Critique Mindhunter saison 2 (Mindhunter season 2)

Mindhunter saison 2
Cette saison 2 reste largement au-dessus du lot, en dépit de la légère déception ressentie devant le recul effectué depuis la saison 1 qui orchestrait une impressionnante danse au-dessus du volcan de la folie entre Holden Ford et Ed Kemper.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique de la Série

L'arrivée de Mindhunter sur Netflix en 2017 a signifié pour beaucoup une bonne nouvelle, le retour de David Fincher aux affaires, lui qui n'a pas réalisé de film depuis Gone Girl (2014), soit une éternité à notre époque numérique. On y retrouvait le style sec aux couleurs froides, devenu sa marque de fabrique depuis Panic Room ou Zodiac. On y assistait surtout à une plongée vertigineuse dans les méandres de la folie, en observant en entretien les serial-killers les plus fameux de notre époque contemporaine, interviewés au tout début du profilage criminel au sein du FBI, au milieu des années 70.  

Cette saison 2 reste largement au-dessus du lot, en dépit de la légère déception ressentie devant le recul effectué depuis la saison 1 qui orchestrait une impressionnante danse au-dessus du volcan de la folie entre Holden Ford et Ed Kemper.

Car Mindhunter retrace la création d'un service de profilage criminel au sein du BSU (Behavioral Sciences Unit) par les agents Holden Ford et Bill Tench. L'un, Holden Ford, représente le génie intuitif et créatif, l'autre, Bill Tench, le solide bon sens rationnel. Rejoints par la psychologue Wendy Carr, ils vont s'attacher à analyser le comportement criminel compulsif à travers des entretiens avec les plus redoutables tueurs en série des Etats-Unis, afin d'en dégager les règles pour résoudre des affaires de meurtre.

La particularité de Mindhunter est, comme son titre l'indique, son côté presque totalement cérébral. Peu d'action proprement dite, en revanche beaucoup d'échanges dialogués passionnants qui vous font jeter un regard souvent horrifié sur l'âme dépravée de criminels qui ressemblent souvent à votre voisin d'en-face. On retrouve ainsi le style de David Fincher qui a jeté les fondations de la série en travaillant son esthétique, son design, son casting, cette manière de choisir uniquement des teintes froides (bleu, vert, gris), pour illustrer cet univers particulièrement sombre. On y retrouve également ses thématiques puisque Mindhunter représente une nouvelle confrontation de Fincher à l'univers des serial-killers, après Seven, Zodiac et Millennium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes, cette traque obsessionnelle de la vérité qui se termine souvent en échec tragique ou en queue de poisson.

On a pourtant peut-être exagéré l'importance de Fincher dans le dispositif créatif de Mindhunter. Certes il y est bien plus présent que dans House of cards où il avait également posé les bases stylistiques et de direction d'acteurs dès les deux premiers épisodes, avant de suivre l'évolution de la série d'assez loin, en tant que producteur exécutif. Dans la première saison de Mindhunter, il signe quatre épisodes sur dix, les deux premiers et les deux derniers, encadrant ainsi le projet. La deuxième saison semble être une légère mise en retrait de sa part, puisqu'il ne signe plus que les trois premiers épisodes (sur neuf), se contentant d'introduire, comme il l'a fait pour la première saison de House of Cards. Au fil des saisons de cette précédente série, ses épisodes étaient de plus en plus signés par James Foley ou Carl Franklin. Or, comme par hasard, la moitié des épisodes de la saison 2 (épisodes 6 à 9), est signée Carl Franklin. Ceci s'explique par une spécificité de cette saison sur laquelle nous reviendrons.

La force de la première saison relevait de l'effet de surprise et des choix stylistiques radicaux effectués. Elle était surtout centrée sur la personnalité étrange de Holden Ford (interprété par un Jonathan Groff, excellent dans un registre macronisé), génie intuitif dans sa vie professionnelle, homme complètement largué dans tous les sens du terme dans sa vie privée. Examinons donc ces neuf épisodes : les trois premiers réalisés par David Fincher, les deux suivants par Andrew Dominik et les quatre derniers par Carl Franklin. Cette nouvelle saison ne repose plus autant sur Holden Ford qui s'est fait quitter par Debbie et ne paraît pas avoir repris une vie privée (ou du moins la série ne s'y intéresse plus, ce qui est assez incompréhensible). Par souci de rééquilibrage, la série se penche alors sur la vie privée des deux autres personnages principaux, Bill Tench en grande difficulté face à un fils impliqué dans un meurtre collectif, et qui révèle de jour en jour les traits comportementaux dignes d'un potentiel tueur en série (manque d'empathie, cruauté, etc.), et Wendy Carr en proie à une histoire d'amour avec une belle lesbienne d'un niveau social différent.

Or, si l'histoire de Bill Tench est assez convaincante et fait froid dans le dos, celle de Wendy Carr frise l'anecdotique, tout juste sauvée par la réutilisation de son vécu dans le cadre d'un entretien avec un tueur en série. Wendy écope même d'un sérieux carton rouge dans cette saison 2 car elle ne trouvera pas mieux pour rejeter sa Dulcinée que d'invoquer des motifs de différence de classe. Les trois épisodes réalisés par Fincher se signalent par un meilleur sens du rythme et des effets sonores très distinctifs, surtout dans une scène de discussion en voiture. Mais, pour ce qui est du narratif, le clou de la saison se trouve dans l'épisode 5 réalisé par Andrew Dominik (L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford), où sont interviewés Charlie Manson et l'un de ses disciples, passage qui représente l'envers du décor idéalisé de Once upon a time...in Hollywood de Quentin Tarantino.

Le reste de la saison se concentre sur l'affaire connue sous la dénomination des Meurtres d'Atlanta. Comme elle concerne des enfants ou adolescents noirs, Fincher et Dominik ont laissé la place à Carl Franklin, metteur en scène afro-américain. Si les épisodes 6 et 7 ronronnent un peu, comme d'ailleurs l'enquête, les épisodes 8 et 9 nous prennent à la gorge, surtout si le spectateur ne connaît pas déjà le fin mot de l'histoire. Le criminel supposé, aussi fin manipulateur que celui de Zodiac, nous laisse incertains sur sa possible innocence ou culpabilité, ce qui entraîne un douloureux suspense. On ne connaîtra jamais en fin de compte la vérité, de manière indubitable.

Or, si cette saison possède de grands moments (ceux évoqués des épisodes 5, 8 et 9), elle a perdu de son effet-surprise de sidération. En-dehors de ces quelques moments, tout reste relativement prévisible (l'étouffement de Holden à la fin de l'épisode 1, l'amourette lesbienne de Wendy, la stupeur et le désespoir de Tench face à son fils). Les personnages paraissent nettement moins approfondis que dans la saison 1, surtout celui de Holden Ford qui symbolisait le moteur de l'action. Mindhunter saison 2 ressemble davantage à une série de producteurs. Elle n'est même plus suivie épisode par épisode par Joe Penhall, son créateur originel. Elle est désormais supervisée par Courteney Miles qui a écrit la plupart des scénarios de la saison 2. Ce changement de showrunner n'en fait pas pour autant une mauvaise série. Elle reste largement au-dessus du lot, en dépit de la légère déception ressentie devant le recul effectué depuis la saison 1 qui orchestrait une impressionnante danse au-dessus du volcan de la folie entre Holden Ford et Ed Kemper. Cette fois-ci, le vertige est moindre, on est passés de l'"exceptionnel" au "très bon moment en perspective" mais on espère néanmoins que cela suffira pour que la série soit renouvelée sur Netflix. On sait la plateforme de programmes en ligne particulièrement attentive à l'audience et à la réception critique des fictions qu'elle produit. Or, à l'heure où ces lignes sont écrites, Mindhunter n'a pas encore été renouvelée pour une saison suivante, alors que la série l'avait été en 2017, avant même que la saison 1 ne commence. Il ne faudrait surtout pas que Mindhunter prolonge la liste des séries tombées au champ d'honneur de Netflix, après Sense8 et The OA, qui, quoi qu'on pense de la réussite de ces séries, représentaient un bel effort d'imagination et d'innovation qui méritait d'être récompensé et poursuivi. Conçues sur un arc narratif de cinq saisons, les enquêtes de Holden Ford et Bill Tench promettent pourtant d'être passionnantes.   

Informations

Détails de la Série Mindhunter saison 2 (Mindhunter season 2)
Origine Etats Unis Signalétique Accord Parental
Catégorie Série Genre Thriller - Policier
Version TV Durée 55 '
Sortie 16/08/2019 Reprise -
Réalisateur David Fincher - Andrew Dominik - Carl Franklin Compositeur
Casting Jonathan Groff - Holt McCallany - Anna Torv
Synopsis Avec le soutien de leur nouveau patron, les experts de l'Unité des sciences comportementales tentent de passer de la théorie à la pratique. Une succession d'affaires d'enfants assassinés à Atlanta est portée à la connaissance de l'agent Ford. Serait-ce l'oeuvre d'une seule et même personne ?

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