou réalité ?

Roland Emmerich, AnonymousLe film devait sortir au début des années 2000, mais la sortie et le succès de Shakespeare in Love fit capoter les désirs du cinéaste qui conserva son idée dans un coin de sa tête. Nous avons donc affaire à un Rhys Ifans dans la peau du prince de Vere, un Rafe Spall qui campe le rôle de Shakespeare et un Derek Jacobi en narrateur qui nous emporte de sa voix douce et mélodieuse. Comme il se doit lorsqu’on traite du plus grand dramaturge anglais, Anonymous fait une entrée en matière avec une mise en abîme du théâtre, le film étant raconté par le narrateur lui-même sur une scène de théâtre. La théorie développée ici est basée sur les divers éléments qui remettent constamment en question la légitimité du dramaturge. Sa basse naissance l’empêchant d’avoir une culture littéraire suffisante pour ses écrits, et le fait que nombre de ceux-ci semblent avoir subi des modifications (que l’on peut déceler au style d’écriture). Pour appuyer ces arguments, l’opposition entre les clans Cecil et Tudors, pour la succession d’Elizabeth I d’Angleterre, est le fil conducteur de l’histoire. Edouard de Vere, véritable poète et grand écrivain, remarque William Shakespeare sur scène. Puis lui vient l’idée de faire jouer ses pièces de théâtre à cet homme qui parvient à chambouler les foules. C’est comme cela, et avec un stratagème mûrement réfléchi, qu’il espère arriver à ses fins et influencer la succession au pouvoir. Cette fois-ci, le complexe bipolaire du réalisateur l’a poussé à s’attaquer à quelque chose de plus modéré, or c’est probablement l’histoire qui a été la plus remise en question de sa carrière. Le film fut critiqué bien avant sa sortie de manière plutôt injustifiée puisque son esprit conservateur ne remet pas vraiment en cause la grandeur du dramaturge, et encore moins  la légitimité de ses textes. Au contraire, dans une ère comme la nôtre, le cinéaste rend l’importance de la langue et de la littérature aux yeux du monde. Tandis que Roland Emmerich signe un film d’une sensibilité qu’on ne lui soupçonnait pas et nous propose une esthétique nettement plus aboutie et différente que ce qu’il nous a donné jusque-là, les accueils, critique et public, ne lui pardonnent pas cet « écart de conduite ». Le film est un échec encore une fois très controversé puisque, se basant systématiquement sur des éléments réels et tangibles pour étayer ses films, son public peine à se rappeler que c’est bel et bien une œuvre de fiction.

Auto-critique et second degré

White House DownAprès l’échec d’Anonymous, Emmerich revient aux bases de ce qui a fait son succès. White House Down sort en 2013 et met en avant le plus fondamental du cinéma d’Emmerich : le grand spectacle. Le réalisateur martyrise une fois de plus la Maison Blanche, mais contrairement à celle d’Independence Day, la menace n’est pas extraterrestre. Tentant de s’inscrire dans la lignée des actioners 80’s et 90’s, Emmerich s’offre son épopée sauce Die Hard où un agent de sécurité protège le président des États-Unis face à une bande de terroristes armée jusqu’aux dents. Et allons-y gaiement entre explosions d’hélicoptères, courses-poursuites dans les jardins de la Maison Blanche où le président écrase la menace à coups de lance-roquettes… White House Down est une parenthèse, une grosse bouffée d’air frais agréable pour son réalisateur. On sent Emmerich s’amuser comme un enfant. Exit tous les liens possibles avec une quelconque science-fiction, White House Down est un film d’action bêta, tourné avec un second degré particulièrement savoureux. Emmerich répond aux détracteurs de son cinéma, s’auto-référençant et devenant la parfaite caricature de lui-même. Après une traversée du désert conséquente (près de 10 ans se sont écoulés depuis Le Jour d’Après), en témoignent les nombreux papiers négatifs sur les mauvais 10 000 et 2012, Emmerich sort enfin du silence en posant un regard critique sur son propre travail. Perpétuellement réduit à un comparatif ersatz beauf, bête et méchant, sorte de Michael Bay qui fait tout péter avec un QI de poisson rouge, Roland Emmerich apporte sur un plateau d’argent ce que tout le monde lui reproche depuis toujours. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Emmerich est en grande forme. Assurant une autodérision à toute épreuve, White House Down est un spectacle halluciné qu’il sera impossible de bouder : quel pied !

Gonflé à bloc, le temps de traiter des émeutes de Stonewall dans un film éponyme encore inédit chez nous, Roland Emmerich se prépare à revenir en grande pompe dans nos salles. La sortie imminente de la suite d’Independence Day est redoutablement attendue. Les premières images sont prometteuses. Ne reste plus qu’à croiser les doigts que la mauvaise passe du réalisateur soit définitivement terminée et que ce film se montre à l’image du début de sa filmographie : ambitieux, intelligent et divertissant. Allez Roland, on y croit !

Aymeric Dugénie
Anthony Verschueren

Par Retro-HD

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