Critique 13 Reasons why Saison 1 (13 Reasons why Season 1)

13 Reasons why
Le récit, centré sur la mort de Hannah, est mené sous la forme d'une enquête dont l'objet est d'établir la responsabilité de chacun dans le drame, autrement dit d'établir les raisons qui ont poussé Hannah au suicide. Or, ces raisons ont à voir...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Sébastien LAMOTHE

Critique de la Série

image113 Reasons Why détonne dans le paysage cinématographique par son exploitation dramatique d'un genre, celui du high school movie, trop souvent cantonné à la comédie (depuis American College, 1978, de John Landis, jusqu'à Expelled). L'ensemble des films qui le constituent a cependant contribué à définir un monde originaire duquel s'inspire la série américaine, avec ses personnages archétypaux (le loubard, le sportif, le geek, …) et ses situations récurrentes, même si l'écriture des personnages s'amuse à brouiller les codes en en répartissant originalement les éléments – le personnage de Tony, cuir noir sur les épaules et cheveux gominés comme en hommage au film Grease, est, par exemple, homosexuel. Il est significatif à ce titre que Gregg Araki, réalisateur du jubilatoire et satirique Kaboom (2010) ait été appelé à la réalisation de 4 des épisodes de cette saison, rare cinéaste à s'intéresser avec honnêteté, sensibilité, et sans fausse pudeur aux états d'âme d'une jeunesse américaine déboussolée (Totally F**ed Up, The Doom Generation, Nowhere).

image2Le récit, centré sur la mort de Hannah, est mené sous la forme d'une enquête dont l'objet est d'établir la responsabilité de chacun dans le drame, autrement dit d'établir les raisons qui ont poussé Hannah au suicide. Or, ces raisons ont à voir avec 13 lycéens de son établissement, autant que de bandes magnétiques confiées à la discrétion de chacun d'entre eux. Enquête sociologique dont le déroulement est confié à Hannah, via une sélection des faits opérée par la jeune fille narrant en voix-off sa descente aux enfers – flash-back en montage parallèle d'amitiés déçues, d'humiliations subies ou d'amours tues – dont le rythme est imposé par les atermoiements de Clay, dans le rôle de l'amoureux transi, justifiant le découpage de la série en treize épisodes. Car le cours de l'intrigue principale suit le cheminement psychologique de l'adolescent introverti au regard sombre sur le visage duquel se réfléchit la détresse muette d'une adolescence meurtrie par la violence sourde qui émane de rapports sociaux viciés. Précision d'autant plus remarquable du jeu tout en retenue de Dylan Minette (remarqué en 2016 dans Don't Breathe, très bon film de genre de Fede Alvarez) que la palette des expressions qui lui est offerte s'avère restreinte pour des raisons scénaristiques liées au caractère du personnage, soutenue par un regard captateur qui fascine et inquiète tout à la fois. Cependant que la spiraléité de l'intrigue, concomitamment à l'évolution du personnage, semble, au fur et à mesure que l'histoire se déroule, autoriser une échappatoire possible au déterminisme d'un milieu ambiant fortement bipolarisé (à la fois social – abondance de richesses matérielles face à une paupérisation de la classe moyenne représentée par les parents de Hannah qui peinent à faire vivre leur boutique ou par la mère de Justin qui n'a pas les moyens de lui acheter une nouvelle paire de baskets – et environnemental – les hauts quartiers résidentiels où habite Bryce face à l'appartement minable de la mère de Justin, le lycée face à l'intimité du foyer).

L'angoisse qui étreint le groupe des adolescents soudés par l'adversité contre Clay dont ils craignent qu'il dévoile le contenu des bandes, dévoilant publiquement leurs secrets jalousement gardés, est celle d'une société qui vit dans le mensonge et un aveuglement savamment entretenu.

image3Car dans cette chaîne causale qui conduit à la mort de Hannah, la responsabilité du monde adulte, si elle semble marginale, à ne tenir compte que de l'intervention directe des personnages, revêt une importance d'autant plus décisive que son influence est diluée, difficile à isoler et/ou à repérer en tant que telle, incrustée au creux même du tissu social. Responsabilité d'abord d'un système éducatif qui monte au pinacle ses meilleurs sportifs dont un passe-droit pour l'université leur est automatiquement accordé sur le seul critère de leurs résultats au football américain ou au base-ball, confortés dans leur sentiment de toute puissance voire d'impunité à l'égard des autres par un silence approbateur de la communauté scolaire (qui ne dit mot consent) aux conséquences désastreuses que nous dévoile l'action, si ce n'est par des remarques insultantes essuyées par Clay, stigmatisé sur sa corpulence, de la part du coach (qui le qualifie avec mépris de "maigrichon). Le rôle des préjugés sociaux relayés par une société basée sur la violence et régie par un modèle relationnel phallocrate, incapable de se remettre en question, comme le père d'Alex, fier que son fils se soit battu, et bien battu, malgré (ou à cause?) de son statut de policier censé faire respecter la loi. Sans parler des intérêts économiques représentés par le directeur qui pense avant tout à la réputation de son établissement comme à la gestion de son budget, grevé par les frais d'avocat engagés pour se défendre contre la plainte déposée par les parents de Hannah. Et le conseiller psychologique qui n'a pas vu venir le drame, pointant du doigt son échec personnel. Les parents bienveillants et attentionnés, qui malgré tout l'amour qu'ils portent à leurs enfants, sont à deux mille lieues d'imaginer ce qu'ils peuvent vivre au quotidien ou ressentir. Les autres qui surprotègent et déresponsabilisent par la même occasion leurs enfants en leur coupant les ailes (la mère de Zach). Enfin, tous ceux qui les ont livrés à eux-mêmes, tous milieux sociaux confondus, des parents de Bryce physiquement absents à l'image tout au long des treize épisodes de la série à la mère de Justin, en couple avec un beau-père délinquant et violent qui va jusqu'à s'en prendre à l'adolescent.

image4L'angoisse qui étreint le groupe des adolescents soudés par l'adversité contre Clay dont ils craignent qu'il dévoile le contenu des bandes, dévoilant publiquement leurs secrets jalousement gardés, est celle d'une société qui vit dans le mensonge et un aveuglement savamment entretenu. A ce titre, 13 Reasons Why se présente comme un prolongement possible (sur une autre thématique) du film de Gus Van Sant sur la tuerie de Columbine: Elephant (2003) qui se déroulait lui aussi dans un lycée américain exposant le quotidien de ses élèves. Le suspens dramatique de la série repose ainsi sur le compte à rebours d'une bombe prête à exploser à tout moment dont le bouton du détonateur est entre les mains de Clay, sur le personnage duquel repose en grande partie le film. La performance exceptionnelle de Dylan Minette doit être ici mise en avant, son visage passant d'une surface lisse (égale à celle que cherche à renvoyer la micro-société) et impénétrable à une expressivité des affects, réfléchissant les sentiments du spectateur, qui se manifeste de façon progressive parallèlement à la conscience qu'il prend du rôle que lui et les autres élèves ont joué dans le suicide de Hannah, quitte à faire éclater lui-même la bulle insupportable de silence à l'intérieur de laquelle s'est lâchement lovée la petite communauté emblématique.

Informations

Détails de la Série 13 Reasons why Saison 1 (13 Reasons why Season 1)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Drame
Version TV Durée 60 '
Sortie 31/03/2017 Reprise -
Réalisateur Brian Yorkey Compositeur Eskmo
Casting Dylan Minnette - Katherine Langford - Christian Navarro - Brandon Flynn - Alisha Boe - Ross Butler - Justin Prentice - Miles Heizer
Synopsis Un garçon nommé Clay reçoit une boîte à chaussures remplies de cassettes de sa défunte petite-amie Hannah, récemment suicidée. Sur les cassettes qui doivent être passées de mains en mains, Hannah explique que chacun a joué un rôle dans sa mort, et donne les 13 raisons expliquant son passage à l'acte.

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