Critique 690 VopnafJördur

690 VopnafJördur
Voici un documentaire au ton décalé digne d'un épisode de la célèbre série documentaire belge Strip Tease à l'humour aussi froid qu'un glaçon

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Documentaire

Voici un documentaire au ton décalé digne d'un épisode de la célèbre série documentaire belge Strip Tease à l'humour aussi froid qu'un glaçon (en islandais, "Islande" signifie littéralement "terre de glace") teinté de poésie, d'une poésie mélancolique et rêveuse bourrée d'humanité. Comme son titre l'indique, 690 Vopnafjördur s'attache à nous présenter la vie au quotidien de cette localité islandaise située au nord-est de l'île dans la région d'Austurland, au bord du fjord du même nom et à 600 kilomètres de Reykjavik, sur laquelle pèse la menace omniprésente de l'exode rural. La réalisatrice et son chef opérateur qui travaillent tous deux en étroite collaboration affirment avoir voulu filmer une Islande conforme à la réalité du pays que symbolise à elle seule la localité de Vopnafjördur, entre valeurs traditionnelles et modernité.

L'effort solidaire des habitants, acharnés à conserver l'âme de leur communauté, se manifeste par une succession de plans encadrant le documentaire qui nous les montre chantant à l'unisson au sein d'une chorale, pour passer ensuite à une individualisation des "cas" venant illustrer différemment leurs espérances. Entre ceux qui crèvent d'ennui et ne rêvent que de fuir au loin pour rejoindre la vie d'un grand centre urbain, et les autres qui, bien qu'installés depuis longtemps dans le village, se sentent considérés comme des étrangers par les habitants parce qu'ils sont nés ailleurs, pas facile de trouver sa place à Vopnafjördur. La vacuité d'une vie menée jusqu'à l'absurde se manifeste par le tournage d'actions anodines dont le sens est caché au spectateur qui doit en reconstituer par l'imagination la globalité, comme ce vieil homme qui colle sur des pierres polies des pattes prélevées sur des oiseaux morts. Tandis que l'employée d'une épicerie, fidèle à son poste, s'expose isolée au milieu de son commerce _ et du cadre qui en définit les contours _ filmé en plan large attendant l'arrivée d'un client potentiel qui tarde à venir, ou qu'un jeune homme s'entraine seul sur un terrain de football à viser le but. L'isolement et le sentiment de solitude se traduisant aussi par les mots d'une femme entre deux âges témoignant de sa singularité irréductible par rapport aux autres habitants.  Une voix off qui se superpose du début à la fin du documentaire sur les images du film, celle des différents membres de la communauté attestant de leur ressenti individuel sur la vie de leur localité et les relations qu'ils entretiennent en son sein, exprimant en même temps une distance réflexive par rapport aux faits et gestes en apparence dénués de sens soumis à l'œil de la caméra.

Au centre de la vie économique du village, la conserverie de poissons, qui ne tourne que quelques mois dans l'année, abandonnant le reste du temps ses employés à l'oisiveté la plus totale. Essentielle à l'activité économique de la bourgade elle représente par là même le ciment qui permet de la maintenir encore en vie. Nombreux les plans serrés qui se succèdent nous montrant le produit de la pêche qui constitue l'activité principale du village. Vestige d'une tradition perdue, celle d'une pêche aux requins comme elle n'est plus guère pratiquée aujourd'hui dans le pays: attachement obstiné des villageois à leurs valeurs ancestrales. Et puis les paysages majestueux, la géographie si particulière de cette terre volcanique aux recoins insoupçonnés perdue entre le vaste du ciel et de la mer qui envahissent l'écran, réduisant l'homme à sa vraie dimension, minuscule au sein de la vie du cosmos. Une obsession: ne pas laisser mourir le feu qui réchauffe nos cœurs au milieu du froid polaire qui nous saisit. Une photo sublime et un cadre qui relève de l'intelligence théâtrale, une écriture respectueuse de son sujet et une âme humaine aux dimensions du gouffre d'azur dans lequel elle plonge son regard, celle de ce couple de documentaristes dont nous ferions bien de retenir le nom.

Informations

Détails du Documentaire 690 VopnafJördur
Origine Islande Signalétique Tous Publics
Catégorie Documentaire Genre Drame
Version TV Durée 57 '
Sortie 01/10/2017 Reprise -
Réalisateur Karna Sigurdardottir Compositeur Thorunn Gréta Sigurdardottir
Casting
Synopsis La petite communauté isolée du nord est de l'Islande de Vopnafjördur vaque à ses occupations quotidiennes sous la menace de l'exode rural qui la guette.

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