Critique 13 reasons why saison 2 (13 reasons why (season 2))

13 reasons why
Suite au suicide de Hannah Baker, sa mère décide d'intenter un procès au lycée Liberty où sa fille était scolarisée pour dénoncer la passivité de l'établissement face au harcèlement dont cette dernière était victime. A cette occasion, chacun...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique de la Série

image1Cette deuxième saison de la série s'axe autour du procès du lycée Liberty intenté par la mère d'Hannah Baker, tenant pour responsable ce dernier de n'avoir rien fait pour mettre fin au harcèlement qui a selon elle conduit au suicide de sa fille. Notons à la réalisation la présence renouvelée de Gregg Araki ainsi que de Kat Candler, réalisatrice d'un très beau film sur l'adolescence marginale en 2014 intitulé Hellion. Si de nouveaux personnages apparaissent, nous retrouvons tous ceux avec qui nous avions déjà fait connaissance au cours de la première saison, y compris celui de Hannah dont la présence semble plutôt dictée par la production que par des nécessités d'ordre scénaristique. Car si les flashes-backs viennent apporter des pièces au dossier d'une instruction remise entre les mains d'un spectateur complice, qui voit la vérité se reconstituer au fur et à mesure que les témoignages se succèdent – les relations de Hannah avec ses camarades de lycée et plus particulièrement avec Zach – son "incarnation" de la conscience morale personnelle de Clay sous forme d'un fantôme qu'il est le seul à voir est quant à elle beaucoup plus discutable, outre le fait qu'elle introduit un registre fantastique inapproprié au cadre réaliste – ou qui se veut comme tel – de la série.

image2Si cette saison 2 s'en sort relativement bien, on sent déjà le filon s'épuiser et la série avoir du mal à se renouveler. Si certains des personnages présents dès la saison 1 prennent ici une nouvelle ampleur, ils peinent à enrichir le récit comme la relation entre Skye et Clay tend à le démontrer, qui ne fait qu'insister inutilement sur les difficultés affectives du jeune garçon à entretenir une relation sentimentale avec une fille, d'autant plus qu'il semble être dans l'incapacité de surmonter le deuil d'Hannah. En outre, le profil suicidaire de Skye – bien que d'un tempérament et d'un caractère différents – crée un sentiment étrange de répétition – plus encore qu'il ne sert de variante thématique – de la relation entretenue par Clay avec la fille des Baker. Son personnage stagne voire agace à l'occasion de décisions qu'il prend ou de propos qu'il tient au détriment de ses camarades, et parfois même à l'encontre d'Hannah. Ses reproches – relation de la jeune fille avec Zach, fréquentation du clubhouse – mettent au jour l'imperfection d'un personnage jusque-là épargné par la critique, contribuant ainsi au réalisme de la série, tout en soulignant une misogynie d'ordre atavique touchant aux individus susceptibles d'en être le moins suspectés. Au contraire de Zach, dont la misogynie de façade n'est que le produit de sa lâcheté face au groupe.

image3La série reflète en effet des problématiques contemporaines comme les violences faites aux femmes: mais le traitement réservé à Hannah comme à Jessica se révèle au cours de cette deuxième saison n'être que "la partie émergée de l'iceberg", l'aperçu d'un système plus vaste. C'est ainsi qu'elle se structure autour de la découverte successive de polaroïds mettant en scène des filles du lycée, toutes victimes de membres de l'équipe de foot regroupés autour de Bryce, leur capitaine charismatique, protégés par leur statut social et le lien pervers entretenu par un système éducatif dépendant des subsides octroyés par les familles les plus aisées de la communauté. C'est ce qu'on appelle avec pudeur donner plus d'"autonomie" aux établissements scolaires (entendez: "faire des économies sur le budget de l'Etat"): certains hommes politiques en France en rêvent … Avec pour autre conséquence que le chef d'établissement a tout pouvoir de recruter et de renvoyer pour ainsi dire arbitrairement son personnel ("corvéable à merci" se traduit d'ailleurs en langage néo-libéral par "flexible et impliqué dans son travail"), comme ne s'en prive pas le principal du lycée Liberty parfaitement interprété dans toute l'étendue de son ignominie par l'acteur Steven Weber.

image4Dans le même temps, le rôle tenu par les parents et leur responsabilité dans le développement affectif et psychologique de leur progéniture font l'objet d'un approfondissement salutaire à la compréhension de l'action et des personnages. Loin de conclure à un déterminisme des adolescents par leur environnement social, ils illustrent les différentes voies empruntées par chacun d'entre eux, remettant en question les valeurs délétères d'une Amérique impitoyable pour ses "perdants". L'esprit de compétition s'impose en effet partout, renversant tout respect des valeurs humaines sur son passage: que ce soit entre les majorettes de l'équipe de foot, les joueurs eux-mêmes ou pour accéder à l'université. Zach représente cette possibilité – optimiste à défaut d'être réaliste –  de surmonter ses peurs et surtout l'autorité d'une mère aimante mais castratrice, tandis que Bryce, pour le pire quant à lui, reste insensible aux reproches qui lui sont adressés par la sienne, nous offrant une scène de confrontation intense particulièrement réussie, protégé qu'il se sait par un père particulièrement cynique qui croit bon de fermer les yeux sur le comportement violent sinon criminel de son fils. Et que Justin doit se débattre entre un beau père violent et une mère soumise aux volontés de son dealer d'amant.

image5Du cercle restreint de la famille nous passons donc à un réquisitoire des institutions et des valeurs de l'Amérique: d'une justice et d'une éducation soumises à la seule puissance de l'argent, aux violences sexuelles faites aux femmes, en passant par les conséquences désastreuses du deuxième amendement autorisant la vente libre des armes à feu, l'usage récréatif des drogues – selon un point de vue plutôt positif – et la toxicomanie, de nombreux thèmes sont abordés. La série relève ainsi avec justesse la tentation susceptible de s'emparer de jeunes adolescents en proie à la frustration voire au désespoir, même doués d'un sens supérieur des responsabilités et de l'éthique comme Clay. Histoire de battre en brèche l'argument commode avancé par le parti conservateur américain, associant les "mass murderers" de Columbine et d'ailleurs à des malades mentaux. Gus van Saant avait ouvert la voie, il est vrai, avec Elephant. A tel point que cette saison 2 de la série se présente comme le récit d'un procès dans le procès, mettant à nu le nihilisme d'une société exaltant la force brute: pouvoir du mâle dominant sur tous les autres – dont Tyler fait lui aussi les frais (Devin Druid excelle dans son rôle et s'affirme depuis quelques films déjà comme un jeune acteur encore plein de promesses) – puissance quasi illimitée de l'argent, des élites en général, sentiment d'insécurité permanent. C'est le vernis d'un pouvoir adulte hypocrite qui se plaît à afficher ses vertus morales comme autant de principes formels qu'il contredit immédiatement et sans vergogne dans les faits, aussi bien incarné par le directeur de Liberty cherchant à rassurer Tyler sur ses intentions "pédagogiques" que par le coach de l'équipe de foot, exclusivement intéressé par les résultats et la réputation de son équipe au détriment de l'équilibre psychologique des adolescents qu'il a sous sa responsabilité – n'hésitant pas à faire "chanter" le conseiller d'orientation du lycée – ou encore le père de Marcus – aussi soucieux de l'avenir de son fils que de son image auprès des électeurs susceptibles de voter pour lui – c'est donc ce vernis qui se craquèle pour laisser place à la vérité intime de relations sociales corrompues par l'argent et le pouvoir.

En contrepoids, la série nous dresse le portrait d'une jeunesse appelée à se saisir de son avenir. Avenir dont on devine qu'il dépend en grande partie des évènements qui se déroulent dans le présent de la narration qui se déroule sous nos yeux. Car là est l'enjeu de la série et très vraisemblablement de la troisième saison à venir bientôt. Au-delà des faiblesses du scénario – le traitement des relations sentimentales entre ados qui sonne souvent faux, manque de profondeur et n'apporte pas grand-chose à l'histoire – c'est la multiplicité des points de vue et la diversité des thèmes abordés avec un sens certain de la nuance qui intéressent ici. Nous ne ferons donc pas la fine bouche et attendons impatiemment qu'un jour la France soit capable de produire une série équivalente sur le même sujet. Messieurs les scénaristes: à vos claviers!

Informations

Détails de la Série 13 reasons why saison 2 (13 reasons why (season 2))
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Série Genre Drame
Version TV Durée 780 '
Sortie 18/05/2018 Reprise -
Réalisateur Gregg Araki - Michael Morris - Kat Candler - Karen Moncrieff - Eliza Hittman - Jessica Yu - Kyle Patrick Alvarez Compositeur Eskmo
Casting Dylan Minnette - Katherine Langford - Christian Navarro - Brandon Flynn - Ross Butler - Justin Prentice - Devin Druid
Synopsis Suite au suicide de Hannah Baker, sa mère décide d'intenter un procès au lycée Liberty où sa fille était scolarisée pour dénoncer la passivité de l'établissement face au harcèlement dont cette dernière était victime. A cette occasion, chacun y défend sa vérité et les révélations s’entrechoquent.

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