Critique Dark - Saison 1

Dark (saison 1)
Une série allemande à la croisée de Twin Peaks, True Detective et Stranger Things produite par Netflix, mystérieuse, envoutante, qui vous transportera à travers l'espace-temps des années 1950 à nos jours!

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Sébastien LAMOTHE

Critique de la Série

La petite ville (fictive) de Winden en Allemagne est ébranlée par la disparition de Mikkel, jeune garçon de 11 ans, qui n'est autre que le fils du policier Ulrich Nielsen dont le petit frère (Mads) avait lui-même mystérieusement disparu au même âge, en 1986. Nous sommes en 2019 et la centrale nucléaire de la ville, construite en 1953, est appelée à être prochainement arrêtée et fermée en vertu de la sortie du nucléaire civil mise en place par l'Etat. Le même cycle semble se répéter selon lequel tous les 33 ans des enfants de la ville s'évanouissent en pleine forêt aux abords d'une grotte sans laisser de trace ni d'indice auxquels les enquêteurs, emmenés par l'inspectrice Charlotte Doppler, puissent se raccrocher.

Dark - Saison 1 - Image 1La série allemande Dark produite par Netflix s'inscrit dans la lignée de ses prestigieux prédécesseurs sur bien des points. David Lynch ayant ouvert la voie avec Twin Peaks (et, bien avant encore, avec Blue Velvet) d'un dévoilement progressif du Mal représenté sous la forme d'une entité _ ici, le personnage de Noah, désignation en hébreu du patriarche Noé, est l'alter ego du terrifiant Bob de la série américaine _ rongeant la communauté d'une petite ville aux habitants apparemment sans histoire. L'articulation, voire la fusion, entre mal historique et mal métaphysique (le fascinant et psychédélique épisode 8 de la saison 3) étant reprise ici à travers le rôle joué par la centrale nucléaire dans la création d'un processus démoniaque de reconduction du cycle de la damnation. De secrets en trahisons, de trahisons en délations voire en fausses accusations, de la délation au meurtre, chacun participe à sa façon, et parfois de manière innocente, au déroulement fatal des évènements dont l'écriture scénaristique représente la métaphore: les personnages sont prisonniers du récit comme ils le sont de leur propre destin.  Tiens, tiens, Jantje Friese et Baran bo Odar, les deux réalisateurs de la série repérés par la plate-forme américaine pour leur film sur le monde des pirates informatiques Who am I (2014), ne jurent dans leurs interviews que par Twin Peaks de David Lynch.

Il semble plus vraisemblable qu'une génération de réalisateurs nés dans les années 1970 éprouve une forme de nostalgie assumée pour les eighties et les films qui ont bercé leur adolescence

Remise en cause d'une application néfaste des découvertes scientifiques de l'ère moderne (celle du radium par Pierre et Marie Curie) qui va de pair avec une conception pessimiste de la vie à l'échelle de l'Univers influencée par les thèses scientifiques tournant autour de la relativité d'Einstein et la théorie des quanta, l'évocation des trous noirs dans la série y faisant directement référence, ces objets célestes si compacts qu'ils absorbent la matière ainsi que toute forme de rayonnement en les empêchant de s'en échapper. Il faut dire que le couple de réalisateurs a accumulé les recherches sur le sujet et épluché les œuvres de Einstein ou encore de Stephen Hawkins. La première saison de True Detective peut également être invoquée à ce titre comme ayant pu inspirer la série allemande si l'on se remémore le long monologue halluciné à tendance dissertative de Matthew McConaughey développant face à ses enquêteurs la théorie des cordes (un numéro d'acteur incroyable), d'autant plus que la série américaine tout comme son homologue allemande cite explicitement le philosophe Friedrich Nietzsche et plus particulièrement son concept bien connu d'Eternel retour qui pourrait se résumer grossièrement ainsi: le monde étant composé d'un nombre fini de forces, les mêmes schémas se reproduisent à l'infini selon un nombre déterminé à l'avance de possibilités. Quid de la responsabilité individuelle dans ces conditions? C'est justement l'une des thématiques essentielles développée par la série où la découverte d'une faille temporelle permettant de voyager dans le passé aussi bien que dans l'avenir laisse les personnages espérer changer le cours de leur vie ou de celle de leurs proches. Sujet déjà maintes fois exploité au cinéma: Retour vers le futur (1985) de Robert Zemeckis, Terminator (1984) de James Cameron ou L'armée des douze singes (1995) de Terry Gilliam pour ne citer qu'eux.

Dark - Saison 1 - Image 2Quant au rapprochement effectué un peu trop hâtivement par la presse spécialisée avec Stranger Things, s'il n'a rien de saugrenu, il est important de souligner que le scénario complet de Dark était déjà terminé au moment de la sortie de la série américaine réalisée par les frères Duffer. Il semble plus vraisemblable qu'une génération de réalisateurs nés dans les années 1970 éprouve une forme de nostalgie assumée pour les eighties et les films qui ont bercé leur adolescence, notamment les adaptations à l'écran des œuvres de Stephen King telles que Stand by me de Rob Reiner en 1986 dont le sujet portait déjà sur une bande d'adolescents à la recherche du cadavre d'un jeune garçon mort accidentellement dans le cadre … d'une petite ville aux apparences tranquilles sous la surface de laquelle se terrent bien des secrets inavouables. En effet, les personnages de Dark sont constitués en partie d'une bande d'adolescents dont les parents eux-mêmes entretiennent des liens étroits parfois insoupçonnés. L'entrecroisement des différentes intrigues formant le tissu narratif en est facilité de la même façon que le passage d'une époque à une autre est légitimé par le discours philosophico-scientifique de la série, dynamisant une action à multiples rebondissements. On regrettera seulement la superposition importune et quelque peu artificielle au récit d'une voix off à fonction explicative sans doute destinée à aider le téléspectateur à s'y retrouver dans le dédale d'une intrigue qui se complexifie (parfois jusqu'au vertige) au fur et à mesure des épisodes.

Les acteurs (de tout âge) excellent chacun dans leur rôle et l'atmosphère sombre de la petite ville allemande (le tournage s'est déroulé à Berlin) légitime le titre donné à la série. L'image très travaillée jouant sur la technique du clair-obscur et le style poétique abondant en images symboliques font de Dark une réussite presque parfaite du genre dont on attend impatiemment de voir ce que peut nous réserver la saison suivante.

 

Informations

Détails de la Série Dark - Saison 1
Origine Allemagne Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Série Genre Thriller
Version TV Durée 520 '
Sortie 01/12/2017 Reprise -
Réalisateur Baran bo Odar - Jantje Friese Compositeur Ben Frost
Casting Oliver Masucci - Karoline Eichhorn - Jördis Triebel - Louis Hofmann - Maja Schöne - Stephan Kampwirth - Brad Painter - Daan Lennard Liebrenz
Synopsis Quatre familles affolées par la disparition d'un enfant cherchent des réponses et tombent sur un mystère impliquant trois générations qui finit de les déstabiliser.

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