CRITIQUE : I Fantasmi di Portopalo 1ère partie (I Fantasmi di Portopalo)


I Fantasmi di Portopalo 1ère partie

Critique du Film

Saro Ferro, petit pêcheur du village de Portopalo à l’extrême sud de la Sicile, mène une vie de famille heureuse auprès de ses enfants et de sa femme Lucia. Jusqu’à tant qu’il recueille un jeune naufragé d’origine tamoul à bord de son bateau. L’adolescent, surnommé Fortunato par les habitants du village pour avoir survécu miraculeusement à la noyade, ne se souvient pas plus des évènements récents qui l’ont conduit jusque-là que de son identité suite au traumatisme qu’il vient de vivre. Touché par son sort, Saro décide alors de le prendre sous son aile. Employé au port à de menues taches d’entretien, le jeune garçon finit par se fondre dans le paisible décor du petit village de pêche un peu comme une curiosité sinon comme une attraction dont on finit par ne plus se poser la question de savoir pourquoi ni comment elle a fini par se trouver là. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible si la tolérance dont font preuve les habitants à son égard ne cachait pas un secret inavouable qui menace de mettre en péril l’activité économique du port en immobilisant ses bateaux à quai. En effet, des cadavres humains ainsi que des débris de bateaux, témoins gênants du naufrage d'un bateau ayant embarqué à son bord des centaines de migrants clandestins qui a eu lieu entre Malte et la Sicile, pris dans les filets des pêcheurs de Portopalo, remontent à la surface aussitôt rejetés à l’eau par les pêcheurs, comme la mémoire malheureuse de Fortunato elle-même qui lui revient par flashes : scènes des exactions commises par les passeurs extorquant tout leur argent à ces candidats miséreux de l’Inde ou du Pakistan à l’Eldorado européen. Et le jeune garçon de graver sur une coque de bateau échoué le visage de ses camarades d’infortune disparus comme autant de fantômes qui hantent la conscience des habitants, et par extension la nôtre. Une omerta se met alors en place pour taire la vérité aux yeux de l’Italie toute entière, avec la complicité passive des autorités portuaires, respectée par tous sauf … Saro que sa conscience ne veut pas laisser pas en paix.

Une leçon de cinéma en même temps que d'humanité que ce film en deux épisodes du réalisateur italien Alessandro Angelini diffusé pour la première fois sur la RAI en février 2017, servi par des acteurs au diapason et un scénario à l'écriture encore plus subtile qu'il n'y paraît

Au-delà du caractère véridique de l’intrigue inspirée de l’enquête réellement menée par un journaliste romain de la Repubblica (Gadh Charbit) sur les faits et qui dura dix longues années avant que la vérité soit enfin établie, le personnage de Saro (Salvo Lupo dans la réalité) montré dans son intimité familiale, avec ses zones d’ombre - la lâcheté dont il fait d’abord preuve à l’exemple des autres pêcheurs du port, le sentiment de honte qui l’empêche d’avouer dans un premier temps la vérité à son épouse - est rendu tout à fait crédible, au-delà du talent de l’acteur lui-même, grâce à l’épaisseur que lui confère le travail d'écriture du scénario. D’autant que l’intrigue secondaire (celle du drame familial) se noue pour ainsi dire naturellement à la trame principale, cette dernière conditionnant le sort de la famille toute entière sur laquelle pèse comme une épée de Damoclès au-dessus de sa tête la menace sourde d'ostracisme qui se lit dans le regard, les propos échangés et autres signes parfois furtifs et disséminés tout le long du récit émanant des membres de la petite communauté de Portopalo. Rejeté par les villageois, Salvo Lupo sera d'ailleurs contraint d'abandonner son métier de pêcheur. En parallèle donc, la quête d'identité d'un homme mis dans l'obligation d'effectuer un choix cruel entre un silence coupable insupportable à sa conscience et le dévoilement d'une vérité dont les conséquences risquent de s'avérer désastreuses pour l'avenir de sa famille. La détermination de son adolescente de fille à entreprendre une carrière de mannequin à laquelle il s'oppose d'abord - en père jaloux de comédie - intervient ici comme un révélateur de la lâcheté à laquelle il paraît dans un premier temps vouloir s'abandonner, servant dans un second temps d'exemple au courage qu'il trouve à s'affranchir des règles inhumaines qui contraignent l'exercice de son libre arbitre.

Une leçon de cinéma en même temps que d'humanité que ce film en deux épisodes du réalisateur italien Alessandro Angelini diffusé pour la première fois sur la RAI en février 2017, servi par des acteurs au diapason et un scénario à l'écriture encore plus subtile qu'il n'y paraît (son effacement en retrait de l'action témoignant précisément de son efficacité maximale), refusant le jugement du pathos auquel le sujet eût pu aisément se prêter - le comique bouffon si typique du cinéma italien s'y taillant d'ailleurs la part belle, écorchant au passage une église opportuniste et un pouvoir politique local aux pratiques mafieuses (intimidation du journaliste pour l'empêcher de mener son enquête) -, nous rappelant au bon souvenir du néo-réalisme de la première heure, d'un Vittorio de Sica par exemple.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Informations

Détails du Film I Fantasmi di Portopalo 1ère partie (I Fantasmi di Portopalo)
Origine Italie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version TV Durée 98 '
Sortie 20/02/2017 Reprise -
Réalisateur Alessandro Angelini Compositeur Piernicola di Muro
Casting Giuseppe Fiorello - Giuseppe Battiston - Roberta Caronia - Bagya Lankapura
Synopsis Dans la bourgade de Portopalo située à la pointe sud de la Sicile, le soir de Noël 1996 Saro Ferro, un pêcheur, sauve de la noyade un adolescent d'origine indienne. Le jeune homme traumatisé a perdu la mémoire. Les jours suivants, d'autres marins repêchent des cadavres dans la mer.

Par Sébastien LAMOTHE

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